40 jours pour soutenir l’élevage !

Les attaques qu’a dû subir le secteur de la viande, et de la viande bovine en particulier, ont suscité une réaction immédiate de la part de la Fédération Wallonne de l’Agriculture. D’autres ont ensuite réagi à leur tour. A l’image des organisations agricoles françaises qui étaient la semaine dernière en plein salon de l’Agriculture à Paris, les messages ont convergé pour dénoncer ces attaques contre ce qui constitue l’un des piliers de notre agriculture régionale et européenne.

Yvan Hayez

Dès l’annonce de la campagne «40 jours sans viande», la FWA a réagi pour dénoncer cette campagne et les mensonges sur lesquels elle s’appuyait. Loin de nous l’idée d’interdire au concitoyen l’un ou l’autre mode d’alimentation, mais le prosélytisme organisé autour du véganisme n’est pas acceptable. Nous ne cesserons jamais de rappeler que ces campagnes s’appuient sur des affirmations mensongères.

Oui, la viande est bonne pour la santé et fait partie intégrante de l’équilibre alimentaire, notamment par la source de protéines qu’elle offre. Ce n’est pas seulement nous qui le disons, mais bien une grande majorité des nutritionnistes et diététiciens.

Oui, nos élevages sont respectueux de l’environnement, car ils sont étroitement liés au sol, les pâtures constituant un important puit de carbone qui compense les émissions liées au métabolisme des ruminants. Oui, l’élevage est un secteur économique important de notre agriculture, qui détermine l’emploi et le revenu de nombreux éleveuses et éleveurs qui méritent le respect de la société. Rappelons à ce titre que tant en amont qu’en aval, l’élevage permet l’organisation de toute une filière dont l’impact économique est également non négligeable.

Confronter l’idéologie à une réalité économique et sociétale est totalement inacceptable.

Ceci nous apparaît d’autant plus inacceptable que derrière cette idéologie se cachent sans doute certains lobbys ayant des visées économiques difficilement avouables sur la place publique.

De plus en plus, nous vivons dans une société culpabilisante et anxiogène. L’actualité nous montre que la consommation de viande n’est pas la seule visée et que les campagnes «sans ceci» ou «contre cela» se multiplient. Face à cette approche négative, la Fédération Wallonne de l’Agriculture a voulu répondre par une campagne positive en lançant un appel à soutien intitulé «40 jours pour soutenir nos agriculteurs». La motion de soutien lancée par la FWA a, en moins de 48 heures, récolté plus de signatures que la campagne «sans viande» en Wallonie. A l’heure où nous écrivons ces lignes, plus de 5000 citoyens se sont engagés auprès des agriculteurs en signant la motion. C’est un très beau résultat qui démontre que nos concitoyens tiennent à leur élevage, à la viande de qualité qu’ils produisent, et font confiance aux agriculteurs wallons.

De son côté, le Ministre régional de l’Agriculture et l’Apaq-W ont lancé vendredi dernier une campagne «40 jours, 40 menus locaux», s’appuyant sur les recettes de nos chefs les plus réputés. Finalement et à l’analyse, cette attaque contre la consommation de viande pourrait s’avérer contreproductive pour ses promoteurs et au bénéfice d’un secteur qui a bien besoin du soutien de nos concitoyens. Comme elle l’a toujours fait, la FWA ne cessera jamais de réagir pour dénoncer les attaques à l’égard de notre secteur et ce, d’où qu’elles viennent.

La campagne «40 jours pour soutenir les agriculteurs» continuera jusqu’au terme de la campagne «sans viande». Il est plus que temps, si vous ne l’avez déjà fait, d’apporter votre contribution en la diffusant largement par mail, par Facebook… Le site, réalisé par nos soins, www.jesuisagriculteur.be, comprend un argumentaire complet qui bat en brèche les arguments de la campagne «sans viande», et mène aussi directement vers la motion de soutien qui doit continuer à être promue. Nous comptons sur vous!

 

La FWA dans la presse:

Dès  l’annonce de cette campagne, le 21 février, nous avions écrit et diffusé le communiqué de presse  (cliquez ici pour revoir ce communiqué)

La FWA a pris la parole pour vous défendre!

- nous étions sur Bel RTL le mercredi 22 dans l’émission « On refait le monde ».
- nous étions sur Nostalgie la veille du lancement de la campagne.
- nous avons été interviewés par le journal Vers l’Avenir que nous avons largement alimenté en chiffres pour appuyer notre argumentaire.
- notre Secrétaire-général est intervenu à diverses reprises sur les antennes de la RTBF Première et de Vivacité sur la même thématique dans la matinée du mercredi 22 février.
- le communiqué de presse a été posté sur Facebook et a été vu 15.000 fois dans les 12 heures qui ont suivi sa publication. Il ne comptabilise pas loin de 23.000 vues à l’heure actuelle.
- une réunion a été organisée dans la région de Waremme par des jeunes éleveurs et notre Service d’études qui était présent a largement alimenté en arguments chiffrés le journaliste de Vers l’Avenir
- la position de la FWA et des extraits du communiqué FWA ont également été diffusés dans le Sillon Belge.
- le dimanche 26/02, sur RTL tvi, dans « C’est pas tous les jours dimanche », un éleveur du Brabant était invité. La FWA l’a aidé à se préparer au mieux à cette interview
- ce mercredi 1er mars, nous étions présents et avons défendu notre point de vue dans l’émission «Le forum de midi» sur la Première

 

PAC post-2020: au travail !

La prochaine phase de programmation de la Politique Agricole Commune prendra effet à partir du premier janvier 2020. Selon le Commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, un premier aperçu de ce que pourrait être la Pac Post 2020 devrait être dévoilé fin 2017. Compte tenu des enjeux et du fait qu’une année passe extrêmement vite, la Fédération Wallonne de l’Agriculture a réactivé à rythmes réguliers son groupe de travail Pac. Lors de la dernière réunion, un bilan chiffré de l’impact de la PAC 2015-2019 a, sans surprise, montré les effets globalement négatifs qu’elle a eu sur nos exploitations.

Yvan Hayez

Bien que la Commission européenne n’ait encore rien dévoilé des orientations de ce que pourrait être la Pac Post 2020, il n’est pas un mois sans que le sujet ne soit traité dans le giron européen. De même, de nombreux représentants venus de divers horizons  non-agricoles de la société participent activement à une multitude de réunions dont les conséquences peuvent s’avérer déterminantes pour l’avenir de notre secteur. Lors du précédent exercice, la Commission avait dévoilé les orientations qui ont mené à la réforme en cours bien plus tôt qu’elle ne pourra désormais le faire vis-à-vis de la prochaine phase de programmation. L’évolution de ce dossier devrait donc passer à une vitesse supérieure, s’exercer dans un temps plus court par rapport au précédent exercice avec une probable progression du lobbying non agricole.

Selon nos informations, le timing de gestation menant à la prochaine Pac devrait être le suivant: large consultation publique durant le premier semestre 2017, communication de la Commission sur les principales orientations fin 2017, consultation des principaux acteurs concernés en 2018, proposition d’un cadre législatif fin 2018-début 2019 dans la perspective du démarrage de la Pac en 2020. D’ici cette échéance, l’Union européenne aura dû fixer son budget et en particulier la part de ce dernier consacré à l’agriculture et tout cela en y intégrant les conséquences du Brexit. Il convient en effet de rappeler que le Royaume-Uni reste contributeur net à hauteur de 7 milliards d’euros. Selon une première évaluation, la sortie des Britanniques devrait amputer le budget agricole européen de l’ordre de 4,4 milliards d’euros, alors qu’il s’élève encore actuellement à quelque 56 milliards d’euros.

Sans attendre d’avoir des informations plus précises, la FWA a considéré qu’il était opportun de réactiver à un rythme soutenu son groupe de travail Pac. Pour rappel, ce dernier se compose des membres du Bureau, des présidents provinciaux, des présidents des commissions ainsi que de tout expert ou invité qu’il juge utile à la bonne organisation de ses travaux.

