Enquête publique sur la réduction des pesticides: participez!!!

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Remarques de la Fédération Wallonne de l’Agriculture sur le NAPAN (Mars 2017)

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Projet «Zéro phyto»: son impact en horticulture

 Le 17 janvier dernier, s’est tenue à Visé, la réunion «Zéro phyto» consacrée à l’impact que ce projet pourrait avoir sur les productions horticoles. En présence d’une petite quarantaine de participants, dont -seulement- 2 parlementaires, les horticulteurs avaient choisi d’aborder la problématique en prenant l’exemple concret de la production de pommes et poires.

Claude Vanhemelen – FWH

Retour sur les objectifs du projet des ministres wallons

Après la projection du film introductif réalisé par la FWA, José Renard, représentant du Ministre René Collin, rappelle à l’assemblée que le projet dit «Zéro phyto» est porté par 3 ministres wallons, respectivement ceux de la santé, de l’agriculture et de l’environnement et pas uniquement par le ministre de l’agriculture. Il est conscient qu’un chemin a déjà été parcouru par les agriculteurs (réduction des PPP grâce aux techniques culturales, agriculture de précision, contrôle des pulvérisateurs, systèmes d’avertissement, local phyto, lutte intégrée, phytolicence, démarches volontaires de type Vegaplan, programmes agro-environnementaux,…). Le but n’est pas de méconnaitre ces efforts. L’éco-efficience du secteur agricole en Wallonie s’améliore et l’utilisation des PPP est à la baisse. Il reconnaît en particulier que le secteur fruitier a déjà particulièrement travaillé à la diminution des PPP, et ce depuis 25 ans, et il rappelle à ce propos l’action volontariste de Jacques Denis, président fondateur du GAWI.

Le projet de tendre vers le «zéro phyto» est dans une démarche qui existe depuis longtemps; en voici les principales étapes:

- juin 2014: interdiction d’usage sur les zones liées au réseau de pluie
- octobre 2016: tous les utilisateurs utilisent la lutte intégrée
- 2017: interdiction du glyphosate dans jardins et lieux publics
- juin 2018: renforcement des mesures pour public vulnérable (ex: zones tampons autour des écoles)
- juin 2019: interdiction des PPP dans les espaces publics et dans les forêts
- par conséquent, en 2019, plus de 50% du territoire wallon sera sans phyto.

Les PPP se retrouvent dans l’environnement: on constate leur présence et celle de leurs métabolites dans les eaux souterraines. Il est difficile de savoir s’il s’agit de témoins des pratiques actuelles ou passées mais certaines molécules mettent beaucoup de temps à se dégrader, comme l’atrazine par exemple. Il est évident que la qualité de l’eau est un enjeu capital de santé publique.

José Renard reconnaît que même si des études affirment que le consommateur est prêt à payer davantage pour des produits alimentaires de qualité garantie, cette intention ne se concrétise pas toujours dans ses actes d’achat. Le projet devra s’inscrire dans la thématique «consommez wallon», avec des objectifs de valorisation des produits et du savoir-faire afin que le consommateur puisse adhérer à la démarche. Un des leviers est d’utiliser la clause de durabilité dans les marchés publics (dans les écoles, communes, …) pour sensibiliser le consommateur.

Le chemin vers le «zéro phyto» sera construit en concertation avec tous les acteurs, dans une approche différenciée selon les cultures; il est évidemment plus facile d’atteindre l’objectif en prairie qu’en betteraves ou horticulture. Et certaines années de conditions climatiques difficiles, comme en 2016, le non recours aux PPP est quasi impossible, sous peine de n’avoir aucune production!

Selon les ministres, le projet «zéro phyto» aura de nombreux avantages: qualité des aliments, amélioration du revenu des agriculteurs (par une moindre dépendance aux intrants) et diminution des risques pour la santé. Ce projet favorisera la capacité de la Wallonie à innover et posera notre région comme pionnière d’un cadre de vie plus favorable.

La volonté des pouvoirs publics est de mobiliser tous les leviers pour accompagner les agriculteurs. La recherche est le 1er levier et peut s’appuyer, grâce au programme triennal de la recherche (70 millions d’euros pour 3 ans) sur des aspects tels que les molécules alternatives, la lutte intégrée et des itinéraires de culture alternatifs. Dans un avenir proche, le PwRP (Programme wallon de Réduction des pesticides) sera revu ainsi que le PwDR (Programme wallon de Développement Rural). La réforme de l’encadrement du secteur agricole et des centres pilotes est prévue pour 2017 ainsi que le soutien à l’agriculture biologique et aux produits de qualité différenciée.

Les caractéristiques générales du secteur horticole wallon

Claude Vanhemelen introduit brièvement la thématique du jour en rappelant que l’horticulture en Wallonie représente quelque 10% du secteur horticole belge et 10% du secteur agricole wallon. En Flandre, par contre, l’horticulture est le plus gros sous-secteur de l’agriculture et ses produits s’exportent énormément, notamment vers la Wallonie.

Chacune des différentes productions horticoles comestibles et ornementales a ses exigences propres mais elles ont des caractéristiques communes qui les différencient de l’agriculture:

- besoins en main-d’œuvre plus importants
- chiffre d’affaires à l’ha plus élevés mais investissements également importants
- gamme de produits très étendue
- circuits de commercialisation très diversifiés
- proximité avec le consommateur: le produit horticole est peu ou pas transformé et doit avoir une belle apparence pour être commercialisé à un prix correct pour le producteur.

Les caractéristiques du secteur fruitier 

Olivier Warnier, technicien d’encadrement au Centre d’Essais Fruitiers (partenaire du Centre pilote CEPIFRUIT) situe la production fruitière dans le monde, en Europe et en Belgique. L’Europe représente 23 % de la production mondiale de pommes, qui s’élève à plus de 65 millions de tonnes. La Belgique produit 3% de la production européenne. La Pologne produit aujourd’hui 23% et dans 10 ans, sera à 30%. En poires, c’est l’Italie qui est le plus gros producteur (36%) mais le Benelux est un acteur important (24%), à part égale entre la Belgique et les Pays-Bas.

Au niveau belge, la province de Limbourg concentre plus de la moitié de la production fruitière. La Wallonie représente 8 à 9% de la production belge et les vergers wallons sont majoritairement situés en province de Liège.

L’assortiment variétal est relativement réduit, surtout en poires: la Conférence représente 90% de la production belge. En pommes, on retrouve Jonagold et ses mutants pour 65% du total, ainsi que quelques variétés «Club», qui sont des variétés privées dont le ‘Club’ propriétaire définit les règles de commercialisation et de marketing.

La superficie totale du verger belge évolue peu depuis 2008 mais un glissement s’opère entre les pommes et les poires : les poires sont passées de 6500 à 9500 ha tandis que les pommes ont diminué de 10.000 à 6500 ha. La superficie en cerises atteint aujourd’hui les 1200 ha. La prune reste une culture anecdotique.

La production professionnelle s’effectue dans des vergers basses-tiges, d’une superficie moyenne de 15 à 25 ha. Le rendement moyen est de 40 à 50 T/ha et il faut compter 500 à 750 heures de travail/ha.
La commercialisation des fruits s’effectue à 60% par les criées (veiling), toutes situées en Flandre, à 30 % par les grossistes et à 10 % en vente directe (dont 3-4% maximum à la ferme). Les poires sont exportées à 60-70% et les pommes à 30-40%.

Olivier Warnier termine en exposant les spécificités de l’arboriculture qui déterminent les pratiques phytosanitaires de cette culture.
- On plante un verger pour 20-50 ans: les investissements sont importants et il n’y a pas de rotations.
- Les variétés actuellement cultivées sont souvent très sensibles aux maladies car elles ont été sélectionnées principalement pour l’apparence impeccable des fruits, telle que demandée par le commerce.
- Il y a un très grand nombre de maladies et ravageurs (insectes, acariens) à combattre.
- Le climat belge, humide et pluvieux, favorise le développement de certaines maladies, comme la tavelure.
- Les critères de qualité exigés par la distribution et les réglementations EU sont très sévères.
- L’aspect visuel des fruits est aujourd’hui le 1er critère d’achat du consommateur, le 2d étant le prix.

La protection phytosanitaire en arboriculture fruitière

Philippe Thiry, technicien d’encadrement du GAWI (également partenaire du centre pilote CEPIFRUIT) développe l’aspect phytosanitaire de la production de fruits à pépins. Celle-ci fait partie des cultures les plus traitées avec des PPP mais les producteurs en ont pris conscience très tôt: dès 1988, avec la création du GAWI, des efforts importants ont été menés pour le développement de la lutte intégrée. En 1996, un Arrêté Royal reconnaissait officiellement la production intégrée de fruits à pépins. En 2003, suite à la régionalisation de l’agriculture, le Cahier des charges régional de production fruitière intégrée (PFI) est reconnu par Arrêté Ministériel. Cela fait plus de 20 ans que la majorité des producteurs en PFI sont contrôlés par des organismes certificateurs.

La production intégrée, qui est donc plus exigeante que l’IPM devenu obligatoire en Europe depuis 2014, se définit comme une production économique de fruits de qualité qui vise à améliorer la production de l’environnement et la santé humaine.

Les producteurs suivent un schéma décisionnel de traitement. Il y a pas de calendrier de pulvérisations préétabli; tout se fait sur base des avertissements envoyés par le Centre pilote et les seuils observés par les producteurs dans leur verger. La priorité est donnée aux méthodes naturelles et produits biologiques et si ceux-ci ne sont pas efficaces et/ou économiquement supportables, on recourt à un produit de synthèse, en privilégiant ceux qui sont les moins toxiques pour l’environnement et les plus appropriés à la situation (le choix peut être fait avec l’appui du centre pilote). On fait un choix sélectif dans les PPP chimiques en fonction de leur toxicité. La liste des pesticides utilisables en PFI est plus restrictive que la liste des produits agréés Phytoweb.

A côté de la production intégrée, il y a la production biologique qui existe depuis 30 ans et s’est fortement développée ces 5 dernières années. Comme en PFI, l’agriculture biologique fait appel aux techniques culturales qui améliorent le sol et l’environnement du verger de manière à placer les plantes dans les conditions les plus favorables pour éviter les ravageurs et maladies. Pour la lutte, le producteur fait appel à des techniques alternatives mais en cas de menace avérée pour la culture, il utilise alors des PPP d’origine naturelle ou à base d’extraits de micro-organismes, agréés en agriculture biologique (liste BE sur fytoweb). Par contre, les PPP de synthèse sont interdits en AB. Il faut bien se rendre compte que la production fruitière est une des productions les plus difficiles à mener en AB, surtout sous le climat belge.

Philippe Thiry développe ensuite quelques exemples d’efforts déjà entrepris pour réduire les traitements phytos dans la lutte contre des maladies ou ravageurs importants en culture fruitière.

La tavelure du pommier et du poirier est la maladie n°1, qui justifie à elle seule 75% des PPP utilisés. Lors de chaque pluie entre le débourrement et la fin juin, il y a risque d’infection par les spores du champignon qui se trouvent au niveau du sol. Si on ne fait rien, il y aura des tâches sur les feuilles et les fruits. Or, dès qu’il y a une tâche, le fruit est déclassé. Les variétés modernes sont toutes sensibles ou très sensibles à la tavelure, ce qui oblige donc à traiter. Les centres pilotes gèrent cela avec un réseau de station météo et de la modélisation, et publient des avertissements. Les avertissements permettent de mieux positionner les traitements et donc d’assurer leur efficacité tout en diminuant leur nombre. En bio, on peut remplacer par des PPP bio mais ces produits ont tous des effets secondaires (brûlures, rugosité) sur les fruits ou les feuilles, qui doivent donc être maitrisés car il y a un fort risque de ne pas correspondre aux standards de vente. Il y a aussi des risques d’apparition de maladies secondaires, qui peuvent se révéler très dangereuses s’il y a production de mycotoxines; dans ce cas, les fruits ne sont même plus valorisables en jus! On peut aller plus loin dans la réduction des PPP en changeant l’assortiment variétal. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire! Cela fait 30 ans que des recherches existent partout dans le monde là-dessus, notamment au CRA-W, en partenariat avec le secteur. La Coxybelle est apparue en 2014 et une autre est en cours d’obtention mais ces variétés ne sont pas encore à même de détrôner les variétés les plus vendues.

Il y a aussi des maladies de conservation: une 10aine de maladies sont connues. Plusieurs PPP peuvent couvrir l’ensemble des maladies, ce qui permet de limiter le nombre d’interventions (choix du produit en fonction des maladies présentes ce qui permet de limiter le traitement à un produit) et la rotation dans les traitements. En bio, peu de produits sont disponibles et leur efficacité est relative; la conservation des fruits est donc très difficile.

Depuis 1990, on lutte contre l’araignée rouge par l’introduction d’acariens prédateurs dans les vergers. Après 2 ans d’introduction, les traitements PPP ne sont plus nécessaires. En Bio, les traitements au soufre contre la tavelure, s’ils sont trop nombreux, peuvent faire diminuer la population d’acariens prédateurs et permettre aux populations d’araignées rouges de se redévelopper.

Pour lutter contre le carpocapse (ver des fruits), il faut agir rapidement car quand la larve est dans le fruit, il est trop tard. Différents moyens de lutte existent aujourd’hui; soit chimiques, soit biologiques. La lutte contre le carpocapse a connu une grande évolution. Après l’utilisation en alternance de PPP, afin de lutter contre la résistance, on a eu recours, il y a 25 ans au piège à phéromones, qui a déjà permis de réduire le nombre de traitements. Le virus de la granulose (produit phyto bio) a diminué le risque de résidus sur les fruits, sans effets secondaires indésirables sur la faune auxiliaire. A partir de 2008, l’utilisation de la confusion sexuelle (nuage de phéromones qui perturbe la rencontre entre papillons mâles et femelles) a quasi supprimé le recours aux traitements phyto. Cette technique revient à 250 euros/ha, contre 50 €/ha pour des PPP. Elle est remboursée à 100% en Flandre alors que les producteurs wallons ne bénéficient d’aucune aide!!

L’hoplocampe du pommier est un ravageur très important en bio, qui peut entrainer plus de 50% de dégâts sur les fruits. En production intégrée, le seul produit agréé contre ce ravageur est un néonicotinoïde, le Calypso. En bio, deux produits pourraient convenir (dont le Spinosad, très toxique pour les pollinisateurs et la faune auxiliaire) mais ils ne sont pas agréés en Belgique pour cet usage et ils sont extrêmement coûteux (400-450 €/ha).

La Drosophila suzukii est une nouvelle mouche des fruits, très dangereuse pour les cerises, fraises et petits fruits. Aujourd’hui, il n’y a que des solutions chimiques ou le Spinosad, limité à 2 traitements alors que les cycles se succèdent tous les 4 à 7 jours! Si plus de 2 à 3% des cerises sont touchées, les lots sont refusés dans le commerce. Actuellement, malgré les nombreux essais et recherches, aucune solution ‘durable’ n’a encore été trouvée.

Témoignage d’un producteur: Serge Fallon

Serge Fallon est arboriculteur fruitier dans la région d’Eghezée. Son verger est constitué, comme une majorité de producteurs, de 60% de poires et 40% de pommes. Il est un des fondateurs du GAWI et en assure actuellement la présidence, ainsi que celle de la FWH. Depuis quelques années, il vend lui-même directement une partie de sa production dans certains magasins de la grande distribution.

