Pour un traitement objectif du dossier «phytosanitaires»!

Posté le 16 novembre 2017 | comment Aucun commentaires.

 

La semaine dernière, l’évacuation d’une cours de récréation, située à proximité d’un champ où un agriculteur travaillait ses cultures, a fait grand bruit dans nos médias. Que faut-il penser de cette situation? Comment la FWA a-t-elle réagi dans ce dossier ?

Yvan Hayez

La semaine dernière, le travail d’un agriculteur qui appliquait un traitement phytosanitaire sur son champ a été mis en cause.
Cet agriculteur, contrôlé par l’AFSCA suite à la plainte de l’établissement, a respecté toutes les prescriptions légales et techniques liées à l’application des produits qu’il manipulait: pulvérisateur en ordre de contrôle, phytolicence en poche, produits agréés et correctement dosés, appliqués dans les conditions météorologiques adéquates, avec des buses anti-dérive ad hoc. Tout au plus peut-on lui reprocher d’avoir pulvérisé à une heure où les enfants étaient présents dans l’établissement…
Malgré tout, le rapport qu’il reçoit de l’AFSCA, dans un premier temps favorable, lui revient ensuite avec un avis négatif. Qu’un double rapport soit produit pour un même contrôle pose questions… Que les deux versions, basées sur les mêmes constats, soient radicalement différentes, voilà qui en pose encore davantage.

Les produits phytos ne sont pas des substances anodines, nous en sommes conscients.
Ils constituent un enjeu de santé publique, c’est un fait…
Mais il faut garder la tête froide et analyser la situation avec rigueur et objectivité. C’est le moins qu’on puisse attendre d’une agence chargée de contrôler la profession et de s’assurer que les normes en vigueur sont respectées.

L’enquête autour de cet événement va suivre son cours, et  la FWA est au côté de l’agriculteur membre qui est mis en cause. La FWA s’assurera que l’agriculteur est traité avec toute l’objectivité nécessaire dans une enquête de ce type. Car de l’émotion, dans ce dossier, il y en a. Loin de nous l’idée de balayer la question d’un revers de la main, car nous percevons et comprenons pleinement l’inquiétude de la population face à cette question, en particulier lorsque des enfants sont concernés. Toutefois, nous voulons remettre la raison au centre du débat.

Les agriculteurs utilisent des produits phytosanitaires dans leur pratique professionnelle courante. De moins en moins, comme le démontrent les chiffres de diminution drastique des doses utilisées depuis plus de 20 ans, mais oui, les agriculteurs utilisent des produits phytosanitaires. Ils leurs sont nécessaires: pour obtenir des rendements viables, c’est vrai, et c’est légitime. Pour présenter à leurs acheteurs des produits répondants aux cahiers des charges de plus en plus sévères, c’est un fait économique. Mais aussi pour protéger la population des mycotoxines, qui sont aussi un enjeu de santé publique qu’on a oublié, car les agriculteurs en préservent leurs concitoyens depuis des générations!
Les produits phytosanitaires sont au cœur du débat sur le lien santé-environnement, c’est indéniable. Sur cet aspect, des études sont en cours dans notre région. Nous l’approuvons: pour la population, comme pour l’agriculteur, il est essentiel de connaître les impacts réels des phytos. . Pour information, une étude française menée parAirparif (agence française de surveillance de la qualité de l’air)  montre que les niveaux de phytos présents dans l’air n’atteignent pas des niveaux mettant la santé de nos concitoyens en danger, et qu’ils sont aussi présents en ville qu’en zone rurale.

Ce que nous dénonçons, c’est que les études menées chez nous soient pilotées exclusivement par le Ministre de l’Environnement, qui n’a jamais caché son agenda en matière de phytosanitaires. Il n’en veut plus. Avant d’entamer quelque étude que ce soit, il le disait déjà: je veux une Wallonie «zéro phyto». A l’époque (en 2016), nous avons mené une réflexion ouverte en organisant une série de réunions rassemblant les filières autour de la table. Les éléments récoltés étaient éclairants: nos filières ne veulent pas ou ne peuvent pas proposer à l’agriculteur de lui acheter sa production zéro phyto en valorisant les surcoûts de production qu’elle implique.

Notre volonté de participer à une dynamique positive visant à réduire l’usage des phytos est pleine et entière. Mais elle est conditionnée à la prise en compte de l’ensemble des éléments qui influencent la problématique.
Où sont les débouchés qui permettront à l’agriculteur de gagner sa vie dans une agriculture sans phytos? Où sont les projets de recherche que nous réclamons à cors et à cris depuis des années, pour permettre de trouver des alternatives plus durables qui permettront à nos agriculteurs de poursuivre leur mission?
Où sont les études d’impacts objectives, qui prennent en compte la santé et l’environnement, certes, mais aussi la viabilité économique de nos exploitations?
A ces questions, peu voire pas de réponses!

C’est pour cette raison que nous avons une nouvelle fois interpellé le Gouvernement wallon dans son ensemble, via son Ministre Président Willy Borsus, pour lui demander de prendre position dans ce dossier phytos dans une optique de durabilité qui s’appuie réellement sur ses trois piliers, en n’oubliant pas l’autonomie alimentaire de notre région et l’économie de nos exploitations, presque toujours laissées en marge du débat.
Communiquer continuellement sur une réduction drastique des phytos, mais sans entrer dans une concertation avec le  secteur,  sans présenter l’ensemble des impacts d’une telle fuite en avant, ce n’est pas une façon responsable de faire de la politique.

La communication sans nuance menée par  le Ministre de l’Environnement depuis plusieurs années a créé un climat anxiogène et de nombreux témoignages nous reviennent au quotidien de l’agressivité exprimée par certains de nos concitoyens à l’égard des agriculteurs qui exercent leur métier en respectant les normes, et essaient de gagner leur vie en nourrissant la population, ce qui est leur vocation première.
La FWA continuera à dénoncer l’hypocrisie de ceux qui par calcul électoral tiennent des discours réducteurs, stigmatisant une catégorie de la profession (les mauvais agriculteurs utilisateurs de phyto) en faisant mine d’ignorer les multiples précautions déjà prises aujourd’hui. Le résultat sur notre secteur d’activité pourrait avoir comme conséquence  d’ouvrir grand les portes à d’autres bassins de production agricole bien moins respectueux que nos exploitations familiales des normes environnementales, sanitaires et sociales.
La FWA attend une réponse du Gouvernement wallon, qu’elle souhaite rencontrer afin de lui demander qu’il se positionne dans ce dossier de façon éclairée.
La FWA exige qu’on pratique, dans ce dossier comme dans les autres, le processus de concertation rapprochée avec le secteur, s’appuyant sur des études scientifiques probantes, plutôt que des effets d’annonces d’une multiplication de zones tampons impraticables.

 

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