Le lundi 23 janvier, pour sa troisième réunion Pac post 2020, le groupe de travail a invité François Terrones de l’unité d’Economie de l’UCL-Gembloux AgroBioTech. Ce dernier est mandaté depuis plusieurs années par la Région Wallonne pour assurer, au travers d’une convention, le suivi, l’évaluation et les conséquences de l’évolution de la Pac. Considérant que l’avenir se construit notamment en tirant les enseignements du passé, le groupe de travail Pac de la FWA a invité M. Terrones pour une présentation de l’«Etude d’impacts du système des paiements directs 2015-2019 en Wallonie». Le lecteur trouvera ci-après les principaux éléments d’enseignements de l’étude de M. Terrones.

Sur la période 2015-2019, la diminution des aides est évaluée à 7,1% du budget, avec une diminution en moyenne par exploitation de l’ordre de 12%, pondérée par l’entrée dans la profession de nouveaux arrivants. L’impact est important et se traduit par une perte de plus de 5% pour un peu plus de 80% des exploitations, alors qu’une exploitation sur 5 a vu ses aides augmenter de plus de 50%. Il faut relativiser ces chiffres en tenant compte de références historiques du «portefeuille» d’aide propre à chaque exploitation. Les pertes supérieures à 30 % des aides concernent moins d’un agriculteur sur 10. C’est moins que prévu par le scénario de convergence pure et dure écrit au départ par l’Europe, grâce à la convergence partielle que nous avons obtenue …mais pour la FWA, c’est évidemment encore trop! La réforme de la Pac actuelle a induit un rééquilibrage des aides entre régions agricoles. Les pertes sont importantes en région de cultures, «heureusement» atténuées par les aides couplées dans les exploitations qui en possèdent. Les régions d’élevages connaissent également des pertes mais plus faibles avec une forte dépendance vis-à-vis des aides couplées. Les régions laitières connaissent un gain, sauf la région herbagère liégeoise, avec des aides moyennes par exploitation qui sont inférieures à la moyenne de l’ensemble des régions. Il s’agit évidemment de tendances globales et non de réalités individuelles. Si l’on se réfère à la taille des exploitations, la réforme que nous vivons est globalement favorable aux exploitations de 30 à 50 ha; son impact est limité pour les exploitations inférieures à 30ha, moindre qu’envisagé pour les exploitations de 50 à 80 ha, et défavorable aux grandes exploitations.

Si l’on considère le revenu au niveau des régions agricoles et la taille des exploitations, on constate sans surprise une corrélation évidente du montant des aides et de l’impact sur le revenu. Les orientations technico-économiques (OTE) cultures connaissent des pertes importantes et supérieures à la moyenne alors que les OTE «bovines spécialisées» connaissent des pertes inférieures à la moyenne. En résumé, la réforme de la Pac que nous vivons est plus défavorable aux OTE combinant culture et élevage qu’aux OTE spécialisées, ce qui va à contresens d’un modèle d’autonomie alimentaire combinant culture et élevage.

En ce qui concerne le verdissement, l’objectif de diversification des cultures et de maintien des prairies permanentes existantes a été rencontré. Au niveau des SIE, 56% des exploitants ont été exemptés car leur modèle d’exploitation était d’office «vert» selon les critères européens (forte présence d‘herbages et fourrages, et donc modèle agricole wallon très lié au sol). Pour les 44% concernés, 97% ont rencontré l’objectif avec une moyenne de 6,9% de SIE par rapport aux 5% exigé. Il faut rappeler que l’éligibilité des couvertures de sol en inter-culture revendiquée et obtenue par la FWA a grandement facilité l’atteinte de ces objectifs, mais qu’elle reste contestée dans l’espace européen. Quoi qu’il en soit, pour 80% des exploitations, les SIE sont restées inchangées entre 2015 et 2016. Pour les aides couplées, l’étude de François Terrones indique une diminution globale des aides octroyées de 0,6%, ce qui représente 384.000 euros. Sur l’aspect des aides couplées, la réforme a induit un impact globalement favorable aux régions laitières et de cultures, alors qu’elle est défavorable aux régions d’élevages de bovins, en particulier en région jurassique. Pour les élevages de bovins à viande, le budget a diminué de 5%, le pourcentage de perdants étant équivalent au pourcentage de gagnants avec une perte de plus de 30% pour un quart des exploitations et un gain supérieur à 50% pour près d’une exploitation sur trois. A nouveau, ces chiffres sont liés à l’historique de chaque exploitation. Les élevages de bovins à viande sans quota historique ont évidemment connu un impact favorable. Par contre, pour les élevages similaires disposant d’un quota avant réforme, 60% d’entre eux ont été impactés négativement, principalement en raison de la baisse du montant des primes couplées aux bovins.

Pour la Pac après 2020, certains échos feraient état d’un nombre de piliers variant de 1 à 3 selon les choix faits au niveau du paiement direct, des mesures de marché, du système de gestion des risques et du développement rural. Selon les combinaisons, 5 scénarii seraient mis sur la table des discussions.

Sans faire de spéculation à cet égard, les services de la FWA et le groupe de travail Pac s’emploient dès à présent à la réflexion et à la construction de notre argumentation pour peser auprès du monde politique (à quelque niveau que ce soit) dans la perspective d’une Pac qui soit si possible améliorée et en aucun cas une nouvelle source de bouleversements. Le maintien des aides directes (découplées et couplées) déterminant pour notre modèle wallon, l’environnement et les SIE (avec un maintien de la valorisation des couvertures de sols), le top up, l’amplification éventuelle du 2e pilier, ce qui induirait son nécessaire cofinancement par la Région ainsi que le transfert d’exploitation et les enjeux liés à la reprise des fermes constituent l’essentiel du plan de travail que nous devrons étudier point par point, car ils sont tous déterminants pour l’avenir de notre secteur. C’est en pleine concertation, solidarité et avec le soutien le plus large que nous nous devons de relever ce défi essentiel.

Mise au point

Depuis plusieurs semaines, la Fédération Wallonne de l’Agriculture organise des conférences dont le thème s’articule autour de l’implication et des conséquences de l’usage des produits phytosanitaires. Par ces séances d’information et de réflexion, la FWA veut, de manière objective et sereine, construire son argumentation et les raisons de son positionnement à l’égard de ce dossier dont les enjeux sont particulièrement importants.

Yvan Hayez

Courant 2016, certains représentants de la classe politique wallonne ont fait des déclarations annonçant à terme la fin de l’usage des produits phytopharmaceutiques dans notre Région.
«Une wallonie Zéro Phyto».
En tant qu’organisation professionnelle agricole responsable, la FWA a pris l’initiative d’organiser des conférences dont l’objectif est d’initier une réflexion large et objective sur ce sujet. Tous secteurs agricoles et horticoles confondus, toutes sensibilités et enjeux sociétaux abordés, nos responsables ont souhaité la mise en œuvre d’une réflexion à la fois objective et sans tabou ni idéologie. Pour ce faire, nos services ont sollicité la participation à ces travaux de personnes ressources venues d’horizon les plus larges. Lors des différentes réunions organisées, les services de la FWA font appel à l’expertise des orateurs les plus divers; qu’il s’agisse de personnalités scientifiques, de représentants de différentes autorités publiques ou para-publiques, de représentant des filières de commercialisation de nos productions ou encore d’intervenants dont l’expertise sur le sujet est communément admise. Au travers des différentes séances organisées, l’enjeu est analysé sous ses angles les plus divers, qu’il s’agisse de l’aspect agronomique, économique, environnemental et de santé-tant professionnelle que publique- tout en y intégrant les attentes sociétales et les aspects de communication qui y sont étroitement liés.
Par sa démarche, la FWA veut nourrir une réflexion objective et par là enrichir son argumentation pour s’inscrire en faux face aux affirmations et aux déclarations péremptoires d’aucuns. Certes la démarche n’est pas aisée mais c’est la seule crédible.
Cette démarche, et nous en sommes conscient, est susceptible de semer le doute dans l’esprit de certains agriculteurs. Soyons clair et sans équivoque: «Wallonie zéro-phyto…Un projet qui tient la route?» intitulé de nos conférences, est marqué par le point d’interrogation du questionnement (du doute!) et n’indique en rien une quelconque adhésion de la Fédération à ce type de perspectives pour notre agriculture.
Rappelons que les agriculteurs se sont toujours attachés à pratiquer leur profession en minimisant ses éventuels impacts négatifs sur la santé et l’environnement, et ont constamment évolué au fil du temps et des connaissances scientifiques, des nouvelles techniques développées. Ils continueront à le faire, en insistant sur la nécessité:
-de les consulter en amont, lorsqu’on envisage un projet de grande envergure qui les concerne au premier chef;
-de valoriser les efforts considérables déjà réalisés par le secteur pour améliorer ses pratiques, de reconnaître aussi les nombreuses externalités positives de notre secteur sur la santé et l’environnement;
-de développer une recherche, un encadrement, qui leur permette de continuer à évoluer dans leurs pratiques;
-de prendre aussi en considération les volets économique et social de la durabilité.

