AG FWA 2018: orateurs d’exception et large participation!

Posté le 13 février 2018 | comment Aucun commentaires.

 

 

Le mercredi 7 février dernier s’est tenue la traditionnelle assemblée annuelle de la Fédération Wallonne de l’Agriculture en l’Espace Senghor de Gembloux AgoBioTech. Cette édition était, par certains aspects, inédite, dans la mesure où, outre l’exposé d’un conférencier, nous avions 4 ministres qui se sont succédé à la tribune. Peu d’organisations sectorielles ont l’occasion de réunir dans un même temps, un même lieu, autant de ministres en exercice. Compte-rendu…

 

 

 

 

 

 

 

Yvan Hayez

Après avoir accueilli une assemblée bien garnie, notre Président Joseph Ponthier, appuyé par plusieurs capsules vidéo, a retracé le bilan de l’année syndicale 2017 et dessiné les perspectives et les revendications de la FWA pour 2018.

L’intervention du Président Ponthier peut se résumer de la manière suivante: il a rappelé, chiffres à l’appui, les difficultés économiques de l’ensemble de nos principaux secteurs de production. Dans ce contexte, un renforcement des restrictions d’usage des produits phytosanitaires ne peut être adopté sur des bases purement idéologiques à caractère populistes. Comme déjà évoqué dans ces colonnes, nous avions rencontré une partie du Gouvernement wallon et au terme des échanges, un cadre avait été clairement défini. Le Président a rappelé de manière ferme, qu’il attendait du Gouvernement qu’il tienne ses engagements. Nous tenons à rappeler que pour ce dossier, comme tous les autres, la FWA est avant tout une force de proposition de solutions qui s’appuie sur de l’objectivation et de l’argumentation, et quoi qu’en disent certains, nous ne faisons pas de l’opposition pour de l’opposition, mais bien une défense de l’ensemble de la profession de manière pragmatique en dehors de toute idéologie. 

Dans sa longue intervention, Joseph Ponthier a passé en revue de façon exhaustive, tous les dossiers suivis au quotidien par les services de notre Fédération. Le Président a rappelé que plus que jamais, le secteur agricole européen a besoin d’une PAC forte, s’appuyant sur un budget à la hauteur des défis imposés à l’agriculture, et que le maintien des aides couplées, le statu quo sur la convergence, ainsi qu’un verdissement économiquement et agronomiquement acceptable constituaient les priorités de notre mouvement. Sur le plan national, voire régional, l’amélioration du fonctionnement des filières et termes de transparence et de répartition des marges est aussi un élément clef.

Au terme de son exposé, Joseph Ponthier a invité à la tribune Bruno Colmant, économiste de renom, qui fait autorité autant en Belgique qu’à l’étranger, pour la pertinence de son analyse du contexte économique.

Pour introduire son exposé, Bruno Colmant a rappelé les relations amour-haine qui lient le Royaume Uni et l’Europe de Churchill à Theresa May, précisant que le Royaume Uni n’a jamais pleinement fait partie de l’Union européenne. Il a également rappelé les errances de la politique monétaire européenne suite à la crise bancaire de 2008: celles-ci étant liées étroitement à la diversité culturelle des Etats membres du Vieux Continent. Le Brexit que nous connaissons actuellement est né d’un coup de poker politique dont l’impact économique sera négatif des deux côtés de la Manche.

 

Pour B. Colmant, diverses solutions sont envisageables:

  • augmentation de la contribution des Etats membres,
  • diminution des dépenses,
  • combinaison des deux premières,
  • introduction de nouvelles ressources propres à l’Union européenne.Sans préjuger de la ou des solution(s) retenue(s), il est probable que ce soit la première qui sera privilégiée, voire la troisième. Selon l’économiste, l’impact budgétaire pour notre pays pourrait être une augmentation de 3.4 % de notre contribution au budget européen.Compte tenu de la diversité culturelle de l’Union, certains Etats membres sont partisans d’une réforme, voire d’une réduction, du budget alors que d’autres prônent une hausse de l’apport des états.Il n’est pas étonnant de constater que la Belgique, qui est un laboratoire culturel en soi, se situe dans une zone partagée entre ces deux extrêmes.

    Concernant les relations futures entre l’Union et le Royaume Uni, Bruno Colmant nous a présenté différents degrés de relations qui pourraient être maintenus à l’avenir. Ceci pourrait se traduire par des relations qui restent très étroites à l’image de la Norvège, ou se limiter à des relations purement commerciales telles que nous les connaissons actuellement avec la Turquie.

    Dans son exposé, B. Colmant a aussi présenté 5 scénarios pour relancer l’Europe qui vont de la continuité à une Europe qui fait beaucoup plus ensemble sans exclure un espace européen à deux vitesses.