La vidéo de la FWA, montrée en début de réunion, retrace bien, d’après lui, ce que le secteur arboricole ressent. Il rappelle que la Wallonie a toujours eu une longueur d’avance sur la Flandre en matière de lutte intégrée et de réduction des PPP. Et depuis 3 ans, avec quelques autres collègues, il cherche à aller encore plus loin en suivant la charte «Fruits d’ici». Son objectif est de pouvoir fournir des fruits exempts de résidus sur le marché en pratiquant la lutte intégrée jusqu’à la floraison puis en utilisant uniquement des produits bio jusqu’à la récolte. Mais techniquement, cela reste difficile et c’est non rentable pour les producteurs qui vendent en criées. Les grandes chaînes de magasin ne sont pas encore très bien organisées pour accepter les produits locaux, livrés en plus petites quantités. Elles ne prennent pas suffisamment en compte les efforts des producteurs et tirent les prix vers le bas, à cause de la concurrence effrénée qu’elles se livrent entre elles.

Serge Fallon exprime son inquiétude suite à l’arrachage de 35% des pommiers ces dernières années. Quel est l’avenir de la production en Belgique? En arrivera-t-on à ne plus produire chez nous et à consommer uniquement des pommes venant de l’étranger alors que l’usage des PPP y est nettement plus important? Le rôle défavorable des médias est également à épingler: ils présentent toujours les producteurs comme des pollueurs, sans jamais mettre en évidence tous les efforts consentis et les progrès réalisés depuis 30 ans. 

En conclusion de la présentation

Il apparaît clairement que produire des fruits sans aucun PPP, qu’ils soient chimiques ou bio, est impossible, dans le cadre des standards de qualité demandés par le commerce et les consommateurs.

Si le «Zéro phyto» signifie aucun PPP de synthèse, c’est, en arboriculture fruitière comme dans le reste de l’horticulture, un objectif utopique à court et moyen terme, voire même à long terme.

Ce qui est par contre un objectif plus crédible, c’est de poursuivre les efforts pour continuer à développer les modes de production qualitative, c’est-à-dire la production intégrée et la production biologique, qui existent déjà.

Pour ce faire, il est nécessaire de financer correctement et durablement les projets de recherche axés vers la réduction des PPP ainsi que les encadrements techniques de terrain fournis par les centres pilotes spécifiques à chaque sous-secteur horticole.

Débats avec l’assemblée

A l’issue des présentations des différents orateurs, une séance d’échanges avec l’assemblée est animée par Bernard Decock, conseiller au Service d’études de la FWA.

La charte «Fruits d’ici» ou l’agriculture biologique sont peut-être des solutions d’avenir mais le marché est loin d’être prêt à accepter ces produits et les producteurs ne sont pas tous en condition de pouvoir se tourner aujourd’hui vers ces modes de production. Il est bien difficile de faire comprendre aux consommateurs qu’il faut accepter des défauts sur les fruits et les légumes si on veut atteindre une diminution des PPP; or c’est essentiel pour les produits non transformés, qui s’achètent avec les yeux.

François Desquesnes, parlementaire cdH, réaffirme, comme José Renard, que le « Zéro phyto» donne un cap. Beaucoup de démarches sont à soutenir. Il faut communiquer vers les consommateurs. L’enjeu actuel est important car on ne sait pas dans quelle mesure les mélanges de PPP sont dangereux alors même que chaque PPP séparément ne serait pas toxique. Il prône le développement d’outils comme des coopératives, avec l’aide des pouvoirs publics wallons. Il faut arriver à valoriser ce qui est fait en Wallonie.

Les criées flamandes, qui sont elles-mêmes des organisations de producteurs, ont encore leur rôle à jouer, compte tenu notamment de leur aide au niveau logistique. En Belgique, 5 chaînes de distribution écoulent 90% des volumes. Il y a une évolution dans la demande de ces magasins pour aller vers des produits locaux, des produits de qualité différenciée mais, dès qu’il y a une promotion, il y a une pression pour diminuer le prix, indépendamment des coûts de production pour des produits de haute qualité.

Les horticulteurs sont à l’écoute de ce que veulent les citoyens. Il faudrait également que les pouvoirs publics et les politiques soutiennent les producteurs en communiquant sur ce que ceux-ci font comme efforts et en valorisant la qualité des produits wallons. Des études comme celles de Greenpeace sur les résidus trouvés sur les fruits et légumes sont reprises par la presse avec des raccourcis et des erreurs, et il est très difficile ensuite pour le secteur de rattraper le message négatif qui est passé. Le soutien aux activités de l’Interprofession ‘Fruits et Légumes de Wallonie’ est également évoqué puisque cette asbl vise justement à faire davantage consommer par les Wallons des fruits et légumes produits en Wallonie.

Pour les producteurs, il s’avère en tout cas important de ne pas faire de la Wallonie un désert économique au milieu de l’Europe en y mettant en place des règlements plus contraignants que dans les régions voisines. Selon François Desquesnes, il ne s’agit pas de réglementer mais de trouver, par le dialogue, les mesures qui permettront le plus d’avancer et qui auront un intérêt économique pour le producteur.

Le « Zéro phyto » en pommes de terre : une utopie qui ne tient pas la route !

Avant-dernière de la série des débats  « Zéro phyto » organisés par la FWA qui ont débuté à la mi-décembre pour se clôturer ce 31 janvier, cette conférence était consacrée aux productions de pommes de terre et s’est déroulée à Braine-le –Comte, en terres hennuyères où cette culture connait depuis longtemps un intérêt important. Il était donc nécessaire de faire le point sur ce projet de nos ministres wallons avec des représentants de la recherche, de l’encadrement et de l’industrie de transformation dans un secteur en plein développement et donc le succès de ces dernières années est incontestablement lié au professionnalisme extrêmement important de toute la filière.

Alain Masure

Michel Balcaen, membre de la Commission Productions végétales de la FWA et « patatier » dans la région d’Ath, a accueilli l’ensemble des orateurs et du public, en rappelant les énormes évolutions positives que les producteurs ont intégrées en la matière dans la conduite de leurs cultures depuis quelques années mais aussi, face à ces déclarations politiques jugées souvent excessives, les craintes des « campagnes » quant aux répercussions énormes que des décisions pourraient avoir en termes de revenus, l’agriculture étant d’abord et avant tout un métier et une activité économique.

Que veulent nos ministres ?

En tous cas, celui de l’Agriculture, René Collin, s’était fait représenté par Benoît Georges à cette occasion, lequel a pu rappeler les objectifs de la proposition ministérielle devant une assistance particulièrement attentive de plus de cent personnes. Reconnaissant d’emblée tout le chemin qui a déjà été parcouru par les agriculteurs (réduction des PPP grâce aux techniques culturales, agriculture de précision, contrôle des pulvérisateurs, systèmes d’avertissement et conseils par les centres pilotes, local phyto, aménagement des horaires de pulvérisation, récupération des emballages, lutte intégrée, phytolicence, démarches volontaires de certification VEGAPLAN),  Benoît Georges estime que ce projet de tendre vers l’absence de produits phytopharmaceutiques est dans une démarche qui existe depuis un certain temps déjà (juin 2014 et l’interdiction d’usage sur les zones liées au réseau de pluie) et qui devrait nous amener  en 2019 à plus de 50% du territoire wallon sans phyto.

Les consommateurs pour ?

D’après les études, les consommateurs se disent prêts à payer pour des produits alimentaires de qualité garantie, même si le « sondage du portefeuille » au supermarché ne confirme pas les mêmes intentions. Mais il faut quand même tenir compte de ces tendances et continuer à poursuivre le chemin déjà parcouru pour tendre vers une Wallonie avec une utilisation quasiment nulle de phyto. Ces dernières étapes qui seront les plus dures mais Benoît Georges affirme que la Wallonie veut travailler sans obligation et en concertation avec les différents secteurs, étant bien conscient qu’il faut une approche différenciée selon les cultures (plus facile à atteindre en prairie qu’en betteraves, pommes de terre ou horticulture). Cela s’inscrit aussi dans les thématiques de type « consommez wallon », avec des objectifs de valorisation des produits, de savoir-faire, d’exportation.

Les avantages du projet zéro phyto seraient multiples selon lui : la qualité des aliments (les consommateurs pouvant considérer qu’une production sans phyto est d’office de meilleure qualité), la diminution des risques « éventuels » pour la santé, la création d’une différenciation et d’une valeur ajoutée supplémentaire, la capacité à innover sans pour autant isoler la Wallonie qui deviendrait pionnière au niveau technique (des robots qui pulvériseraient uniquement les mauvaises herbes dans les 20-30 ans ? Non, nous ne sommes pas dans un nouvel épisode de Star Wars !), un cadre de vie plus favorable …

 Et le revenu des producteurs ?

Benoît Georges le rappelle une nouvelle fois, les agriculteurs doivent être des partenaires. La recherche est le 1er levier et peut travailler sur des aspects tels que les molécules alternatives, la lutte intégrée et des itinéraires de culture alternatifs. Dans un avenir proche, le Programme wallon de réduction des phytos (le PWDR) et la réforme de l’encadrement du secteur agricole et des centres pilotes prévue pour 2017 ainsi que le soutien à l’agriculture biologique et aux produits de qualité différenciée sont d’autres pistes qui leur sont proposées. Pour que le système réussisse, il faut que le consommateur soit d’accord avec l’idée. Un des leviers est d’utiliser la clause de durabilité dans les marchés publics (dans les écoles, communes, …) pour sensibiliser le consommateur. Tout cela doit être mis en place, avec des certifications. La démarche doit rester flexible et rester volontaire !

Quant à l’amélioration des revenus des agriculteurs (car moins de dépendance aux intrants), il reste un élément essentiel pour la réussite du programme. Il faut une rémunération juste pour l’agriculteur et établir un contrat de société entre consommateurs et agriculteurs. Le prix doit stimuler la prise de décision de ne pas traiter et pour que le consommateur suive, il faudra que le produit soit bien mis en évidence et bien identifié. Il faut donc travailler avec l’ensemble de la filière, jusqu’au distributeur.

Le CRA-W et les recherches pour une culture soucieuse de l’environnement.

 Le docteur Jean-Louis Rollot, du l’Unit » d’amélioration des espèces du  CRA-W à Libramont, rappela d’abord certains chiffres importants : l’évolution des surfaces et des rendements (de moins de 30 tonnes il y a 40 ans à 45-50tonnes par ha aujourd’hui) ; une baisse de la consommation en frais (130 à 25kg) mais une très forte augmentation de la transformation de pdt (de 140.000 tonnes en 1986 à 3,8 millions en 2014 – la Belgique est  devenue le premier exportateur au monde).

La production s’est adaptée à la demande des industriels, ce qui signifie une diminution drastique du nombre d’exploitations (11800 exploitations en 2015 pour 30.000 en 1986) et la professionnalisation des acteurs, les phytos ayant aidé à contrôler la production et sa qualité.

La pomme de terre est évidemment une culture difficile sur le plan des ravageurs et, parmi ceux-ci, le Mildiou dont le haut potentiel d’adaptation  le met dans des conditions très favorables en Belgique et nous impose de lutter dès son apparition dans les champs. Le mildiou évolue très vite et contourne les stratégies génétiques mises en place pour le combattre. Il est particulièrement difficile de trouver des variétés à bon rendement et aux caractéristiques adaptées à la transformation et qui correspondent  aux attentes des consommateurs et des industries, qui présentent en même temps une résistance suffisante au mildiou.

On a donc encore besoin de la recherche pour trouver des solutions face au mildiou et Jean-Louis Rolot insiste sur la nécessité de pouvoir utiliser des techniques innovantes, dans le cadre de la recherche de nouvelles variétés plus tolérantes, pour y parvenir dans des délais efficaces, telle la Cis-genèse, considérée à tort comme une technique « OGM » pure et dure, alors qu’il s’agit bien de transfert de gènes ciblés au sein d’une même et seule espèce. Avec cette technique, on gagne un temps appréciable car on peut gagner plus de 20 ans sur le processus de création des variétés par hybridation classique. De plus, il y a la possibilité d’empiler les gènes permettant la tolérance ;

Actuellement existe le système de réseau d’avertissement pour le mildiou ; il permet le suivi des populations dans le pays  et collecte les données météo. Le CRA-W fait partie d’un programme européen de surveillance des souches du mildiou et étudie la sensibilité des variétés, notamment  par des essais au champ de toute une série de variété sans traitement contre le mildiou. Les principales variétés utilisées en Belgique sont hélas très fragiles face au mildiou. Ces tests permettent par ailleurs  de déterminer quelles variétés pourraient être utilisées en production bio.

En plants, le problème du virus Y est important ce virus est responsable du déclassement de plus de 95 % des lots. L’intensité des vols de pucerons conditionne fortement le risque et oblige les producteurs à protéger de manière intensive leurs cultures au moyen d’insecticides et d’huiles minérales paraffiniques. Le CRA participe à la certification des lots de plants au niveau officiel. Un autre domaine de recherche concerne l’évaluation d’efficacité de produits de protection alternatifs (en laboratoire et au champ).

Le CRA-W mène aussi des recherches sur la conservation des plants : l’objectif est bien de pouvoir conserver les plants à une température moins élevée sans utilisation d’antigerminatif (puisque interdit pour les plants).

 

La clinique des plantes de l’UCL : des stratégies innovantes pour contrôler les maladies !

Anne Legrève, professeur à la Faculté des Bioingénieurs de UCL, est co-responsable du laboratoire de Pathologie végétale. Elle y mène des activités d’enseignement et une partie « services » : la clinique des plantes participe à l’analyse de pathologies, aux avertissements et à la vulgarisation, tandis que le comité phyto s’occupe davantage de la  phytolicence et du programme de réduction des phytos – le PWRP).

Au niveau du laboratoire microbiologie, on développe des recherches en appui à la protection intégrée des cultures et au « zéro phyto ». Il s’agit de stratégies innovantes pour le contrôle des maladies des plantes sur plusieurs plans : l’amélioration variétale, la lutte biologique, la stimulation des défenses naturelles des plantes (les éliciteurs) et le développement d’outils d’aide à la décision.

En ce qui concerne la protection intégrée, il s’agit d’une approche systémique, où l’on recherche notamment les facteurs qui limitent la propagation de la maladie. On peut agir de différentes manières : via les pratiques culturales (connues par les agriculteurs), par le développement d’outils d’aide à la décision pour mieux prévenir l’arrivée des pathogènes, par le monitoring des maladies pour mieux les connaître. Le contrôle biologique consiste à utiliser de manière raisonnée des organismes vivants qui vont limiter, voire supprimer, les activités des populations de pathogènes. Mais il reste une place pour le contrôle chimique.

Le laboratoire travaille à différents niveaux et sur différentes stratégies, tels que les capteurs de spores dans les champs. Par analyse moléculaire, on peut évaluer ainsi tout ce qui « vole » au-dessus du champ. Puis on évalue quels facteurs prédisent à la forte présence des inoculum au-dessus des champs. Actuellement développés au niveau du blé, il serait intéressant de développer certains modèles au niveau du mildiou.

Les recherches portent sur les différents types d’antagonismes, direct (un champignon qui empêche un autre champignon de se développer) ou indirect (microorganismes qui stimulent l’expression du système immunitaire de la plante).

Anne Legrève commente le projet « WACOBI »,  où l’on examine les propriétés intéressantes de certaines bactéries pour limiter le développement des pathogènes. Après des tests permettant de mieux connaitre le fonctionnement des processus de plus de 2500 souches différentes, les tests en champ ont débuté. Les résultats actuels ne permettent en tous cas pas de combattre efficacement le mildiou et il faudra encore du temps avant que ce type de mécanisme puisse être utilisé. La patience s’impose donc !

A côté de la problématique « mildiou », celles de gale commune, de l’alternariose et des champignons (projet PROBIOM) qui pourraient être utiles en lutte biologique sont également examinées. Pour le moment, les tests se limitent au maïs mais les champignons isolés pourraient avoir un spectre plus large et pourraient donc être utilisé sur d’autres cultures.

