Fourrages et élevage: le «Zéro Phyto» se heurte aux réalités du secteur

Posté le 2 février 2017 | comment Aucun commentaires.

Malgré son plaidoyer en faveur du «Zéro Phyto» en Wallonie, le représentant du Ministre René Collin, s’est heurté, le 19 janvier dernier à Grimbiémont, aux différentes réalités du secteur. A la lumière de leurs interventions, les orateurs qui se sont succédés tout au long de la soirée ont clairement démontré que ce projet serait extrêmement compliqué à mettre en œuvre, que ce soit au niveau de la conduite des cultures de maïs, de l’origine des matières premières utilisées dans les aliments composés, des marchés et en particulier des importations, des contrôles et du stockage des aliments, et surtout du point de vue économique…

Marie-France Vienne

C’est Benoît Georges, représentant le Ministre René Collin, qui a ouvert la soirée en commençant par souligner et mettre en évidence tout ce que le secteur agricole avait déjà accompli jusqu’à présent en matière de réduction des produits phyto, rappelant l’amélioration des techniques culturales et de pulvérisation, la diminution progressive des quantités de substances actives utilisées. Il a également rappelé l’obligation de contrôle des pulvérisateurs ainsi que le rôle et la présence de conseillers et de centres-pilotes. Les agriculteurs, a-t-il insisté, respectent les consignes de pulvérisation dans les zones tampons, aménagent leurs horaires pour limiter les effets négatifs pour le voisinage. Ils consignent toutes les opérations culturales et gèrent leur local phyto. Le représentant du Ministre a cité la récente mise en place de la phytolicence et ses formations continues ainsi que la lutte intégrée. Il a également signalé la participation des agriculteurs aux programmes agri-environnementaux, services qu’ils rendent à la société.

Transposition de la Directive européenne 

Avant de se lancer dans le détail du projet «Zéro Phyto», Benoît Georges a fait un petit retour dans le proche passé, rappelant la série de réglementations mises en place dans le cadre de la transposition de Directive européenne sur les pesticides. Il a principalement mis en exergue l’interdiction d’usage sur toutes les surfaces imperméables reliées à un réseau de collecte des eaux pluviales en juin 2014, l’obligation, depuis octobre 2016, pour tous les utilisateurs d’appliquer la lutte intégrée. En 2017, ce sera au tour de l’interdiction du glyphosate sur les espaces publics et les jardins privatifs. En 2018, ce seront des mesures spécifiques pour les groupes vulnérables tels que les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et enfin, en juin 2019, l’interdiction de l’usage de produits phyto dans tous les espaces publics.

 Lutte intégrée

Le représentant du Ministre a évoqué la lutte intégrée, une exigence de la Directive-cadre européenne qui est applicable à tous les utilisateurs professionnels dont les agriculteurs, que ce soit tant pour les cultures de betteraves, de pommes de terre, de tomates que de sapins de Noël. Les principes et les modalités concrètes en ont été traduits dans les Arrêtés du Gouvernement wallon et Arrêtés ministériels. Petit bémol dans l’ensemble de ce tableau, les résidus de pesticides dans les eaux souterraines en Wallonie qu’il est obligatoire de continuer à réduire.

