Pour un traitement objectif du dossier «phytosanitaires»!

 

La semaine dernière, l’évacuation d’une cours de récréation, située à proximité d’un champ où un agriculteur travaillait ses cultures, a fait grand bruit dans nos médias. Que faut-il penser de cette situation? Comment la FWA a-t-elle réagi dans ce dossier ?

Yvan Hayez

La semaine dernière, le travail d’un agriculteur qui appliquait un traitement phytosanitaire sur son champ a été mis en cause.
Cet agriculteur, contrôlé par l’AFSCA suite à la plainte de l’établissement, a respecté toutes les prescriptions légales et techniques liées à l’application des produits qu’il manipulait: pulvérisateur en ordre de contrôle, phytolicence en poche, produits agréés et correctement dosés, appliqués dans les conditions météorologiques adéquates, avec des buses anti-dérive ad hoc. Tout au plus peut-on lui reprocher d’avoir pulvérisé à une heure où les enfants étaient présents dans l’établissement…
Malgré tout, le rapport qu’il reçoit de l’AFSCA, dans un premier temps favorable, lui revient ensuite avec un avis négatif. Qu’un double rapport soit produit pour un même contrôle pose questions… Que les deux versions, basées sur les mêmes constats, soient radicalement différentes, voilà qui en pose encore davantage.

Les produits phytos ne sont pas des substances anodines, nous en sommes conscients.
Ils constituent un enjeu de santé publique, c’est un fait…
Mais il faut garder la tête froide et analyser la situation avec rigueur et objectivité. C’est le moins qu’on puisse attendre d’une agence chargée de contrôler la profession et de s’assurer que les normes en vigueur sont respectées.

L’enquête autour de cet événement va suivre son cours, et  la FWA est au côté de l’agriculteur membre qui est mis en cause. La FWA s’assurera que l’agriculteur est traité avec toute l’objectivité nécessaire dans une enquête de ce type. Car de l’émotion, dans ce dossier, il y en a. Loin de nous l’idée de balayer la question d’un revers de la main, car nous percevons et comprenons pleinement l’inquiétude de la population face à cette question, en particulier lorsque des enfants sont concernés. Toutefois, nous voulons remettre la raison au centre du débat.

Les agriculteurs utilisent des produits phytosanitaires dans leur pratique professionnelle courante. De moins en moins, comme le démontrent les chiffres de diminution drastique des doses utilisées depuis plus de 20 ans, mais oui, les agriculteurs utilisent des produits phytosanitaires. Ils leurs sont nécessaires: pour obtenir des rendements viables, c’est vrai, et c’est légitime. Pour présenter à leurs acheteurs des produits répondants aux cahiers des charges de plus en plus sévères, c’est un fait économique. Mais aussi pour protéger la population des mycotoxines, qui sont aussi un enjeu de santé publique qu’on a oublié, car les agriculteurs en préservent leurs concitoyens depuis des générations!
Les produits phytosanitaires sont au cœur du débat sur le lien santé-environnement, c’est indéniable. Sur cet aspect, des études sont en cours dans notre région. Nous l’approuvons: pour la population, comme pour l’agriculteur, il est essentiel de connaître les impacts réels des phytos. . Pour information, une étude française menée parAirparif (agence française de surveillance de la qualité de l’air)  montre que les niveaux de phytos présents dans l’air n’atteignent pas des niveaux mettant la santé de nos concitoyens en danger, et qu’ils sont aussi présents en ville qu’en zone rurale.

Ce que nous dénonçons, c’est que les études menées chez nous soient pilotées exclusivement par le Ministre de l’Environnement, qui n’a jamais caché son agenda en matière de phytosanitaires. Il n’en veut plus. Avant d’entamer quelque étude que ce soit, il le disait déjà: je veux une Wallonie «zéro phyto». A l’époque (en 2016), nous avons mené une réflexion ouverte en organisant une série de réunions rassemblant les filières autour de la table. Les éléments récoltés étaient éclairants: nos filières ne veulent pas ou ne peuvent pas proposer à l’agriculteur de lui acheter sa production zéro phyto en valorisant les surcoûts de production qu’elle implique.

Notre volonté de participer à une dynamique positive visant à réduire l’usage des phytos est pleine et entière. Mais elle est conditionnée à la prise en compte de l’ensemble des éléments qui influencent la problématique.
Où sont les débouchés qui permettront à l’agriculteur de gagner sa vie dans une agriculture sans phytos? Où sont les projets de recherche que nous réclamons à cors et à cris depuis des années, pour permettre de trouver des alternatives plus durables qui permettront à nos agriculteurs de poursuivre leur mission?
Où sont les études d’impacts objectives, qui prennent en compte la santé et l’environnement, certes, mais aussi la viabilité économique de nos exploitations?
A ces questions, peu voire pas de réponses!

C’est pour cette raison que nous avons une nouvelle fois interpellé le Gouvernement wallon dans son ensemble, via son Ministre Président Willy Borsus, pour lui demander de prendre position dans ce dossier phytos dans une optique de durabilité qui s’appuie réellement sur ses trois piliers, en n’oubliant pas l’autonomie alimentaire de notre région et l’économie de nos exploitations, presque toujours laissées en marge du débat.
Communiquer continuellement sur une réduction drastique des phytos, mais sans entrer dans une concertation avec le  secteur,  sans présenter l’ensemble des impacts d’une telle fuite en avant, ce n’est pas une façon responsable de faire de la politique.

La communication sans nuance menée par  le Ministre de l’Environnement depuis plusieurs années a créé un climat anxiogène et de nombreux témoignages nous reviennent au quotidien de l’agressivité exprimée par certains de nos concitoyens à l’égard des agriculteurs qui exercent leur métier en respectant les normes, et essaient de gagner leur vie en nourrissant la population, ce qui est leur vocation première.
La FWA continuera à dénoncer l’hypocrisie de ceux qui par calcul électoral tiennent des discours réducteurs, stigmatisant une catégorie de la profession (les mauvais agriculteurs utilisateurs de phyto) en faisant mine d’ignorer les multiples précautions déjà prises aujourd’hui. Le résultat sur notre secteur d’activité pourrait avoir comme conséquence  d’ouvrir grand les portes à d’autres bassins de production agricole bien moins respectueux que nos exploitations familiales des normes environnementales, sanitaires et sociales.
La FWA attend une réponse du Gouvernement wallon, qu’elle souhaite rencontrer afin de lui demander qu’il se positionne dans ce dossier de façon éclairée.
La FWA exige qu’on pratique, dans ce dossier comme dans les autres, le processus de concertation rapprochée avec le secteur, s’appuyant sur des études scientifiques probantes, plutôt que des effets d’annonces d’une multiplication de zones tampons impraticables.

 

Stop au marketing de la peur !

Jeudi dernier, les résultats  d’une étude menée par l’ONG française «Générations futures» au sujet de la présence de traces de glyphosate dans certains produits alimentaires ont largement été repris et commentés par les médias ainsi que par divers acteurs du secteur de l’environnement, dont le Ministre régional de l’Environnement Carlo Di Antonio.

La Fédération Wallonne de l’Agriculture réagit à son tour tant sur l’enquête que sur la manière dont ces résultats ont été interprétés et commentés.

Yvan Hayez- Anne Pétré

 

Tout d’abord, la FWA souhaite relever le fait qu’à l’exception de l’un des aliments testés, tous les niveaux de résidus signalés dans l’étude de «Générations futures» sont très largement inférieurs aux normes légales très strictes fixées en Europe, et en Belgique a fortiori. Aucun des aliments testés ne dépasse la Limite Maximale en Résidus (LMR). Cela signifie que le risque pour la santé du consommateur est inexistant. Ainsi, à titre d’illustration, pour qu’il y ait un risque pour la santé du consommateur, il faudrait consommer chaque jour plusieurs centaines de kilos de l’un des aliments testés pour ingérer une dose de glyphosate qui soit considérée comme nuisible pour l’organisme.