Le projet Elibio concerne l’étude des capacités élicitrices et protectrices de l’éliciteur. C’est quoi l’éliciteur ? il s’agit d’une molécule qui va stimuler une réaction dans la plante pour que celle-ci se mette à combattre elle-même le ravageur. Dans une attaque, on distincte l’expression des gènes du pathogène et l’expression des gènes de la plante pour contrer l’infection. Comment la plante fait-elle pour réagir ?

Le professeur Legrève conclura donc que la recherche doit venir en appui à la protection intégrée des cultures et, à plus long terme, à la réduction maximale d’utilisation de produits phytos sinon au zéro phyto proprement dit.

Un service d’avertissements performant

Adrien Degavre, ingénieur au CARAH, présente le service d’avertissement financé par la Wallonie et les agriculteurs eux-mêmes (par les abonnements). Trois partenaires collaborent à ce niveau : le CARAH, pour la rédaction des avertissements et les essais en champ, le CRA-W pour la recherche et les essais au champ également et Pameseb (fusionné avec CRA) pour les données météo.

C’est un service complet qui ne couvre pas uniquement la lutte anti-mildiou. Les services d’avertissements permettent de réduire l’utilisation des phytos qui permet de « gagner » de 1 à 4 traitements. La culture de la pomme de terre est gourmande en phyto, notamment UGG Stiefeletten günstig en désherbage (en pré-émergence : besoin d’une longue rémanence) mais aussi en insecticides contre les pucerons. En fin de cycle, le défanage demande aussi une utilisation de phyto.

Dans la lutte contre le mildiou,  les avis avec des observations de terrain, conseil des types de produits à utiliser et une date de traitement, en fonction de la classe de variété que l’agriculteur utilise, sont des éléments importants. En 2016, il y a eu au minimum 20 traitements et, au niveau des foyers eux-mêmes, il a fallu traiter encore plus. Dans le cas de cette maladie, seuls les traitements préventifs sont vraiment efficaces.

Par conséquent, Adrien Degavre se demande comment encore diminuer l’utilisation de phyto. Et il cite alors un ensemble de mesures qui peuvent y contribuer : l’importance de la rotation, le travail du sol (non labour, faux semis, buttage différé), le maintien de la matière organique (meilleure efficacité des phytos), la fertilisation, la lutte contre les insectes avec les avertissements pucerons (comptage des pucerons et des auxiliaires), les traitements contre les doryphores, la préservation des auxiliaires, …

Au niveau du défanage, on peut pratiquer le broyage mécanique (qui n’est pas efficace sur les adventices présentes dans le champ) ou le  défanage thermique qui va constituer des dépenses énergétiques conséquentes. En ce qui concerne la conservation des pommes de terre, se pose la problématique des résidus sur les tubercules (certaines molécules sont fort rémanentes et on s’expose donc au risque d’interdiction). Il existe des alternatives mais elles ne sont pas toutes applicable à tous les modes de commercialisation, comme par exemple l’huile de menthe qui donne une odeur et reste dans le produit final.

Aujourd’hui, conclut Adrien Degavre, se passer des phytos n’est pas possible car cela se traduirait par des coûts supplémentaires avec en outre un rendement moindre. Trop peu d’alternatives efficaces et rentables existent. Le Cuivre qui est utilisé en bio est un métal lourd et présente des risques pour l’environnement ; cela montre la complexité des solutions alternatives.

Lutosa et les transformateurs très perplexes !

Hugo Morelle de la société LUTOSA rappelle les exigences du transformateur : produire des frites et des spécialités de qualité qui tiennent compte du souhait des clients et des possibilités agronomiques pour les agriculteurs. L’importance de la sécurité de l’approvisionnement de l’usine est un élément essentiel au niveau de la filière ; il faut donc des quantités suffisantes pour le transformateur, d’un bon niveau de qualité, sans OGM dans l’état actuel des règlementations, assurant un revenu correct aux agriculteurs mais en visant une diminution des intrants dans le futur. Les critères de qualité que l’industrie exige ont évidemment un impact au point de vue agronomique : iI faut des plants sains, une lutte efficace contre les mauvaises herbes (le désherbage mécanique est possible à petite échelle mais n’est pas applicable en grandes cultures). Hugo Morelle rappelle les principaux points du cahier des charges de Lutosa : des pommes de terre indemnes de maladie : pour le mildiou, les traitements sont évidemment nécessaires, comme les orateurs précédenst l’ont tous clairement souligné. Sinon, il faudra se tourner vers les OGM (la « Bintje PLUS » obtenue par cis-genèse, la recherche de nouvelles variétés). Pour les nématodes, le problème est plus important en Flandre. Pour les insectes,  le problème se pose surtout pour les cultures de plants mais pas forcément pour les cultures de tubercule. La présence de taupins et de limaces redevient un souci pour les industries car on a plus de produits qui nettoie complètement le sol. Contre l’alternaria, plusieurs traitements sont nécessaires à partir de la floraison, sur base d’avertissements. Pour le poste « conservation », un anti-germinatif, tel l’hydrazyde maléïque, est utilisé durant la culture, le CIPC pendant le stockage. Les alternatives ne sont pas toutes acceptées par l’industrie (test actuellement de l’éthylène qui influence la couleur lors de la friture et de l’huile de menthe qui peut apporter un goût au produit fini). Ces alternatives sont beaucoup plus chères et ne sont pas réalistes pour l’industrie aujourd’hui.

En conclusion, Hugo Morelle demande encore du temps et des résultats de recherche probants pour s’engager plus avant dans le scénario « zéro phyto ».

Le rôle de la FWA !

Il revenait une nouvelle fois au président de la FWA, Joseph Ponthier, à rappeler le travail de réflexion et de discussion que notre organisation a voulu mener dans ce dossier de manière totalement responsable et démocratique. Le projet « zéro phyto » mérite d’être décortiqué sous tous ses aspects : technique, environnemental et économique. Il mérite aussi un débat clair et accessible à tous les acteurs concernés, puisque en plus des agriculteurs et des spécialistes de divers niveaux qui ont eu l’occasion de s’exprimer au cours des différentes conférences, les élus politiques communaux et régionaux y ont également été conviés. La FWA veut en tout cas que la décision finale sur ce projet tienne compte de façon objective de tous les avis et expertises divers, tant à décharge qu’à charge.

Le «Zéro phyto» ne fait pas le pois

La dernière en date des 8 réunions de réflexion initiées par la FWA à propos du projet «Zéro Phyto» était consacrée aux légumes d’industrie. Il en ressort que comme pour les autres productions, ce ne sont pas seulement les producteurs mais bien l’ensemble de la filière qui craint le pire si une telle mesure devait être d’application en Wallonie dans un avenir dont certains nous disent maintenant qu’il ne sera peut-être pas si proche que ça.

Bernard Kersten

Avec un peu moins de 15.000 ha en Wallonie, la culture des légumes destinés à l’industrie de transformation représente évidemment beaucoup moins (du moins en matière de superficie emblavée; pour ce qui est de la valeur ajoutée c’est autre chose) que des productions comme le froment (130.000 ha), les betteraves ou les pommes de terre (35.000 ha). L’organisation d’un débat «zéro phyto» spécifiquement consacré à ces «petites» cultures qui occupent seulement 2% de la SAU wallonne était-elle dès lors pertinente? A en juger par la présence nombreuse des agriculteurs à Momalle, en ce compris une proportion non négligeable de producteurs n’étant pas directement concernés par les légumes, il ne fait guère de doute que la réponse est clairement oui.

En fait plusieurs spécificités de ces productions font qu’elles méritaient de faire l’objet d’une réflexion plus approfondie. Nous pensons particulièrement à deux d’entre elles.

Il y a tout d’abord le fait que c’est vraiment mal à propos que l’on parle le plus souvent de légumes destinés à l’industrie «de transformation» dans la mesure où la plupart d’entre eux ne subissent justement aucune autre transformation qu’un nettoyage, un triage, un calibrage et un conditionnement. On a donc à faire à un circuit très court où l’industriel est directement en contact tant avec l’agriculteur qu’avec le consommateur. Pour les autres secteurs, les acheteurs sont unanimes à clamer que non seulement ils ne sont absolument pas en mesure d’offrir une quelconque plus-value à une production «zéro-phyto», mais ils se disent en outre très inquiets quant à leur approvisionnement, tant du point de vue quantitatif que qualitatif. Il était donc particulièrement intéressant de connaître le point de vue des acheteurs dans une filière plus courte où l’industrie est très proche du consommateur.

Qu’une partie non négligeable de la filière soit aujourd’hui passée en mode bio constitue l’autre point particulièrement intéressant de cette filière. Même s’il nous a une nouvelle fois été dit qu’il ne fallait pas confondre zéro phyto et 100% bio, l’expérience acquise dans ce domaine peut être particulièrement enrichissante. Elle permet en effet de beaucoup mieux appréhender les possibilités mais aussi les limites d’une culture conduite sans le recours à des produits de protection des plantes de synthèse.

 

Last…but not least

C’est à Amaury Poncelet, producteur membre de l’Apli qu’il revenait d’introduire le débat. L’Association des Producteurs de Légumes Industriels regroupe 80 exploitations produisant sur environ 2.000 ha haricots, fèves de marais, épinards, carottes, choux de Bruxelles, cerfeuil et panais commercialisés par la coopérative Apligeer et destinés à la société Hesbaye Frost à Geer.

Outre les points évoqués plus haut, Amaury Poncelet n’a pas manqué de mettre en exergue d’autres spécificités du secteur, comme notamment:

- le fait que plus de la moitié des légumes produits en Wallonie sont surgelés en Flandre, un détail qui n’est pas sans importance dans ce débat;

- le légume se cultive dans le cadre d’une rotation. Il est donc simpliste d’isoler les problèmes agronomiques liés à l’interdiction des produits de protection des plantes en légume;

- le marché potentiel limité pour la plupart des légumes et les coûts exorbitants liés au développement et à l’agréation des produits phytosanitaires entraînent un désintérêt des firmes actives dans ce domaine avec comme corollaire une érosion constante du panel de solutions disponibles;

- même constat pour la recherche variétale qui peine également à proposer des variétés plus résistantes comme c’est le cas en grandes cultures;

- la filière relativement courte a fait de longue date prendre conscience aux producteurs de l’importance de la qualité. La filière a d’ailleurs été la première à s’inscrire dans des cahiers de charges. Mais comme le dit si bien Amaury Poncelet, «le plus beau label de qualité, n’est-ce pas le petit sachet que chacun d’entre nous se garde le jour de la récolte pour alimenter sa famille?».

- la filière ne peut s’envisager qu’à l’échelle européenne. Une politique régionale créant une distorsion de concurrence serait intolérable.

Pour la suite, nous ne résistons pas à l’envie de vous livrer tels quels de larges extraits de l’intervention de M. Poncelet: «Quand Henry de Marneffe, secrétaire de la FWA de Waremme, m’a demandé d’intervenir, il a insisté pour que mon introduction reste ouverte et constructive.

Pendant des nuits et des nuits, j’ai tenté d’éprouver de la compréhension pour le zéro phyto. Après 10 jours d’efforts, j’ai pensé que c’était peut-être une belle façon d’occuper massivement les réfugiés de toute nature. Il m’a encore fallu 10 jours de réflexion pour envisager que l’on trouverait peut être enfin la solution miracle au problème de l’érosion incessante du prix des matières premières agricoles.

Mais quand même, restons sérieux! Après la réduction drastique des DPU qui nous met à mal, après le PGDA et son cortège d’obligations, et notre classement en zone vulnérable qui nous complique la vie tout au long de l’année (Apl, terres en pentes, transferts de matières organiques), après la fin des quotas betteraviers, véritable séisme dans la région, après avoir accepté sans sourciller les principes de l’IPM qui révolutionne le suivi de nos parcelles, après l’ensemble des éco conditionnalités, les SIE, et j’en passe, on devrait encore être naïf de croire que c’est la prochaine contrainte, le zéro phyto, qui va sauver l’agriculture?! Permettez-moi d’en douter (et je ne pense pas être le seul agriculteur de cet avis).

Mais qu’a donc bien fait la phytopharmacie au bon Dieu pour se retrouver ainsi clouée au pilori alors que l’on attend monts et merveilles de la chimie pour trouver des remèdes miracles dans les domaines de la médecine, de la transition énergétique et de la durabilité en général?

Nous avons conscience que l’on doit encore travailler à perfectionner les itinéraires culturaux. Par contre, nous refusons que notre travail soit condamné au mépris de la science par les idéologues des temps modernes où la post vérité est devenue un phénomène inquiétant. Combien de fois ne sommes-nous pas tombés du fauteuil du tracteur en entendant ou en lisant toutes sortes de contrevérités qui nous blessent. Le grand public aime à placer l’agriculteur conventionnel dans le camp des méchants et même Philippe Baret, doyen de la faculté des bio-ingénieurs de l’UCL, n’hésite pas d’affirmer qu’une partie des frais d’alimentation des ménages se retrouve sur la facture de la sécurité sociale, sous entendant que nous empoisonnons les gens!

En roi de la post-vérité, Trump nous intrigue avec son slogan «America first»; on craint dans notre cas, la politique de «Wallonie last»». 

Notre image en prend un coup

Pour un intervenant dans un débat quel qu’il soit, prendre la parole face à un public dont on sait par avance qu’il n’est pas du tout acquis à la cause n’est pas chose aisée. A Momalle, c’est une fois encore à José Renard, chef de cabinet adjoint du Ministre René Collin que revenait la délicate mission de présenter la position du ministre dans un dossier tout aussi délicat.

Pour avoir eu l’occasion de l’entendre dans le même rôle à l’occasion de la première réunion, consacrée celle-là aux céréales, nous pouvons écrire que son discours a un peu évolué. De là à en déduire que cette évolution traduit une volonté politique d’amender fondamentalement le projet, il y a un pas qu’à ce stade nous nous abstiendrons bien de franchir. En fait c’est davantage sur la forme que sur le fond que le discours a changé. Monsieur Renard, qui n’est quand même pas un perdreau de l’année, semble notamment avoir renoncé à tenter de convaincre le monde agricole du bien-fondé ugg stiefel verkauf de la démarche «zéro-phyto». Tout au plus s’est-il borné à essayer de rassurer le public, en parlant notamment d’un «projet à très long terme d’une agriculture qui n’utiliserait plus ou peu de produits de synthèse».

Mais là encore, la mission s’avère bien difficile. Pas certain en effet que beaucoup de participants s’en seront retournés chez eux convaincus qu’après avoir «embarqué le consommateur dans le projet» (Ndlr: plus facile à dire qu’à faire), celui-ci sera alors tout disposé à ouvrir plus grand son portemonnaie pour ses dépenses alimentaires et que, in fine, le producteur recevra (enfin) une juste rémunération. Nous reviendrons plus loin plus en détail sur l’intervention du représentant de l’industrie mais précisons d’emblée que pas plus que pour les productions évoquées à l’occasion des débats précédents, il n’entrevoit la moindre opportunité de valoriser commercialement ce concept utopique.

A l’entame de son intervention, José Renard a admis que le «projet zéro phyto» a souffert dès le départ de grosses erreurs de communication. Certainement, mais que faut-il précisément entendre par là? C’est que la «communication» a progressivement remplacé l’informatique au hit-parade des prétextes universels. Il n’y a pas encore très longtemps, dès que quelque chose allait de travers, c’était «la faute à l’informatique». Aujourd’hui c’est la faute à la communication…

On ne peut évidemment que partager le point de vue de Monsieur Renard quand il dit que l’on n’a pas assez (pas du tout) insisté sur le chemin déjà parcouru par les agriculteurs et les nombreux efforts consentis. Comme l’a toutefois fait remarquer Bernard Decock durant le débat, il y a aussi un autre couac de communication, infiniment plus dommageable celui-là car sans doute irréversible: pour le grand public et les médias, l’annonce fracassante du projet «zéro-phyto» a le plus souvent été comprise comme «maintenant on va enfin produire de la qualité» (sous-entendu: et jusqu’ici on vous a fourni de la m….). Le monde agricole ne saura jamais assez remercier nos représentants politiques d’avoir ainsi terni son image et anéanti les innombrables efforts de communication du secteur.

