Interdiction des néonicotinoïdes: des solutions…et vite !

Posté le 9 mai 2018 | comment Aucun commentaires.

Ce vendredi, le SCOPAFF, le comité d’experts des 28 Etats membres européens, annonçait sa décision  d’interdire purement et simplement l’utilisation des néonicotinoïdes (clothianide, imidaclopride et thiaméthoxame) dans les cultures en plein air. La demande de dérogation exprimée par certains pays, et revendiquée par la FWA notamment en betteraves et chicorées, n’a pas été entendue, malgré un solide argumentaire.

Anne Pétré

Vendredi matin, comme on pouvait le craindre, la décision du SCOPAFF d’interdire toute possibilité d’utiliser les 3 néonicotinoïdes en cultures de plein air est tombée. Une décision sans nuances, que le comité d’experts européens justifie par une volonté de protéger les populations d’abeilles dont certaines études attribuent la mortalité élevée à l’usage de ces matières actives.

La proposition européenne s’appuie sur une conclusion de l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA), précisant  que toutes les applications peuvent potentiellement constituer un risque pour les abeilles de ruches ou sauvages et qu’on manque d’informations pour écarter ce risque. L’EFSA repose sa conclusion sur le «document d’orientation Bee», qui n’a pas encore été définitivement approuvé par les États membres.

Neonics, tueurs d’abeilles?

Au sujet de la toxicité réelle de ces molécules, les avis divergent en effet, et en particulier en ce qui concerne leur responsabilité dans l’affaiblissement des abeilles. Si certaines études les pointent du doigt sans détour, d’autres nuancent: nos abeilles seraient mises à mal par une multitude de facteurs, parmi lesquels on compte la présence de résidus de produits phytosanitaires, certes, mais aussi voire surtout des pathologies telles que le varroa, notamment. Cette théorie, le projet belge HealthyBee la confirme. Ayant étudié près de 900 colonies d’abeilles chez presque 200 apiculteurs, l’étude dont les résultats ont été publiés au début de ce printemps, confirme le rôle prépondérant de la présence massive du varroa (un acarien très nuisible pour nos ruches).

Le point de vue de la FWA

Est-il besoin de le rappeler, la FWA a depuis le début des discussions dans ce dossier, plaidé pour une position scientifiquement argumentée et nuancée, qui prenne aussi en compte les réalités agricoles et l’analyse des alternatives. C’est sur ce principe que la FWA a revendiqué qu’en cas d’interdiction, une dérogation soit prévue pour certaines cultures dont évidemment la betterave et la chicorée, mais aussi d’autres cultures comme les plants de pomme de terre. .

Pour appuyer cette demande de dérogation, nous avons rappelé à maintes reprises que la betterave, principale culture impactée chez nous, n’était pas une plante susceptible d’être visitée par les abeilles, puisqu’elle est récoltée avant floraison. De plus, dans la majorité des situations, la culture qui suit la betterave est elle-même non attractive pour les insectes polinisateurs. Outre ce très pragmatique argument, nous avons aussi souligné que la méthode d’enrobage des semences offre de nombreux avantages environnementaux: elle préserve les insectes utiles tout en protégeant efficacement la plante des pucerons porteurs de virus. En l’absence de cette technique, l’agriculteur qui veut préserver sa culture n’aura d’autre choix que de pulvériser des produits insecticides moins ciblés, ce qui nous semble dommageable pour l’environnement. Autrement dit, pour la FWA, sur le plan de la biodiversité, l’interdiction des néonicotinoïdes pure et dure adoptée la semaine dernière, c’est un bond en arrière, plutôt qu’un pas en avant.

Nous avons rappelé aussi, qu’aucune alternative crédible et aussi efficace n’existant aujourd’hui, prendre la décision de l’interdiction, c’est mettre en grande difficulté tout un pan de notre économie agricole, le risque de pertes sans protection efficace de la plante allant jusqu’à 40% de la récolte! Des arguments que nous avons pu, suite à l’envoi de nos deux communiqués de presse, exprimer dans divers médias.

Les réactions à l’interdiction

De son, côté, la Belgique – via le Ministre fédéral Denis Ducarme- plaidait pour une dérogation pour la culture de la betterave, tout comme la FWA et ses partenaires de l’Agrofront, ainsi que la CBB. Minorisé dans le concert européen, D. Ducarme n’a pas obtenu gain de cause, mais promet de ne pas lâcher le dossier et de poursuivre sa recherche de solution.

De son côté, le Ministre Carlo Di Antonio a rapidement réagi à l’annonce de cette interdiction se réjouissant que ces «3 tueurs d’abeilles» soient exclus de notre paysage agricole.

Et la suite?

Sur la base des connaissances dont nous disposons, nous sommes convaincus que les néonicotinoïdes peuvent garder une place dans la protection durable des cultures. Cet avis est largement partagé par nos collègues de l’Agrofront et avec la CBB, avec qui nous allons poursuivre notre travail de recherche de solutions.

Ensemble, nous poursuivrons aussi notre collaboration avec les apiculteurs, avec qui nous partageons la volonté de préserver les populations d’abeilles de notre pays, ainsi que notre belle biodiversité de façon plus générale.

Pour atteindre cet objectif de préservation de la biodiversité ainsi que de la rentabilité de nos cultures, nous réitérons aussi notre demande auprès des acteurs de la recherche agronomique et de l’industrie phytosanitaire de poursuivre la recherche intensive d’alternatives. Il est en effet essentiel de préserver la culture de la betterave et de la chicorée en Belgique et le gouvernement doit donc impérativement soutenir la recherche et le développement dans ce domaine.

 

 

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