Les citoyens au centre de la démarche

Une enquête, réalisée dans le cadre du Code wallon de l’Agriculture, dans laquelle il était demandé aux consommateurs le surcoût qu’ils étaient prêts à payer pour des produits alimentaires de qualité a donné des signaux clairs, a souligné Benoît Georges pour qui le «zéro phyto» est l’occasion d’initier une réflexion en profondeur sur l’agriculture wallonne de qualité. Au niveau des avantages du «zéro phyto», le représentant du Ministre Collin a cité la qualité des aliments, la diminution des risques pour la santé, et, au niveau économique, la création d’une certaine différenciation pour les produits agricoles. Le produit qui se vendrait à un prix supérieur justifierait un revenu agricole à la hausse pour le producteur. Cette initiative peut aussi être l’occasion d’innover et d’inciter l’agriculture à se positionner en pionnière au niveau d’un savoir-faire exportable mais aussi en matière de nouvelles technologies au niveau du machinisme. Mettre en place le programme «Zéro Phyto» signifie mobiliser tous les leviers disponibles en Région wallonne et accompagner les agriculteurs qui devront devenir des partenaires, a développé Benoît Georges. Parmi les leviers, la recherche et son programme triennal 2017-2019 qui bénéficiera de budgets de l’ordre de 70 millions € sur trois ans, ou encore le programme wallon de réduction des pesticides (le PwDR), l’encadrement agricole avec la DGO3 et les ASBL subventionnées et enfin le soutien à l’agriculture bio et aux produits différenciés.

Embarquer les consommateurs

La clef de la démarche, c’est le consommateur qu’il faut pouvoir littéralement «embarquer» en se basant sur une identification spécifique pour mettre en évidence et valoriser les produits. On peut imaginer des clauses de durabilité dans les marchés publics, détaille Benoît Georges. On parle d’une démarche volontaire avec une certaine flexibilité. Il faut imaginer une année où l’on cultivera sans produits phyto et d’autres années où l’utilisation de phyto sera indispensable pour diverses raisons. Le représentant du Ministre a insisté sur la nécessité d’une juste rémunération pour l’agriculteur en établissant un contrat de société entre l’agriculture et les consommateurs. Le prix doit stimuler la prise de décision de ne pas traiter ou de traiter différemment. Produire sans phyto, c’est aussi mettre en évidence les produits locaux. L’initiation de la démarche «zéro phyto» est l’enclenchement du choix du consommateur dans une dynamique initiée par l’autorité, sur demande de la société, a conclu le représentant du Ministre Collin en insistant sur la nécessité de travailler avec toute la filière, de l’amont à l’aval.

Lire la présentation powerpoint de B.Georges

Le maïs au service de l’alimentation des animaux

Guy Foucart, Responsable du CIPF et coordinateur du Centre pilote maïs, a présenté les possibilités de réduction des produits phyto en maïs, indispensable dans l’élaboration des aliments pour animaux. En Belgique, le maïs est cultivé sous formes de maïs-fourrage et de maïs-grain. Le maïs fourrage est principalement destiné à l’alimentation des bovins tandis que le maïs-grain, valorisé sous différentes formes (grain sec, grain humide ou épis broyé) entre dans les rations des porcs, volailles et dans les aliments concentrés pour bovins. La Région wallonne compte environ  6.000 producteurs de maïs fourrage et 1.000 producteurs de maïs-grain. Le maïs possède l’avantage de bénéficier d’une forte recherche au niveau génétique, c’est également une plante peu sensible aux maladies, qui valorise bien les effluents d’élevage et dont les surfaces cultivées sont adaptées aux besoins de chacune des exploitations. Guy Foucart a ciblé les prédateurs de la plante de maïs, à commencer par les larves de la mouche des semis, les larves d’oscinie, qui peuvent atrophier les organes du maïs, les larves de tipules et larves de noctuelles contre lesquelles on ne conseille pas de traitement. Vu les  dégâts très occasionnels qu’ils provoquent, l’agriculteur accepte le risque d’un non traitement.

Viennent ensuite les différentes espèces de pucerons qui font l’objet d’un suivi hebdomadaire dans le cadre du réseau d’avertissement du Centre pilote maïs. Grâce à celui-ci, ces dernières années, les traitements ont été peu fréquents et à chaque fois, en cas de nécessité,  limités là où la menace était présente. Les larves de pyrale, ravageurs importants en France ne provoquent en Belgique jusqu’à présent que quelques bris de tiges sans importance économique. Un traitement n’est donc jamais conseillé. Les larves de taupins quant à elles, peuvent occasionner de gros soucis puisque les plantes attaquées sont perdues et les pertes de rendement peuvent atteindre jusqu’à 75%. En cas de risque avéré, un traitement préventif sur semences ou l’application de micro-granulés dans la raie de semis est impératif en situation à risque. Les néonicotinoïdes bien connus (Gaucho, Poncho, Cruiser) ne sont plus utilisés depuis 3 ans et des alternatives (chimiques ou non) sont recherchées.