 

Des cultures difficiles

Laurence Limbort du Cpl-Vegemar a d’abord situé l’importance de la production de légumes en Wallonie, une production qui a vu les superficies qui lui étaient consacrées progresser de 50% au cours des quinze dernières années. Si les petits pois représentent à eux seuls plus de la moitié de la surface, la liste des différents légumes produits chez nous est impressionnante: depuis les haricots jusqu’aux carottes en passant par les différentes espèces de choux, les céleris, les poireaux, les asperges….  il est impossible de les nommer tous.

On a déjà évoqué les difficultés pour ces petites cultures qui ne représentent qu’un marché de niche pour les fournisseurs de disposer d’une offre suffisamment étoffée de moyens de protection ou de variétés performantes en termes de résistance. Pour les organismes de recherche et d’encadrement s’y ajoute une difficulté supplémentaire: la grande diversité des cultures. On peut en effet aisément comprendre que ce qui est vrai pour le petit pois par exemple le sera rarement pour l’asperge, la carotte ou le chou de Bruxelles.

Autre spécificité: il s’agit de productions qui, certes, offrent une haute valeur ajoutée mais pour lesquelles le coût des intrants est supérieur alors que les exigences qualitatives des acheteurs sont particulièrement élevées. C’est dire à quel point l’impact financier des éventuels accidents culturaux peut être important.

Comme pour les autres cultures, la tendance est clairement ici à la réduction des quantités de produits de protection des plantes utilisées. Cette tendance n’est pas seulement la conséquence du développement de la lutte intégrée ou de la mise en œuvre du Programme Wallon de Réduction des Pesticide; elle fait également suite au retrait d’un nombre croissant de matières actives.

Le CPL-Vegemar réalise de nombreux essais portant notamment sur les réductions de doses, avec, selon les cas, des réponses divergentes. Ainsi dans un essai réalisé sur les traitements de post-émergence en désherbage d’épinard, on observe une (logique) corrélation entre la dose appliquée et l’efficacité du traitement. A l’inverse, dans un essai de réduction d’apport de bentazone en désherbage de pois, on observe que le résultat final est davantage lié à l’année ou à l’état initial de salissement de la parcelle qu’aux quantités de produit apportées.

En épinard, un essai fongicide a mis en évidence qu’outre la dose appliquée, le choix du produit pouvait considérablement influencer le niveau de résidu à la récolte.

Laurence Limbort a également présenté les essais réalisés en culture intégrée ainsi que quelques-uns des systèmes d’avertissement mis en place ou en cours de développement.

Yaka?

Méconnaissant totalement l’agronomie et ses réalités, d’aucuns se demandent tout simplement pourquoi une majorité d’agriculteurs persistent à vouloir utiliser des produits de traitement alors que les producteurs bio s’en passent sans problème. Sans problème, vraiment?

En charge du volet bio au CPL-Vegemar, Julie Legrand allait-elle confirmer ce «y a qu’à»? Le moins que l’on puisse écrire est que, en présentant les possibilités mais aussi les limites des techniques utilisées en agriculture bio, son propos fut à tout le moins nuancé.

En bio, l’adage «il vaut mieux prévenir que guérir» s’applique à tous les niveaux. C’est notamment le cas pour le désherbage où les méthodes préventives (déchaumage, labour, faux semis…) sont d’une importance capitale. Elles sont hélas rarement suffisantes et le désherbage mécanique est souvent incontournable. Bineuses, herses-étrille, houes rotatives…, le tout éventuellement lié à des technologies telles que le guidage optique ou le GPS, peut donner d’excellents résultats. Ceux-ci seront toutefois largement dépendant des conditions climatiques. Pour une efficacité optimale, il importe en effet de pouvoir accéder à la parcelle alors que les adventices sont encore jeunes mais aussi que l’intervention soit suivie de 48 heures sans pluie pour éviter le repiquage des adventices.

Il y a également le désherbage thermique et, en dernier recours, le désherbage manuel qui a pour effet d’exploser le coût du désherbage.

A ce propos, quelques chiffres intéressants ont été avancés par Julie Legrand. Si en pois ou haricot le désherbage sans produits de synthèse a pour effet d’en multiplier le coût par un facteur de 2,5 à 3 par rapport au désherbage chimique, en carotte, où on compte entre 50 et 200h de désherbage manuel par hectare, le différentiel atteint un facteur 10! (de 210 €/ha à 2.180).

Sans phyto, la lutte contre les maladies est d’autant plus compliquée que les moyens curatifs sont peu efficaces. La combinaison de différentes méthodes préventives constitue donc la base de la lutte fongicide: choix variétal, rotation longue, date et densité de semis…

Pour le curatif, certains biopesticides, provenant le plus souvent de micro-organismes, offrent des perspectives intéressantes. On notera également qu’apparaissent sur le marché un nombre croissant de produits autorisés comme engrais mais avec une action biostimulants, SDN, antagoniste… A ce stade, la confirmation objective de leur efficacité fait hélas souvent défaut.

Dans ces conditions, les pertes de rendement, variables d’une année à l’autre, sont inévitables. A fortiori si le recours aux biopesticides n’est pas autorisé, ce qui ne semble toutefois pas être le cas dans le cadre du projet zéro phyto.

Dans les grands principes, on peut pratiquement écrire la même chose à propos de la lutte contre les insectes, à savoir l’importance des mesures préventives (en partie les mêmes que pour la lutte fongicide) et l’existence de biopesticides.

Pour le préventif, on ajoutera l’association de plantes pour leurrer les insectes (mais qui pose problème à la récolte) ou l’entretien des haies et bandes fleuries afin d’attirer les auxiliaires. Du coté des biopesticides, on peut citer les pyrèthres naturels (très peu sélectifs), les huiles végétales ou encore des micro-organismes tels que la bactérie BT permettant de lutter contre les chenilles.

On le voit, il est effectivement possible de cultiver des légumes sans utiliser de produits de synthèse. Toutefois, sans ceux-ci, la maîtrise des adventices mais plus encore la lutte contre les maladies et les insectes exigent beaucoup d’observation, de réactivité et de technicité de la part de l’agriculteur. Elles entraînent de surcroit des coûts pouvant être (beaucoup) plus élevés. Et en ce qui concerne le rendement, les choses sont simples: cela peut aller de pertes nulles, avec un rendement comparable à celui obtenu avec une conduite culturale conventionnelle, jusqu’à rien moins que la perte totale de la culture.

Du bio: au rythme du marché

La branche agronomique de Hesbaye Frost, c’est aujourd’hui le groupement de producteurs Apligeer. Son directeur, Jean-Marie Pirard, est venu présenter la position de l’industrie non sans rappeler que Hesbaye Frost représente 280 emplois équivalents temps plein. La production annuelle, en constante croissance atteint 120.000 tonnes dont –et c’est évidemment un élément important dans le débat- 85% partent à l’exportation.

Ni l’industrie du légume ni les distributeurs qui commercialisent leurs produits n’ont évidemment attendu le projet zéro phyto pour se préoccuper de la qualité du produit fini et en particulier du niveau des éventuels résidus de produits de traitement.

Avec une norme fixée à 0,01ppm, soit en fait la limite de détection, le babyfood constitue de ce point de vue une sacrée école. Mais chez Hesbaye Frost on n’a pas hésité à étendre ce principe à d’autres produits au point qu’aujourd’hui plus de la moitié de la production est labélisée «zéro résidus».

Ici le concept IPM s’est traduit en ‘Mimosa’ pour «Minimum Impact, Maximum Output, Sustainable Agriculture» ou en français, minimiser les résidus et l’impact des cultures sur l’environnement, maximaliser les rendements, la qualité et la compétitivité, le tout en préservant la durabilité de l’environnement.

N’oublions pas non plus que la production bio, en croissance constante, représente aujourd’hui 15% du volume produit par Hesbaye Frost.

Mimosa, 15% en bio, 50% en zéro résidus, sans parler du babyfood: avec une telle attention apportée à la qualité et en particulier aux résidus phytos, on pourrait penser qu’Hesbaye Frost voit d’un bon œil l’arrivée du projet zéro phyto. Et bien pas du tout! C’est même franchement le contraire.

Prenons le cas de la production zéro résidu. Si on en arrive à un tel résultat c’est justement par la maîtrise des conditions culturales et en particulier l’utilisation raisonnée et optimalisée des produits phytosanitaires. Et puis ce qui est vrai en pois par exemple ne l’est pas forcément en haricots, particulièrement vulnérables face au sclerotinia, ou en fèves des marais, dont raffolent les pucerons, pas plus qu’en choux de Bruxelles qu’apprécient tant les chenilles.

Pour M. Pirard, il fait peu de doute que si demain la Wallonie optait pour une politique zéro phyto, cela entrainerait une telle distorsion de concurrence par rapport aux régions et pays voisins qu’il s’ensuivrait un déplacement immédiat des zones de culture. Si une poignée de consommateurs wallons est peut-être disposée à payer davantage un produit vaguement positionné quelque part entre le bio et le conventionnel, obtenir un cent de plus de l’acheteur allemand ou anglais relève de la pure utopie (et pour rappel, 85% de la production d’Hesbaye Frost est destinée à l’exportation)

Quant au bio, il est certes en croissance constante et rien ne porte à croire que cette croissance s’arrête dans l’immédiat mais ici aussi il faut que l’offre corresponde à la demande. Et la demande, actuellement, c’est 85% d’acheteurs qui sont davantage sensibles au prix qu’à un légume produit selon les normes agrobiologiques.

 

Interdire le glyphosate ? REAGISSEZ !!!

Solidaris, en collaboration avec Greenpeace, a lancé récemment une pétition visant à interdire le glyphosate dans notre région.
Nous avons voulu réagir et nous vous invitons à le faire également en faisant parvenir ce courrier type (téléchargeable en PDF ici)  à Solidaris à l’adresse suivante:
Mutualité Solidaris - Service Promotion de la santé
Rue Saint-Jean, 32-38
1000 Bruxelles

Madame, Monsieur

Vous nous faites parvenir une pétition qui  concerne le glyphosate.
En tant qu’agriculteurs, nous sommes les premiers concernés par l’utilisation de produits phytopharmaceutiques.
Depuis des années, nous essayons de les utiliser à bon escient, le moins possible et de la façon la plus sécurisée pour nous-mêmes, pour notre entourage, pour les consommateurs et pour l’environnement.
Certains de ces produits sont de grande utilité pour fournir à nos concitoyens des produits en quantité et qualité à des prix raisonnables.

Nous respectons le bon usage agricole et des doses recommandées et agréées, faisant périodiquement contrôler notre matériel d’épandage, tenant des fiches de traçabilité, respectant les délais d’attente… La législation qui encadre ces pratiques est extrêmement sévère et nous sommes tenus de la respecter scrupuleusement, sous peine de sanctions.

Il faut également savoir que le glyphosate est un désherbant et que chez nous, il est utilisé bien avant les semis, ou après la récolte, et que les végétaux susceptibles d’être consommés par les hommes ou les animaux ne sont jamais pulvérisés avec cette molécule en Europe. Cela réduit considérablement le risque d’en retrouver des traces dans l’alimentation, ce que montrent les chiffres de l’AFSCA, puisque sur 207 échantillons de produits alimentaires analysés en 2013, seuls deux se sont révélés comporter des résidus de glyphosate (à des niveaux qui ne sont pas dangereux pour la santé lors d’une consommation normale quotidienne).

Par ailleurs, le glyphosate nous est très utile pour permettre de réaliser des mesures importantes pour l’environnement, tels que la diminution de l’azote dans les eaux, la limitation des risques d’érosion ou le travail simplifié du sol. La suppression de cette substance active pourrait donc limiter la capacité des agriculteurs à mettre en place ces mesures à vocation environnementale.
Il serait donc contreproductif d’interdire le glyphosate, d’autant que les alternatives qui peuvent être mises en place, lorsqu’elles existent, sont plus dommageables pour la santé que le glyphosate lui-même.
Techniquement, il s’avère que les risques cancérogènes qu’on attribue au glyphosate sont en réalité liés aux adjuvants présents dans le produit tel qu’il est commercialisé. Or, depuis ce 1er janvier 2017, par mesure de précaution, tous les produits à base de glyphosate contenant les adjuvants suspects ont été interdits en Belgique par le Ministère Fédéral de la Santé qui gère les agréations. Seules les formules sans ces adjuvants restent autorisées pour un usage qui a encore été restreint.

Vous pouvez lire toutes les informations sur la page :
http://fytoweb.be/fr/produits-phytopharmaceutiques/usage/utilisateur-professionnel/glyphosate 

Nous craignons que le glyphosate, parce qu’il est fortement médiatisé, ne soit pointé du doigt à tort, et interdit sur notre territoire, avec le risque qu’il soit remplacé par des produits plus dangereux pour l’agriculteur comme pour le consommateur. De plus, si la Wallonie est la seule à interdire ce produit, cela n’empêchera pas nos consommateurs d’y être confrontés via des produits alimentaires importés de pays extra-européens où les législations sont moins sévères que les nôtres.

Nous participons depuis plusieurs années, au sein de notre organisation professionnelle (la Fédération Wallonne de l’Agriculture) à une réflexion approfondie, scientifiquement étayée nike billig kaufen et indépendante sur l’usage de “pesticides”. Les agriculteurs sont conscients de l’importance que peut jouer leur secteur dans l’avenir de notre planète, la lutte contre le réchauffement climatique, l’environnement en général. La FWA a organisé une dizaine de réunion autour de la problématique « Zéro Phyto » durant cet hiver. Vous pouvez en lire les comptes-rendus dans le journal “PleinChamp”.

Enfin, nous voulons vous rappeler que la terre est notre outil de travail : nous y sommes profondément attachés, ainsi qu’à la mission principale de notre métier : nourrir nos concitoyens.

Nous tenons à sortir de nos exploitations des produits de qualité, c’est notre fierté.

Pour toutes ces raisons, nous ne signerons pas votre pétition.

Nous sommes prêts à en discuter directement avec vous, ou au travers de nos représentants à la Fédération Wallonne de l’Agriculture (eb.aw1545036594f@awf1545036594 ou 081/60.00.60). N’hésitez pas à prendre contact !

De notre côté, nous nous engageons à poursuivre l’évolution de notre profession vers un modèle encore plus durable.

Avec nos salutations les meilleures

 

 

Interdire le glyphosate ? REAGISSEZ !!!

Solidaris, en collaboration avec Greenpeace, a lancé récemment une pétition visant à interdire le glyphosate dans notre région.
Nous avons voulu réagir et nous vous invitons à le faire également en faisant parvenir ce courrier type (téléchargeable en PDF ici)  à Solidaris à l’adresse suivante:
Mutualité Solidaris du Brabant Wallon, Chaussée de Mons 228, 1480 Tubize

Ou par mail: eb.si1545036594radil1545036594os@wb1545036594.eili1545036594ffa1545036594
 

Madame, Monsieur

Vous nous faites parvenir une pétition qui  concerne le glyphosate.
En tant qu’agriculteurs, nous sommes les premiers concernés par l’utilisation de produits phytopharmaceutiques.
Depuis des années, nous essayons de les utiliser à bon escient, le moins possible et de la façon la plus sécurisée pour nous-mêmes, pour notre entourage, pour les consommateurs et pour l’environnement.
Certains de ces produits sont de grande utilité pour fournir à nos concitoyens des produits en quantité et qualité à des prix raisonnables.

