FRAUDE VEVIBA – LA FWA ne lâchera pas le dossier!

Posté le 23 mars 2018 | comment Aucun commentaires.

La filière agroalimentaire belge est une nouvelle fois plongée dans la tourmente. En cause, des pratiques frauduleuses découvertes et révélées de la part d’un opérateur important de la filière.

Yvan Hayez

Dès qu’elle a pris connaissance de la fraude découverte à Bastogne, la Fédération Wallonne de l’Agriculture (FWA) a exprimé le jour-même (dès jeudi dernier) sa colère à l’égard des faits révélés qui portent un discrédit sur l’ensemble de la chaîne et risquent d’engendrer des conséquences économiques majeures pour nos éleveurs qui sont par ailleurs déjà exposés à des difficultés de rentabilité depuis plusieurs mois, voire années.

La FWA et ses partenaires de l’Agrofront ont sollicité en urgence une rencontre avec le Ministre de tutelle, Denis Ducarme, ce qui a été organisé l’après-midi même. Les informations transmises par le Ministre attestent des éléments suivants:
- des fraudes massives sur l’étiquetage et les dates limites de conservation en chambre froide
- des fraudes à partir de la chaîne d’abattage où le périmètre découpé autour de la zone de saignée était réintroduit dans le circuit de la filière alimentaire
Pour la FWA, il s’agit au départ d’une fraude économique qui est à l’origine d’une seconde fraude, cette fois d’ordre sanitaire. Cette fraude porte directement préjudice aux éleveurs dans la mesure où la pesée officielle sous-estimait les kilos qui devaient être payés aux éleveurs. Elle les touche aussi indirectement en termes d’image et d’une probable détérioration du prix payé aux producteurs suite à une méfiance qui pourrait apparaître chez le consommateur.

De fait, des morceaux de viande prélevés avant la pesée officielle sur la bête une fois abattue, ont ensuite été réinjectés dans le circuit à des fins alimentaires en créant un circuit parallèle de viande non expertisée. Le management de l’abattoir a organisé cette fraude économique et induit ainsi des manquements inacceptables en termes de traçabilité des produits.

Depuis le début de cette crise, la FWA a multiplié les contacts avec les différents maillons de la chaîne agroalimentaire.
La FWA exige que ce nouveau scandale soit «mis à profit» pour mettre en place des normes de fonctionnement qui assurent un maximum de transparence et mettent définitivement fin aux pratiques obscures telles qu’elles ont été révélée lors cette énième crise. Comme elle le réclame depuis de nombreuses années, la FWA exige que de nouvelles pratiques transparentes soient imposées et contrôlées tant au niveau de l’ensemble des abattoirs que du commerce de bétail en général. Ses positions, la FWA a eu largement l’occasion de les relayer médiatiquement au travers des très nombreuses interventions de ses représentants sur toutes les chaînes de télévision, de radio, ainsi que via la presse écrite.
Suite aux contacts que nous avons initiés, d’autres maillons de la filière agroalimentaire ont clairement exprimé leur volonté de partager et soutenir nos fermes revendications.
Dès à présent, nous attendons de l’ensemble des pouvoirs publics qu’ils soutiennent et favorisent l’atteinte d’un tel objectif.

Concernant la fraude et le fait que l’affaire soit entre les mains de la justice, la FWA a décidé, lors d’un Bureau extraordinaire réuni dimanche, de se constituer partie civile et a invité ses collègues  de l’Agrofront à la suivre dans cette démarche, ce qui a été confirmé ce début de semaine tant par le Boerenbond que par l’ABS.
Suite aux divers contacts qu’elle a pris, la FWA prend acte du fait que d’autres maillons de la chaîne agroalimentaire (Comeos et Févia) réfléchissent à une démarche similaire.

En ce qui concerne l’AFSCA, certaines voix se sont élevées pour questionner son efficacité. La commission Santé publique du Parlement fédéral, qui s’est tenue ce lundi, a permis à chacun d’exprimer ses questionnements et ses inquiétudes.
Lundi après-midi, le cdH avait de son côté convoqué la presse à Namur, et a, à cette occasion, réclamé un audit complet de l’AFSCA suite aux évènements de ces derniers jours. Des propositions qui rejoignent celles du MR, du PS et d’Ecolo, qui partagent unanimement la volonté de comprendre comment ce scandale a pu se produire.

En ce qui concerne l’abattoir de Bastogne proprement dit, la FWA souhaite rappeler l’importance économique et sociale de l’outil. Au-delà du management qui n’a plus sa place dans la filière agroalimentaire belge, il convient rapidement de construire un avenir propre et pérenne à cet outil et à ses employés.
Ce mardi, le Ministre régional de l’Agriculture a rassemblé largement les acteurs du secteur concerné par cette crise. La FWA, présente à cette réunion, a écouté avec intérêt les propositions émanant d’autres interlocuteurs crédibles, représentatifs et responsables.
Lors de cette réunion, la question de la remise en route de l’outil –partiellement à l’arrêt- a été largement abordée. Tous s’accordent sur le fait qu’il est important pour la filière, de pouvoir remettre l’outil en fonctionnement, en toute transparence et en toute sécurité, et de lui conserver son caractère belge. La confiance du consommateur est un élément capital: pour ne pas l’écorner davantage, il faut impérativement communiquer de façon transparente dans le cadre de cette crise et mettre tout en œuvre pour rendre le contrôle de nos filières alimentaires encore plus efficace et réactif. Il serait peut-être adéquat, afin d’éviter la reproduction de la crise d’aujourd’hui, d’élargir les missions de l’agence chargée de ce contrôle.
Il faut enfin éviter d’opposer les modèles et les filières: tout le monde est touché, en termes économiques et/ou en termes d’image. Ce n’est pas le moment d’opposer les secteurs, les modes de production, de commercialisation, ce n’est jamais le moment d’ailleurs! Il est plus que jamais impératif que l’union du secteur agricole et des maillons de la filière soit sans faille dans cette crise, car il est de l’intérêt de tous de travailler à obtenir rapidement une chaîne plus transparente, afin de pouvoir rassurer pleinement les consommateurs.

A l’heure où nous mettons sous presse, une réunion extraordinaire de la Concertation chaîne se terminait à Gembloux. L’ensemble des acteurs de la Concertation s’est accordé pour rédiger des propositions concrètes d’amélioration des mécanismes en place et éventuellement en proposer de nouveaux. Ces propositions doivent parvenir à la Concertation d’ici lundi au plus tard et seront examinées lors d’une nouvelle réunion qui se tiendra le vendredi 23/03.

La FWA continue à suivre ce dossier heure par heure et ne manquera pas de vous tenir pleinement informés au travers de ses divers canaux de communication.

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