Traitements, désherbage mixte et mécanique

Outre le traitement thirame sur la semence pour assurer une protection du pythium et la fusariose, l’utilisation des variétés peu sensibles ou l’application de pratiques culturales (labour, rotations) permettent aussi d’éviter le développement d’autres champignons (charbon, fusariose, kabatielllose, helminthosporiose, ..). Au niveau du maïs, le désherbage est essentiel. En effet, la plantule de maïs, étant fortement sensible à la concurrence des adventices, il est primordial de contrôler leur développement jusqu’au 15 juillet. Il représente le seul traitement foliaire appliqué en maïs. En Belgique, 95% des surfaces de maïs sont traitées en seul passage avec un mélange à doses adaptées en fonction de la flore de plusieurs matières actives.  D’autres solutions passent par le désherbage mixte, utilisé entre 1999 et 2007 car il s’agissait alors d’une MAE qui offrait une aide financière. Cette technique consiste à biner l’interligne sur 45 à 50 cm et à pulvériser sur la ligne lors du premier passage. Lors du second passage, seul le travail mécanique est réalisé. Elle permet de réduire de 60% la quantité de substances actives utilisées. Toutefois, outre, l’investissement dans un équipement, le travail est réalisé généralement sur une largeur de 4,5 m alors qu’un pulvérisateur traite au minimum 18 m de large. La vitesse d’avancement est également de l’ordre de 6 à 8 km/h alors qu’une pulvérisation classique est réalisée à 8 à 10 km/h. Vu la nécessité d’un deuxième passage, le temps de travail est donc environ 10 fois plus important. Bien sûr, l’agriculteur réalise une économie sur le produit de l’ordre de 60 à 70 € mais le coût de sa main d’œuvre, ses heures de tracteur et sa dépendance vis-à-vis de la météo sont à mettre dans l’autre plateau de la balance. Cette MAE, qui concernait de 700 à 800ha a toutefois été supprimée lors des dernières programmations. L’obligation pour l’agriculteur engagé dans cette mesure de désherber de cette manière durant 5 ans consécutifs (quelles qu’étaient les conditions météo), constituait un frein à son développement. Il existe aussi du matériel pour du désherbage uniquement mécanique, De manière globale, ces techniques restent envisageables mais demandent de la disponibilité, du matériel et des moyens humains importants.

Deux projets en développement

Le premier projet développé par le CIPF avec le soutien de la Région wallonne «Eruistop», est une évaluation des techniques innovantes de préparation du sol dans la lutte contre l’érosion et le ruissellement en culture de maïs sur terres en pente: le travail du sol se fait en même temps que le semis. Les résultats de cette technique innovante sont très prometteurs. Elle permet de valoriser les pluies estivales en favorisant l’infiltration d’eau, en limitant l’érosion et en retenant les sédiments sur la parcelle. Outre la préservation de la fertilité des sols, elle permet également de retenir les matières fertilisantes  (azote,  phosphore) ainsi que les produits phytosanitaires. Le second projet, «Probiom»  est une collaboration entre le laboratoire de phytopathologie de l’UCL (Professeur A. Legrève) et le CIPF. Il est également soutenu par le Région wallonne Il consiste en un criblage d’organismes fongiques naturellement présents dans la rhizosphère du maïs pour le développement de biofongicides et la détection de molécules actives associées. L’objectif est de mettre au point une alternative aux fongicides de synthèse qui sont systématiquement appliqués sur la semence de maïs. Le projet est prometteur mais se situe encore au stade de la recherche.