Nous respectons le bon usage agricole et des doses recommandées et agréées, faisant périodiquement contrôler notre matériel d’épandage, tenant des fiches de traçabilité, respectant les délais d’attente… La législation qui encadre ces pratiques est extrêmement sévère et nous sommes tenus de la respecter scrupuleusement, sous peine de sanctions.

Il faut également savoir que le glyphosate est un désherbant et que chez nous, il est utilisé bien avant les semis, ou après la récolte, et que les végétaux susceptibles d’être consommés par les hommes ou les animaux ne sont jamais pulvérisés avec cette molécule en Europe. Cela réduit considérablement le risque d’en retrouver des traces dans l’alimentation, ce que montrent les chiffres de l’AFSCA, puisque sur 207 échantillons de produits alimentaires analysés en 2013, seuls deux se sont révélés comporter des résidus de glyphosate (à des niveaux qui ne sont pas dangereux pour la santé lors d’une consommation normale quotidienne).

Par ailleurs, le glyphosate nous est très utile pour permettre de réaliser des mesures importantes pour l’environnement, tels que la diminution de l’azote dans les eaux, la limitation des risques d’érosion ou le travail simplifié du sol. La suppression de cette substance active pourrait donc limiter la capacité des agriculteurs à mettre en place ces mesures à vocation environnementale.
Il serait donc contreproductif d’interdire le glyphosate, d’autant que billig nike air max les alternatives qui peuvent être mises en place, lorsqu’elles existent, sont plus dommageables pour la santé que le glyphosate lui-même.
Techniquement, il s’avère que les risques cancérogènes qu’on attribue au glyphosate sont en réalité liés aux adjuvants présents dans le produit tel qu’il est commercialisé. Or, depuis ce 1er janvier 2017, par mesure de précaution, tous les produits à base de glyphosate contenant les adjuvants suspects ont été interdits en Belgique par le Ministère Fédéral de la Santé qui gère les agréations. Seules les formules sans ces adjuvants restent autorisées pour un usage qui a encore été restreint.

Vous pouvez lire toutes les informations sur la page :
http://fytoweb.be/fr/produits-phytopharmaceutiques/usage/utilisateur-professionnel/glyphosate 

Nous craignons que le glyphosate, parce qu’il est fortement médiatisé, ne soit pointé du doigt à tort, et interdit sur notre territoire, avec le risque qu’il soit remplacé par des produits plus dangereux pour l’agriculteur comme pour le consommateur. De plus, si la Wallonie est la seule à interdire ce produit, cela n’empêchera pas nos consommateurs d’y être confrontés via des produits alimentaires importés de pays extra-européens où les législations sont moins sévères que les nôtres.

Nous participons depuis plusieurs années, au sein de notre organisation professionnelle (la Fédération Wallonne de l’Agriculture) à une réflexion approfondie, scientifiquement étayée et indépendante sur l’usage de “pesticides”. Les agriculteurs sont conscients de l’importance que peut jouer leur secteur dans l’avenir de notre planète, la lutte contre le réchauffement climatique, l’environnement en général. La FWA a organisé une dizaine de réunion autour de la problématique « Zéro Phyto » durant cet hiver. Vous pouvez en lire les comptes-rendus dans le journal “PleinChamp”.

Enfin, nous voulons vous rappeler que la terre est notre outil de travail : nous y sommes profondément attachés, ainsi qu’à la mission principale de notre métier : nourrir nos concitoyens.

Nous tenons à sortir de nos exploitations des produits de qualité, c’est notre fierté.

Pour toutes ces raisons, nous ne signerons pas votre pétition.

Nous sommes prêts à en discuter directement avec vous, ou au travers de nos représentants à la Fédération Wallonne de l’Agriculture (eb.aw1545036594f@awf1545036594 ou 081/60.00.60). N’hésitez pas à prendre contact !

De notre côté, nous nous engageons à poursuivre l’évolution de notre profession vers un modèle encore plus durable.

Avec nos salutations les meilleures

 

 

«Zéro phyto»: un projet qui tient la route? – Aspects environnement

Une série de séances d’information et surtout de réflexion sur le projet «zéro phyto» de nos ministres wallons est organisée en ce moment par la FWA en collaboration avec l’UAW, la FJA et la FWH.

Ces séances, clôturées à l’heure où vous lisez ces lignes, ont fait le tour de toutes les principales productions agricoles wallonnes concernées pour mesurer les impacts du projet sur celles-ci ainsi que sur les filières avals. Deux séances ont également été prévues pour analyser les conséquences de l’usage des phytos ou du passage au zéro phyto sur la santé et l’environnement.

La journée consacrée à l’aspect santé a eu lieu le vendredi 13 janvier à Gembloux, vous avez pu en lire le résumé dans notre édition du 19 janvier. La journée «environnement» s’est tenue vendredi dernier: en voici le compte-rendu.

Anne Pétré

Un usage des phytos de plus en plus raisonné !

Laurence Janssens, du Comité Régional Phyto, explique que l’évolution de l’utilisation des produits phytosanitaires a été observée selon deux axes: les substances actives d’une part et les types d’utilisateurs d’autre part et a présenté les chiffres les plus récents disponibles.

Six groupes de substances actives ont été déterminés:
- Les herbicides, défanants et anti-mousse
- Les fongicides et bactéricides
- Les insecticides et acaricides
- Les régulateurs de croissance
- Les molluscicides
- Les autres produits

On constate avant tout que le nombre de substances actives autorisées sur notre territoire est en baisse constante: en 1995, on comptait 358 molécules autorisées, contre 278 en 2014 (dont 223 uniquement professionnelles, 5 exclusivement non-professionnelles et 50 «mixtes).

Très logiquement, les quantités vendues ont aussi largement diminué: de 11.000 tonnes en 1995 à 7500 tonnes en 2014.  En 1995, près de 30% des ventes étaient réalisées auprès de non-professionnels. En 2010, la suppression d’un grand nombre de molécules en vente libre fait varier cette proportion considérablement, pour arriver à un peu plus de 4% des phytos seulement vendus à des particuliers en 2014.
Les familles de phytos les plus vendues aux professionnels ont aussi varié au fil du temps. En 1995, c’étaient les herbicides qui tenaient le haut du classement, avec 56% des ventes. Ils ont perdu leur place aujourd’hui (33% des ventes), au profit des fongicides et bactéricides qui représentaient 42% des ventes en 2014.
Sans surprise, ce n’est pas le cas chez les utilisateurs «amateurs» qui continuent à utiliser surtout des herbicides, même s’ils ont aussi réduit leur consommation dont surtout le glyphosate, qui lui est en augmentation.
Lorsqu’on observe le type de produits achetés par les utilisateurs professionnels, on constate une plus grande variabilité des molécules qu’auparavant: au début des années 2000,parajumpers parka for sale 40 molécules concentraient 80% des achats. Aujourd’hui, ces mêmes 40 molécules ne représentent plus que 2/3 des ventes.
Quelles sont les cultures les plus consommatrices en phytos chez nous? Il s’agit de la pomme de terre, avec cependant de fortes variations d’une année à l’autre, en fonction des conditions climatiques. Suivent les betteraves sucrières, puis fourragères, et enfin les céréales.
Que faut-il retenir essentiellement? Si la vente et l’usage des produits phytosanitaires se sont concentrés depuis 1995 sur les utilisateurs professionnels, on constate une chute notable et généralisée de leur usage sur notre territoire. Cette évolution s’explique par de multiples facteurs, dont le retrait d’un grand nombre de molécules, mais aussi le remplacement de certaines par d’autres, efficaces à des doses nettement moindres. Le développement de la lutte intégrée, d’alternatives «biologiques»,  du système des avertissements jouent un rôle important également, de même que l’augmentation des surfaces consacrées au bio. La mise en place du Programme de Réduction des Pesticides n’y est évidemment pas étrangère non plus. En résumé, il se dégage de l’ensemble des données chiffrées dont on dispose une constatation évidente: les agriculteurs pratiquent une utilisation des phytos de plus en plus raisonnée. On ne peut que s’en réjouir!

Lire la présentation de L.Janssens

La bonne et belle eau

Francis Delloye appartient au Département de l’Environnement et de l’Eau du Service Public de Wallonie (SPW). Il précise avant tout que la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (= eau potable) est, on s’en doute, surveillée de très près en Europe. Soumise à une directive qui se base sur le principe de précaution, la qualité de notre eau répond à des normes qui sont de 10 à 100 fois plus sévères à celles recommandées par l’OMS. Qu’y recherche-t-on? Des résidus de phytos, bien entendu, mais aussi toute une série d’autres molécules pouvant impacter la santé humaine. Pour illustrer la sévérité de ces normes, Francis Delloye explique que la quantité autorisée d’une molécule dans l’eau est équivalente à un sucre dans une piscine olympique. Le cadre européen prévoit toutefois qu’on puisse déroger à ces règles draconiennes, mais seulement 3 fois par période de 3 ans et toujours en informant le consommateur final. Remarquons que cette dérogation n’a jamais été activée en Wallonie.

Les eaux souterraines sont soumises aux mêmes taux que l’eau potable, sauf si elles ne sont pas destinées à alimenter la population. Puisque non destinées à être consommées par l’homme, les eaux de surfaces sont soumises à des normes 10 fois moins sévères (mais toujours sous les seuils OMS), mais on y surveille tout de même de façon très stricte la présence de certaines molécules qui pourraient impacter l’écosystème.
En Wallonie, la Directive Cadre Eau surveille l’état chimique des eaux souterraines et son évolution. Quelques 400 sites sont intensivement surveillés, dont 200 points de captage d’eau potable, et 200 points patrimoniaux (sources, puits…). Les résultats sont envoyés à l’Europe régulièrement, mais également publiés annuellement en Wallonie.
Les contrôles sont réguliers et couvrent une très large gamme de molécules. Tous les 3 ans, un contrôle complet des captages à fort débit est réalisé: on y cherche notamment tous les résidus de produits phytosanitaires qu’on pourrait y trouver. Si on y détecte un résidu problématique, la fréquence des contrôles est alors renforcée pour devenir mensuelle ou bimensuelle. L’ensemble des analyses est réalisé par un laboratoire certifié.
Les chiffres pour nos eaux souterraines wallonnes vont vers une stabilisation de leur qualité. Toutefois, on remarque la présence de certains résidus, comme le Bentazone (dont l’usage est limité à certaines cultures). Il faut noter que ces analyses relèvent aussi des traces de molécules interdites depuis plusieurs années, mais dont la persistance fait qu’on les retrouve encore dans nos eaux.
La Région wallonne a développé plusieurs programmes de recherche sur la qualité des eaux. Le programme de recherche Biodien-Semtep vise à rechercher de nouvelles substances émergentes dans les eaux. Environ 250 échantillons seront analysés pour la recherche des composés les plus couramment retrouvés dans l’environnement, tels que les nonylphénols, le PBDE, le bisphénol A, les phtalates avec un focus sur les pertubateurs endocriniens. Parmi celles-ci, on retrouve certains produits phytosanitaires dont les chercheurs ont relevé la présence dans nos eaux wallonnes, mais en dessous des normes. Un complément d’enquête est ouvert sur celles-ci, ainsi que sur le glyphosate (dont on ne trouve pas de traces susceptibles de nuire à la santé dans nos eaux souterraines). Il faut souligner que cette étude réalise aussi le premier suivi sur les néonicotinoïdes, et que sur les diverses variantes analysées, on n’en retrouve aucune dans nos eaux souterraines.

Lire la présentation de F.Delloye

Question d’équilibre

Michel De Proft, du Département des Sciences du vivant du CRA (Unité de protection des plantes et écotoxicologie) démarre fort son exposé, en montrant de nombreuse photos de cultures non protégées par un insecticide et fortement endommagées par des insectes, un peu partout en Wallonie. Pour autant, pas de conclusion hâtive. Cultiver, c’est une question d’équilibre, c’est essayer de tirer le meilleur parti des forces de la nature. Prenons un couple de lapins, dont on connait le joyeux tempérament en matière de reproduction. Sans interventions extérieures, celui-ci aura vite fait de créer toute une colonie de lapereaux qui eux-mêmes…etc, etc. Mais le lapin est confronté à des attaques extérieures: prédateurs, maladies…qui, dans la nature, limiteront sa prolifération. Les phénomènes naturels peuvent nous servir…ou nous nuire. Il en va de même pour les insectes, les plantes….
Cette question d’équilibre est centrale aussi lorsqu’on parle de l’évaluation des produits phytosanitaires, et notamment les insecticides, dont on va évaluer la toxicité sur des espèces non-ciblées. Bien sûr, les insecticides tuent…c’est ce qu’on attend d’eux, mais ils doivent le faire de façon ciblée, sans nuire aux espèces qui ne nuisent pas aux cultures (comme les oiseaux, ou les abeilles par exemple). Il faut garder à l’esprit que lorsqu’on évalue un produit phyto, son écotoxicité sera prise en compte bien avant son efficacité.
Le règlement prévoit que deux espèces indicatives soient soumises à ces tests d’écotoxicité: une petite mouche qui élimine les pucerons, et un acarien qui décime d’autres acariens. On ajoute à cela deux espèces qui sont pertinentes par rapport à la culture concernée.
Si l’on schématise le test, voici comment on va fonctionner.
Si l’on doit traiter une céréale, on va d’abord déterminer la dose létale sur un insecte non cible (par exemple le syrphe), et en déduire la dose à laquelle la moitié de la population de ces insectes non cibles disparaît. On la compare avec la dose appliquée sur le champ, et si le quotient des deux est supérieur à 2%, on élimine impitoyablement cet insecticide, qui ne sera jamais commercialisé. Autant dire que les tests que passent les insecticides laissent peu de place au risque: la très grande majorité des produits testés ne satisfont pas à ces normes sévères, et ne se retrouvent jamais sur le marché.
On peut néanmoins s’interroger légitimement sur la crédibilité de ces tests, car il est impossible de tout tester, et il reste de nombreuses inconnues. Mais il faut bien se baser sur quelque chose, et même si ces tests sont sans doute incomplets, ils sont sévères et rassurants sur base de nos connaissances. Il faut rester prudent, et maintenir un processus très sélectif dans l’agréation des produits.
On constate aussi que certaines pratiques de pulvérisation d’insecticides créent de sérieux problèmes. Le colza, par exemple, est devenu très consommateur d’insecticides: il s’agit d’une culture touchée par des types d’insectes qui creusent les bourgeons pour en extraire le pollen, avec les dégâts qu’on imagine. L’usage de certains insecticides a rendu ces insectes résistants, ce qui explique qu’on doive utiliser des doses de plus en plus importantes pour en venir à bout.
Pour voir si l’on peut en revenir à des pratiques moins consommatrices de phytos sur le colza, Michel De Proft se demande s’il ne faudrait pas cesser de traiter pendant 3 ans, histoire de laisser se redévelopper un biotope naturel, et voir s’il agit positivement sur la maîtrise des populations des nuisibles à la culture. C’est évidemment peu réaliste, sauf avec un soutien des pouvoirs publics.
Enfin, les autres produits phytosanitaires, hors insecticides, ne sont pas sans influence sur le développement de la faune, et c’est donc bien une réflexion globale qu’il faut avoir lorsqu’on évalue et réfléchit les traitements.

Lire la présentation de M.De Proft

Phytos: alliés des défis de l’agriculture

Sophie Persoon, qui travaille pour Bayer, est venue exposer le point de vue Phytofar, association belge de l’industrie phytopharmaceutique.