C’est ainsi qu’un enfant de 35kg devrait manger quotidiennement près de 263 kg de «Weetabix original» pour dépasser la dose journalière acceptable.

De son côté, le rapport annuel de l’AFSCA (données de 2015), montre que les résultats des analyses pratiquées en Belgique sont extrêmement différents des chiffres annoncés dans l’étude de «Générations futures». En effet, sur les milliers d’aliments testés par l’AFSCA, la recherche de quelque 600 molécules différentes dans notre alimentation donne des résultats plus que rassurants: 97.3% des productions végétales testées sont conformes, et sur les 2.7% de produits en dépassement de la norme, seuls 0.3% de ceux-ci peuvent poser un souci de santé et ont, en conséquence, été retirés du marché. Précisons au passage que l’étude de l’ONG française porte sur une quarantaine d’échantillons de produits seulement… On peut légitimement se demander sur quelle base ces produits ont été sélectionnés pour les tests.

La FWA s’interroge également sur l’origine des aliments testés par Générations futures.

Rappelons que dans de nombreuses régions du monde dont nous importons certaines productions (Etats Unis, Amérique du Sud, ..), le glyphosate est utilisé en combinaison avec des plantes résistantes à cet herbicide: des quantités importantes de glyphosate sont alors directement appliquées sur la culture.

Par contre, en Europe, le glyphosate n’est pas utilisé sur des cultures en place, mais uniquement entre les récoltes et les semis  pour gérer des mauvaises herbes. Le glyphosate est pour l’agriculteur belge un outil permettant de réduire l’usage d’autres produits phyto, de réduire le travail du sol et de mettre en œuvre une agriculture qui globalement sera encore plus respectueuse de notre environnement.

Pour conclure cette première partie, il nous semblait essentiel de remettre en contexte l’utilisation du glyphosate dans les différentes parties du monde.

Outre les considérations que nous venons de porter sur le fond, il est aussi des aspects de forme que nous ne pouvons accepter sans réagir.

De fait, nous regrettons fortement que d’aucuns surfent sur le marketing de la peur en faisant croire qu’une interdiction d’usage du glyphosate sur notre territoire, voire en Europe, est de nature à préserver nos consommateurs de toute ingestion de résidus de cette molécule.

Nous ne pouvons accepter les propos populistes du Ministre Di Antonio qui sur sa page facebook «Environnement Santé-Wallonie» publie et commente les résultats de l’ONG française en ces termes «Du glyphosate dans les céréales selon cette ONG .Et certains ne comprennent toujours pas le combat mené par la Wallonie pour interdire cette substance!»

Pour la Fédération Wallonne de l’Agriculture, le Ministre Di Antonio surfe (une nouvelle fois) sur une étude partisane et d’une validité scientifique discutable (cf échantillonnage) pour créer et alimenter des peurs chez nos concitoyens. Au passage, il stigmatise ceux qui ne le suivent pas aveuglément, témoignant d’un esprit plus critique.

Alors que le Ministre dispose d’études plus complètes et étayées sur le sujet (celles de l’AFSCA), mais qui sont de nature rassurante, il préfère s’appuyer sur des études menées par des structures partisanes pour justifier son approche populiste dans la gestion de ce dossier aux conséquences déterminantes pour notre secteur. Nous attendons d’un Ministre qu’il appuie ses convictions sur des bases scientifiques et objectives.

Précisons également que le timing de cette communication de «Générations futures» et l’écho y accordé par le Ministre ne sont probablement pas le fruit du hasard, un vote important du Parlement européen visant le renouvellement de l’agréation du glyphosate est attendu dans les prochaines semaines.

Quoi qu’il en soit, de leur côté, les agriculteurs ne souhaitent pas faire l’impasse d’une réflexion approfondie sur les questions d’alimentation, d’environnement et de santé publique. Ils souhaitent que des études objectives soient menées: des études pluridisciplinaires, qui prennent en compte l’ensemble des aspects de la question de l’utilisation des produits phytosanitaires en général et du glyphosate en particulier. Si demain, une nouvelle technique de désherbage total est mise sur le marché et qu’elle est efficace sanitairement, environnementalement, agronomiquement et économiquement, ils sont prêts à l’adopter.

Informer les consommateurs est essentiel. Pratiquer le marketing de la peur sur des questions aussi sensibles que la santé et l’alimentation relève de la démagogie et de l’irresponsabilité.

Battice, en toute simplicité !

Le week-end dernier se tenait la Foire Agricole de Battice. Cette année, les organisateurs de cette sympathique foire avaient choisi pour thème «Les fruits et légumes oubliés». Compte-rendu.

Yvan Hayez

C’est sous une météo clémente que s’est tenue le week-end dernier la 28ème édition de la Foire agricole de Battice. Cette foire est la deuxième plus importante des foires agricoles de notre région et n’a cessé de s’étoffer ces dernières années. Lors de cette dernière édition, la Foire, qui s’étale sur 10 hectares et compte près de 200 exposants, a accueilli 22.500 visiteurs, soit 500 de plus que lors de l’édition précédente.

Agrémentée de respirations musicales offertes par l’Harmonie dirigée par François Hagelstein et qui compte 3 agriculteurs, la cérémonie protocolaire d’ouverture s’est déroulée sereinement  au travers d’une suite d’interventions. Il revint en premier lieu à Didier Gustin, Président de la Foire, d’accueillir les autorités présentes et d’introduire les raisons du choix de la thématique 2017.

Se sont successivement présentés à la tribune Marc Drouguet, agriculteur et membre de la FWA, récemment nommé Bourgmestre de la Ville de Herve. Nous ne pouvons que nous réjouir d’avoir un agriculteur comme premier citoyen d’une ville telle que Herve. C’est le député provincial à l’Agriculture, André Denis, qui a ensuite pris la parole pour rappeler les différentes actions menées en faveur de l’agriculture au niveau de la Province de Liège.

Vint ensuite Olivier Vanwarbeck, porte-parole des Organisations agricoles du Plateau herbager, qui lors de son intervention a rappelé l’importance de la communication et de l’image liée à notre profession. Il a également évoqué les problèmes spécifiques du secteur laitier, mais aussi les possibilités de diversification qui s’offrent à cette production.

Pour clôturer les discours, c’est José Renard (Chef de Cabinet adjoint) qui s’est exprimé en qualité de représentant du Ministre René Collin, empêché pour l’inauguration, mais bien présent sur le champ de foire l’après-midi.

En ce qui concerne les personnalités politiques présentes, citons Marie-Martine Schyns (Ministre de l’enseignement de la Communauté Wallonie Bruxelles), ainsi que Caroline Cassart et Kattrin Jadin toutes deux députées fédérales. Enfin, ses nouvelles fonctions de Ministre de l’Economie au sein du Gouvernement wallon n’ont pas empêché le régional de l’étape, Pierre-Yves Jeholet, d’être présent.

Au terme de la cérémonie protocolaire d’ouverture de la foire, ponctuée par la Brabançonne, était présenté le Mérite agricole du Pays de Herve. Les échevins de l’agriculture des 13 communes du pays de Herve ont la possibilité de présenter un candidat dont le travail est de nature à mettre le secteur agricole en valeur. Cette année, c’est Mathieu Lovenfosse, actif de longue date au sein de nos structures, qui a été distingué (vous trouverez un portrait de Mathieu dans la présente édition).

Suite à l’ouverture, le cortège des personnalités a parcouru les allées de la foire pour y découvrir en passant ce qui fait les richesses agricoles et alimentaires de la Province de Liège en général et de la Région herbagère en particulier.

Commencé sous le chapiteau de la province, le parcours s’est achevé au village gourmand avec des dégustations de produits du terroir accompagnées d’une Val Dieu, la plus connue des productions brassicoles du Plateau.

