Duraphyto : la FWA présente ses travaux en parlement

Posté le 10 mai 2017 | comment Aucun commentaires.

Jeudi dernier, la Fédération Wallonne de l’Agriculture a présenté l’important travail de réflexion qu’elle a réalisé sur les enjeux liés à l’utilisation des produits phytosanitaires.
Compte-rendu…

Yvan Hayez

Le 4 mai dernier, à sa demande, la Fédération Wallonne de l’Agriculture a été auditionnée en Commissions conjointes de l’environnement et de l’agriculture du Parlement wallon. Cette rencontre avec les parlementaires constituait une étape importante du travail entamé à l’automne dernier par nos services sur le dossier relatif à l’utilisation des produits phytosanitaires.
Pour rappel, le Ministre wallon de l’environnement Carlo Di Antonio avait lancé, lors de la dernière édition de Libramont, le concept d’une agriculture «zéro phyto» qui avait suscité un très vif émoi au sein de la profession. En réaction aux multiples enjeux qu’impliquait cette déclaration péremptoire du Ministre, la FWA a entrepris un travail de fonds pour objectiver le plus largement possible les conséquences qu’une telle approche pourrait engendrer.

Il est important de rappeler que l’étude menée par la FWA était multidisciplinaire et visait tous les secteurs de production de notre agriculture, sur les volets santé, environnement et économie en associant divers acteurs liés à la thématique (producteurs, filières économiques et scientifiques).
Au cours de 8 séances, ce n’est pas moins de 29 orateurs qui sont venus alimenter le débat. Pour la FWA, il s’agissait avant tout de donner la parole aux acteurs, de proposer des pistes concrètes d’action et de réaliser un dossier détaillé qui a été présenté et remis aux parlementaires wallons jeudi dernier.
Sur la forme, nous pouvons exprimer notre satisfaction d’avoir pu durant 3 heures présenter le fruit de cet important travail et mener un échange avec les parlementaires de notre région.
Sur le fonds, l’avenir nous dira si bien qu’ayant été écoutés, nous aurons été entendus.Suite à l’introduction menée par Bernard Decock, la parole a été donnée à Anne Bedoret, agricultrice membre du Groupe de travail « Phytos » de la FWA, à Jean-Marc Pirard, directeur de la société Apligeer, et enfin, à Michel De Proft, de l’Unité Protection des plantes et écotoxicologie du CRA-W.

Lors de son intervention, Anne Bedoret a témoigné de l’évolution considérable qui s’est faite de l’usage des produits phytosanitaires depuis plusieurs décennies. Cette pratique intègre tant une bonne connaissance du sol, une observation in situ des besoins de protections, la définition la plus adéquate du moment d’application, un suivi administratif rigoureux des actes de pulvérisation, une gestion parcimonieuse de l’utilisation des produits phytos s’appuyant sur des techniques et du matériel de pointe, et enfin un respect strict des règles en vigueur pour le stockage et la manipulation de ces produits.
Pour sa part, Monsieur Pirard, au nom de la société Apligeer (organisation de producteurs de légumes destinés à la congélation), a dans un premier temps, présenté la croissance de son secteur économique largement ouvert vers l’exportation et pourvoyeur d’emplois pour notre région.
Au travers du concept Mimosa (pour « Minimum Imput Maximum Output Sustainable Agriculture »), il a exprimé la stratégie de sa société visant à atteindre un minimum d’impact sur l’environnement ainsi que de résidus dans les produits, combiné à un maximum d’output visant un rendement maximal, une qualité supérieure et une réelle compétitivité.
Dans ses conclusions, JM.Pirard plaidait pour une stratégie visant à redorer l’image de notre agriculture conventionnelle plutôt que de la condamner.