Pour entamer son exposé, elle rappelle tout d’abord la différence qui existe entre danger et risque. Un danger, lorsqu’on évoque les produits phyto, c’est la toxicité liée aux propriétés de la substance.
Le risque, c’est la probabilité que des effets nocifs se fassent sentir en raison d’une exposition au produit.
L’environnement est l’un des aspects soigneusement pris en compte dans les procédés qui mènent à la mise en vente d’un produit. Ce n’est évidemment pas le seul: l’aspect santé est aussi examiné sous toutes les coutures. Après un rappel du processus d’agréation des molécules et ensuite des formules destinées à être commercialisées (nous ne reviendrons pas sur cet aspect, développé longuement dans l’article consacré aux aspects santé, voir Pleinchamp du19 janvier), S. Persoon signale que sur 100.000 molécules découvertes, une seule passe la rampe des tests d’homologation.
Dès qu’une substance présente un danger, elle est éliminée d’office. Pour les autres, il s’agit d’évaluer les risques.
On analyse les caractéristiques de la molécule, on observe comment elle se comporte, se décompose, dans l’eau, le sol, la plante… On mesure les effets de l’eau et de la lumière sur la substance. On étudie la probabilité qu’elle migre vers les eaux de surface et souterraines. On calcule des modèles d’utilisations qui prennent en compte les conditions les plus défavorables qui existent en matière de climat, de taux d’humidité…afin de prendre toutes les assurances possibles.
On étudie la toxicité aigüe, à court terme, et la mortalité. On teste aussi les risques chroniques, liés à une exposition à long terme, et ce sur 40 espèces non-ciblées. Ces tests doivent démontrer l’innocuité du produit aux dosages les plus élevés pour que la molécule puisse poursuivre son parcours d’homologation. Les différents tests suivent des procédés décrits par la réglementation européenne: ceux-ci sont parfois si complexes et sévères qu’il est difficile de les suivre. Ainsi, pour les tests sur les abeilles, les nouveaux tests en discussion à la commission nécessiteraient une superficie équivalente à trois fois Bruxelles! Parallèlement à cela, les mesures de réduction des risques sont de plus en plus renforcées. Les notices des étiquettes prévoient des conditions d’utilisation strictes, et il est important de les suivre scrupuleusement.
Pour rappel, une homologation n’est jamais gravée dans la pierre: une nouvelle évaluation est réalisée tous les dix ans, et entretemps, si la firme découvre un effet nuisible de l’un de ses produits, elle est tenue d’en informer les autorités compétentes.
Au-delà des tests réalisés, Phytofar réalise aussi un travail important en matière de prévention et d’information: analyse des pratiques à risque pour les eaux de surface, séances d’information sur la compréhension des notices, promotions de techniques favorables (buses anti-dérives, par exemple), plateforme de concertation sur les abeilles, récupération et recyclage des emballages et produits non utilisés (Agrirecover)…
Il faut savoir qu’au vu de toutes les contraintes qu’ils impliquent, le coût de développement des phytos est en augmentation, d’autant que de nombreuses molécules étudiées n’arrivent jamais sur le marché. L’agriculture de précision est un modèle qui tend à se développer, et c’est bien: il est important de maximiser le rendement de la surface agricole dont on dispose pour faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés, en termes de climat, d’énergie et d’alimentation mondiale notamment.
Selon l’oratrice, les phytos peuvent nous aider à remplir ces objectifs: ils sont testés strictement et donc sûrs pour la santé et l’environnement, si l’on respecte les conditions d’utilisation.

Lire la présentation de S.Persoon partie 1     /    partie 2

Agr’Optimize: optimiser ses traitements

Agr’Optimize est un spin off de l’Université de Liège, représentée lors de la journée «zéro phyto-environnement» par Marie Dufrasne. Il s’agit d’une plateforme collaborative à laquelle participent le LIST (Institut de sciences et technologies du Luxembourg), la société WANAKA (qui commercialise des drones agricoles), des fermes pilotes et divers partenaires académiques et industriels.
Agr’Optimize développe un outil d’aide à la prise de décision qui s’appelle PhytoProTech. Il vise à rationaliser les traitements phytosanitaires. L’outil permet d’objectiver la nécessité du traitement en étudiant chaque parcelle de façon extrêmement fine, pour appliquer le traitement ad hoc quand c’est vraiment nécessaire, à l’endroit où c’est vraiment nécessaire.
Les alertes sont très personnalisées, grâce à un suivi météo pointu, et envoyées à l’agriculteur par mail ou sms. Les avantages sont multiples: le suivi est effectué à l’échelle de la parcelle, sur un grand nombre de pathologies ou nuisibles, les alertes envoyées avant l’apparition des symptômes… La société est indépendante des fournisseurs de produits phytos, ce qui assure l’objectivité de sa démarche, qui est aussi scientifiquement démontrable. La valeur ajoutée d’un tel outil est claire: elle peut apporter une économie de traitement en visant une préservation des rendements. Les fonctionnalités du système permettent un suivi de la plante au fil de son développement, ce qui permet de suivre aussi l’éventuel développement de la maladie, et d’alerter l’agriculteur à temps pour lui permettre de réagir quand un traitement est nécessaire. En appliquant le traitement au bon moment, on évite aussi des passages ultérieurs, car la culture est correctement protégée.
Le projet est pour le moment en phase pilote sur une dizaine de parcelles de blé en 2015 et 2016. Les premières évaluations économiques sont positives. Sur base des hypothèses prises (coût moyen par traitements à 40 euro/ha et prix de vente des céréales à 130 euro la tonne)  l’économie réalisée par hectare se monte à 21 euros en 2015, et 10 euros pour 2016, en conservant le niveau des rendements.
Pour information, la société développe aussi un outil de gestion de la fumure azotée grâce à un suivi satellite, qui s’appelle Ypanema.

Lire la présentation de M.Dufrasnes

Ouvrir de nouvelles trajectoires pour notre agriculture

Philippe Baret (professeur UCL) a été désigné par le Ministre wallon de l’Environnement, afin de réaliser une étude mesurant la faisabilité d’une réduction, voire d’une suppression, des intrants dans notre modèle agricole. Philippe Baret estime qu’il est nécessaire de s’interroger sur l’opportunité de pérenniser le modèle agricole actuel, en raison du contexte qui entoure l’agriculture, qui a changé radicalement. La question, estime-t-il, doit être ouverte.
Les objectifs de nos systèmes alimentaires et agricoles sont d’ordre économique, environnemental et social. Ils visent à assurer l’alimentation de l’ensemble de la population, tout en assurant un revenu aux petits agriculteurs et en préservant la possibilité de répondre à nos besoins futurs.
Pourquoi devrions-nous utiliser moins d’intrants ? C’est un enjeu de santé publique, pour nos concitoyens et pour les agriculteurs, et c’est aussi un enjeu pour la biodiversité. Moins d’engrais permettrait aussi de lutter contre le changement climatique, et d’économiser les ressources. Cela permettrait également de diminuer les importations d’alimentation animale, ce qui contribuerait au respect des agriculteurs du sud, et réduirait notre dépendance à l’égard des firmes phytopharmaceutiques notamment. Pour l’agriculteur, c’est synonyme d’un gain économique, d’une diminution de risques pour la santé, et d’un effet positif sur l’image du secteur.
Pour la société, c’est une réduction des coûts de santé publique et de dépollution. C’est aussi une meilleure base pour promouvoir et valoriser notre production wallonne.
Mais moins d’intrants, c’est aussi un risque de réduire les rendements, et de s’exposer aux aléas climatiques, etc….
Notre modèle agricole est basée sur le productivisme et les produits phytos ont largement contribué à le faire évoluer dans ce sens, en diminuant les risques liés aux maladies et en améliorant les rendements. Ils ont permis le développement de l’agriculture moderne, mais on a omis de comptabiliser le coût que ce modèle implique en termes de santé et d’environnement.

La logique technique d’aujourd’hui s’appuie sur une forme de standardisation des procédés qui expose notre agriculture à une dépendance accrue aux firmes. De cela découle une logique d’intensification de l’usage de la terre pour améliorer les rendements et pour simplifier le travail. A terme, cette logique mène à un inévitable agrandissement des structures, qui deviennent difficiles à transmettre. Cette logique est largement répandue au niveau mondial, ce qui provoque une certaine forme de compétition. Ce modèle est aussi très dépendant des modes de consommation.

Bien sûr, d’autres modèles coexistent avec celui-là, comme l’agriculture biologique, par exemple, qui connaît un fort développement.

Pour autant, la Wallonie 100 % bio, est-ce un réel choix politique, ou n’est-ce qu’une utopie? Parler de modèle agricole est une grossière simplification, car il existe plusieurs types d’agricultures, et que ces trajectoires diverses peuvent coexister à l’avenir. Il ne serait pas correct d’exiger de l’agriculteur de changer seul le modèle agricole, car il n’est pas maître de la situation: le modèle agricole que nous connaissons est né d’une coresponsabilité de divers acteurs.

Une étude menée dans le cadre d’un doctorat sur les systèmes laitiers identifie 4 modèles différents. Ils divergent par leurs caractéristiques environnementales et économiques (type d’alimentation du bétail, par exemple).  Dans cette thèse, on observe le revenu de l’agriculteur et le coût de l’énergie : on voit des différences claires entre ces 4 modèles avec des avantages variables dans les deux axes pris en compte: revenu et énergie. Dans chacun de ces modèles, on mesure encore une diversité importante entre les agriculteurs qui partagent le même mode de production.

 

Il existe 3 trajectoires principales que nos exploitations wallonnes peuvent emprunter.

Celle d’un modèle conventionnel efficace qui implique une grande efficacité technique, une productivité élevée et qui mène à l’agrandissement des structures.

Celle d’une agriculture plus autonome, qui privilégie le revenu sur le rendement, qui réfléchit davantage ses coûts et se rend moins dépendante des firmes.

Enfin, celle d’une agriculture bio, en recherche de réduction des coûts et du développement de nouveaux produits.

Ces modèles peuvent diverger dans leurs façons de produire, mais aussi dans leurs modes de commercialisation, avec des filières qui seront plus indépendantes du marché mondial si elles sont courtes, ce qui peut impliquer de sérieux gains de valeur ajoutée, d’autant plus importants si l’on va vers une qualité différenciée ou du bio.

Changer de trajectoire n’est évidemment pas une démarche facile, et les freins sont nombreux sur la route de l’agriculteur qui voudrait s’y essayer.

Nos voisins français ont lancé leur propre projet de réduction des intrants: Ecophyto 2018. L’objectif est une réduction de 50% des phytos de 2008 à 2018 avec un budget annuel de 40 millions d’euros. Contre toute attente, les résultats nationaux ont montré une augmentation de 13% de l’usage des phytos depuis le début du programme, malgré que les fermes pilotes aient, elles, bien rempli leur objectif de réduction. C’est la démonstration qu’il existe des freins au changement qui n’existent pas seulement à l’échelle de l’agriculteur. Celui-ci est inclus dans une filière qui peut ralentir l’évolution d’un modèle vers un autre. En réalisant une étude de cas sur le blé, Philippe Baret a identifié plusieurs freins aux divers échelons de la filière, parmi lesquels on peut citer le choix de variétés peu résistantes, le fait que le principe d’économie d’échelle favorise le système intensif auprès des fournisseurs, la tendance des structures d’encadrement à concentrer ses efforts d’information et de recherche sur le système dominant et enfin, la PAC, qui reste foncièrement productiviste.

On peut néanmoins échapper à ces verrouillages qui tendent à nous maintenir dans un système.

Pour cela, il faut:
- revoir les systèmes d’information et de formation ;
- s’organiser entre acteurs ;
- intégrer une diversité de critères et de visions ;
- respecter la réalité : identifier les contraintes actuelles et la diversité des situations agricoles.

L’équipe de recherche de Philippe Baret s’attache à objectiver les trajectoires possibles. L’idée est de mieux comprendre les attentes des acteurs et de partir de la diversité existante pour construire des scénarios possibles pour les différentes spéculations.

Lire la présentation de P.Baret

Pour conclure

A l’issue de ces exposés, la salle, qui était comble, n’a pas manqué d’exprimer divers points de vue et de demander des précisions aux orateurs du jour. Après ce riche débat, le Président Joseph Ponthier, a rappelé les objectifs de ces réunions: il s’agit pour les agriculteurs d’être acteur d’un débat qui les concerne au premier chef, et de pouvoir évaluer en toute objectivité les divers impacts que pourrait avoir ce projet «zéro phyto» pour nos exploitations. Lorsque l’ensemble des séances seront terminées, nos équipes s’attacheront à rédiger un rapport complet des enseignements de cette session de réunions. Nous ne manquerons pas d’en faire largement écho dans nos pages.

Fourrages et élevage: le «Zéro Phyto» se heurte aux réalités du secteur

Malgré son plaidoyer en faveur du «Zéro Phyto» en Wallonie, le représentant du Ministre René Collin, s’est heurté, le 19 janvier dernier à Grimbiémont, aux différentes réalités du secteur. A la lumière de leurs interventions, les orateurs qui se sont succédés tout au long de la soirée ont clairement démontré que ce projet serait extrêmement compliqué à mettre en œuvre, que ce soit au niveau de la conduite des cultures de maïs, de l’origine des matières premières utilisées dans les aliments composés, des marchés et en particulier des importations, des contrôles et du stockage des aliments, et surtout du point de vue économique…

Marie-France Vienne

C’est Benoît Georges, représentant le Ministre René Collin, qui a ouvert la soirée en commençant par souligner et mettre en évidence tout ce que le secteur agricole avait déjà accompli jusqu’à présent en matière de réduction des produits phyto, rappelant l’amélioration des techniques culturales et de pulvérisation, la diminution progressive des quantités de substances actives utilisées. Il a également rappelé l’obligation de contrôle des pulvérisateurs ainsi que le rôle et la présence de conseillers et de centres-pilotes. Les agriculteurs, a-t-il insisté, respectent les consignes de pulvérisation dans les zones tampons, aménagent leurs horaires pour limiter les effets négatifs pour le voisinage. Ils consignent toutes les opérations culturales et gèrent leur local phyto. Le représentant du Ministre a cité la récente mise en place de la phytolicence et ses formations continues ainsi que la lutte intégrée. Il a également signalé la participation des agriculteurs aux programmes agri-environnementaux, services qu’ils rendent à la société.

Transposition de la Directive européenne 

Avant de se lancer dans le détail du projet «Zéro Phyto», Benoît Georges a fait un petit retour dans le proche passé, rappelant la série de réglementations mises en place dans le cadre de la transposition de Directive européenne sur les pesticides. Il a principalement mis en exergue l’interdiction d’usage sur toutes les surfaces imperméables reliées à un réseau de collecte des eaux pluviales en juin 2014, l’obligation, depuis octobre 2016, pour tous les utilisateurs d’appliquer la lutte intégrée. En 2017, ce sera au tour de l’interdiction du glyphosate sur les espaces publics et les jardins privatifs. En 2018, ce seront des mesures spécifiques pour les groupes vulnérables tels que les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et enfin, en juin 2019, l’interdiction de l’usage de produits phyto dans tous les espaces publics.

 Lutte intégrée

Le représentant du Ministre a évoqué la lutte intégrée, une exigence de la Directive-cadre européenne qui est applicable à tous les utilisateurs professionnels dont les agriculteurs, que ce soit tant pour les cultures de betteraves, de pommes de terre, de tomates que de sapins de Noël. Les principes et les modalités concrètes en ont été traduits dans les Arrêtés du Gouvernement wallon et Arrêtés ministériels. Petit bémol dans l’ensemble de ce tableau, les résidus de pesticides dans les eaux souterraines en Wallonie qu’il est obligatoire de continuer à réduire.