Outre les 22.500 visiteurs qui ont parcouru le champ de foire le week end dernier, il est important de rappeler que, dès le vendredi, près de 1000 enfants des 5ème et 6ème primaires de la région sont venus à Battice pour une découverte pédagogique de notre profession.

Il convient également de rappeler le chalenge de l’Ecole européenne des Jeunes Eleveurs qui cette année a réuni non moins de 126 jeunes de 13 pays différents, venus se confronter dans la préparation des génisses et leur présentation dans un contexte de concours. Cette année, c’est un jeune résident suisse qui a emporté la première marche du podium, et en conséquence un voyage de 3 semaines au Canada, pays de référence de la Holstein s’il en est.

L’organisation des foires agricoles de Wallonie est à l’image de ce qu’est notre agriculture: à côté du géant que constitue Libramont, il existe des foires plus modestes parmi lesquelles celle de Battice qui est la plus grande des petites foires. Ces différents types d’événements sont complémentaires et il est heureux que l’une et l’autre coexistent en parfaite harmonie.

Nous voulons, pour conclure, féliciter et remercier les organisateurs de la foire, et les très nombreux agricultrices et agriculteurs bénévoles qui s’impliquent pour que cette foire, toujours chaleureuse, soit une réussite.

Régulation de la faune sauvage: table-ronde à la FWA

Le vendredi 9 juin, la Fédération Wallonne de l’Agriculture organisait en ses murs, une table-ronde visant à faire le bilan de la situation en matière de dégâts de gibier, dont on sait qu’ils sont de plus en plus fréquents et graves pour de nombreux agriculteurs. Nous avions invité, outre les deux Ministres de l’Agriculture (fédéral et régional), l’ensemble des parlementaires wallons des commissions de l’Agriculture et de l’Environnement. Résumé d’un échange très intéressant…

Anne Pétré-Didier Vieuxtemps

En présence de plusieurs parlementaires wallons ou de leurs représentants, ainsi que du Ministre Borsus et d’un représentant du Ministre Collin, le Président Joseph Ponthier a brièvement introduit la réunion en en rappelant les objectifs: faire un bilan de la situation des dégâts causés par la faune sauvage tant du point de vue des agriculteurs, des riverains, des forestiers et des environnementalistes.

C’est Didier Vieuxtemps, conseiller au Service d’études en charge de cette matière, qui a ensuite exprimé le constat fait par la FWA sur ce dossier.

Il a notamment rappelé que le terme «régulation» est un terme prôné par la Fédération Wallonne de l’Agriculture depuis quelques années déjà. Si la population des espèces était  correctement régulée, on parlerait beaucoup moins de la problématique des dégâts, d’indemnisation et de clôtures et les relations entre agriculteurs-chasseurs seraient certainement meilleures. Il est évident que les dégâts de la faune sauvage sont trop nombreux et provoquent des situations de plus en plus intolérables. Les agriculteurs sont les premiers à se plaindre depuis longtemps pour des récoltes détruites mais ces dégâts s’étendent également chez les particuliers et en forêt. On ne compte plus les parterres retournés, les pelouses labourées, les accidents de voiture, les dégâts aux arbres forestiers, aux terrains à destination récréative comme les terrains de golf, terrains de football, etc.

Nonobstant ces inconvénients majeurs, d’aucuns chasseurs osent même rendre les agriculteurs responsables d’une partie des dégâts ou de leur reprocher d’établir des cultures jugées être zones de refuge du sanglier alors que c’est principalement en raison de cette surpopulation que le gibier est contraint à trouver refuge en dehors du bois parce que sa capacité d’accueil a largement atteint ses limites. Il est donc plus qu’urgent de prendre ce dossier à bras-le-corps et de mettre en œuvre une politique cohérente qui permette de juguler cette surpopulation de grand gibier.

 

Gérard Jadoul, spécialiste de la grande faune en Wallonie, a ensuite pris la parole, en précisant qu’il était là en qualité de naturaliste et qu’il voulait s’exprimer librement…quitte à heurter certains membres de l’assistance. La grande faune fait partie intégrante de la biodiversité, mais elle peut également lui nuire, si on dépasse un certain niveau de concentration de grand gibier, a-t-il d’emblée annoncé. Les graphiques de l’évolution de la grande faune montrent une hausse ininterrompue depuis 3 à 4 décennies, une tendance que l’on rencontre aussi dans d’autres pays d’Europe, comme en France ou en Italie. Les causes de cette hausse sont plurielles. On peut évidemment incriminer le changement climatique: des hivers moins rudes ne jouent plus le rôle de régulateur naturel qui élimine les plus faibles des animaux. Néanmoins, il faut aussi relever la responsabilité des chasseurs, qui par ailleurs contestent les chiffres de hausse présentés par le DNF. Des pratiques comme un nourrissage intensif, une pression insuffisante de la chasse sur les populations de gibier, ne font rien pour arranger la situation, bien au contraire. Gérard Jadoul souligne que les prix d’une journée de chasse pour les grandes chasses organisées par des sociétés  étant en hausse, il est évidemment important pour les participants d’avoir pléthore d’animaux à tirer… Dans ces conditions, la gestion de la population de gibier ne répond évidemment pas aux mêmes objectifs pour les uns ou les autres… La surpopulation de grand gibier cause des dégâts aux cultures et pâtures, mais aussi aux jardins des particuliers, la pression poussant certains animaux à sortir de leur lieu de vie pour s’approcher des agglomérations. De plus, la présence massive des cervidés et des sangliers a aussi des conséquences sur la capacité de renouvellement des forêts: les fruits sont mangés avant d’avoir pu donner naissance à un nouvel arbre, les écorces et branchages rongés, les jeunes troncs cassés… Cela nuit aussi, on le comprend aisément, à la préservation d’autres espèces animales dont le biotope est dès lors perturbé.

L’aspect sanitaire de la problématique est aussi très préoccupant: comme la FWA l’avait mentionné dans l’introduction, ces grands animaux sont porteurs de diverses pathologies qui, si elles s’étendaient, pourraient causer une crise sanitaire majeure, un risque que Gérard Jadoul estime bien réel !

M. Jadoul a également évoqué les plans de régulation de plusieurs pays voisins, dont celui du  Grand Duché de Luxembourg, qui a pour double objectif de respecter la biodiversité et de prévenir les épizooties.

Diverses mesures préconisées par le Ministre régional précédent ont été abandonnées par le Ministre actuel, ce qui est regrettable, estime G. Jadoul, qui considère que pour que ce dossier avance, il est indispensable qu’une réaction politique s’organise urgemment dans notre région.

Après ce passionnant exposé, divers témoignages d’agriculteurs ou de riverains ont permis d’illustrer les conséquences sérieuses de la surpopulation de grand gibier sur le territoire. Au travers de ces témoignages, on a pu également mesurer toute la difficulté qui existe à faire reconnaître leur part de responsabilité par certains chasseurs, et la quasi impossibilité à obtenir réparation des dommages occasionnés dans de très nombreux cas. Une tension bien réelle existe entre les usagers des zones fréquentées par ces animaux, et les chasseurs, dont les objectifs ne rejoignent plus celle de la majorité de nos concitoyens. Outre les dégâts observables, comme les arrachages de clôtures, le piétinement ou la destruction du sol par des animaux, plusieurs agriculteurs témoignent aussi de problèmes sanitaires dans leur bétail qu’on peut attribuer à une mauvaise surveillance épidémiologique du gibier, qui transmet ainsi ses pathologies aux bovins ou ovins.

A l’issue des exposés et témoignages, divers échanges ont eu lieu avec les élus présents ou leurs représentants. Le Ministre Borsus a réaffirmé son souhait que ce problème soit géré de façon rapide, et a souligné qu’un groupe de travail «Wild Life» a été mis sur pied pour analyser tant le problème que ses solutions potentielles.