Enfin, riche d’une expérience de plus de 30 ans, le professeur Michel De Proft, a développé différents aspects de la problématique sous l’angle de l’approche scientifique. Il a tenu a rappeler que par définition, les pesticides sont des poisons, et que certains végétaux eux-mêmes en produisent. Au cours de sa longue carrière, M.De Proft a observé une évolution considérable dans l’utilisation des pesticides, certains (tel que l’arsenic, par exemple) étant devenus complètement proscrits. Désormais, tous les produits sont soumis à agréation rigoureuse, ce qui implique une mesure d’impacts en termes de résidus, d’effets sur l’environnement et d’efficacité.
Pour lui, cultiver est l’art du déséquilibre qui consiste non pas à éradiquer les ennemis des cultures, mais bien à vivre avec en utilisant les lois naturelles, qu’il convient de combiner avec des résistances variétales et des substances acceptables.

Au terme de ces exposés, Bernard Decock a repris la parole pour exprimer le positionnement et les propositions d’action de la FWA. Ces derniers sont détaillés dans le dossier que vous trouverez dans la présente édition (la brochure complète est disponible ici   PART 1   –   PART  2)
La FWA rappelle que :
- Depuis des décennies, les agriculteurs ont adapté leurs pratiques dans le sens d’une diminution constante de l’usage des produits phytosanitaires
- Elle reste ouverte au dialogue pour poursuivre la dynamique déjà enclenchée d’une évolution vers un usage des phytos qui reste compatible avec la notion de durabilité dans ses trois aspects (environnemental, social et économique), de façon réaliste et progressive
- Il est essentiel d’être à l’écoute des agriculteurs et de mettre en place des politiques en concertation avec le secteur. A ce titre, nous regrettons que l’effet d’annonce auprès du grand public, qui doit être informé de manière objective en toutes circonstances, ait précédé l’indispensable concertation avec les acteurs concernés. L’image qui en est ressortie pour le grand public, est que les agriculteurs utilisent les phytos de manière irraisonnée et sans encadrement.
- Il faut s’assurer que des alternatives crédibles soient disponibles pour permettre aux agriculteurs de poursuivre leur activité de manière durable

La FWA propose diverses actions :
- La première, et la plus essentielle en termes de communication, est de sortir de ce concept de « zéro phyto » et propose désormais de parler de « duraphyto » pour parler de l’usage des produits phytosanitaires qui intègre tous les objectifs de la durabilité
- Etablir, avec le soutien du gouvernement, une communication positive sur les bonnes pratiques déjà réalisées par les agriculteurs
- Mettre en place une concertation associant le secteur agricole, la recherche, les centres pilotes, les filières de transformation et de commercialisation. En résumé, il faut développer une réelle politique de filières.
- Renforcer les moyens de la communauté scientifique tant dans sa dimension de recherche que d’encadrement
- Une étude de comportement réelle des consommateurs telle que réalisée par le ministère français de l’agriculture nous semble également pertinente.

Faisant suite aux exposés de nos représentants, suivis par de nombreux visiteurs dont une très large représentation d’agriculteurs de la FWA, un long débat s’est tenu avec les parlementaires. Des questions parlementaires, nous retiendrons deux catégories : celles de ceux qui manifestement, cherchaient à mieux percevoir les enjeux liés au dossier, et ceux qui nous ont semblé s’être déjà forgé une opinion définitive sur la question.
Il reste donc un gros travail à mener sur ce dossier et plus largement, les déclarations récentes du Ministre Borsus sur la vente du glyphosate, et du Ministre Di Antonio sur les néo-nicotinoïdes, montrent que plus que jamais, notre secteur doit rester vigilant dans les orientations que l’on veut donner à ses pratiques.
Tant qu’il y aura des hommes, il faudra des agriculteurs. Si un jour, nous n’avons plus d’agriculteurs en Wallonie, nous consommerons des produits venus d’ailleurs, qui risquent de répondre à des normes très largement inférieures à celles que nos producteurs respectent déjà aujourd’hui.
Il est clair pour la FWA que ce scénario n’est pas envisageable, et qu’elle se battra sans répit pour une agriculture économiquement, socialement et environnementalement viable, orientée vers l’avenir plutôt que vers le passé.

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