Lire la présentation de G.Foucart

Aliments composés: un énorme défi 

Concilier programme «Zéro Phyto» avec élaboration d’aliments composés représente, pour Jean-Marc Bourguignon, Responsable Nutrition du Service Aliments de la SCAM, un défi de taille. Sont produites en Belgique environ 7.123.000 tonnes/an d’aliments composés dont 52% sont destinés aux porcs, 17% à la volaille, 20% aux bovins et 11% à d’autres fins. 1.400.000 tonne/an est consommée en Région wallonne. Il s’agit d’un marché très ouvert et dynamique car aux plus de 7 millions de tonnes produites, s’ajoutent 1.312.000 tonnes de produits importés, principalement de France et d’Allemagne. A noter que la Belgique exporte également environ 1.300.000 tonnes/an. Pour Jean-Marc Bourguignon, la première question qui se pose dans la cadre de la mise en place d’une filière «zéro phyto» en Région wallonne, c’est de savoir comment se positionner face au marché de l’import/export. Quel serait, par exemple, l’intérêt des pays tiers d’acheter à la Wallonie des produits élaborés selon un cahier des charges «zéro phyto»?

Matières premières en souffrance

Dans les matières premières utilisées par l’industrie belge des aliments composés pour animaux, toutes espèces confondues, les céréales représentent environ 42%, les coproduits oléagineux comme les tourteaux 23%, les coproduits de meunerie comme le son et d’amidonnerie comme les glutens 13%, les coproduits de la fabrication du sucre (mélasse, pulpe de betterave) 6% et les coproduits de boulangerie, de production de biocarburant, de brasserie (radicelles de malte), les déshydratés comme la luzerne 7% et, enfin, les minéraux, les oléagineux (graines de lin, de soja, de colza), les huiles végétales et les graisses représentent quant à eux 9%. Les coproduits représentant la moitié du volume d’un aliment composé, se pose alors la question des fournisseurs de coproduits qui n’intègrent pas la filière «zéro phyto». Où donc la SCAM, en tant que fabricant wallon d’aliments, trouvera-t-elle des matières premières alternatives? Est-ce que les meuneries, dont la finalité première est de produire de la farine boulangère, changeront leur façon de travailler parce que l’acheteur de coproduit aurait besoin de céréales issues d’une filière «zéro phyto» s’interroge Jean-Marc Bourguignon. 15 à 20 matières premières entrent, en moyenne, dans l’élaboration d’un aliment composé. Si elles proviennent de céréales à paille produites en suffisance en région wallonne, le problème se pose au niveau du maïs grain qui est majoritairement cultivé dans le nord du pays et également importé de France et de l’est de l’Europe. Quant aux tourteaux d’oléagineux, ils viennent bien de Belgique, mais la graine de lin n’y est pas produite, elle provient généralement du Canada ou de l’est de l’Europe, Kazakhstan et Ukraine. Un aliment «zéro phyto» ne pourrait donc pas contenir de tourteaux de lin. Les tourteaux de palmistes viennent, eux, principalement de Malaisie. On peut facilement produire des aliments pour bovins sans tourteaux de soja, explique Jean-Marc Bourguignon, mais c’est très problématique pour les porcs et les volailles. Il y a bien des tourteaux de soja bio sur le marché, mais ils viennent d’Italie ou de certains pays de l’Europe de l’est…