Les citoyens au centre de la démarche

Une enquête, réalisée dans le cadre du Code wallon de l’Agriculture, dans laquelle il était demandé aux consommateurs le surcoût qu’ils étaient prêts à payer pour des produits alimentaires de qualité a donné des signaux clairs, a souligné Benoît Georges pour qui le «zéro phyto» est l’occasion d’initier une réflexion en profondeur sur l’agriculture wallonne de qualité. Au niveau des avantages du «zéro phyto», le représentant du Ministre Collin a cité la qualité des aliments, la diminution des risques pour la santé, et, au niveau économique, la création d’une certaine différenciation pour les produits agricoles. Le produit qui se vendrait à un prix supérieur justifierait un revenu agricole à la hausse pour le producteur. Cette initiative peut aussi être l’occasion d’innover et d’inciter l’agriculture à se positionner en pionnière au niveau d’un savoir-faire exportable mais aussi en matière de nouvelles technologies au niveau du machinisme. Mettre en place le programme «Zéro Phyto» signifie mobiliser tous les leviers disponibles en Région wallonne et accompagner les agriculteurs qui devront devenir des partenaires, a développé Benoît Georges. Parmi les leviers, la recherche et son programme triennal 2017-2019 qui bénéficiera de budgets de l’ordre de 70 millions € sur trois ans, ou encore le programme wallon de réduction des pesticides (le PwDR), l’encadrement agricole avec la DGO3 et les ASBL subventionnées et enfin le soutien à l’agriculture bio et aux produits différenciés.

Embarquer les consommateurs

La clef de la démarche, c’est le consommateur qu’il faut pouvoir littéralement «embarquer» en se basant sur une identification spécifique pour mettre en évidence et valoriser les produits. On peut imaginer des clauses de durabilité dans les marchés publics, détaille Benoît Georges. On parle d’une démarche volontaire avec une certaine flexibilité. Il faut imaginer une année où l’on cultivera sans produits phyto et d’autres années où l’utilisation de phyto sera indispensable pour diverses raisons. Le représentant du Ministre a insisté sur la nécessité d’une juste rémunération pour l’agriculteur en établissant un contrat de société entre l’agriculture et les consommateurs. Le prix doit stimuler la prise de décision de ne pas traiter ou de traiter différemment. Produire sans phyto, c’est aussi mettre en évidence les produits locaux. L’initiation de la démarche «zéro phyto» est l’enclenchement du choix du consommateur dans une dynamique initiée par l’autorité, sur demande de la société, a conclu le représentant du Ministre Collin en insistant sur la nécessité de travailler avec toute la filière, de l’amont à l’aval.

Lire la présentation powerpoint de B.Georges

Le maïs au service de l’alimentation des animaux

Guy Foucart, Responsable du CIPF et coordinateur du Centre pilote maïs, a présenté les possibilités de réduction des produits phyto en maïs, indispensable dans l’élaboration des aliments pour animaux. En Belgique, le maïs est cultivé sous formes de maïs-fourrage et de maïs-grain. Le maïs fourrage est principalement destiné à l’alimentation des bovins tandis que le maïs-grain, valorisé sous différentes formes (grain sec, grain humide ou épis broyé) entre dans les rations des porcs, volailles et dans les aliments concentrés pour bovins. La Région wallonne compte environ  6.000 producteurs de maïs fourrage et 1.000 producteurs de maïs-grain. Le maïs possède l’avantage de bénéficier d’une forte recherche au niveau génétique, c’est également une plante peu sensible aux maladies, qui valorise bien les effluents d’élevage et dont les surfaces cultivées sont adaptées aux besoins de chacune des exploitations. Guy Foucart a ciblé les prédateurs de la plante de maïs, à commencer par les larves de la mouche des semis, les larves d’oscinie, qui peuvent atrophier les organes du maïs, les larves de tipules et larves de noctuelles contre lesquelles on ne conseille pas de traitement. Vu les  dégâts très occasionnels qu’ils provoquent, l’agriculteur accepte le risque d’un non traitement.

Viennent ensuite les différentes espèces de pucerons qui font l’objet d’un suivi hebdomadaire dans le cadre du réseau d’avertissement du Centre pilote maïs. Grâce à celui-ci, ces dernières années, les traitements ont été peu fréquents et à chaque fois, en cas de nécessité,  limités là où la menace était présente. Les larves de pyrale, ravageurs importants en France ne provoquent en Belgique jusqu’à présent que quelques bris de tiges sans importance économique. Un traitement n’est donc jamais conseillé. Les larves de taupins quant à elles, peuvent occasionner de gros soucis puisque les plantes attaquées sont perdues et les pertes de rendement peuvent atteindre jusqu’à 75%. En cas de risque avéré, un traitement préventif sur semences ou l’application de micro-granulés dans la raie de semis est impératif en situation à risque. Les néonicotinoïdes bien connus (Gaucho, Poncho, Cruiser) ne sont plus utilisés depuis 3 ans et des alternatives (chimiques ou non) sont recherchées.

Traitements, désherbage mixte et mécanique

Outre le traitement thirame sur la semence pour assurer une protection du pythium et la fusariose, l’utilisation des variétés peu sensibles ou l’application de pratiques culturales (labour, rotations) permettent aussi d’éviter le développement d’autres champignons (charbon, fusariose, kabatielllose, helminthosporiose, ..). Au niveau du maïs, le désherbage est essentiel. En effet, la plantule de maïs, étant fortement sensible à la concurrence des adventices, il est primordial de contrôler leur développement jusqu’au 15 juillet. Il représente le seul traitement foliaire appliqué en maïs. En Belgique, 95% des surfaces de maïs sont traitées en seul passage avec un mélange à doses adaptées en fonction de la flore de plusieurs matières actives.  D’autres solutions passent par le désherbage mixte, utilisé entre 1999 et 2007 car il s’agissait alors d’une MAE qui offrait une aide financière. Cette technique consiste à biner l’interligne sur 45 à 50 cm et à pulvériser sur la ligne lors du premier passage. Lors du second passage, seul le travail mécanique est réalisé. Elle permet de réduire de 60% la quantité de substances actives utilisées. Toutefois, outre, l’investissement dans un équipement, le travail est réalisé généralement sur une largeur de 4,5 m alors qu’un pulvérisateur traite au minimum 18 m de large. La vitesse d’avancement est également de l’ordre de 6 à 8 km/h alors qu’une pulvérisation classique est réalisée à 8 à 10 km/h. Vu la nécessité d’un deuxième passage, le temps de travail est donc environ 10 fois plus important. Bien sûr, l’agriculteur réalise une économie sur le produit de l’ordre de 60 à 70 € mais le coût de sa main d’œuvre, ses heures de tracteur et sa dépendance vis-à-vis de la météo sont à mettre dans l’autre plateau de la balance. Cette MAE, qui concernait de 700 à 800ha a toutefois été supprimée lors des dernières programmations. L’obligation pour l’agriculteur engagé dans cette mesure de désherber de cette manière durant 5 ans consécutifs (quelles qu’étaient les conditions météo), constituait un frein à son développement. Il existe aussi du matériel pour du désherbage uniquement mécanique, De manière globale, ces techniques restent envisageables mais demandent de la disponibilité, du matériel et des moyens humains importants.

Deux projets en développement

Le premier projet développé par le CIPF avec le soutien de la Région wallonne «Eruistop», est une évaluation des techniques innovantes de préparation du sol dans la lutte contre l’érosion et le ruissellement en culture de maïs sur terres en pente: le travail du sol se fait en même temps que le semis. Les résultats de cette technique innovante sont très prometteurs. Elle permet de valoriser les pluies estivales en favorisant l’infiltration d’eau, en limitant l’érosion et en retenant les sédiments sur la parcelle. Outre la préservation de la fertilité des sols, elle permet également de retenir les matières fertilisantes  (azote,  phosphore) ainsi que les produits phytosanitaires. Le second projet, «Probiom»  est une collaboration entre le laboratoire de phytopathologie de l’UCL (Professeur A. Legrève) et le CIPF. Il est également soutenu par le Région wallonne Il consiste en un criblage d’organismes fongiques naturellement présents dans la rhizosphère du maïs pour le développement de biofongicides et la détection de molécules actives associées. L’objectif est de mettre au point une alternative aux fongicides de synthèse qui sont systématiquement appliqués sur la semence de maïs. Le projet est prometteur mais se situe encore au stade de la recherche.

Lire la présentation de G.Foucart

Aliments composés: un énorme défi 

Concilier programme «Zéro Phyto» avec élaboration d’aliments composés représente, pour Jean-Marc Bourguignon, Responsable Nutrition du Service Aliments de la SCAM, un défi de taille. Sont produites en Belgique environ 7.123.000 tonnes/an d’aliments composés dont 52% sont destinés aux porcs, 17% à la volaille, 20% aux bovins et 11% à d’autres fins. 1.400.000 tonne/an est consommée en Région wallonne. Il s’agit d’un marché très ouvert et dynamique car aux plus de 7 millions de tonnes produites, s’ajoutent 1.312.000 tonnes de produits importés, principalement de France et d’Allemagne. A noter que la Belgique exporte également environ 1.300.000 tonnes/an. Pour Jean-Marc Bourguignon, la première question qui se pose dans la cadre de la mise en place d’une filière «zéro phyto» en Région wallonne, c’est de savoir comment se positionner face au marché de l’import/export. Quel serait, par exemple, l’intérêt des pays tiers d’acheter à la Wallonie des produits élaborés selon un cahier des charges «zéro phyto»?

Matières premières en souffrance

Dans les matières premières utilisées par l’industrie belge des aliments composés pour animaux, toutes espèces confondues, les céréales représentent environ 42%, les coproduits oléagineux comme les tourteaux 23%, les coproduits de meunerie comme le son et d’amidonnerie comme les glutens 13%, les coproduits de la fabrication du sucre (mélasse, pulpe de betterave) 6% et les coproduits de boulangerie, de production de biocarburant, de brasserie (radicelles de malte), les déshydratés comme la luzerne 7% et, enfin, les minéraux, les oléagineux (graines de lin, de soja, de colza), les huiles végétales et les graisses représentent quant à eux 9%. Les coproduits représentant la moitié du volume d’un aliment composé, se pose alors la question des fournisseurs de coproduits qui n’intègrent pas la filière «zéro phyto». Où donc la SCAM, en tant que fabricant wallon d’aliments, trouvera-t-elle des matières premières alternatives? Est-ce que les meuneries, dont la finalité première est de produire de la farine boulangère, changeront leur façon de travailler parce que l’acheteur de coproduit aurait besoin de céréales issues d’une filière «zéro phyto» s’interroge Jean-Marc Bourguignon. 15 à 20 matières premières entrent, en moyenne, dans l’élaboration d’un aliment composé. Si elles proviennent de céréales à paille produites en suffisance en région wallonne, le problème se pose au niveau du maïs grain qui est majoritairement cultivé dans le nord du pays et également importé de France et de l’est de l’Europe. Quant aux tourteaux d’oléagineux, ils viennent bien de Belgique, mais la graine de lin n’y est pas produite, elle provient généralement du Canada ou de l’est de l’Europe, Kazakhstan et Ukraine. Un aliment «zéro phyto» ne pourrait donc pas contenir de tourteaux de lin. Les tourteaux de palmistes viennent, eux, principalement de Malaisie. On peut facilement produire des aliments pour bovins sans tourteaux de soja, explique Jean-Marc Bourguignon, mais c’est très problématique pour les porcs et les volailles. Il y a bien des tourteaux de soja bio sur le marché, mais ils viennent d’Italie ou de certains pays de l’Europe de l’est…

La problématique de l’importation

La Région wallonne, comme la Belgique, est grandement déficitaire en protéines végétales et les initiatives pour développer une plus grande indépendance vis-à-vis des importations, notamment en cultivant des protéagineux, sont pour l’instant très limitées. Les coproduits de meunerie et d’amidonnerie proviennent principalement de Flandre, de France et d’Allemagne. Et il semble très compliqué de demander aux fournisseurs français d’utiliser des céréales «zéro phyto» pour la Wallonie. Le même schéma se profile pour les déshydratés, car Longchamp ne déshydrate plus de pulpe de betteraves depuis 3 ou 4 campagnes. Les pulpes, matières premières importantes pour les aliments bovins, sont donc importées de France et d’Allemagne. Certes, des alternatives aux matières premières qui sont actuellement importées existent, explique Jean-Marc Bourguignon, qui cite le cas des aliments bio, avec des compositions d’aliments simplifiées et un travail avec seulement 5 à 6 ingrédients qui seraient issus de la filière «zéro phyto», mais les choix seraient très limités. Sans compter que produire des céréales sans phyto aurait un impact sur les rendements qui seraient plus faibles, poussant les céréaliers à demander un prix plus élevé.

Le casse-tête de la traçabilité et du stockage

En tant que collecteur, travailler avec des céréales issues de deux filières différentes implique un dédoublement des loges, une donne qui engendrera des frais de collecte et de stockage supplémentaires. Jean-Marc Bourguignon a également évoqué les notions de traçabilité, d’analyse et de contrôle puisqu’il faudrait pouvoir différencier les matières premières conventionnelles de celles qui seraient issues de la filière «zéro phyto». Mais sur quel critère le ferait-on et comment s’assurer qu’elles sont bel et bien issues d’une parcelle «zéro phyto»?  Pour Jean-Marc Bourguignon il faut passer aux analyses complémentaires de lots et établir de nouvelles normes concernant les résidus de pesticides. Même si les céréales sont issues de cultures «zéro phyto», une pollution environnementale est toutefois toujours possible. Quid du risque de «faux positif»? Que fait-on des lots «positifs»?  Faut-il les diluer ou les déclasser? Quels seraient les seuils de tolérance et que faire au niveau commercial?  Au niveau de l’usine d’aliments, les questions ne sont pas moins nombreuses sur la manière de gérer les matières premières «zéro phyto» à côté des conventionnelles? Jean-Marc Bourguignon évoque deux pistes: la première consiste à travailler selon le principe de «mass balance», appliqué pour le soja durable. L’autre possibilité, plus difficile à gérer au niveau d’un site industriel, se base sur la segmentation réelle des lots. Une option qui demande davantage de silos dédiés aux matières «zéro phyto». Enfin, le Responsable Nutrition du Service Aliments de la SCAM a avancé l’option d’un site de fabrication dédié au zéro phyto, tout en s’interrogeant sur sa pertinence au niveau économique

Des contraintes pratiques très importantes 

La mise en place d’une filière d’aliments «zéro-phyto» serait «différenciante», mais comprend des contraintes pratiques assez importantes a insisté Jean-Marc Bourguignon. Elle nécessiterait une valorisation additionnelle des produits animaux finis car les contraintes en amont et le surcoût des matières premières seraient inévitables. Et quelle est l’aptitude économique du consommateur à augmenter le montant du «panier de la ménagère» dans ses dépenses? La mise en place de ce projet sur une large échelle en Région wallonne n’est pas réaliste compte tenu du marché ouvert du feed et du food. Enfin, Jean-Marc Bourguignon a épinglé la communication autour de ce programme. Selon lui, argumenter sur des aliments plus sains car issus d’une filière «zéro-phyto» ne doit pas remettre en cause la perception de la salubrité des aliments conventionnels. De plus, la multiplication des «labels» (conventionnel, bio, non-OGM, zéro-phyto, durable, de proximité, …) risque d’entrainer une confusion chez les consommateurs et une dilution du volume individuel de chaque filière.

Lire la présentation de JM.Bourguignon

Résidus de PPP dans les aliments concentrés?