    Quoi qu’il en soit, il reste au niveau du Brexit beaucoup de choses à régler et surtout beaucoup d’incertitudes. Les principales d‘entre-elles sont, d’une part, les divergences au sein même du gouvernement britannique et d’autre part la capacité des autres Etats membres à affronter cette crise en restant unis.

    Pour Bruno Colmant, la raison devrait l’emporter et un divorce serein devrait pouvoir être possible.

     

    C’est le Ministre de l’Environnement, Carlo Di Antonio qui a, le premier, rejoint la tribune à l’issue de l’exposé de Bruno Colmant. Il a exprimé sa conviction que notre secteur fournirait toujours à l’avenir l’alimentation de nos concitoyens et d’une absolue nécessité de répondre aux attentes de nos consommateurs. De manière plus surprenante, il a évoqué ses réserves quant aux capacités exportatrices limitées de la Wallonie.

    Lors de son exposé, il a réaffirmé sa volonté d’une diminution drastique de l’usage des produits phytosaitaires, dans l’objectif de faire de la Wallonie une région pionnière en la matière.

    De son côté, René Collin, Ministre de l’Agriculture, a rappelé son sentiment d’une renationalisation de la PAC dans un cadre budgétaire en déclin. Il a plaidé pour un renforcement du secteur primaire au sein des filières. Parmi les nombreux sujets qu’il a aussi évoqués, on peut relever la révision de la loi sur le bail à ferme, un dossier complexe mais un défi qu’il fallait relever. Son soutien au projet porté par la FWA, Duraphyto, ne nous a pas échappé et nous nous en réjouissons. Il a également plaidé pour une amplification du processus de simplification administrative dans un cadre permis par l’Union européenne.

    Enfin, pour René Collin, il ne peut être question de mettre les modes de production en opposition.

    Le Ministre-président Willy Borsus a affirmé la mobilisation de son Gouvernement auprès des agriculteurs et agricultrices en insistant notamment sur la nécessaire dimension rémunératrice de notre métier. Lors de son intervention, il a également rappelé l’engagement de la concertation de son Gouvernement sur la problématique des produits phytosanitaires. Sur le plan des relations internationales, il s’est engagé à une extrême vigilance sur ces dossiers et à clairement exprimé qu’en l’état, l’impact Mercosur n’était pas supportable.

    Dans son intervention, le Ministre fédéral Denis Ducarme a exprimé sa volonté d’une réforme de la PAC qui conserve les acquis, tout en reconnaissant la difficulté de combiner cet objectif avec un budget en probable diminution. Dans le cadre de ses attributions, il poursuivra son rôle d’ambassadeur national de notre agriculture pour renforcer nos marchés à l’exportation, voire en trouver de nouveaux. Il a aussi exprimé sa conviction selon laquelle les agriculteurs étaient avant tout des alliés de l’environnement. Enfin, il a clairement souligné sa volonté de défendre et de donner une perspective d’avenir aux productions betteravières dans notre pays.

    Lors des conclusions, votre serviteur a fait la synthèse des interventions. A cette occasion, j’ai aussi voulu évoquer les nombreux projets en gestation ou qui se mettent déjà en place au sein de notre Fédération pour améliorer encore le service que nous tenons à offrir à nos membres. Ces projets s’appuient notamment sur les réflexions et suggestions récoltées lors de nos travaux des Assises de la FWA, organisées à l’automne 2017.

    Gouverner, c’est prévoir. Comme rappelé ci-avant, la FWA se veut avant tout une force de proposition, et c’est dans cet esprit que j’ai voulu proposer à la classe politique largement représentée l’idée de la mise en place d’une étude prospective s’appuyant sur la communauté scientifique visant à dessiner ce que sera notre agriculture dans un terme de 5 à 10 ans. L’amélioration variétale et de nouvelles productions agricoles durables (sur les plans économique, social et environnemental) devraient voir le jour. De telles analyses prospectives doivent être entamées sans tarder et doivent faire l’objet d’une collaboration entre ceux qui les mènent et le secteur, afin de donner des perspectives à notre profession qui en a grand besoin.

    Enfin, dernier fait remarquable de notre assemblée annuelle. Il s’agissait pour Yves Somville, du dernier congrès auquel il assistait en sa qualité de secrétaire général adjoint de la FWA, puisqu’il sera méritoirement admis à la pension à la fin mars. Les conclusions se sont achevées sur un rappel de 35 ans de carrière au service du monde agricole wallon. La standing ovation du public qui a suivi cet hommage a souligné la reconnaissance du monde agricole envers Yves Somville et son indéniable engagement pour la cause agricole.

    Merci à toutes et à tous pour votre participation, ainsi qu’au personnel pour le travail fourni pour la préparation de cette journée qui s’est terminée, comme nous en avons l’habitude par une réception amicale qui s’est déroulée dans une ambiance chaleureuse.

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