Depuis son lancement, cette série de conférences suscite une très forte participation des professionnels du secteur agricole, qu’il s’agisse des agriculteurs ou des représentants d’autres maillons concernés par la filière agricole. Les élus que nous avons invités, à quelque niveau que ce soit, sont également présents. Ce succès de participation nous réjouit et nous conforte dans notre démarche. Il traduit la conscience de l’importance des enjeux et renforce d’autant le poids de notre démarche.
Au terme de ce cycle de conférences, les services de la FWA en feront une synthèse et le document qui sera validé par nos instances servira de référence pour nos représentants lors des contacts futurs avec le milieu politique.
Cohérente à sa vocation d’organe de concertation, la FWA entend privilégier le dialogue en s’appuyant sur une argumentation forte et crédible. Si son message ne rencontrait que de sourdes oreilles, la FWA n’hésiterait pas à mener des actions plus tonitruantes pour défendre les intérêts du secteur.

Cliquez ci-dessous pour lire en ligne les résumés de ces réunions:

- Aspects Santé

- Céréales

- Betteraves

- Fourrages et élevages

- Aspects environnement

 - Légumes pour la transformation 

- Pommes de terres

- Horticulture

2017: tous ensemble pour notre agriculture !

2016 est terminée, et pour beaucoup d’entre nous, c’est sans regret que nous fermons la porte sur une année qui ne nous laissera guère de bons souvenirs dans le secteur agricole ou dans l’actualité.

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Joseph Ponthier

Voilà maintenant un an que vous m’avez désigné comme votre représentant à la tête de la FWA. Ce fut un grand honneur pour moi, mais je dois bien vous avouer que ce fut aussi une année difficile: aucun secteur de notre agriculture ne s’est bien porté, et qu’à titre personnel, il est pénible de voir tant de collègues traverser des moments si durs dans leur exploitation.

Pour autant, je veux aussi remarquer des éléments positifs: une solidarité renforcée s’est installée entre nos divers secteurs. C’est évidemment très important dans une organisation comme la FWA, qui tient à défendre tous les modes de production, tous les modes de commercialisation, toutes les spéculations agricoles. Pour rappel, la taille moyenne d’une exploitation membre à la FWA est la même que celle de l’exploitation moyenne wallonne, je me permets de le dire pour tordre le cou aux discours un peu populistes de certains…

La FWA s’est largement mobilisée tout au long de l’année pour faire prendre conscience à nos décideurs, à tous les niveaux, de l’Europe à la région en passant par le fédéral, de la crise profonde que traverse l’agriculture. Nous avons manifesté à Bruxelles, à Luxembourg, nous avons organisé une ferme en ville au pied des institutions européennes, et interpelé de nombreuses fois nos responsables politiques, aussi lors des réunions de négociation et rencontres diverses auxquelles nous vous avons représentés tout au long de l’année.

Par notre participation aux réunions du Conseil économique et social tant wallon qu’européen, où nous sommes représentés, nous avons aussi alerté les autres secteurs de l’économie par rapport à la situation agricole.

Nous avons aussi voulu organiser, pour informer nos membres et faire connaître notre position aux hommes et femmes politiques, de nombreuses réunions sur divers sujets d’actualité.

Le dossier du CETA, notamment, qui a mis notre Wallonie au centre de l’attention, a été largement étudié en interne. Notre position sur ce dossier était très claire: c’est NON, sauf si des aménagements conséquents étaient apportés notamment en termes de respect des standards de qualité européens. Nous craignions aussi que le CETA ne donne le «mauvais exemple» aux négociateurs du TTIP, traité encore bien plus inquiétant, en particulier en ce qui concerne les contingents d’importation de viande bovine. Au-delà de ces aspects, dans cette négociation comme dans d’autres, nous refusons que l’agriculture soit systématiquement considérée comme une variable d‘ajustement que l’on se permettrait de négliger, voire de sacrifier, au bénéfice d’autres secteur de l’économie.

Pour élargir notre réflexion, nous avons mis en place, avec l’Amicale des secrétaires de la FWA, un cycle de réunions que nous avons intitulé Epis-LOGUE. L’objectif est d’inviter des orateurs de haut niveau afin d’aborder des thématiques qui replacent l’agriculture dans un contexte économique plus large. La première de ces réunions, qui s’est tenue fin novembre, était consacrée au Brexit et à ses conséquences sur le futur de l’Europe et de son agriculture.

Ceux qui ont assisté à cette soirée, et ils étaient très nombreux, ou ceux qui en auront lu l’écho dans le journal, conviendront que c’était réellement une réunion passionnante avec des orateurs passionnés!

Suite aux déclarations de nos ministres régionaux de l’environnement et de l’agriculture sur leurs projets pour notre agriculture (100% bio ou zéro phytos d’ici 2030), nous avons pris l’initiative d’organiser des rencontres secteur par secteur, avec les partenaires des différentes filières, où nous vous avons bien évidemment invités pour que vous exprimiez votre point de vue. Nous avons aussi convié les parlementaires wallons afin qu’ils puissent vous entendre, et entendre comment les maillons économiques envisagent la faisabilité de ces projets.

Après les deux premières réunions, sur les céréales et sur les betteraves, un premier bilan s’impose: votre présence massive montre que vous êtes préoccupés par les projets que les responsables wallons imaginent pour notre agriculture sans en consulter les principaux acteurs, nous, les agriculteurs. Que ce soit en céréales ou en betteraves, les perspectives de commercialisation en 100% bio ou en zéro phytos ne semblent guère enthousiasmer les représentants des différents négoces, qui ont clairement exprimé qu’ils ne voient pas comment on pourra valoriser une production répondant à un cahier des charges aussi sévère, en payant le prix aux agriculteurs. Ces projets font peser en outre de grosses craintes sur l’emploi induit en amont et en aval de nos exploitations…sans parler de l’emploi de nos exploitations elles-mêmes! Sans tirer de conclusions hâtives, puisqu’il reste encore plusieurs secteurs à aborder, il apparaît déjà qu’il sera difficile de passer à une agriculture zéro phytos si la recherche ne dégage pas rapidement des solutions alternatives et rentables pour le producteur.

L’encadré qui donne le programme complet des prochaines réunions est disponible dans cette édition: venez nous rejoindre nombreux lors de ces réunions, c’est VOTRE avis que nous voulons entendre!

Le cycle de réunions se terminera par un Conseil général où nous remettrons nos conclusions aux deux ministres wallons concernés par le projet.

 

Nous abordons 2017 avec des convictions fortes que nous défendrons avec énergie: nous voulons une agriculture qui rémunère nos producteurs à la hauteur de la grande qualité des produits qui sortent de nos exploitations. Nous exigeons de nos responsables politiques une reconnaissance, une promotion de notre savoir-faire et des efforts consentis pour faire de notre production agricole wallonne ce qu’elle est aujourd’hui: respectueuse de l’environnement, du bien-être animal, des paysages de notre Wallonie et, c’est peut-être le plus important, de la santé des consommateurs!

