Ce mardi matin, alors que nous nous apprêtons à boucler l’édition du Pleinchamp de cette semaine, le Gouvernement wallon en formation dévoile sa déclaration de politique régionale au travers d’un document très complet de plus de 120 pages. Dès ce matin, nous l’avons parcouru afin d’en tirer une première analyse, que nous vous proposons de lire ici.

José Renard

Les négociateurs Elio Di Rupo, Willy Borsus et Jean-Marc Nollet l’avaient annoncé à la presse lundi après-midi: un accord gouvernemental était tout proche pour la Wallonie. Très logiquement, la sortie d’une déclaration de politique régionale et l’annonce de la composition de notre futur gouvernement ne devraient pas non plus tarder, ajoutaient-ils.

Et en effet, nous avons reçu ce mardi matin le projet de déclaration de politique gouvernementale rédigé par les négociateurs et leurs équipes.

Depuis les élections, et déjà durant la campagne qui les a précédées, la Fédération Wallonne de l’Agriculture a travaillé à la définition de ses priorités. Elle n’a pas manqué de les diffuser au travers d’un mémorandum pré-électoral, puis d’une note définissant ses douze priorités essentielles après le scrutin.

Lors des premières négociations du mois de juin, la FWA a pu rencontrer les négociateurs du PS avec les partenaires du banc patronal. La note dite «du coquelicot» nous avait également poussés à réagir en mettant en avant nos priorités.

Avant toute chose, nous voulons souligner que les agriculteurs sont tout à fait conscients du rôle qu’ils ont à jouer dans notre société, en particulier face aux défis sociaux, environnementaux, climatiques qui s’imposent aujourd’hui dans toutes nos réflexions. C’est donc dans un état d’esprit positif et avec la ferme intention d’apporter sa contribution au projet de société proposé par le futur gouvernement, que la FWA a abordé l’analyse de la note.

Une première constatation s’impose à la lecture de celle-ci: les douze priorités définies par la FWA et déjà publiées à plusieurs reprises dans nos pages, sont très majoritairement présentes.

Un constat rassurant qui s’accompagne toutefois d’une double interrogation liée à l’aspect budgétaire du projet gouvernemental. La déclaration de politique régionale ne chiffre pas les mesures proposées, et l’on peut donc légitimement s’inquiéter de leur financement dans le contexte économique difficile que connaît la Wallonie. Ensuite, si la note est nettement orientée sur la notion de développement durable, elle suggère le report du retour à l’équilibre budgétaire à l’exercice 2024, ce qui pourrait faire porter le poids des mesures proposées sur les épaules des générations futures. Nous sommes convaincus que ce questionnement n’est pas seulement celui de la FWA et que des éclaircissements devraient apparaître sur cet aspect dans les prochains jours.

On retrouve dans la note de nombreuses mentions de l’idée de soutenir un modèle familial d’agriculture, ce que la FWA, qui porte ce combat depuis toujours, ne peut qu’accueillir positivement. De plus, la notion d’accompagnement des agriculteurs dans leur transition vers encore plus de durabilité est également très présente. Il s’agit d’une optique que nous soutenons depuis longtemps au sein de la FWA.

Dans cette même optique, la note évoque à plusieurs reprises la volonté d’assurer une consultation constante des secteurs concernés, ce qui est une bonne nouvelle. A plusieurs occasions, la FWA a déjà rappelé que toute politique en cours ou toute nouvelle mesure doit être constamment évaluée. Cette notion de monitoring constant est aussi inscrite très clairement dans la note gouvernementale. Pour la FWA, il est en effet essentiel de s’assurer que les politiques mises en œuvre sont réalistes, efficaces et applicables, et qu’elles bénéficient de l’adhésion des acteurs des secteurs économiques.

Les négociateurs écrivent aussi très explicitement que leur intention est de rester dans le cadre fixé par l’Union européenne. Dans une région où l’on a très souvent poussé les exigences plus loin que ce qui était imposé dans les autres pays de l’Union, notamment en matière agricole et environnementale, c’est donc un positionnement rassurant.

C’est avec satisfaction que la FWA constate que le travail approfondi qu’elle a réalisé pour la mise en œuvre d’un modèle d’assurances climatiques ne sera pas perdu, puisqu’il s’agit d’une proposition que l’on retrouve dans le programme gouvernemental.  

Au-delà de ces constats positifs, la note du futur gouvernement éveille cependant quelques craintes. Tout d’abord, il faudra rester très attentif à sa mise en œuvre concrète. La FWA s’y engage dès à présent.

Certains des chapitres de la note, qui ne concernent pas directement notre secteur, pourraient néanmoins avoir des impacts agricoles indirects comme la production d’énergie verte, belle opportunité pour notre secteur, ou le développement de la biodiversité… Ainsi, des projets concrets comme la plantation de 4000 kilomètres de haie, la désignation de 1000 hectares supplémentaires de réserves naturelles chaque année, ou l’extension des périmètres de Natura 2000, devront évidemment être examinés aussi au travers d’une vision agricole.

Les prochaines semaines seront déterminantes dans l’agenda politique wallon. La FWA veut, comme elle l’a toujours fait, se positionner comme une force légitime de concertation et de propositions, et offrira sa pleine collaboration au futur ministre de l’agriculture wallon, dont elle espère qu’il sera fort et qu’il connaîtra et respectera notre agriculture dans toute sa riche diversité.

La FWA espère que ce nouveau paysage politique lui permettra de développer pleinement ses projets en cours, comme Duraphyto ou le Pacte de solutions wallon, afin de mieux répondre encore aux demandes sociétales.

Il faudra bien entendu prendre le temps d’étudier cette note de façon plus approfondie dans les prochains jours. La consultation de notre Comité directeur syndical sur son contenu dès ce jeudi matin devrait aussi permettre d’affiner notre positionnement à son égard.

Par ailleurs, à l’heure où nous terminons la rédaction de cet éditorial, la composition de la nouvelle Commission européenne vient de tomber. La désignation des commissaires place sur le siège de l’agriculture le Polonais Janusz Wojciechowski, membre de la Comagri du Parlement européen lors de la dernière législature. Un nouveau commissaire qu’il nous faudra donc apprendre à connaître et dont nous espérons qu’il mesure pleinement l’importance cruciale de sa fonction pour l’avenir de l’Europe et de ses agriculteurs.

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