Anne Bedoret, qui est à la fois agricultrice et expert agricole, explique que pour sa part, elle refuse désormais de réaliser des expertises de dégâts de gibier, tant la tension est palpable avec le monde de la chasse, et la mauvaise foi règne en maître de la part des chasseurs qui refusent de reconnaître leur responsabilité et en conséquence, d’indemniser la partie lésée comme elle devrait l’être.

Laetitia Brogniez, députée et agricultrice, explique qu’elle se sent donc doublement préoccupée par ce dossier, dont son exploitation, située dans la région de Philippeville, est également victime.

Elle a régulièrement posé des questions parlementaires sur la pléthore de sangliers en Wallonie mais n’a pas reçu de réponse ambitieuse pour faire baisser les populations. De plus, comme l’a souligné Pierre Mouton, représentant du Ministre René Collin, il est possible pour l’occupant de solliciter une demande de destruction en plaine (le formulaire ad hoc est disponible sur le site FWA, dans la partie formulaires).

 

Quelles mesures pour atteindre un équilibre?

Des plans de tirs pour le cerf existent depuis fin des années 80’ mais la prolifération des dégâts alliée avec l’estimation quantitative de la population par cette espèce démontre aujourd’hui l’inefficacité de ce plan.

En l’absence de plan de tir pour le sanglier, la Fédération Wallonne de l’Agriculture demande:

- d’allonger les périodes de chasse;
- d’obliger les chasseurs à poser des clôtures de protection aux endroits sensibles (points noirs) et assurer l’entretien régulier de ces clôtures;
-  d’éviter pour les bailleurs publics de limiter les dates d’organisation de battues dans leur cahier des charges;
- l’interdiction des restrictions de tir et sanctions éventuelles;
- d’autoriser des battues aux endroits non chassés (réserves naturelles, etc.)
- de permettre la destruction du sanglier lors des travaux de récolte;
- d’imposer des plans de tirs minima par conseil cynégétique, sur base des résultats de tirs des 5 dernières années;
- de prévoir des ateliers pour écouler les carcasses hors de période de chasse traditionnelles
- et SURTOUT, parallèlement à ce plan, la Fédération Wallonne de l’Agriculture demande une modification de la législation sur le nourrissage. Si celui-ci ne constitue qu’un des leviers de la réduction des densités, il n’en demeure pas moins un des facteurs importants. Nous demandons à ce que le nourrissage ne soit plus pratiqué que de manière dispersée durant la réelle période de sensibilité des cultures et uniquement là où des dégâts attestés sont rendus intolérables. La Fédération Wallonne de l’Agriculture demande que le nourrissage soit interdit en période de chasse et en période hivernale. Cela favorisera une dispersion des sangliers sur tous les territoires de chasse et aura un effet très significatif sur la réduction des densités.

 

Une bombe sanitaire prête à exploser!

Enfin, vu le contexte sanitaire actuel de la Brucellose porcine et du risque concernant la maladie d’Aujeszky, , le risque potentiel d’autres maladies comme la tuberculose, présente dans la faune du nord de la France ; il nous paraît capital de conscientiser au maximum les chasseurs et toutes les associations de chasse concernées afin que la chasse se fasse de manière coordonnée et uniforme non seulement dans les zones infestées par la bactérie Brucella Suis biovar 2, notamment,  et ailleurs. Il faut absolument éviter les plans de tirs restrictifs qui préserveraient une partie de la population. Les tirs doivent être intensifiés dans toutes les zones où les densités sont excessives. La destruction sur les lieux de nourrissage doit être autorisée. Il nous paraît urgent de réduire la population de sangliers dans les limites supportables pour les agriculteurs et raisonnables d’un point de vue sanitaire. De plus, chasseurs et autres acteurs de la chasse, tant publics que privés, doivent être formés aux risques de propagation des maladies de la faune sauvage vers les animaux domestiques, chiens mais aussi les animaux d’élevage.

Rappelons aussi que l’on suspecte l’importation et le lâcher de sangliers d’élevage venant de l’étranger, ce qui pose problème tant sur le plan sanitaire, que sur le renforcement des populations locales déjà trop nombreuses.

C’est un objectif à atteindre, la régulation doit être le maître mot de tous les acteurs de la ruralité. La Fédération Wallonne de l’Agriculture regrette que le sanglier ne soit plus considéré comme un animal nuisible, que les agriculteurs pourraient réguler eux-mêmes; La population de l’espèce serait alors certainement en chute libre assez rapidement.

 

 

 

 

Barèmes en baisse: reflet de la situation économique du secteur

La semaine dernière, les négociations relatives aux barèmes forfaitaires entre les organisations professionnelles agricoles représentatives du secteur (FWA, Boerenbond et ABS) et le SPF Finance ont été conclues. La rapidité des négociations et le fait qu’elles aboutissent à un résultat en baisse pour tous les secteurs, traduisent hélas une détérioration du revenu agricole en 2016, toutes spéculations confondues.

Joseph Ponthier & Yvan Hayez

La négociation des barèmes forfaitaires reste un exercice important des organisations agricoles représentatives de notre pays. Historiquement et avant tout, le barème forfaitaire se veut être un outil de simplification administrative pour ceux qui font le choix de ce mode de taxation, comme plus de 90% des agriculteurs du pays.

Organisées à la demande des organisations professionnelles, ces négociations tentent d’objectiver pour le plus grand nombre une évolution du revenu généré par les différentes productions et le système fiscal de base qui doit y être appliqué. Cette année, les négociations ont été particulièrement rapides et ce, en raison d’une détérioration manifeste du revenu pour l’ensemble des secteurs.

Le résultat des négociations a conduit à:

- une diminution de 4%  du bénéfice semi-brut dans le secteur laitier
- une diminution de 7 à 8% dans le secteur de la viande bovine
- une diminution de 16 à 22% pour les cultures.
(voir plus en détails ICI).

Ces baisses viennent s’ajouter à des diminutions déjà rencontrées l’année dernière, ce qui traduit malheureusement un déclin continu du revenu des agriculteurs.
Loin de nous l’idée de dire que cette diminution générale des barèmes doit constituer un sujet de réjouissance. En effet, une diminution globale des barèmes en référence à l’année précédente, qui voyait elle-même des barèmes en baisse, est le signe d’une tendance à la baisse des revenus qui est un réel sujet de préoccupation.
Cette nouvelle diminution ne fait qu’à nouveau confirmer que notre secteur se trouve dans une spirale négative. Les résultats de la négociation d’un barème ne sont que le reflet de l’évolution de la santé économique des secteurs au fil des années.
Il est essentiel de retrouver un contexte économique dans lequel les agriculteurs pourront non seulement gagner leur vie mais aussi constituer des réserves de trésorerie désormais maigres ou inexistantes dans la majorité de nos fermes, confrontées à plusieurs années de crises successives.

Plusieurs années de crises successives démontrent, si besoin en était, que nous sommes désormais dans un contexte qui, structurellement, place l’agriculture dans une spirale dépressionnaire. Il est donc urgent que nos responsables politiques mesurent l’ampleur des difficultés du secteur et s’attachent enfin à remettre en place un cadre qui assure un revenu aux agriculteurs et une stabilité de ces revenus. La FWA continue à s’opposer à un système qui engendre la volatilité des prix. Nous revendiquons donc des mesures structurelles qui assurent une régulation des marchés et une plus grande stabilité des prix pour tous les secteurs.
En conclusion, la diminution des barèmes obtenue par les organisations agricoles n’est pas une victoire en soi: c’est le reflet d’une situation économique délétère dont nous devons sortir.