2016 a montré que l’Europe n’avait pas encore pris la pleine mesure de l’importance du secteur et des difficultés qu’il traverse. Par exemple, la mise en place de mesures volontaires de réduction de la production laitière, alors que nous demandions qu’elles soient obligatoires, l’a bien démontré! Des mesures conjoncturelles ont été prises, mais c’est de mesures structurelles dont le secteur a besoin pour espérer renouer avec une stabilité économique.

De plus, ce sont TOUS les secteurs de l’agriculture qui sont demandeurs d’un cadre européen qui protège et valorise le revenu des agriculteurs.

C’est ce que la Fédération Wallonne de l’Agriculture continuera à revendiquer auprès des institutions européennes, en s’associant aux autres délégations européennes qui partagent ce point de vue et cette volonté au sein du COPA. C’est en créant des liens et un front commun avec des pays partenaires que nous pourrons influencer l’Europe et faire avancer notre projet d’une agriculture durable pour ceux qui y travaillent.

La PAC 2020-2027 fait déjà l’objet de réunions de réflexions au COPA, mais aussi au sein de nos structures FWA, car 2020, c’est demain, et nous devons construire ensemble et rapidement une position ferme en faveur des agriculteurs. Le contexte européen bousculé par le Brexit et les élections françaises ou allemandes risque de perturber l’agenda des futures négociations PAC, mais cela ne doit pas nous empêcher, au sein de la FWA, de réfléchir d’ores et déjà à l’avenir de notre secteur.

Je tiens à vous remercier pour la confiance que vous nous accordez en étant membre de notre fédération. Je voudrais aussi remercier le personnel et nos secrétariats qui mettent leur disponibilité et leurs compétences dans tous les domaines, au service de notre agriculture et des agriculteurs.

Je veux conclure en vous souhaitant une excellente année 2017 tant sur le plan familial que sur le plan professionnel: que 2017 vous apporte santé, bonheur et tout ce que vous pourriez

Et si on généralisait le bio?

Dans le cadre de ses assemblées d’automne, la Fédération Wallonne de l’Agriculture a accueilli les Ministres Collin et Di Antonio, respectivement ministres de l’agriculture et de l’environnement pour notre Région. A l’initiative du Groupe de travail Bio de la FWA qui fête ses dix ans d’existence, le thème de la soirée était «Politique-fiction: Et si on généralisait le Bio?».

 Yvan Hayez

C’est dans une salle de la Vieille Cense à Marloie, copieusement garnie, que les Ministres Collin et Di Antonio sont, ensemble, venus exposer leurs points de vue sur l’avenir de la production agricole en mode biologique en Wallonie, mais également d’une agriculture régionale qui tendrait vers le «zéro phyto». L’initiative de cette assemblée automnale avait été suggérée par le Groupe de travail Bio de la FWA qui, on ne le rappellera jamais assez, constitue le plus gros groupe structuré de producteurs Bio.
Accueillis par le Président Joseph Ponthier, les participants ont pu ensuite découvrir un récit fictif réalisé et présenté par les soins de Caroline Decoster, conseillère au Service d’études de la FWA. Dans cette fiction, Caroline posait toute une série de questions relatives à la généralisation de la production bio sur notre territoire, à la place des différents acteurs sur le terrain, ainsi qu’aux conséquences pour nos agriculteurs.

Suite à cette introduction, Messieurs Di Antonio et Collin se sont succédé à la tribune qui leur était offerte. Nous retiendrons de leurs interventions les principaux éléments suivants. Pour les Ministres, sur base de la progression de l’agriculture biologique de ces derniers mois, nous pouvons aisément espérer 2000 producteurs bio d’ici 2020. Les objectifs du plan stratégique bio ont donc été revus dans ce sens.
Comme les producteurs, et contrairement aux titres «Une Wallonie 100% bio dans 10 ans» lus dans certaines presses, les Ministres s’accordent pour considérer que la production biologique dans notre Région doit évoluer en fonction de la demande, et qu’une conversion massive de notre agriculture serait contre-productive. Notre modèle agricole se doit de répondre à la demande de nos concitoyens et non précéder l’expression de ces derniers.
La conviction des Ministres vers une telle évolution est renforcée par leur constat que la situation économique actuelle du secteur agricole n’est pas favorable et que les agriculteurs sont et seront mieux payés par leur production sous label bio.
A ces convictions viennent s’ajouter l’impact négatif de l’usage des produits phytosanitaires sur l’environnement et, en particulier, sur la qualité des eaux.Par ces approches, les Ministres expriment leur volonté d’inscrire la Wallonie dans un projet de société permettant de valoriser économiquement les productions wallonnes.
L’approche d’une évolution vers le «zéro phyto» principalement défendue par le Ministre Di Antonio s’appuie sur le constat qu’une partie importante du territoire de notre Région l’est déjà (les forêts) ou le sera bientôt (domaines publics à partir de 2019). Selon les Ministres, diverses études montrent que les consommateurs sont prêts à payer plus cher pour des produits identifiés et liés à une image de qualité.

C’est par cette image de qualité qu’ils veulent donner une plus grande visibilité aux produits wallons en inscrivant notre agriculture régionale dans un projet «zéro phyto».
Tout en précisant que les particuliers constituent la première cible dans la restriction de l’usage des phytos aujourd’hui, ils considèrent que l’évolution des pratiques doit être progressive. Il n’est donc pas question à ce stade, d’interdire aux professionnels l’usage des produits qui sont par ailleurs utilisés en Europe. La volonté exprimée par les Ministres est de travailler sur base d’accords avec l’ensemble de la filière agricole et en aucun cas, de forcer l’évolution par la voie de l’interdiction. Voulant privilégier la voie de la concertation, le Ministre de l’Environnement annonce la présentation d’une étude avec une analyse fouillée, filière par filière, à laquelle notre Fédération serait conviée.
Enfin, nous noterons qu’en aucun cas il n’est question pour les Ministres d’opposer la production bio à la production conventionnelle ni, tout en rappelant l’importance de l’organisation des producteurs, de tout miser sur les circuits courts.

 

Pour les très nombreux agriculteurs présents dans la salle, l’avenir du modèle de notre agriculture régionale suscite de multiples et légitimes questions. Substituer une agriculture majoritairement conventionnelle par une agriculture bio peut-il garantir une meilleure santé économique pour nos producteurs? Ne risque-t-on pas de retomber dans un rapport de force déséquilibré, quel que soit le mode de production? En ce qui concerne l’interdiction d’usage des produits phytos, qui est présentée comme une manière d’accéder à la généralisation de la production bio, pourquoi ne pas mettre plus en avant les très nombreux efforts déjà réalisés par la profession dans ce domaine? De même, nos agriculteurs s’interrogent sur les lourdeurs d’un nouveau système de certification qui viserait à identifier et valoriser leurs produits «zéro phyto» vis-à-vis des consommateurs. Ne faut-il pas utiliser, et peut-être renforcer, les certifications déjà existantes? Les ministres eux-mêmes ont rappelé les gigantesques efforts déjà réalisés par les agriculteurs notamment en termes d’environnement.

Enfin, nombreux sont les agriculteurs qui se demandent comment ils doivent interpréter les différentes annonces du Ministre de l’Environnement relatives à l’augmentation de la taille des zones tampons sans phytos.

Lors du dialogue avec la salle, certains producteurs bio ont clairement exprimé leur inquiétude face à un développement trop rapide de leur mode de production. En effet, lorsqu’un produit devient la norme, donc accessible à tous, il risque de perdre l’avantage économique que procure sa relative rareté. Certains ont également tenu à rappeler que la productivité, et par conséquence le revenu, est même souvent plus variable d’une année à l’autre; quand la météo capricieuse rend les cultures plus vulnérables aux maladies, les possibilités d’apporter un traitement sont nettement plus limitées qu’en conventionnel. De même, il convient de rappeler que produire est un métier, transformer est un autre métier et vendre, un troisième. Tous les producteurs n’ont pas nécessairement vocation à combiner ces 3 métiers et d’aucuns parmi les producteurs bio, ont rappelé qu’ils ne souhaitaient pas forcément s’intégrer dans un groupement de producteurs.

