Fernelmont: au-delà de l’émotion

Posté le 13 septembre 2017 | comment Aucun commentaires.

Depuis plusieurs années, le village de Fernelmont fait l’objet d’échos médiatiques réguliers liant des cas de cancers qui seraient anormalement élevés avec les activités de pulvérisation des agriculteurs de la région. Ce dossier a fait l’objet d’un nouveau rebondissement médiatique, et ce en pleine rentrée des classes. Echos et actions de la FWA.

 Yvan Hayez et Bernard Decock

 

Début septembre, à l’occasion de la rentrée des classes, les résultats partiels d’une nouvelle étude sur la présence de résidus de produits phytosanitaires ont été livrés sur la place publique. Cette étude a été menée d’initiative et sur compte propre par le professeur Bruno Schiffers,  de Gembloux AgroBioTech.

Les résultats encore partiels, nous insistons, ont mis en évidence la présence de 23 molécules phytosanitaires. L’un des objectifs de l’étude était bien sûr de détecter la présence des molécules, mais également de mesurer à termes l’efficacité d’une barrière végétale composée de miscanthus aux abords de l’école du village. Précisons que cette barrière naturelle a été implantée volontairement il y a quelques mois par l’agriculteur concerné, et qu’en conséquence, il s’agit de l’année « zéro » de l’étude.

La communication de ces résultats a suscité un certain écho médiatique et provoqué une compréhensible inquiétude de la population concernée. Les résultats de l’étude sont interpelants à plus d’un titre, et les liens à la santé publique méritent réflexion.

Le premier élément surprenant est lié à la communication: de fait, on peut s’étonner que l’on joue avec des peurs qui peuvent être légitimes chez nos concitoyens, en publiant des résultats parcellaires au moment très sensible de la rentrée des classes et que l’on stigmatise une fois de plus les agriculteurs. Des agriculteurs qui, alors qu’ils sont parties prenantes de l’installation du miscanthus,  n’ont pas été  avertis ou associés à la communication des premiers résultats.

Le deuxième élément surprenant réside dans les molécules identifiées par les capteurs placés le long de l’école. Le nombre de molécules étonne (23 produits différents) et, fait plus surprenant encore, l’identification de molécules qui n’ont pas été utilisées sur les parcelles contigües ou qui, pour certaines, ne sont plus utilisées depuis longtemps.

Dès qu’elle a pris connaissance de l’étude du professeur Schiffers, la Fédération Wallonne de l’Agriculture a pris diverses initiatives.

Nous avons tout d’abord informé nos responsables en interne de ce que nous savions via la presse de l’étude et de ses résultats, et avons préparé pour eux un argumentaire afin de les aider à communiquer sur la problématique en cas d’interpellation.

Nous avons demandé à rencontrer le professeur Schiffers afin qu’il nous apporte les compléments d’information nécessaires pour comprendre à la fois la portée de l’étude et ses objectifs, et pour qu’il précise les résultats déjà connus.

Le Professeur a rapidement accepté notre demande  et a confirmé que, à ce stade, et selon le protocole de l’étude, l’analyse des résultats ne permet pas de tirer de conclusions quant à l’impact de la présence des produits phytosanitaires identifiés sur la santé humaine. Il s’est également montré ouvert à une future collaboration avec la FWA.

Pour les aspects santé, nous rappelons qu’une autre étude qui traite spécifiquement de cet aspect est en cours par ailleurs. Cette deuxième étude vise à vérifier si le nombre de cancers qui touchent les habitants de Fernelmont est effectivement plus élevé qu’ailleurs dans la population.

Le bureau de la FWA a aussi adressé un courrier à l’adresse des Ministres de l’Agriculture, de l’Environnement, de la Santé et de l’Economie ainsi qu’au Ministre Président wallons. Dans ce courrier, nous sollicitons, si l’étude est poursuivie, qu’elle soit placée sous le patronage des 4 ministres compétents, en revendiquant que la FWA et les agriculteurs directement concernés soient associés au processus d’étude et qu’ils soient informés en toute transparence des futurs résultats qu’elle produira.

Les agriculteurs, comme le reste de la population, sont préoccupés par les aspects environnementaux et de santé publique de ce dossier.  Ils doivent néanmoins aussi se préoccuper de l’impact économique que pourraient provoquer sur leurs exploitations, les décisions qui découleraient de la suite de cette étude. C’est pour cette raison qu’ils souhaitent que celle-ci soit menée en tenant compte de l’ensemble de ces éléments, avec le soutien des Ministres en charge de ces divers piliers.

Par son intervention auprès des Ministres du gouvernement wallon, la FWA souhaite avant tout objectiver les choses et faire en sorte que, in fine, les décisions prises dans ce dossier le soient en toute sérénité.

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