Le vendredi 26 juin au matin, en tant que membre du bureau du Conseil Economique, Social et Environnemental de Wallonie (CESE), la Fédération Wallonne de l’Agriculture a rencontré les formateurs wallons dans le cadre de la large consultation organisée par ceux-ci. Le CESE a tout d’abord présenté son mémorandum aux formateurs.

A l’occasion de cette rencontre, même si elle fut brève, la FWA a pu exposer un certain nombre de priorités essentielles pour l’avenir du secteur agricole, et sa capacité à répondre activement aux défis sociétaux majeurs d’aujourd’hui.

 

Marianne Streel - Anne Pétré

 

Au travers de son intervention, la FWA a exprimé plusieurs priorités:

- le revenu des agriculteurs: sans un revenu correct, le secteur ne pourra être en mesure de poursuivre la dynamique dans laquelle il est déjà engagé pour assurer ses nombreuses missions tout en contribuant pleinement à la lutte contre le changement climatique.

- l’importance d’assurer la compétitivité du secteur agricole wallon en renforçant les filières existantes et en développant de nouvelles filières de valorisation de nos productions. A cet égard, la FWA a insisté sur le fait qu’il est nécessaire d’imposer à tous les produits alimentaires vendus sur notre territoire, les mêmes normes de qualité et de respect de l’environnement, du social, et du bien-être des animaux, que celles qui sont imposées au secteur agricole de Wallonie.

- la nécessité d’analyser et d’évaluer l’impact réel des politiques en cours et de celles qui sont proposées dans la note des formateurs wallons.

- la FWA a aussi insisté sur le besoin de réfléchir les politiques proposées en fonction des moyens budgétaires qui seront disponibles.

Une note plus complète a été rédigée en commentaire de la «Déclaration de politique gouvernementale et sociétale ambitieuse pour la Wallonie» proposée par les formateurs. Cette note de commentaire rédigée par nos services a été diffusée tant vers la presse que vers tous les élus du scrutin de mai dernier.

Dans cette note, la FWA s’est positionnée sur quelques-uns des 20 axes que comprend la déclaration des formateurs. En effet, parmi ces 20 axes, si tous nous concernent comme citoyens, 6 sont surtout de nature à influencer l’avenir de notre secteur: agriculture durable, climat, aménagement du territoire, nature et biodiversité, et enfin politique internationale.

On ne s’en étonnera pas, la déclaration des formateurs est évidemment très «verte» et axée vers une transition écologique marquée. Aussi, la FWA a, tout au long de sa note de commentaire, insisté sur le fait qu’il est impératif d’évaluer les politiques proposées en vertu de leur réel impact positif sur l’environnement et le climat, et qu’on n’oublie pas de mesurer aussi les conséquences qu’elles pourraient induire sur le plan économique. Si l’agriculture familiale wallonne est une véritable alliée du climat, elle est aussi et surtout une activité économique. Nos fermes sont gérées par des familles, par des agricultrices et des agriculteurs qui sont des entrepreneurs, qui prennent des risques, réalisent et doivent assumer des investissements.

Enfin, la FWA a rappelé que lors des futures consultations et négociations en vue de préciser un éventuel programme gouvernemental, il est capital qu’elle soit associée aux discussions sur les thèmes suivants: agriculture, environnement, biodiversité, climat et alimentation durable. Il faut en effet rappeler constamment au cours de ces discussions, toute l’importance sociétale, stratégique et économique que porte notre agriculture, et ne pas permettre qu’on oublie que, sans un revenu correct pour les agriculteurs, on prend donc des risques majeurs pour notre avenir climatique et notre indépendance alimentaire.

Le revenu des agriculteurs, c’est encore la clef de l’autre grand sujet qui a marqué l’actualité du week-end dernier: les accords du Mercosur ont été conclus et l’agriculture a, une fois de plus, été sacrifiée au profit des intérêts d’autres secteurs économiques.

En effet, alors que les agriculteurs européens et a fortiori wallons, s’efforcent de répondre à des normes toujours plus exigeantes dans tous les domaines (sanitaire, environnemental, bien-être animal…), la Commission Européenne annonce la conclusion, au bout de 20 ans de discussions, d’un accord Mercosur qui fait peser de lourdes menaces sur l’agriculture familiale.

Cette Europe, supposée nous protéger, accepte de sacrifier son agriculture pour privilégier l’industrie automobile, chimique et pharmaceutique.

Nous ne pouvons évidemment pas accepter, en particulier dans le contexte que vit notre agriculture, l’arrivée de tonnes de viande bovine ou de volaille, de sucre, ou d’éthanol, venus d’Amérique du sud! Toutes ces productions sont bien présentes sur le territoire wallon et ces accords déséquilibrés risquent donc d’avoir un impact très concret sur notre économie agricole et sur nos fermes familiales. L’entrée de ces produits à bas prix sur le sol européen relève d’une concurrence déloyale et pourrait bien faire encore chuter les prix de nos propres productions. De plus, comment ne pas être révolté par l’arrivée de productions en ces temps où la lutte contre les changements climatiques est au cœur des préoccupations et des négociations de la future PAC (dont pour rappel 40% du budget seront consacrés à l’environnement et au climat)? Comment justifier en effet que l’on fasse traverser la planète à des productions qui existent chez nous, localement? Comment expliquer qu’on importe, par exemple, de la viande sud-américaine alors que la production wallonne, en grave difficulté économique, ne fait que diminuer et que de nombreux élevages ont fermé leurs portes?

Quelle est la cohérence de cette politique?

Que dire, en effet, de la concurrence qu’on nous impose avec des produits qui ne respectent nullement nos normes strictes européennes, ni en termes d’environnement et de maintien de la biodioversité, ni en matière de lutte contre les changements climatiques, ni en traçabilité ou en bien-être animal, pas plus qu’en termes d’usage d’antibiotiques, de produits phytosanitaires ou d’OGM?

Comment, enfin, accepter le sacrifice de l’agriculture familiale au bénéfice des fermes usines sud-américaines? Hier, j’ai été contactée par l’un de nos partenaires brésiliens, qui travaille pour une organisation de producteurs qui représente et défend l’agriculture familiale. Lui aussi partage nos inquiétudes pour le modèle agricole auquel nous sommes attachés, au Brésil, comme en Europe! En effet, alors que nous serons envahis de produits sud-américains, les petits producteurs de là-bas verront eux arriver de grandes quantités de produits laitiers européens, avec les mêmes dangers pour les agriculteurs brésiliens que ceux qui pèsent sur nous au travers des importations de viande, de sucre ou d’éthanol.

C’est donc bien l’agriculture familiale qu’on affaiblit, chez nous, comme ailleurs!

Il nous reste donc à retrousser nos manches et à dire à nos gouvernements et à nos représentants à l’Europe, avec le COPA, qui partage notre point de vue, que nous ne pourrons pas accepter ces accords.

La FWA n’y manquera pas. Elle ira rappeler partout où c’est nécessaire et utile, rappeler ce qu’elle a déjà exprimé ce week-end et cette semaine au travers de ses interventions dans la presse: nous n’accepterons pas qu’on laisse entrer ici des productions qui ne correspondent pas aux standards qu’on nous impose, car c’est une véritable gifle pour nos consommateurs, pour notre planète et pour nos agriculteurs!

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