Stop au marketing de la peur !

Posté le 20 septembre 2017 | comment Aucun commentaires.

Jeudi dernier, les résultats  d’une étude menée par l’ONG française «Générations futures» au sujet de la présence de traces de glyphosate dans certains produits alimentaires ont largement été repris et commentés par les médias ainsi que par divers acteurs du secteur de l’environnement, dont le Ministre régional de l’Environnement Carlo Di Antonio.

La Fédération Wallonne de l’Agriculture réagit à son tour tant sur l’enquête que sur la manière dont ces résultats ont été interprétés et commentés.

Yvan Hayez- Anne Pétré

 

Tout d’abord, la FWA souhaite relever le fait qu’à l’exception de l’un des aliments testés, tous les niveaux de résidus signalés dans l’étude de «Générations futures» sont très largement inférieurs aux normes légales très strictes fixées en Europe, et en Belgique a fortiori. Aucun des aliments testés ne dépasse la Limite Maximale en Résidus (LMR). Cela signifie que le risque pour la santé du consommateur est inexistant. Ainsi, à titre d’illustration, pour qu’il y ait un risque pour la santé du consommateur, il faudrait consommer chaque jour plusieurs centaines de kilos de l’un des aliments testés pour ingérer une dose de glyphosate qui soit considérée comme nuisible pour l’organisme.

C’est ainsi qu’un enfant de 35kg devrait manger quotidiennement près de 263 kg de «Weetabix original» pour dépasser la dose journalière acceptable.

De son côté, le rapport annuel de l’AFSCA (données de 2015), montre que les résultats des analyses pratiquées en Belgique sont extrêmement différents des chiffres annoncés dans l’étude de «Générations futures». En effet, sur les milliers d’aliments testés par l’AFSCA, la recherche de quelque 600 molécules différentes dans notre alimentation donne des résultats plus que rassurants: 97.3% des productions végétales testées sont conformes, et sur les 2.7% de produits en dépassement de la norme, seuls 0.3% de ceux-ci peuvent poser un souci de santé et ont, en conséquence, été retirés du marché. Précisons au passage que l’étude de l’ONG française porte sur une quarantaine d’échantillons de produits seulement… On peut légitimement se demander sur quelle base ces produits ont été sélectionnés pour les tests.

La FWA s’interroge également sur l’origine des aliments testés par Générations futures.

Rappelons que dans de nombreuses régions du monde dont nous importons certaines productions (Etats Unis, Amérique du Sud, ..), le glyphosate est utilisé en combinaison avec des plantes résistantes à cet herbicide: des quantités importantes de glyphosate sont alors directement appliquées sur la culture.

Par contre, en Europe, le glyphosate n’est pas utilisé sur des cultures en place, mais uniquement entre les récoltes et les semis  pour gérer des mauvaises herbes. Le glyphosate est pour l’agriculteur belge un outil permettant de réduire l’usage d’autres produits phyto, de réduire le travail du sol et de mettre en œuvre une agriculture qui globalement sera encore plus respectueuse de notre environnement.

Pour conclure cette première partie, il nous semblait essentiel de remettre en contexte l’utilisation du glyphosate dans les différentes parties du monde.

Outre les considérations que nous venons de porter sur le fond, il est aussi des aspects de forme que nous ne pouvons accepter sans réagir.

De fait, nous regrettons fortement que d’aucuns surfent sur le marketing de la peur en faisant croire qu’une interdiction d’usage du glyphosate sur notre territoire, voire en Europe, est de nature à préserver nos consommateurs de toute ingestion de résidus de cette molécule.

Nous ne pouvons accepter les propos populistes du Ministre Di Antonio qui sur sa page facebook «Environnement Santé-Wallonie» publie et commente les résultats de l’ONG française en ces termes «Du glyphosate dans les céréales selon cette ONG .Et certains ne comprennent toujours pas le combat mené par la Wallonie pour interdire cette substance!»

Pour la Fédération Wallonne de l’Agriculture, le Ministre Di Antonio surfe (une nouvelle fois) sur une étude partisane et d’une validité scientifique discutable (cf échantillonnage) pour créer et alimenter des peurs chez nos concitoyens. Au passage, il stigmatise ceux qui ne le suivent pas aveuglément, témoignant d’un esprit plus critique.

Alors que le Ministre dispose d’études plus complètes et étayées sur le sujet (celles de l’AFSCA), mais qui sont de nature rassurante, il préfère s’appuyer sur des études menées par des structures partisanes pour justifier son approche populiste dans la gestion de ce dossier aux conséquences déterminantes pour notre secteur. Nous attendons d’un Ministre qu’il appuie ses convictions sur des bases scientifiques et objectives.

Précisons également que le timing de cette communication de «Générations futures» et l’écho y accordé par le Ministre ne sont probablement pas le fruit du hasard, un vote important du Parlement européen visant le renouvellement de l’agréation du glyphosate est attendu dans les prochaines semaines.

Quoi qu’il en soit, de leur côté, les agriculteurs ne souhaitent pas faire l’impasse d’une réflexion approfondie sur les questions d’alimentation, d’environnement et de santé publique. Ils souhaitent que des études objectives soient menées: des études pluridisciplinaires, qui prennent en compte l’ensemble des aspects de la question de l’utilisation des produits phytosanitaires en général et du glyphosate en particulier. Si demain, une nouvelle technique de désherbage total est mise sur le marché et qu’elle est efficace sanitairement, environnementalement, agronomiquement et économiquement, ils sont prêts à l’adopter.

Informer les consommateurs est essentiel. Pratiquer le marketing de la peur sur des questions aussi sensibles que la santé et l’alimentation relève de la démagogie et de l’irresponsabilité.

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