 

Le Premier à la ferme

Ce mardi le Premier Ministre Charles Michel, accompagné du Ministre fédéral de l’Agriculture Willy Borsus, est venu à la rencontre des agriculteurs dans l’exploitation de Philippe et Bernard Janssens et de leurs épouses à Corroy-le-Grand. Au menu de cette rencontre matinale, les enjeux de l’agriculture européenne mais également le mal-être croissant entre notre profession et la population.

Yvan Hayez

Dès 7 heures du matin, Charles Michel et Willy Borsus sont venus à la rencontre de notre profession dans l’exploitation de la famille Janssens à Corroy-le-Grand.  La famille Janssens avait, très tôt ce matin, soigné le bétail pour être disponible pour la visite de l’exploitation avec la délégation des Ministres. Cette ferme implantée à Corroy-le-Grand en Brabant wallon combine grandes cultures, production laitière et viande bovine. Un atelier de vente de glaces est également développé à partir de la ferme.

Dès l’arrivée des ministres, un temps a été consacré à la visite de l’exploitation, lors de laquelle les hôtes du jour ont pu faire état de leurs préoccupations et difficultés au quotidien.

Après la visite, les Ministres ont été reçus en comité restreint dans le corps de logis de la ferme. Après les remerciements d’usage, Philippe Janssens a souhaité axer la rencontre selon deux volets: celui de la Politique Agricole Commune et donc de l’enjeu essentiel du devenir économique de notre secteur, mais également la relation entre notre profession et la population en marge des stigmatisations de plus en plus prégnantes dont nous faisons l’objet.

De son côté, le Premier Ministre a argumenté dans un exposé bien étayé les deux volets des enjeux pour notre secteur. Au niveau belge, il a tenu à rappeler la politique menée par son gouvernement depuis sa mise en place en faveur des indépendants et des PME, soulignant au passage le travail réalisé par Sabine Laruelle. Le Premier Ministre a présenté le bilan du gouvernement qui s’est traduit par la création de 130.000 emplois dans le secteur privé, ainsi qu’une résorption du handicap salarial par rapport à nos pays voisins. Sur le plan européen, le Premier Ministre considère que l’Europe se situe à un moment clef en raison du résultat des élections aux Pays-Bas et en France, ainsi que celles attendues du côté allemand à l’automne prochain. Charles Michel ne plaide pas pour une révolution par des changements fondamentaux des traités européens, mais estime qu’il faut redéfinir des priorités absolues dans le cadre de ces mêmes traités. Pour Charles Michel, l’agriculture doit être au cœur des priorités européennes.

L’agrandissement de l’Union européenne a largement influé sur la gestion du dossier agricole, mais pas au bénéfice des agriculteurs des pays historiquement membres de l’Union. Le dumping social au sein même de l’Europe est à cet égard un véritable sujet de préoccupation qui doit nous amener à réfléchir à des solutions durables et acceptables pour tous. Conjointement, Charles Michel a livré son analyse de l’approche politique des grands de ce monde (Messieurs Trump et Poutine), mais également des facteurs de déstabilisation que peuvent engendrer le Brexit, la Corée du nord et la cybercriminalité.

De son côté, le Ministre Willy Borsus a rappelé la vocation nourricière première de l’agriculture mais également les services multiples qu’elle peut offrir à la société. Lors de la discussion, il a rappelé l’importance d’une valorisation des produits de chez nous, ainsi que tous les efforts réalisés au niveau de son département pour réinvestir les marchés à l’exportation, en particulier le marché chinois, et plus largement asiatique. Au niveau de la PAC, Willy Borsus a confirmé qu’il continuerait à plaider pour des mesures temporaires de régulation des marchés.

Lors des échanges avec nos représentants (dont Pierre Vromman, président provincial et Laurent Gomand, vice-président national et deux représentants de la CBB), une large place a été donnée à la menace que fait peser l’interdiction des néonicotinoïdes sur le secteur de la production végétale et des betteraves en particulier. Rappelant les nombreuses démarches positives adoptées par la profession au cours des dernières décennies, nos agriculteurs ont fait le lien avec un regard qui ne cesse de se dégrader de la part de notre population, ce dernier étant entretenu par les discours populistes et démagogues d’une part de notre classe politique.

Au cours de ces discussions, nous avons pu aborder aussi la nécessité de mettre en œuvre une PAC plus forte et plus stable pour le bénéfice de nos agriculteurs et en particulier des jeunes qui ont besoin de cette stabilité pour s’engager dans notre profession. Il faut se réjouir de ce type de rencontres qui donnent l’opportunité de sensibiliser les décideurs du plus haut niveau de notre Etat, aux réalités quotidiennes et aux enjeux à plus long terme liés à notre profession.

Pour conclure, nous voulons encore remercier la famille Janssens de nous avoir accueillis et d’avoir contribué à porter le message de la profession.

Duraphyto : la FWA présente ses travaux en parlement

Jeudi dernier, la Fédération Wallonne de l’Agriculture a présenté l’important travail de réflexion qu’elle a réalisé sur les enjeux liés à l’utilisation des produits phytosanitaires.
Compte-rendu…

Yvan Hayez

Le 4 mai dernier, à sa demande, la Fédération Wallonne de l’Agriculture a été auditionnée en Commissions conjointes de l’environnement et de l’agriculture du Parlement wallon. Cette rencontre avec les parlementaires constituait une étape importante du travail entamé à l’automne dernier par nos services sur le dossier relatif à l’utilisation des produits phytosanitaires.
Pour rappel, le Ministre wallon de l’environnement Carlo Di Antonio avait lancé, lors de la dernière édition de Libramont, le concept d’une agriculture «zéro phyto» qui avait suscité un très vif émoi au sein de la profession. En réaction aux multiples enjeux qu’impliquait cette déclaration péremptoire du Ministre, la FWA a entrepris un travail de fonds pour objectiver le plus largement possible les conséquences qu’une telle approche pourrait engendrer.

Il est important de rappeler que l’étude menée par la FWA était multidisciplinaire et visait tous les secteurs de production de notre agriculture, sur les volets santé, environnement et économie en associant divers acteurs liés à la thématique (producteurs, filières économiques et scientifiques).
Au cours de 8 séances, ce n’est pas moins de 29 orateurs qui sont venus alimenter le débat. Pour la FWA, il s’agissait avant tout de donner la parole aux acteurs, de proposer des pistes concrètes d’action et de réaliser un dossier détaillé qui a été présenté et remis aux parlementaires wallons jeudi dernier.
Sur la forme, nous pouvons exprimer notre satisfaction d’avoir pu durant 3 heures présenter le fruit de cet important travail et mener un échange avec les parlementaires de notre région.
Sur le fonds, l’avenir nous dira si bien qu’ayant été écoutés, nous aurons été entendus.Suite à l’introduction menée par Bernard Decock, la parole a été donnée à Anne Bedoret, agricultrice membre du Groupe de travail « Phytos » de la FWA, à Jean-Marc Pirard, directeur de la société Apligeer, et enfin, à Michel De Proft, de l’Unité Protection des plantes et écotoxicologie du CRA-W.

Lors de son intervention, Anne Bedoret a témoigné de l’évolution considérable qui s’est faite de l’usage des produits phytosanitaires depuis plusieurs décennies. Cette pratique intègre tant une bonne connaissance du sol, une observation in situ des besoins de protections, la définition la plus adéquate du moment d’application, un suivi administratif rigoureux des actes de pulvérisation, une gestion parcimonieuse de l’utilisation des produits phytos s’appuyant sur des techniques et du matériel de pointe, et enfin un respect strict des règles en vigueur pour le stockage et la manipulation de ces produits.
Pour sa part, Monsieur Pirard, au nom de la société Apligeer (organisation de producteurs de légumes destinés à la congélation), a dans un premier temps, présenté la croissance de son secteur économique largement ouvert vers l’exportation et pourvoyeur d’emplois pour notre région.
Au travers du concept Mimosa (pour « Minimum Imput Maximum Output Sustainable Agriculture »), il a exprimé la stratégie de sa société visant à atteindre un minimum d’impact sur l’environnement ainsi que de résidus dans les produits, combiné à un maximum d’output visant un rendement maximal, une qualité supérieure et une réelle compétitivité.
Dans ses conclusions, JM.Pirard plaidait pour une stratégie visant à redorer l’image de notre agriculture conventionnelle plutôt que de la condamner.