 

Pour la FWA, notre secteur est multiple et complémentaire, répondant en cela à la multiplicité des comportements de consommation.

Sans avoir épuisé le sujet, nous nous réjouissons de la tenue de cette assemblée automnale pour 4 raisons:

-         la très large participation de nos membres tant bio que conventionnels;
-         la clarification de la vision des Ministres sur ce dossier;
-         la volonté exprimée par les Ministres d’engager une démarche «zéro phyto» qui soit progressive, volontaire et concertée;
-         la porte laissée ouverte au dialogue.

Mais le plus important reste qu’un projet politique concernant à ce point l’avenir des agriculteurs doit se discuter avec les principaux concernés. C’est dans ce but que la FWA organise une série de réunions en cette fin d’automne et début d’hiver sur le thème «Wallonie zéro phyto… un projet qui tient la route?». Nous invitons les membres de la FWA à participer activement à ces réunions afin de poursuivre, au sein de notre mouvement, la réflexion sur l’évolution de notre secteur.

 

CETA: l’arbre qui cache la forêt ?

Après occupé la une des médias pendant 15 jours, le traité d’échange commercial entre le Canada et l’Europe (CETA) a finalement été approuvé par l’ensemble des parlements du pays et ratifié dimanche dernier, avec 3 jours de retard, par le premier Ministre canadien Justin Trudeau, et les représentants de l’Union européenne, Donald Tusk, Président du Conseil et Jean-Claude Junker, Président de la Commission.

Yvan Hayez

La crise née de ce dossier aura fait couler beaucoup d’encre et suscité de multiples interventions qui n’étaient pas toujours très pertinentes, loin s’en faut.
Lorsque son avis a été sollicité, la Fédération Wallonne de l’Agriculture s’est prononcée négativement à l’égard du traité, quoi qu’en disent certains, et surtout elle a exprimé une série de réserves quant à son contenu.

Pour rappel, ces dernières portaient sur:
- le fait que notre agriculture de puisse pas être la variable d’ajustement de la négociation et in fine de l’accord
- que le CETA ne constitue pas un précédent à l’accord du TTIP
- que les standards de production du modèle européen ne soient bafoués
- que les indications géographiques ne soient pas suffisamment prises en compte

Enfin, et au-delà du secteur agricole, nous avons exprimé notre position sans concession possible à l’égard des modalités de règlement des différends.
Force est de constater que l’ensemble des positions exprimées par la FWA ont été abordées et se sont trouvées au cœur des débats qui ont jalonné ces 15 jours de crise.
Les clarifications qui ont été apportées à l’expression de ces craintes légitimes ont permis in fine la ratification des accords. Au-delà du processus démocratique largement reconnu même au-delà de nos frontières qui a conduit à la finalisation de ce dossier, nous devons rester extrêmement vigilants. Ce n’est qu’à l’usage que nous pourrons juger de la pertinence des réponses apportées aux réserves exprimées.
L’appropriation par la société civile en général et par le secteur agricole en particulier des enjeux liés au CETA, est riche d’enseignement et devra désormais être intégrée en compte dans la gestion de ce genre de dossiers à l’avenir.

Outre l’exemple de démocratie, de la sympathie et de la mise en lumière internationale qu’a suscités ce dossier pour notre région, c’est tout un processus de fonctionnement des institutions qui doit être évalué. Les enseignements tirés de la crise du CETA devront rester dans tous les esprits à l’heure où les négociations du TTIP reprendront. Il s’agit là d’un point positif et fondamental dans la mesure où les conséquences d’un traité avec les Etats-Unis peuvent être encore bien plus significatives pour notre secteur que celles d’un traité avec le Canada.
Pour le secteur agricole spécifiquement, la crise née du CETA doit impérativement provoquer une remise en question de la part de l’Union européenne et de sa Politique Agricole Commune. La dégradation de l’économie agricole européenne dans bon nombre de ses régions, dont la nôtre, explique principalement l’inquiétude de notre secteur à l’égard des traités d’échange commerciaux dont on a pu se rendre compte ces dernières semaines que peu en connaissaient réellement le contenu. S’il est clair que les réserves que nous avons exprimées par rapport au CETA étaient parfaitement légitimes, il est évident aussi que le traité n’aurait pas suscité autant de craintes si le contexte économique agricole avait été plus rayonnant. C’est bien d’une PAC forte dont nous avons besoin avant tout.

Pour nous, c’est là que se trouve l’essentiel des enjeux. Alors que l’agriculture n’a jamais été autant évoquée que ces dernières semaines, il est regrettable que le débat ne se soit pas porté dans l’ensemble de l’espace européen sur les racines mêmes de la dégradation de l’économie de notre secteur. Nous avons la conviction que la communauté politique européenne doit avoir le courage d’entamer une réflexion sur l’avenir du modèle agricole européen et doit oser constater que le ferment principal de cette crise se trouvait moins dans les termes du traité lui-même que dans une PAC qui ne cesse de se distancier de ses agriculteurs. Le CETA ne peut être l’arbre qui cache la forêt.

 

CETA: point de vue de la FWA

Vendredi dernier, le Parlement de Wallonie, réuni en séance extraordinaire, a marqué son opposition au traité économique et commercial tel que négocié entre l’Union européenne et le Canada (CETA). Cohérente avec elle-même, la Fédération wallonne de l’Agriculture s’est exprimée sur ce dossier dans le même sens qu’elle l’avait fait au printemps dernier sur le TTIP.

 Yvan Hayez

 

Ces dernières semaines, les débats ont été particulièrement houleux autour du dossier relatif au traité économique et commercial entre l’Union européenne et le Canada (CETA). Pour rappel, ces accords ont été négociés dès 2008 et conclus en 2014. Ils doivent maintenant être ratifiés par l’ensemble des états-membres. Selon notre alchimie institutionnelle, il revient aux différents parlements régionaux de se prononcer et de permettre ainsi ou non, la ratification par l’Etat belge, de ces accords.

En votant à 46 voix contre et 16 voix pour, le Parlement de Wallonie a, le 13 octobre dernier, empêché de facto l’état fédéral de donner son accord à la ratification du traité.
Les députés wallons qui se sont prononcés sont pour la plupart ceux qui ont participé à un vote, déjà négatif, sur le même dossier au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La Wallonie, par son vote, est la seule région d’Europe qui s’oppose et bloque ainsi la ratification de l’Europe, puisque cette procédure impose l’unanimité.
A l’occasion des débats qui ont précédé le vote, la FWA a adressé, par note écrite, son positionnement sur ce dossier. Le lecteur trouvera ci-après, le positionnement de la FWA rédigé par les soins de notre Secrétaire général adjoint, Yves Somville.
 

«En préalable, tout comme dans notre positionnement sur le TTIP, la FWA tient à rappeler l’importance, à ses yeux, du commerce international. L’UE ne peut pas refuser d’y défendre sa place, d’autant plus que la filière agricole et agroalimentaire européenne représente plus de 40 millions d’emplois. Autrement dit, notre position dans toute négociation commerciale entre l’UE et tout partenaire ne relève absolument pas d’un quelconque protectionnisme, mais se veut simplement équilibrée, afin d’éviter toute distorsion de concurrence pour le secteur agricole européen, et wallon en particulier.