La problématique de l’importation

La Région wallonne, comme la Belgique, est grandement déficitaire en protéines végétales et les initiatives pour développer une plus grande indépendance vis-à-vis des importations, notamment en cultivant des protéagineux, sont pour l’instant très limitées. Les coproduits de meunerie et d’amidonnerie proviennent principalement de Flandre, de France et d’Allemagne. Et il semble très compliqué de demander aux fournisseurs français d’utiliser des céréales «zéro phyto» pour la Wallonie. Le même schéma se profile pour les déshydratés, car Longchamp ne déshydrate plus de pulpe de betteraves depuis 3 ou 4 campagnes. Les pulpes, matières premières importantes pour les aliments bovins, sont donc importées de France et d’Allemagne. Certes, des alternatives aux matières premières qui sont actuellement importées existent, explique Jean-Marc Bourguignon, qui cite le cas des aliments bio, avec des compositions d’aliments simplifiées et un travail avec seulement 5 à 6 ingrédients qui seraient issus de la filière «zéro phyto», mais les choix seraient très limités. Sans compter que produire des céréales sans phyto aurait un impact sur les rendements qui seraient plus faibles, poussant les céréaliers à demander un prix plus élevé.

Le casse-tête de la traçabilité et du stockage

En tant que collecteur, travailler avec des céréales issues de deux filières différentes implique un dédoublement des loges, une donne qui engendrera des frais de collecte et de stockage supplémentaires. Jean-Marc Bourguignon a également évoqué les notions de traçabilité, d’analyse et de contrôle puisqu’il faudrait pouvoir différencier les matières premières conventionnelles de celles qui seraient issues de la filière «zéro phyto». Mais sur quel critère le ferait-on et comment s’assurer qu’elles sont bel et bien issues d’une parcelle «zéro phyto»?  Pour Jean-Marc Bourguignon il faut passer aux analyses complémentaires de lots et établir de nouvelles normes concernant les résidus de pesticides. Même si les céréales sont issues de cultures «zéro phyto», une pollution environnementale est toutefois toujours possible. Quid du risque de «faux positif»? Que fait-on des lots «positifs»?  Faut-il les diluer ou les déclasser? Quels seraient les seuils de tolérance et que faire au niveau commercial?  Au niveau de l’usine d’aliments, les questions ne sont pas moins nombreuses sur la manière de gérer les matières premières «zéro phyto» à côté des conventionnelles? Jean-Marc Bourguignon évoque deux pistes: la première consiste à travailler selon le principe de «mass balance», appliqué pour le soja durable. L’autre possibilité, plus difficile à gérer au niveau d’un site industriel, se base sur la segmentation réelle des lots. Une option qui demande davantage de silos dédiés aux matières «zéro phyto». Enfin, le Responsable Nutrition du Service Aliments de la SCAM a avancé l’option d’un site de fabrication dédié au zéro phyto, tout en s’interrogeant sur sa pertinence au niveau économique

Des contraintes pratiques très importantes 

La mise en place d’une filière d’aliments «zéro-phyto» serait «différenciante», mais comprend des contraintes pratiques assez importantes a insisté Jean-Marc Bourguignon. Elle nécessiterait une valorisation additionnelle des produits animaux finis car les contraintes en amont et le surcoût des matières premières seraient inévitables. Et quelle est l’aptitude économique du consommateur à augmenter le montant du «panier de la ménagère» dans ses dépenses? La mise en place de ce projet sur une large échelle en Région wallonne n’est pas réaliste compte tenu du marché ouvert du feed et du food. Enfin, Jean-Marc Bourguignon a épinglé la communication autour de ce programme. Selon lui, argumenter sur des aliments plus sains car issus d’une filière «zéro-phyto» ne doit pas remettre en cause la perception de la salubrité des aliments conventionnels. De plus, la multiplication des «labels» (conventionnel, bio, non-OGM, zéro-phyto, durable, de proximité, …) risque d’entrainer une confusion chez les consommateurs et une dilution du volume individuel de chaque filière.

Lire la présentation de JM.Bourguignon

Résidus de PPP dans les aliments concentrés?