Enfin, riche d’une expérience de plus de 30 ans, le professeur Michel De Proft, a développé différents aspects de la problématique sous l’angle de l’approche scientifique. Il a tenu a rappeler que par définition, les pesticides sont des poisons, et que certains végétaux eux-mêmes en produisent. Au cours de sa longue carrière, M.De Proft a observé une évolution considérable dans l’utilisation des pesticides, certains (tel que l’arsenic, par exemple) étant devenus complètement proscrits. Désormais, tous les produits sont soumis à agréation rigoureuse, ce qui implique une mesure d’impacts en termes de résidus, d’effets sur l’environnement et d’efficacité.
Pour lui, cultiver est l’art du déséquilibre qui consiste non pas à éradiquer les ennemis des cultures, mais bien à vivre avec en utilisant les lois naturelles, qu’il convient de combiner avec des résistances variétales et des substances acceptables.

Au terme de ces exposés, Bernard Decock a repris la parole pour exprimer le positionnement et les propositions d’action de la FWA. Ces derniers sont détaillés dans le dossier que vous trouverez dans la présente édition (la brochure complète est disponible ici   PART 1   –   PART  2)
La FWA rappelle que :
- Depuis des décennies, les agriculteurs ont adapté leurs pratiques dans le sens d’une diminution constante de l’usage des produits phytosanitaires
- Elle reste ouverte au dialogue pour poursuivre la dynamique déjà enclenchée d’une évolution vers un usage des phytos qui reste compatible avec la notion de durabilité dans ses trois aspects (environnemental, social et économique), de façon réaliste et progressive
- Il est essentiel d’être à l’écoute des agriculteurs et de mettre en place des politiques en concertation avec le secteur. A ce titre, nous regrettons que l’effet d’annonce auprès du grand public, qui doit être informé de manière objective en toutes circonstances, ait précédé l’indispensable concertation avec les acteurs concernés. L’image qui en est ressortie pour le grand public, est que les agriculteurs utilisent les phytos de manière irraisonnée et sans encadrement.
- Il faut s’assurer que des alternatives crédibles soient disponibles pour permettre aux agriculteurs de poursuivre leur activité de manière durable

La FWA propose diverses actions :
- La première, et la plus essentielle en termes de communication, est de sortir de ce concept de « zéro phyto » et propose désormais de parler de « duraphyto » pour parler de l’usage des produits phytosanitaires qui intègre tous les objectifs de la durabilité
- Etablir, avec le soutien du gouvernement, une communication positive sur les bonnes pratiques déjà réalisées par les agriculteurs
- Mettre en place une concertation associant le secteur agricole, la recherche, les centres pilotes, les filières de transformation et de commercialisation. En résumé, il faut développer une réelle politique de filières.
- Renforcer les moyens de la communauté scientifique tant dans sa dimension de recherche que d’encadrement
- Une étude de comportement réelle des consommateurs telle que réalisée par le ministère français de l’agriculture nous semble également pertinente.

Faisant suite aux exposés de nos représentants, suivis par de nombreux visiteurs dont une très large représentation d’agriculteurs de la FWA, un long débat s’est tenu avec les parlementaires. Des questions parlementaires, nous retiendrons deux catégories : celles de ceux qui manifestement, cherchaient à mieux percevoir les enjeux liés au dossier, et ceux qui nous ont semblé s’être déjà forgé une opinion définitive sur la question.
Il reste donc un gros travail à mener sur ce dossier et plus largement, les déclarations récentes du Ministre Borsus sur la vente du glyphosate, et du Ministre Di Antonio sur les néo-nicotinoïdes, montrent que plus que jamais, notre secteur doit rester vigilant dans les orientations que l’on veut donner à ses pratiques.
Tant qu’il y aura des hommes, il faudra des agriculteurs. Si un jour, nous n’avons plus d’agriculteurs en Wallonie, nous consommerons des produits venus d’ailleurs, qui risquent de répondre à des normes très largement inférieures à celles que nos producteurs respectent déjà aujourd’hui.
Il est clair pour la FWA que ce scénario n’est pas envisageable, et qu’elle se battra sans répit pour une agriculture économiquement, socialement et environnementalement viable, orientée vers l’avenir plutôt que vers le passé.

Des actions à tous les étages!

Répondant à une énième agression vis-à-vis de l’élevage bovin, les éleveurs de la Fédération Wallonne de l’Agriculture se sont invités dans une émission en direct de la RTBF (la Une) jeudi dernier en soirée. Emmenés par Pierre Vromman, président de la province du Brabant, et par le président de la commission «Productions Animales» de la FWA, nos éleveurs ont organisé une distribution de viande bovine de chez nous à la station Nivelles de l’autoroute Mons-Bruxelles.

Yvan Hayez

 

Quelques jours avant cette action visant à défendre notre Blanc Bleu Belge, le journaliste Benjamin Maréchal a interpellé ses auditeurs de l’émission radio «C’est vous qui le dites» (Vivacité) sur la consommation de viande bovine, et de BBB en particulier. Il réagissait en cela aux propos tenus par Ryan O’Leary, président de la compagnie aérienne irlandaise low cost Ryanair.

«Le BBB, c’est moche comme le péché», a-t-il notamment déclaré!   Cette nouvelle attaque à l’égard d’un fleuron de notre agriculture n’a pas manqué de susciter de nombreuses réactions parmi les affiliés de notre Fédération. Prenant les choses en main, Pierre Vromman, président FWA du Brabant, avec l’appui des services de la FWA, a organisé en un temps record, une action de sensibilisation en faveur de notre élevage Blanc Bleu Belge.

De fait, et outre son émission quotidienne sur Vivacité, Benjamin Maréchal anime également sur la Une (RTBF télé) une émission hebdomadaire qui se déroule en direct à la station de Nivelles. Une cinquantaine d’éleveurs se sont mobilisés en un temps record pour organiser la cuisson et la distribution de savoureux morceaux de BBB, avec le talent et la complicité de Martine Leclercq, de la toute proche Ferme des Nauves (Braine-le-Comte).

Cette action de communication fut sans conteste un succès médiatique. Bien qu’organisée sans l’accord formel de l’animateur, ce dernier a accepté de jouer le jeu. C’est ainsi qu’au fil du direct, notre action a été largement relayée. L’ouverture de l’émission s’est faite devant notre banderole FWA rappelant que «les agriculteurs remplissent nos assiettes et façonnent nos paysages», en présence de la délégation d’éleveurs qui entouraient l’animateur. Durant l’émission, une capsule a été enregistrée et diffusée, présentant les commentaires de Marie-Laurence Semaille, responsable du secteur bovin au sein de notre Service d’Etudes. L’animateur et certains de ses invités, connus du monde des médias ont également été filmés et diffusés en train de déguster et d’apprécier notre viande.  Enfin, peu avant la clôture de l’émission vers 23h30, l’un de nos éleveurs, Manu Laruelle de Faimes, a représenté la FWA dans une interview avec l’animateur de l’émission.

Cette action fut indiscutablement un succès, tant sur le plan de la mobilisation des éleveurs, que sur son impact médiatique. Retenus par la rencontre «Epis-Logues» programmée de longue date le même jour  à Gembloux, le président Joseph Ponthier et la présidente Marianne Streel ont rejoint les organisateurs de l’action à Nivelles, sur le coup de 23h, marquant ainsi leur disponibilité et leur soutien à cette remarquable action de terrain. 