En synthèse, en ce qui concerne le CETA nous tenons à insister sur 4 points:
- la FWA refuse que le secteur agricole européen ne soit la variable d’ajustement de la négociation, et ici en l’occurrence de l’accord, suite au fait que d’autres secteurs de l’économie seraient, eux, bénéficiaires des modalités arrêtées;
- nous craignons que le CETA ne soit le «cheval de Troie» du TTIP (non abouti à ce jour); de plus, le contenu de l’accord CETA, notamment en ce qui concerne l’ouverture de contingent supplémentaire d’importation pour la viande bovine, risque de compliquer les négociations TTIP en orientant à la hausse les exigences américaines quant aux volumes de contingents à leur octroyer;
- pour la FWA tout accord commercial bilatéral doit respecter les normes de production européennes; les représentants de la Commission en charge des négociations, rappellent à l’envi qu’ils ne braderont pas nos standards de production; or, dans les discussions avec les représentants des autres pays, on parle de convergence réglementaire et de reconnaissance mutuelle; pour la FWA, il y a incompatibilité entre les deux approches; la FWA demande donc, la cohérence également dans les propos de nos responsables politiques: il nous semble impossible de réclamer d’une part la défense d’ un modèle agricole européen familial, répondant à des normes élevées, et en même temps accepter la notion de convergence réglementaire;
- enfin, même si dans le cadre du CETA, faute de flux commerciaux de produits wallons «IG/AOP» vers le Canada, aucune dénomination protégée wallonne ne figure dans l’accord, et que 145 IG européennes ont été reconnues par les Canadiens, la FWA rappelle que ce nombre ne représente que 10 % de l’ensemble des IG actuellement reconnues sur le territoire communautaire.»

Cohérente avec elle-même, la FWA a exprimé les mêmes réserves vis-à-vis du CETA que celles qu’elle avait exprimées vis-à-vis du TTIP.
Notre opposition n’est pas d’ordre idéologique mais motivée par la nécessité d’apporter aux textes du CETA comme du TTIP, des corrections qui rendent ces traités équilibrés pour notre agriculture. En résumé, notre position est NON, SAUF SI…
Amené à se prononcer sur le sens du vote exprimé par le Parlement wallon, le Ministre Président Paul Magnette (que nous avions vu et sensibilisé sur le dossier la semaine précédente, cf édito de la semaine dernière) a déclaré: «Je ne donnerai pas les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral et la Belgique ne signera pas cet accord le 18 octobre. Je demanderai de rouvrir les négociations pour que soient entendues les préoccupations de la société civile».
En cela, le Ministre Président fait preuve de réalisme- la Région wallonne peut-elle bloquer l’Europe toute entière? – et exprime avec nuance un positionnement qui n’est pas sans rappeler celui de la FWA: «non, sauf si…».
Dans ce dossier comme dans l’ensemble de ses prises de position, la FWA recherche le consensus et l’équilibre de manière à défendre l’intérêt de tous.
Contrairement à ce que certains laissent entendre, la FWA a pour objectif de défendre l’ensemble des agriculteurs, quels que soient la taille de leur exploitation, leur mode de production et de commercialisation, ou leur orientation technico-économique. L’éventail de nos membres est d’ailleurs représentatif de cette diversité.

La position de compromis et d’équilibre entre secteurs laitier et viandeux que la FWA a défendue dans le dossier des dernières aides européennes, position par ailleurs adoptée par le Ministre régional,  symbolise parfaitement cette approche. D’autres auraient voulu des aides soit « tout au lait », ou à l’inverse plus fortement orientées vers les vaches viandeuses. Une fois de plus, la FWA a fait preuve de maturité en s’efforçant d’apporter des réponses à l’ensemble des secteurs soumis à des difficultés.

Le Ministre-Président accueilli à la ferme

Le mardi 4 octobre, et à l’initiative de Pierre Vromman, Président de la Section Locale de Nivelles-Genappe, le Ministre-Président de la Région Wallonne Paul Magnette est venu à la rencontre des agriculteurs accompagné du Ministre André Flahaut et de la Députée provinciale de l’Agriculture Isabelle Kibassa-Maliba.  Le Ministre-Président a pu prendre la mesure des réalités de notre secteur. Le lecteur trouvera ci-après l’intervention rédigée par les soins de la Fédération et prononcée in extenso par l’hôte de cette rencontre, Eddy Pussemier.

Yvan Hayez

«Au nom de tous les agricultrices et agriculteurs présents ce jour, nous sommes heureux de vous accueillir et voulons vous remercier pour l’intérêt que vous portez au secteur agricole de notre région. A l’occasion de cette rencontre d’une heure, nous souhaitons vous faire part de la situation de notre secteur dont vous comprendrez très vite qu’elle est devenue très préoccupante. De fait, nous connaissons une année particulièrement noire, dans la mesure où tous les secteurs de production sont concernés et qu’il n’y a pas un pilier de notre économie agricole pour en compenser un autre. Comme vous le savez, les prix offerts à la production de la viande bovine stagnent depuis des décennies, alors que les coûts de production n’ont cessé de progresser. A cela viennent s’ajouter des campagnes incessantes qui dénigrent la consommation de viande surtout bovine, l’accusant d’être néfaste pour la santé et pour l’environnement, et accusant les éleveurs de manquements au bien-être animal.

En ce qui concerne la production laitière, le bilan n’est guère plus réjouissant, puisque la dérégulation des marchés et la mondialisation du commerce ont une nouvelle fois contraints nos éleveurs à livrer le fruit de leur travail à un prix en dessous des coûts de production. Pour ces deux piliers de notre production agricole régionale, nous pouvons considérer que le problème est devenu structurel.

Pour le troisième pilier, celui des grandes cultures, le bilan de la dernière campagne est particulièrement mauvais avec des chutes de rendements de 30 à 40 % et une qualité médiocre des récoltes. Ces deux facteurs, liés aux conditions climatiques et donc conjoncturelles, s’inscrivent dans un marché mondial largement déprécié.

Après une longue période de plusieurs années de difficultés, la situation du secteur de la production porcine qui reste relativement peu développé dans notre région, semble s’améliorer légèrement. Enfin, la production horticole comestible a également dû subir les affres du climat et le bilan est lui également peu brillant pour nos horticulteurs, pour ne pas dire totalement négatif.

Ce bilan général, particulièrement morose, se traduit par de nombreux signaux dont les plus interpellant sont la cessation de l’activité et la diminution des reprises d’exploitations. Les inquiétudes s’amplifient également tant en amont qu’en aval de la production primaire agricole. Ces constats sont notamment attestés par les enquêtes menées tant par Fédagrim qu’une banque à caractère agricole bien connue de notre région.Rappelons que la production agricole primaire génère en amont et en aval 7 emplois pour un producteur.

Face à ces constats, qui rappelons-le, trouvent leur expression la plus dure en 2016, nous nous tournons depuis plusieurs années vers les pouvoir politiques sans distinction. Si les agriculteurs peuvent comprendre en travaillant du vivant, qu’ils peuvent être confrontés à une mauvaise année comme ce fût le cas cette année en grandes cultures, ils sont en revanche demandeurs de solutions structurelles qui puissent stabiliser leurs revenus, assurer sur le long terme le remboursement de leurs investissements et contribuer par-là à l’offre de perspectives viables pour les jeunes qui souhaitent embrasser la profession. Force est de constater que la communauté politique n’offre guère de réponses par rapport aux problématiques que nous évoquons.

A cet égard, nous dénonçons les effets d’annonce et les déclarations péremptoires souvent démagogiques, qui se sont faites ces derniers mois concernant l’avenir de notre secteur. Soyons clairs, l’agriculture biologique est un mode de production qui est amené à se développer et qui mérite un encadrement dans ce sens. Rappelons d’ailleurs que la Fédération Wallonne de l’Agriculture, depuis longtemps, défend tous les modes de production, tous les modes de valorisation, et ce sur l’ensemble du territoire de notre région. A cet égard, les services de la FWA animent le plus grand groupe de production biologique au sein de notre région.

Ceci étant, la mutation intégrale de notre production agricole à une échéance fixée ne se décrète pas, et un tel projet traduit une piètre connaissance des réalités de notre secteur. Ne renonçant pas à ces effets d’annonce et constatant effectivement qu’imposer à l’horizon 2025 une agriculture 100% bio ne pouvait être réalisable, le Ministre régional de l’Environnement Carlo Di Antonio s’est prononcé ces derniers jours pour une réduction drastique de l’usage des produits phytosanitaires. Selon les échos de la presse, le Ministre de l’Environnement aurait déclaré que «l’objectif zéro phytos est atteignable car on peut l’imposer», ce qui n’est pas le cas pour un mode de production quel qu’il soit qui est et doit rester du libre choix de celui qui le pratique. Une telle perspective a de quoi inquiéter car elle conduirait notre agriculture régionale dans une distorsion de concurrence au sein de l’espace européen et accroîtrait d’autant celle que nous connaissons déjà sur le plan mondial. Nous ne sommes pas les seuls à nous s’inquiéter et ces déclarations hasardeuses interpellent également d’autres maillons des filières économiques agricoles (l’Union Wallonne des Entreprises, notamment).