Yvan Dejaegher, Directeur Général de l’Apfaca-Bemefa (Association Professionnelle des Fabricants d’Aliments Composés pour Animaux) a commencé par présenter le travail de structuration important réalisé par sa filière ces 15 dernières années: son association regroupe 160 membres qui produisent ensemble plus de 95% des aliments. Il a également présenté Ovocom, la plateforme de concertation de la filière alimentation animale qui veille à assurer la traçabilité des aliments mais qui veille également à assurer une hygiène irréprochable, à éliminer les substances indésirables et qui surveille les substances à risques de l’ensemble de la production des membres de l’Apfaca-Bemefa. Pour y parvenir, la plateforme a développé le standard «Feed Chain Alliance» et le Guide Auto-contrôle Alimentation animale qui sont reconnu par l’Afsca. Ceux-ci donnent lieu à de nombreux plans d’échantillonnages. La préoccupation des producteurs d’aliments concentrés par rapport aux résidus de pesticides n’est pas neuve. Ainsi, depuis 2003-2004, l’association réalise un monitoring des résidus de pesticides dans les matières premières. Dans un second temps, elle a commencé à réaliser des screening de certains additifs. Depuis 2015, ces démarches proactives ont permis de développer une méthode de screening multirésidus avec un spectre de +/- 500 pesticides. Suite à ces analyses, on a retrouvé des résidus de pesticides dans 57% des échantillons mais sur les 281 échantillons prélevés, la LMR (Limite maximale en Résidus) était dépassée pour seulement 1 échantillon. Yvan Dejaegher a également fait remarquer que les LMR sont fixées uniquement pour les produits non transformés et qu’il faut par conséquent appliquer des facteurs de conversion qui tiennent compte du processus de production, du comportement des pesticides (ex: la liposolubilité) et de l’utilisation des pesticides.

Lire la présentation de Y.Dejaegher

La charrue avant les bœufs

Spécialiste de l’aliment du bétail dans des filières différenciées, la SCAR a pour slogan «ma coopérative construit la différence». Elle se veut proactive et orientée sur la valeur ajoutée pour les productions et surtout pour le producteur. Elle participe à PQA, Coq des Prés, Margueritte Happy Cow, une petite filière avec un cahier des charges lié à l’herbe, Limousin Bio d’Ardenne, et Aliments Vital dédié au petit élevage réalisé par des non professionnels. Pour Eric Walin, son Directeur, le projet «Zéro Phyto» est un concept qui ne peut être improvisé mais préalablement évalué, structuré, construit, crédible et surtout valorisable. Pour le mener à bien, il faut se donner les moyens de sa politique et de sa stratégie, argumente-t-il. Or, le Directeur de la SCAR a le sentiment que la charrue a été mise avant les bœufs, soit avant que n’ait été évaluée la faisabilité du concept à chaque niveau de tous les acteurs des différentes filières agricoles. Il faut quelque chose de précis et d’identifiable par le consommateur pour qu’il puisse y adhérer. Pour ce faire, il faut un cahier des charges précis, compréhensif et gérable. Avec quelle certification? Quel logo, slogan par rapport à une région, à la proximité, le savoir-faire bref quel est l’élément clef? La concertation, a-t-il développé, doit se faire entre les différents maillons et non devant le grand public. Et de faire part de ses craintes sur le positionnement du concept «Zéro Phyto»: va-t-il se situer entre le bio et le conventionnel? Lui, en tous cas, ne croit pas au «ventre mou» en terme de communication vers le consommateur. Et alors que la majeure partie des productions fourragères sont actuellement valorisées par des fabricants actifs dans des filières de productions animales de masse, souvent pour l’export (porcs, volailles, …) il y aurait de plus a priori peu, voire aucune valeur ajoutée.

Lire la présentation de E.Walin

La FWA proactive

Construire quelque chose avec l’agriculture, tel est le vœu du Président de la FWA qui, en guise de conclusion, a rappelé que la Fédération était proactive et toujours en demande de concertation. Elle analyse les différentes donnes, secteur par secteur et production par production, de façon transversale et en s’engageant tant pour la santé que pour l’environnement.

 

 

 

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