Le lecteur trouvera dans la présente édition un large écho de la conférence «Epis-Logues» qui après avoir reçu l’économiste Etienne de Callataÿ, et le représentant du COPA, Arnaud Petit, recevait cette fois Olivier De Schutter, ex-rapporteur pour le «droit à l’alimentation» auprès de l’Organisation des Nations Unies. Une nouvelle fois, cette conférence «Epis-Logues» a rencontré son objectif premier,  à savoir nourrir et élargir la réflexion et le dialogue.

Enfin, une délégation des secrétaires de la Fédération Wallonne de l’Agriculture, emmenée par son président Benoit Charlier, a été reçue par le Ministre René Collin, en son Cabinet, vendredi dernier. L’objectif principal de cette rencontre était de la part des secrétaires, de faire part au Ministre des difficultés quotidiennes qu’ils rencontrent dans le traitement des dossiers et de services qu’ils offrent à nos affiliés. Cette rencontre s’inscrivait pleinement en appui de la dénonciation des excès administratifs formulée depuis des années par notre Fédération. Le Ministre Collin s’est déclaré parfaitement conscient du problème et a spontanément proposé une prochaine réunion associant les responsables concernés de son administration. Comme ils l’étaient lors de la rencontre de ce vendredi matin, les représentants de la FWA seront également présents lors de cette réunion programmée début mai.

Les 3 exemples relatés ci-avant témoignent du fait que la Fédération Wallonne de l’Agriculture, que ce soit par sa base, par son réseau de secrétaires ou par ses services propres, agit sans répit et en pleine complémentarité de l’ensemble de ses structures.

C’est notre force et notre fierté, c’est bien qu’il en soit ainsi. Merci à celles et ceux qui au quotidien se battent et se mobilisent pour faire vivre la FWA!

40 jours pour soutenir l’élevage !

Les attaques qu’a dû subir le secteur de la viande, et de la viande bovine en particulier, ont suscité une réaction immédiate de la part de la Fédération Wallonne de l’Agriculture. D’autres ont ensuite réagi à leur tour. A l’image des organisations agricoles françaises qui étaient la semaine dernière en plein salon de l’Agriculture à Paris, les messages ont convergé pour dénoncer ces attaques contre ce qui constitue l’un des piliers de notre agriculture régionale et européenne.

Yvan Hayez

Dès l’annonce de la campagne «40 jours sans viande», la FWA a réagi pour dénoncer cette campagne et les mensonges sur lesquels elle s’appuyait. Loin de nous l’idée d’interdire au concitoyen l’un ou l’autre mode d’alimentation, mais le prosélytisme organisé autour du véganisme n’est pas acceptable. Nous ne cesserons jamais de rappeler que ces campagnes s’appuient sur des affirmations mensongères.

Oui, la viande est bonne pour la santé et fait partie intégrante de l’équilibre alimentaire, notamment par la source de protéines qu’elle offre. Ce n’est pas seulement nous qui le disons, mais bien une grande majorité des nutritionnistes et diététiciens.

Oui, nos élevages sont respectueux de l’environnement, car ils sont étroitement liés au sol, les pâtures constituant un important puit de carbone qui compense les émissions liées au métabolisme des ruminants. Oui, l’élevage est un secteur économique important de notre agriculture, qui détermine l’emploi et le revenu de nombreux éleveuses et éleveurs qui méritent le respect de la société. Rappelons à ce titre que tant en amont qu’en aval, l’élevage permet l’organisation de toute une filière dont l’impact économique est également non négligeable.

Confronter l’idéologie à une réalité économique et sociétale est totalement inacceptable.

Ceci nous apparaît d’autant plus inacceptable que derrière cette idéologie se cachent sans doute certains lobbys ayant des visées économiques difficilement avouables sur la place publique.

De plus en plus, nous vivons dans une société culpabilisante et anxiogène. L’actualité nous montre que la consommation de viande n’est pas la seule visée et que les campagnes «sans ceci» ou «contre cela» se multiplient. Face à cette approche négative, la Fédération Wallonne de l’Agriculture a voulu répondre par une campagne positive en lançant un appel à soutien intitulé «40 jours pour soutenir nos agriculteurs». La motion de soutien lancée par la FWA a, en moins de 48 heures, récolté plus de signatures que la campagne «sans viande» en Wallonie. A l’heure où nous écrivons ces lignes, plus de 5000 citoyens se sont engagés auprès des agriculteurs en signant la motion. C’est un très beau résultat qui démontre que nos concitoyens tiennent à leur élevage, à la viande de qualité qu’ils produisent, et font confiance aux agriculteurs wallons.

De son côté, le Ministre régional de l’Agriculture et l’Apaq-W ont lancé vendredi dernier une campagne «40 jours, 40 menus locaux», s’appuyant sur les recettes de nos chefs les plus réputés. Finalement et à l’analyse, cette attaque contre la consommation de viande pourrait s’avérer contreproductive pour ses promoteurs et au bénéfice d’un secteur qui a bien besoin du soutien de nos concitoyens. Comme elle l’a toujours fait, la FWA ne cessera jamais de réagir pour dénoncer les attaques à l’égard de notre secteur et ce, d’où qu’elles viennent.

La campagne «40 jours pour soutenir les agriculteurs» continuera jusqu’au terme de la campagne «sans viande». Il est plus que temps, si vous ne l’avez déjà fait, d’apporter votre contribution en la diffusant largement par mail, par Facebook… Le site, réalisé par nos soins, www.jesuisagriculteur.be, comprend un argumentaire complet qui bat en brèche les arguments de la campagne «sans viande», et mène aussi directement vers la motion de soutien qui doit continuer à être promue. Nous comptons sur vous!

 

La FWA dans la presse:

Dès  l’annonce de cette campagne, le 21 février, nous avions écrit et diffusé le communiqué de presse  (cliquez ici pour revoir ce communiqué)

La FWA a pris la parole pour vous défendre!

- nous étions sur Bel RTL le mercredi 22 dans l’émission « On refait le monde ».
- nous étions sur Nostalgie la veille du lancement de la campagne.
- nous avons été interviewés par le journal Vers l’Avenir que nous avons largement alimenté en chiffres pour appuyer notre argumentaire.
- notre Secrétaire-général est intervenu à diverses reprises sur les antennes de la RTBF Première et de Vivacité sur la même thématique dans la matinée du mercredi 22 février.
- le communiqué de presse a été posté sur Facebook et a été vu 15.000 fois dans les 12 heures qui ont suivi sa publication. Il ne comptabilise pas loin de 23.000 vues à l’heure actuelle.
- une réunion a été organisée dans la région de Waremme par des jeunes éleveurs et notre Service d’études qui était présent a largement alimenté en arguments chiffrés le journaliste de Vers l’Avenir
- la position de la FWA et des extraits du communiqué FWA ont également été diffusés dans le Sillon Belge.
- le dimanche 26/02, sur RTL tvi, dans « C’est pas tous les jours dimanche », un éleveur du Brabant était invité. La FWA l’a aidé à se préparer au mieux à cette interview
- ce mercredi 1er mars, nous étions présents et avons défendu notre point de vue dans l’émission «Le forum de midi» sur la Première

 

PAC post-2020: au travail !

La prochaine phase de programmation de la Politique Agricole Commune prendra effet à partir du premier janvier 2020. Selon le Commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, un premier aperçu de ce que pourrait être la Pac Post 2020 devrait être dévoilé fin 2017. Compte tenu des enjeux et du fait qu’une année passe extrêmement vite, la Fédération Wallonne de l’Agriculture a réactivé à rythmes réguliers son groupe de travail Pac. Lors de la dernière réunion, un bilan chiffré de l’impact de la PAC 2015-2019 a, sans surprise, montré les effets globalement négatifs qu’elle a eu sur nos exploitations.