Par ailleurs, et sur cette même problématique d’avenir de notre secteur, nous dénonçons dans le chef de votre Ministre de l’Environnement un modèle de concertation quasi inexistant. De fait, le Ministre Di Antonio et ses services avancent seuls vers un modèle d’agriculture qu’ils n’ont concerté ni avec la profession, ni nous semble-t-il, avec leurs collègues du Gouvernement qui partagent pourtant certaines compétences sur le dossier. A titre d’exemple, nous avons appris par la presse la commande d’une étude sur la mutation de l’agriculture vers le «zéro phytos». N’aurait-il pas été judicieux d’associer les principaux acteurs concernés dès le début du processus?

Monsieur le Ministre-Président, vous vous souviendrez qu’en septembre 2015, la Fédération Wallonne de l’Agriculture s’était invitée à la rentrée parlementaire pour dénoncer la lourdeur, la complexité, voire l’absurdité, des contraintes administratives auxquelles est sans cesse confrontée, de façon toujours accrue, la profession. Les résultats d’une étude récente viennent d’être présentés il y a quelques jours. Si cette étude a le mérite d’objectiver le problème et les attentes de nos agriculteurs, aucune solution concrète n’a été formalisée à ce jour.

Monsieur le Ministre, il s’agit là d’un dossier majeur car la complexité administrative contribue à dégoûter plus d’un agriculteur en place et à freiner l’ardeur de ceux qui voudraient se lancer dans la profession. Nous considérons que la mission première d’un service public est, tout en respectant les lois, d’offrir aux utilisateurs un service le plus opérationnel possible. C’est loin d’être le cas aujourd’hui.

Enfin, nous profitons de l’occasion que nous offre cette rencontre pour rappeler la position de la FWA à l’égard des accords du TTIP dont on a abondamment parlé ces dernières semaines. En résumé et à ce stade, pour la FWA, c’est non, sauf si… Notre position est motivée principalement par les points suivants:lLe risque de nivellement par le bas des normes de production dans de nombreux domaines comme les OGM, le bien-être animal, les activateurs de croissance, les résidus pesticides, … Pour rappel, l’approche européenne prône un principe de précaution, de développement durable et de haute sécurité sanitaire, tandis qu’outre-Atlantique, on favorise un concept de retrait a posteriori si le danger est avéré, ce sont deux optiques difficilement conciliables.

Nous insistons aussi sur la nécessité d’un étiquetage clair qui permette au consommateur de savoir qu’il achète éventuellement des produits qui ne répondent pas aux standards européens. Nous devons être intraitables sur la question de nos appellations qui sont importantes pour nos agriculteurs, mais aussi pour les PME alimentaires européennes. La crainte d’un accord déséquilibré où les offres tarifaires européennes ne seraient pas contrebalancées par des offres équivalentes du côté américain, notamment pour les produits sensibles. Nous ne pouvons accepter que voie le jour, dans un état démocratique, un système tel que le règlement des différends entre investisseurs et états. Nous estimons que les différends doivent être réglés par un système judiciaire indépendant.

Monsieur le Ministre-Président, avant de passer la parole aux agriculteurs présents et de vous donner l’occasion de réagir à leurs propos, nous vous remercions une nouvelle fois pour votre présence ce jour. Nous souhaitons également associer à ces remerciements Eddy Pussemier, qui nous accueille dans son exploitation et nous la fera visiter, ainsi que Pierre Vromman et le Ministre Flahaut dont la qualité des contacts ont largement contribué à rendre cette rencontre possible. Merci aussi à Isabelle Kibassa-Maliba, pour sa présence, et de façon plus générale, pour l’écoute qu’elle prête aux agriculteurs de sa province.»

Au-delà du travail réalisé par nos services pour faire avancer nos revendications, il est important de maintenir un dialogue avec nos responsables politiques et de renforcer leur sensibilisation sur les préoccupations du secteur. Ce type de rencontres sur le terrain en est une parfaite illustration.

De multiples contacts politiques…

La semaine dernière a été particulièrement riche en divers contacts politiques. Vos représentants ont été reçus tant par le Ministre Collin que par son homologue fédéral, le Ministre Borsus. Au cœur des discussions, les difficultés de notre secteur et en particulier les modalités de mise en œuvre des aides initiées par l’Europe.

Yvan Hayez

 

Mercredi 28 septembre, la Fédération Wallonne de l’Agriculture était invitée au Cabinet du Ministre régional de l’Agriculture, René Collin, afin de finaliser les modalités relatives aux aides européennes proposées par la Commission lors du Conseil des Ministres du 18 juillet dernier.
Pour rappel, l’Europe avait libéré 500 millions d’euros en deux enveloppes distinctes, ce qui a permis à la Wallonie de mobiliser 6,5 millions d’aides communautaires auxquels sont venus s’ajouter 4 millions d’euros d’aides régionales.

Au terme des négociations, les modalités d’application peuvent être synthétisées de la manière suivante (pour plus de détails, voir dans la présente édition).
-          La réduction temporaire et volontaire de la production de lait au cours du dernier trimestre 2016 permettra à ceux qui s’y engagent de percevoir une compensation de 14 cents par kilo non produit (budget européen) auxquels s’ajoutent 10 cents par kilo (budget wallon) portant uniquement sur 10% maximum de la référence individuelle. 1091 dossiers ont été introduits auprès de l’administration wallonne, pour une quantité totale de 17.935.940 litres de lait, ce qui représente 5% de la production trimestrielle wallonne.
-          Un complément aux aides couplées, qui constitue un soutien spécifique par vache, tant laitière (23 euros) que mixte (11,5 euros), et limité à 75 unités par exploitant. Les jeunes agriculteurs bénéficieront d’une majoration de 50% du montant à l’unité.
-          Un soutien aux prairies qui se traduit par une prime à l’hectare de 20 euros et est plafonné à 30 hectares de prairies primables pour les producteurs laitiers, et 20 hectares de prairies primables pour les producteurs viandeux. Le montant de l’aide est doublé pour les jeunes agriculteurs.

Au niveau belge, 22% des producteurs ont adhéré à cette mesure, ce qui constitue, avec les Pays-Bas, le deuxième plus gros taux de participation après l’Irlande (24%) et devant la France (19%). A l’échelon européen, la mesure devrait permettre de réduire, entre octobre et décembre, la production de l’ordre de 2,19 %.
Il est trop tôt pour se prononcer sur l’impact de cette mesure sur les marchés, mais le taux de participation traduit un certain engouement de la part de ceux qui étaient en situation de pouvoir adopter cette mesure.
La FWA a particulièrement insisté pour que le paiement de ces aides intervienne le plus rapidement possible, ce devrait être le cas avant la fin 2016 pour le supplément au soutien couplé et le soutien aux prairies. En parallèle à ces aides de crise, le Ministre annonce une avance aux paiements PAC 2016 sous la forme suivante: 70 % du paiement de base, du verdissement, des aides couplées et du bonus jeune et 85 % des aides régions défavorisées payés la semaine du 16 au 21 octobre.

Le même mercredi, en après-midi cette fois, le Ministre fédéral de l’Agriculture Willy Borsus, a reçu l’ensemble des partenaires de la Concertation chaîne. Etaient également présents les représentants du SPF Economie et des Cabinet régionaux, ainsi que du Ministre Peeters.

