Consommation de viande bovine: rétablir la vérité

Posté le 12 mars 2014 | comment Aucun commentaires.

La consommation de viande bovine est régulièrement mise en cause par divers groupes d’intérêt et autres autorités plus ou moins habilitées. Les motifs invoqués sont également divers, surtout nutritionnels et environnementaux, mais aussi quasiment «moraux». Relayées par les médias, ces attaques plus ou moins directes, contribuent à dévaloriser gravement l’image de la viande bovine ainsi que celle de l’ensemble d’une filière qui se consacre à sa production et à sa commercialisation, en premier lieu les éleveurs. C’est ainsi que récemment le Ministre wallon de l’agriculture, Carlo Di Antonio, a tenu une conférence de presse mettant bas les clichés négatifs propagés sur la viande bovine. Parallèlement, il a annoncé une vaste campagne de réhabilitation de celle-ci, une campagne associant aussi bien le secteur que le monde scientifique. Une initiative qu’à tous égards la FWA ne peut que saluer.

Richard Cydzik

Il y a peu le Conseil supérieur de la santé (CSS) avait réuni la presse pour mettre en cause la responsabilité d’une consommation excessive de viande rouge dans la survenance du cancer colorectal. En fait, déclarait le CSS, faisant état de statistiques de 2004, la consommation de viande rouge s’élève à 640 grammes par semaine et par citoyen, une quantité excessive et préjudiciable pour la santé.

Or, dit le Ministre, si l’on considère toutes les viandes rouges – bovins, ovins, caprins et équins – la consommation en Belgique a atteint 223.023 tonnes en 2010: un rapide calcul montre donc une consommation de 20,57 kg de viande rouge par habitant et par an, ce qui correspond à 396 grammes de steaks, autres viandes rouges et de charcuteries par semaine.

Cette quantité est fort proche des recommandations du Conseil Supérieur de la Santé lui-même, puisque celui-ci plaide pour une consommation de viande rouge fraîche (sans charcuterie) voisinant les 300 grammes par semaine, conclut le Ministre Di Antonio, avec 396 grammes de viande rouge par semaine – incluant la viande fraîche et les charcuteries – «les Wallons respectent donc les normes recommandées pour rester en bonne santé et disposer des éléments nutritionnels indispensables au bon fonctionnement du corps humain».

Les préjudices occasionnés par l’élevage au plan environnemental constituent un autre angle d’attaque dont sont friands les détracteurs habituels de la consommation de viande. C’est l’émission de gaz à effet de serre ainsi qu’une consommation extravagante d’eau qui sont stigmatisées.

Le chiffre de 18% a été avancé par la FAO (l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) pour quantifier les émissions de GES par l’élevage… en 2006. En effet, depuis cette date, la FAO a largement revu ce chiffre à la baisse pour l’établir à 10%, sur l’ensemble du secteur agricole en 2013! La différence est substantielle et confirmée par les analyses de l’Agence wallonne de l’air et du climat (AwAC). L’écart serait en outre encore réduit si l’on prenait en compte l’effet «puits de carbone» considérable des prairies lesquelles absorbent le carbone de l’atmosphère par le biais de la photosynthèse. M Di Antonio souligne ici très à propos que près de la moitié de la superficie agricole de la Région Wallonne est constituée de prairies et que celles-ci sont pour ainsi dire «obligées» par les règlements européens. Quelle autre façon de valoriser et rentabiliser ces prairies sinon par l’élevage bovin?

Enfin, argument massue utilisé par les adversaires de la consommation de viande, l’énorme utilisation d’eau qu’elle induirait. Le Ministre n’a pas dissimulé sa perplexité par rapport au chiffre de 15000 litres d’eau par kg de viande! Ce chiffre comprend sans doute l’eau de pluie tombée sur les prairies. Cette eau tombe naturellement et n’est donc pas dérobée à un autre usage: user de cet argument est donc purement fallacieux.

Le Ministre rappelle que, selon une source autrement plus fiable, à savoir l’Institut Européen de Statistiques «Eurostat», l’agriculture belge ne représente que… 1% des prélèvements d’eau. Une étude de l’Institut de l’élevage en France a par ailleurs démontré que la consommation d’eau au kg de viande est de 207 litres en moyenne en France (comprenant en outre une partie d’irrigation qui ne s’applique pas sous nos latitudes). Et tout état de cause, nous sommes loin du chiffre extravagant de 15000 litres par kg!

Ainsi, la conférence de M Di Antonio a-t-elle remis les «horloges à l’heure» quant aux «clichés négatifs» qui sont propagés sur la consommation de viande bovine. Celle-ci par ailleurs – c’est un danger qu’il ne faut pas sous-estimer – ne cesse de diminuer dans notre pays par rapport aux autres viandes: de 33% en 1975, la part de la consommation de viande bovine dans l’ensemble de la consommation de viande est passée à 20% en 2010.

Il convient de prendre garde à ne pas «démobiliser» davantage la consommation et par conséquent la production et la grande distribution. C’est par ce dernier canal, que s’écoule l’immense majorité de la viande bovine en Belgique, et la grande distribution est très demandeuse de sécurité d’approvisionnement en viande belge.

Au-delà des prétextes fallacieux auxquels recourent les opposants à la consommation de viande belge, les arguments fondés en faveur de celle-ci ne manquent pas. Que ce soit au niveau du prix, qui a diminué de 15% en 20 ans (contrairement aux autres denrées alimentaires) que de la qualité: la viande belge dispose de l’aval de l’Afsca, l’une des agences de contrôle qualitatif, sanitaire, de bien-être animal les plus sévères au monde.

Toutefois, encore trop méconnus du grand public, les atouts de la viande belge méritent d’être davantage mis en exergue. C’est ainsi que sous l’impulsion du Ministre Di Antonio, l’APAQ-W va engager des actions de valorisation des pièces de bœuf pour un montant de 500000 euros. Ceci permettra de couvrir des actions diverses (dégustation à large échelle en magasin, participation à des salons professionnels, etc.). Un chapiteau itinérant et didactique est également en préparation, en concertation avec le secteur.

Répétons une fois encore que cette initiative du Ministre Di Antonio mérite d’être vivement saluée. Comptons en tout cas qu’elle contribuera à redresser une consommation qui a dangereusement tendance à fléchir sous les coups notamment d’attaques inconsidérées.

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