Yvan Dejaegher, Directeur Général de l’Apfaca-Bemefa (Association Professionnelle des Fabricants d’Aliments Composés pour Animaux) a commencé par présenter le travail de structuration important réalisé par sa filière ces 15 dernières années: son association regroupe 160 membres qui produisent ensemble plus de 95% des aliments. Il a également présenté Ovocom, la plateforme de concertation de la filière alimentation animale qui veille à assurer la traçabilité des aliments mais qui veille également à assurer une hygiène irréprochable, à éliminer les substances indésirables et qui surveille les substances à risques de l’ensemble de la production des membres de l’Apfaca-Bemefa. Pour y parvenir, la plateforme a développé le standard «Feed Chain Alliance» et le Guide Auto-contrôle Alimentation animale qui sont reconnu par l’Afsca. Ceux-ci donnent lieu à de nombreux plans d’échantillonnages. La préoccupation des producteurs d’aliments concentrés par rapport aux résidus de pesticides n’est pas neuve. Ainsi, depuis 2003-2004, l’association réalise un monitoring des résidus de pesticides dans les matières premières. Dans un second temps, elle a commencé à réaliser des screening de certains additifs. Depuis 2015, ces démarches proactives ont permis de développer une méthode de screening multirésidus avec un spectre de +/- 500 pesticides. Suite à ces analyses, on a retrouvé des résidus de pesticides dans 57% des échantillons mais sur les 281 échantillons prélevés, la LMR (Limite maximale en Résidus) était dépassée pour seulement 1 échantillon. Yvan Dejaegher a également fait remarquer que les LMR sont fixées uniquement pour les produits non transformés et qu’il faut par conséquent appliquer des facteurs de conversion qui tiennent compte du processus de production, du comportement des pesticides (ex: la liposolubilité) et de l’utilisation des pesticides.

Lire la présentation de Y.Dejaegher

La charrue avant les bœufs

Spécialiste de l’aliment du bétail dans des filières différenciées, la SCAR a pour slogan «ma coopérative construit la différence». Elle se veut proactive et orientée sur la valeur ajoutée pour les productions et surtout pour le producteur. Elle participe à PQA, Coq des Prés, Margueritte Happy Cow, une petite filière avec un cahier des charges lié à l’herbe, Limousin Bio d’Ardenne, et Aliments Vital dédié au petit élevage réalisé par des non professionnels. Pour Eric Walin, son Directeur, le projet «Zéro Phyto» est un concept qui ne peut être improvisé mais préalablement évalué, structuré, construit, crédible et surtout valorisable. Pour le mener à bien, il faut se donner les moyens de sa politique et de sa stratégie, argumente-t-il. Or, le Directeur de la SCAR a le sentiment que la charrue a été mise avant les bœufs, soit avant que n’ait été évaluée la faisabilité du concept à chaque niveau de tous les acteurs des différentes filières agricoles. Il faut quelque chose de précis et d’identifiable par le consommateur pour qu’il puisse y adhérer. Pour ce faire, il faut un cahier des charges précis, compréhensif et gérable. Avec quelle certification? Quel logo, slogan par rapport à une région, à la proximité, le savoir-faire bref quel est l’élément clef? La concertation, a-t-il développé, doit se faire entre les différents maillons et non devant le grand public. Et de faire part de ses craintes sur le positionnement du concept «Zéro Phyto»: va-t-il se situer entre le bio et le conventionnel? Lui, en tous cas, ne croit pas au «ventre mou» en terme de communication vers le consommateur. Et alors que la majeure partie des productions fourragères sont actuellement valorisées par des fabricants actifs dans des filières de productions animales de masse, souvent pour l’export (porcs, volailles, …) il y aurait de plus a priori peu, voire aucune valeur ajoutée.

Lire la présentation de E.Walin

La FWA proactive

Construire quelque chose avec l’agriculture, tel est le vœu du Président de la FWA qui, en guise de conclusion, a rappelé que la Fédération était proactive et toujours en demande de concertation. Elle analyse les différentes donnes, secteur par secteur et production par production, de façon transversale et en s’engageant tant pour la santé que pour l’environnement.

 

 

 

Projet «zéro phyto»: les betteraviers s’interrogent

Le 19 décembre dernier, la seconde réunion de la tournée «Zéro phyto» s’est tenue à Longchamp (Eghezée) en présence d’un très grand nombre d’agriculteurs, démontrant ainsi que le sujet les préoccupe.

Anne Pétré

 

Manuel Tilmant, Président de la section locale, a accueilli les orateurs en leur offrant non sans humour, une tarte au sucre, leur conseillant de profiter de sa saveur, car la perspective d’une production betteravière sans phytos peut faire craindre qu’on ne puisse plus la déguster longtemps. Il a rappelé la volonté de la FWA de rassembler autour de ce projet «Zéro phyto» les hommes de terrain (agriculteurs), les hommes de sciences et les représentants de l’industrie de transformation, afin d’avoir une vision globale du projet proposé par nos ministres régionaux. Il a également interpelé les représentants politiques présents en leur affirmant que si le «Zéro phyto» était réellement mis en place, les agriculteurs devraient leur demander de venir donner un coup de main «à la rasette» dans les terres betteravières wallonnes.

Le «zéro phyto» en quelques mots

José Renard, qui représentait le ministre René Collin, a ensuite expliqué aux agriculteurs rassemblés, les objectifs du projet annoncé par nos ministres wallons.

Il a souhaité d’emblée rappeler que l’objectif n’est pas forcément d’atteindre un «zéro phyto» pur et dur, mais bien de tendre progressivement vers cet objectif. Il a souligné que la démarche de réduction de l’usage des phytos est en cours depuis plusieurs années déjà et en a rappelé les principales étapes:

2014: interdiction d’usage sur les zones imperméables liées à un réseau de collecte (càd les trottoirs, etc.)
2017: interdiction de l’usage du glyphosate dans les espaces publics
Juin 2018: mesures de protection des groupes «vulnérables»: enfants, malades, femmes enceintes….qui concerne les abords d’écoles, d’hôpitaux, etc.
2019: interdiction de tous les phytos dans les espaces publics.

José Renard a aussi voulu souligner que le Ministre est conscient que si le consommateur affirme lorsqu’il est interrogé, qu’il est prêt à dépenser plus pour avoir un produit de qualité supérieure, on constate que lorsqu’il fait ses courses, c’est plus souvent son portefeuille qui dirige ses achats.
Tendre vers le «zéro phyto» comme le projet l’envisage sera plus long en betterave, souligne encore le représentant de René Collin, car on manque d’alternatives dans ce secteur.
Il faut néanmoins relever les nombreux avantages qu’aurait un tel projet selon le ministre: la qualité des aliments, la diminution des risques pour la santé, l’amélioration des revenus, notamment via une réduction de la dépendance des producteurs vis-à-vis des intrants, le fait de positionner notre région comme pionnière.
Il n’est pas question d’imposer ce projet sans accompagner les agriculteurs, affirme aussi José Renard. La recherche doit être renforcée et son plan triennal qui devait être adopté fin décembre est axé notamment sur ce projet et la recherche d’alternatives. L’encadrement doit, lui aussi, être consolidé.
José Renard a aussi souhaité rappeler qu’il ne faut pas confondre «zéro phyto» et 100% bio. Le plan stratégique pour l’agriculture bio a atteint ses objectifs plus rapidement que prévu, et on souhaite donc simplement réadapter les objectifs aux besoins du marché, qui ne sont pas couverts par notre production actuelle.

Il faut également miser sur le consommateur pour soutenir ce projet, nous devons parvenir à l’embarquer dans cette démarche. On peut, dans un premier temps, miser sur les achats pour les collectivités en les dirigeant vers des achats locaux et durables. Il est clair aussi que s l’on veut valoriser un mode de production ou un cahier des charges, on doit faire un maximum pour qu’il soit bien identifiable par le consommateur. Nous devons donc travailler à cet aspect des choses et concevoir un étiquetage qui soit clairement reconnaissable.
Pour conclure, José Renard rappelle aussi qu’il faudra garder une certaine souplesse dans ce projet «zéro phyto», car lorsqu’on rencontre des conditions climatiques extrêmes, comme cette année notamment, on peut difficilement totalement se passer de traitements, sous peine d’avoir peu ou pas de production du tout! Le projet implique que l’agriculteur perçoive en contrepartie de ses efforts une rémunération juste pour ses productions.
L’idée est de tendre progressivement vers un objectif raisonnable à l’horizon 2030-2035, en organisant entretemps une concertation et en travaillant sur les filières.

IRBAB: zéro phyto en 2030? Pas réaliste!

Jean-Pierre Vandergeten, directeur de l’IRBAB, a ensuite voulu montrer l’évolution des méthodes et des résultats des traitements appliqués aux cultures betteravières depuis près d’un siècle. On remarque que dès les années 30, le cultivateur était très préoccupé par la lutte contre les ravageurs. Des catastrophes se sont produites certaines années en betterave, divers ravageurs détruisant une part de la production locale (mouche de la betterave en 31, jaunisse virale en 36…). Les traitements appliqués à l’époque étaient par exemple, la pulvérisation de la culture avec de l’eau savonneuse additionnée de nicotine, ou bien de l’arsenic… Ce n’était vraiment pas des traitements phytosanitaires sans risques! Par ailleurs, avant la sélection génétique, on devait aussi mettre une main d’œuvre importante en branle pour «démarier» les plants et désherber les cultures. Les années 50 ont vu se développer les traitements phytos, qui ont évolué peu à peu jusqu’à l’adoption en 1987 du système FAR qui a été largement utilisé par les cultivateurs et a rapidement permis de réduire les quantités de phytos utilisées. Cette méthode, qui propose le mélange de plusieurs molécules à petites doses, doit toutefois être réalisée avec des quantités d’eau suffisantes pour être efficace, rappelle le directeur de l’IRBAB.

Depuis, la recherche de méthodes ou d’alternatives pour réduire les doses appliquées n’a jamais cessé. L’enrobage des graines par un insecticide est une évolution très positive et très importante! On constate ainsi que l’enrobage préserve vraiment uniquement la graine et la plante, les études montrent qu’il ne nuit en rien à la quantité d’insectes présents à l’hectare sur la terre. Il faut rappeler que les néonicotinoïdes, si décriés par certains, ne sont pas seulement utilisés en betterave, loin s’en faut: seules 7% des quantités vendues sont utilisées en betterave, et 1% en chicorée! Il faut aussi rappeler que l’accusation répandue de l’influence de notre culture betteravière sur la disparition des populations d’abeilles est a priori peu crédible: la betterave ne produit pas de pollen et il n’y a donc aucune raison pour que les abeilles viennent y butiner!

Pour l’IRBAB, il est assez inimaginable de se passer des néonicotinoïdes pour lutter notamment contre les pucerons, d’autant que les alternatives telles que les pyrétrinoïdes, posent davantage de problèmes en termes de préservations des espèces que l’on veut protéger.

La recherche d’améliorations qui, au-delà du système FAR, permettront encore de réduire les traitements appliqués se poursuit. L’IRBAB par exemple développe des applications de reconnaissance des adventices. La résistance de la betterave à de nombreuses maladies, grâce à la recherche de variétés très robustes, permet évidemment aussi de limiter les apports d’intrants. Les évolutions en matière de méthodes d’applications des traitements ont aussi un effet bénéfique: ainsi, pour les maladies foliaires on applique en fonction d’un seuil de dissémination de la maladie.

La combinaison de ces évolutions fait qu’au fil des années, on a vu augmenter les rendements tandis que la quantité d’intrants diminuait de façon constante.

La majorité des substances actives autorisées en betteraves ont été interdites depuis 2009 (74% des autorisations retirées!), et on risque encore de voir d’autres molécules disparaître, avec le danger qu’apparaissent des résistances. En matière de désherbage, la méthode mécanique est une alternative, mais appliquée seule, sans la méthode FAR en combinaison, elle provoque de sérieuses baisses de rendement.

Dans le futur, on pourrait voir se développer des méthodes de détection des spores pour pouvoir travailler de façon très pointue, avec des avertissement extrêmement précoces, mais ces méthodes ne sont pas encore au point. Atteindre le zéro phyto en 2030 est un objectif irréaliste, et il faudra encore investir de très gros montants dans la recherche avant que des méthodes alternatives crédibles ne puissent être appliquées sur le terrain.

En conclusion, JP. Vandergeten rappelle que le secteur a déjà réalisé des efforts très considérables en matière de réduction d’intrants, tout en réussissant à augmenter ses rendements. Le secteur n’est pas opposé à ce qu’on diminue encore les apports de phytos, à condition toutefois qu’on lui propose des alternatives efficaces et rentables pour maintenir la rentabilité de la production betteravière.

Cliquez ici pour voir la présentation powerpoint de JP. VAndergeeten

 Industrie: pas de marché pour le zéro phyto

Guy Paternoster, directeur de la Raffinerie Tirlemontoise, est venu quant à lui expliquer que le groupe SüdZucker a rejoint le système SAI (sustainable agriculture initiative, soit initiative pour une agriculture durable). Les objectifs poursuivis par ce système englobent bien évidemment le pilier environnemental de la notion de durabilité, mais pas seulement, puisqu’elle vise aussi ses piliers social et économique. Chez nous, rappelle G. Paternoster, 70% des exploitations fonctionnent déjà en standard Vegaplan, qui est reconnu par SAI comme certification équivalente à leur standard.

Concrètement, que mettons-nous en place pour renforcer notre durabilité? Plusieurs axes sont concernés: la réduction des impacts du transport et de la logistique, le choix variétal, le travail sur les modes de désherbage…. Tout ceci s’effectue sans pour autant causer de dommages en termes de rendement, ce qui est un beau défi.

Au sein de Südzucker, un projet nommé «mont blanc» a été mis en place, afin de renforcer cette diminution des quantités d’intrants tout en améliorant encore les rendements. On fait également des efforts en matière de réduction de la tare-terre, la bâche Toptex a dans ce domaine, montré toute son efficacité. Südzucker organise aussi des essais et démonstrations de désherbage afin de rechercher des solutions qui préservent le futur de la culture betteravière. Une petite partie de la production est déjà bio, mais c’est vraiment très minoritaire car cela implique des coûts de production très élevés qui rendent le produit final vraiment nettement plus cher. La demande est aussi très réduite.

En ce qui concerne le projet «Zéro phyto», Guy Paternoster admet que lorsque l’information est parvenue au sein des structures de Südzucker, il a provoqué une réaction plutôt négative, faisant craindre pour l’avenir des infrastructures sucrières en Wallonie. Dans l’état actuel des choses, G. Paternoster ne voit pas comment rentabiliser et valoriser une production élargie de betteraves zéro phyto, qui ne répondent à aucune demande sur le marché actuel.

Pour autant, l’entreprise est loin d’être défavorable à une démarche de renforcement de la durabilité du secteur, comme elle le montre par son implication dans le schéma SAI et le projet «Mont blanc», et elle a bien l’intention de continuer à s’investir dans ce sens.

A l’issue des présentations des divers orateurs, une séance d’échange avec la salle, animée par Bernard Decock (conseiller au service d’études) a montré que les producteurs de betteraves sont plus qu’inquiets et dubitatifs face à la mise en œuvre du projet «zéro phyto» dans leur secteur, d’autant qu’il apparaît que les opérateurs économiques de la filière ne semblent pas y voir d’opportunités!

Cliquez ici pour voir la présentation powerpoint de G.Paternoster

La Wallonie n’est pas une île…

Dans ses conclusions, le Président de la FWA, Joseph Ponthier, a rappelé la volonté de notre mouvement de remettre l’agriculteur, principal concerné par ce projet, au centre du débat.

Il a souligné qu’en betterave, comme dans d’autres spéculations, les efforts et investissements déjà réalisés sont remarquables, mais qu’il reste à les amortir, ce qui n’est pas gagné d’avance! La Wallonie n’est pas une île, a-t-il aussi souligné, et il est important que nous mettions tout en œuvre pour être concurrentiels dans le contexte économique mondialisé qui est le nôtre aujourd’hui. Enfin, il a conclu en invitant l’assistance à s’intéresser aussi aux réunions suivantes portant sur les autres secteurs de notre agriculture, ainsi que sur les aspects santé et environnement de cet épineux dossier «zéro phyto».