Cette réunion poursuivait de multiples objectifs:
- bilan de l’application des aides apportées pour les secteurs du lait et du porc.
- bilan des négociations en cours pour la mise en œuvre de mesures structurelles pour ce qui concerne les produits laitiers. Pour rappel, en ce qui concerne le porc, de telles mesures ont été jugées trop complexes à mettre en place.
- évaluation par le SPF Economie de la légalité des mesures réalisées et de celles qui restent à mettre en place.
- présentation de l’étude «viande bovine» du SPF Economie.

Quels sont les principaux enseignements à tirer de cette réunion?
-          L’aide directe unique et à court terme pour les produits laitiers a correctement été exécutée. Elle a permis de dégager 41,75 millions d’euros, soit une aide pendant 6 mois de 2,45 cents par litre au producteur.
-          L’aide directe unique à court terme pour la viande porcine, plus difficile à mettre en place, se poursuivra jusqu’à la fin du premier semestre 2017. Cette mesure devrait mobiliser au maximum 15 millions d’euros d’aide, mais atteindrait plus probablement 10 millions selon les estimations en cours.
-          Selon les accords, l’aide directe unique et à court terme pour le secteur laitier était conditionnée par la mise en place de mécanismes structurels. Force est de constater que pour atteindre cet objectif, le cadre légal est très restrictif, et qu’il subsiste encore des réticences dans tous les maillons de la Chaîne. Toutefois le travail se poursuit, avec l’appréciation par le SPF Economie de la légalité des mesures envisagées.
-          Comme déjà évoquée dans ces colonnes, l’étude confirme la dégradation de la rentabilité du secteur de la viande bovine pour les producteurs. Plus clair encore dans l’étude, l’écart se creuse entre les prix à la consommation, qui continuent à progresser, et le prix carcasse, qui ne cesse de se dégrader depuis 2013. Le groupe d’experts continue à travailler pour affiner l’étude et la formation des marges des différents maillons de la chaîne.

Les travaux de la concertation chaîne ont pour vertu première de créer un dialogue nécessaire entre les différents maillons. Il convient de rappeler qu’elle n’a pas pour vocation de négocier une entente sur les prix, ce qui serait totalement illégal.
Par ailleurs, son président a tenu à rappeler au terme de la séance que les outils dont disposait la concertation chaîne avaient une portée limitée et ne pouvaient pas, à eux seuls, résoudre les problèmes économiques sévères auxquels est confrontée notre agriculture.

A la demande de la FWA, le Ministre Di Antonio a accepté qu’au vu des conditions climatiques exceptionnelles que nous avons rencontrées ces dernières semaines, pour cette année 2016, l’épandage sur prairie de fertilisants organiques à action rapide ainsi que de fumier mou soit autorisé, à concurrence de 80 kg d’azote par hectare au maximum, et ce jusqu’au 15 octobre inclus.

Face aux difficultés nombreuses que connaissent tous les secteurs de notre agriculture, nous travaillons sur tous les fronts, en négociant à tous les niveaux de pouvoir afin d’apporter des réponses aux préoccupations des agriculteurs. Nous nous y employons chaque jour et continuerons à y travailler sans relâche.

Bio: assez d’effets d’annonce !

Une nouvelle fois, la production biologique a été le sujet de diverses déclarations qui ressemblent davantage à des effets d’annonce qu’à une approche pragmatique et raisonnée de l’avenir de ce mode de production. A l’instar des protagonistes, la Fédération Wallonne de l’Agriculture veut rappeler son approche de l’évolution de notre agriculture régionale dans un cadre européen, voire mondial.

Yvan Hayez

En mai dernier, le Ministre de l’environnement Carlo Di Antonio déclarait dans les médias francophones «Je veux que dans 10 ans, la Wallonie soit 100% bio».
Dans ces mêmes colonnes, la FWA réagissait en date du 26 mai aux déclarations péremptoires du Ministre (le lecteur pourra retrouver cet édito EN CLIQUANT ICI.
La semaine dernière, le Ministre Di Antonio revenait à nouveau sur ses volontés quant à l’avenir de la production agricole wallonne.
Confirmant son souhait d’une agriculture 100% bio, le Ministre Di Antonio déclarait cette fois que plusieurs mesures allant dans le sens d’une Wallonie «zéro phytos» avaient déjà été prises, traduisant ainsi une nouvelle approche de ce qui reste son objectif.
De fait, il faisait observer que l’objectif «zéro phytos» est atteignable car on peut l’imposer tandis que l’agriculture bio passe par le respect d’un cahier des charges nécessitant une transition plus longue (et ne peut être imposé, NDLR).

Dans cette perspective, le Ministre a commandé une étude visant à évaluer les conséquences environnementales et économiques d’une conversion de l’agriculture wallonne vers un modèle à faible apport d’intrants. Cette étude qui s’inspire notamment de celle réalisée par le Docteur Darko Znaor (Croatie) vise à évaluer l’intérêt d’un tel changement et non à étudier les modalités de cette mutation, lesquelles devront être discutées avec le secteur concerné.
La FWA dénonce le fait que notre secteur qui est directement concerné par cette étude n’ait pas été associé plus en amont à la réflexion.

Comme le rappelait la FWA en mai dernier, un modèle agricole ne se décrète pas et son évolution doit se concevoir dans un esprit de concertation. Loin du concept idéologique, l’évolution d’un secteur se doit d’intégrer les dimensions économiques, sociales et environnementales, et ne peut se concevoir dans des prises de décisions unilatérales. Selon nous, il convient d’avoir une réflexion globale sur les moyens à mettre en œuvre pour réduire l’usage des pesticides tout en assurant la pérennité des cultures et le revenu de nos agriculteurs. Dans un marché ouvert, la Wallonie ne peut se permettre de concevoir son avenir agricole sans tenir compte du cadre européen et des réalités économiques mondiales, sous peine de se placer elle-même dans une situation où son agriculture ne sera plus compétitive.
La FWA est favorable à la recherche d’alternatives à notre modèle agricole actuel, pour autant que celles-ci offrent des perspectives de pérennité de la production agricole dans notre région. En aucun cas nous ne pouvons accepter des effets d’annonce qui relèvent selon nous de la rhétorique électorale.

La semaine dernière, Christie Morreale (députée wallonne PS) et Matthieu Daele (député wallon Ecolo) se sont exprimés sur le sujet, à l’occasion d’interventions parlementaires. Madame Morreale, dans sa question, demande davantage d’informations sur l’enquête en cours. De son côté, Matthieu Daele a demandé au Ministre Collin de préciser sa vision de l’évolution du secteur dont il a la charge. Le Ministre Collin a rappelé que plus d’un agriculteur wallon sur dix est déjà bio pour tout ou partie de sa production, mais a tempéré les élans de son collègue de l’Environnement en rappelant que ce projet, s’il n’est pas une utopie, doit être envisagé dans un délai très long (30 à 40 ans), et pour autant qu’un certain nombre de conditions soient rencontrées. Le Ministre Collin estime qu’on peut espérer une évolution vers davantage de bio dans les années à venir, fixant l’objectif à 18% de SAU sous bio d’ici 2020 (7.4% de notre SAU est bio aujourd’hui). Il insiste cependant sur la nécessité que ce projet soit praticable pour tous, économiquement rentable et qu’il réponde à une volonté du consommateur de modifier ses comportements d’achat.

Le député Ecolo a exprimé sa déception face au bémol apporté par le Ministre Collin et n’a pas manqué de relever qu’il fallait dès lors considérer les promesses du Ministre Di Antonio comme un effet d’annonce qui n’a que peu de chance de déboucher sur une réalisation concrète. Il a également pointé la manifeste disharmonie des positions exprimées par les deux Ministres concernés, pourtant issus de la même formation politique.
Pour la FWA, qui est et reste ouverte à toute réflexion sur la nécessaire évolution de notre secteur, les diverses interventions politiques de ces dernières semaines relèvent d’une véritable cacophonie, privilégiant la forme sur le fond. C’est pourquoi la FWA exige une réelle concertation le plus en amont possible sur toutes ces matières.

N’oublions jamais que c’est l’avenir de tout un secteur et d’une filière économique qui est en cause. Ceci mérite du sérieux, du respect et de la considération.