Yvan Hayez

Bien que la Commission européenne n’ait encore rien dévoilé des orientations de ce que pourrait être la Pac Post 2020, il n’est pas un mois sans que le sujet ne soit traité dans le giron européen. De même, de nombreux représentants venus de divers horizons  non-agricoles de la société participent activement à une multitude de réunions dont les conséquences peuvent s’avérer déterminantes pour l’avenir de notre secteur. Lors du précédent exercice, la Commission avait dévoilé les orientations qui ont mené à la réforme en cours bien plus tôt qu’elle ne pourra désormais le faire vis-à-vis de la prochaine phase de programmation. L’évolution de ce dossier devrait donc passer à une vitesse supérieure, s’exercer dans un temps plus court par rapport au précédent exercice avec une probable progression du lobbying non agricole.

Selon nos informations, le timing de gestation menant à la prochaine Pac devrait être le suivant: large consultation publique durant le premier semestre 2017, communication de la Commission sur les principales orientations fin 2017, consultation des principaux acteurs concernés en 2018, proposition d’un cadre législatif fin 2018-début 2019 dans la perspective du démarrage de la Pac en 2020. D’ici cette échéance, l’Union européenne aura dû fixer son budget et en particulier la part de ce dernier consacré à l’agriculture et tout cela en y intégrant les conséquences du Brexit. Il convient en effet de rappeler que le Royaume-Uni reste contributeur net à hauteur de 7 milliards d’euros. Selon une première évaluation, la sortie des Britanniques devrait amputer le budget agricole européen de l’ordre de 4,4 milliards d’euros, alors qu’il s’élève encore actuellement à quelque 56 milliards d’euros.

Sans attendre d’avoir des informations plus précises, la FWA a considéré qu’il était opportun de réactiver à un rythme soutenu son groupe de travail Pac. Pour rappel, ce dernier se compose des membres du Bureau, des présidents provinciaux, des présidents des commissions ainsi que de tout expert ou invité qu’il juge utile à la bonne organisation de ses travaux.

Le lundi 23 janvier, pour sa troisième réunion Pac post 2020, le groupe de travail a invité François Terrones de l’unité d’Economie de l’UCL-Gembloux AgroBioTech. Ce dernier est mandaté depuis plusieurs années par la Région Wallonne pour assurer, au travers d’une convention, le suivi, l’évaluation et les conséquences de l’évolution de la Pac. Considérant que l’avenir se construit notamment en tirant les enseignements du passé, le groupe de travail Pac de la FWA a invité M. Terrones pour une présentation de l’«Etude d’impacts du système des paiements directs 2015-2019 en Wallonie». Le lecteur trouvera ci-après les principaux éléments d’enseignements de l’étude de M. Terrones.

Sur la période 2015-2019, la diminution des aides est évaluée à 7,1% du budget, avec une diminution en moyenne par exploitation de l’ordre de 12%, pondérée par l’entrée dans la profession de nouveaux arrivants. L’impact est important et se traduit par une perte de plus de 5% pour un peu plus de 80% des exploitations, alors qu’une exploitation sur 5 a vu ses aides augmenter de plus de 50%. Il faut relativiser ces chiffres en tenant compte de références historiques du «portefeuille» d’aide propre à chaque exploitation. Les pertes supérieures à 30 % des aides concernent moins d’un agriculteur sur 10. C’est moins que prévu par le scénario de convergence pure et dure écrit au départ par l’Europe, grâce à la convergence partielle que nous avons obtenue …mais pour la FWA, c’est évidemment encore trop! La réforme de la Pac actuelle a induit un rééquilibrage des aides entre régions agricoles. Les pertes sont importantes en région de cultures, «heureusement» atténuées par les aides couplées dans les exploitations qui en possèdent. Les régions d’élevages connaissent également des pertes mais plus faibles avec une forte dépendance vis-à-vis des aides couplées. Les régions laitières connaissent un gain, sauf la région herbagère liégeoise, avec des aides moyennes par exploitation qui sont inférieures à la moyenne de l’ensemble des régions. Il s’agit évidemment de tendances globales et non de réalités individuelles. Si l’on se réfère à la taille des exploitations, la réforme que nous vivons est globalement favorable aux exploitations de 30 à 50 ha; son impact est limité pour les exploitations inférieures à 30ha, moindre qu’envisagé pour les exploitations de 50 à 80 ha, et défavorable aux grandes exploitations.

Si l’on considère le revenu au niveau des régions agricoles et la taille des exploitations, on constate sans surprise une corrélation évidente du montant des aides et de l’impact sur le revenu. Les orientations technico-économiques (OTE) cultures connaissent des pertes importantes et supérieures à la moyenne alors que les OTE «bovines spécialisées» connaissent des pertes inférieures à la moyenne. En résumé, la réforme de la Pac que nous vivons est plus défavorable aux OTE combinant culture et élevage qu’aux OTE spécialisées, ce qui va à contresens d’un modèle d’autonomie alimentaire combinant culture et élevage.

En ce qui concerne le verdissement, l’objectif de diversification des cultures et de maintien des prairies permanentes existantes a été rencontré. Au niveau des SIE, 56% des exploitants ont été exemptés car leur modèle d’exploitation était d’office «vert» selon les critères européens (forte présence d‘herbages et fourrages, et donc modèle agricole wallon très lié au sol). Pour les 44% concernés, 97% ont rencontré l’objectif avec une moyenne de 6,9% de SIE par rapport aux 5% exigé. Il faut rappeler que l’éligibilité des couvertures de sol en inter-culture revendiquée et obtenue par la FWA a grandement facilité l’atteinte de ces objectifs, mais qu’elle reste contestée dans l’espace européen. Quoi qu’il en soit, pour 80% des exploitations, les SIE sont restées inchangées entre 2015 et 2016. Pour les aides couplées, l’étude de François Terrones indique une diminution globale des aides octroyées de 0,6%, ce qui représente 384.000 euros. Sur l’aspect des aides couplées, la réforme a induit un impact globalement favorable aux régions laitières et de cultures, alors qu’elle est défavorable aux régions d’élevages de bovins, en particulier en région jurassique. Pour les élevages de bovins à viande, le budget a diminué de 5%, le pourcentage de perdants étant équivalent au pourcentage de gagnants avec une perte de plus de 30% pour un quart des exploitations et un gain supérieur à 50% pour près d’une exploitation sur trois. A nouveau, ces chiffres sont liés à l’historique de chaque exploitation. Les élevages de bovins à viande sans quota historique ont évidemment connu un impact favorable. Par contre, pour les élevages similaires disposant d’un quota avant réforme, 60% d’entre eux ont été impactés négativement, principalement en raison de la baisse du montant des primes couplées aux bovins.

Pour la Pac après 2020, certains échos feraient état d’un nombre de piliers variant de 1 à 3 selon les choix faits au niveau du paiement direct, des mesures de marché, du système de gestion des risques et du développement rural. Selon les combinaisons, 5 scénarii seraient mis sur la table des discussions.

Sans faire de spéculation à cet égard, les services de la FWA et le groupe de travail Pac s’emploient dès à présent à la réflexion et à la construction de notre argumentation pour peser auprès du monde politique (à quelque niveau que ce soit) dans la perspective d’une Pac qui soit si possible améliorée et en aucun cas une nouvelle source de bouleversements. Le maintien des aides directes (découplées et couplées) déterminant pour notre modèle wallon, l’environnement et les SIE (avec un maintien de la valorisation des couvertures de sols), le top up, l’amplification éventuelle du 2e pilier, ce qui induirait son nécessaire cofinancement par la Région ainsi que le transfert d’exploitation et les enjeux liés à la reprise des fermes constituent l’essentiel du plan de travail que nous devrons étudier point par point, car ils sont tous déterminants pour l’avenir de notre secteur. C’est en pleine concertation, solidarité et avec le soutien le plus large que nous nous devons de relever ce défi essentiel.