Premier avril 2015: fin des quotas, les producteurs sont toujours lĂ  !

Une semaine après son action dénonçant les lourdeurs administratives liées au transfert des effluents d’élevages, la Fédération Wallonne de l’Agriculture a organisé une nouvelle action, au Parlement wallon cette fois, pour sensibiliser nos élus aux conséquences de la fin du régime des quotas laitiers.

Yvan Hayez

Mercredi 25 mars, lors de l’interruption des travaux parlementaires de midi, une délégation de la Fédération Wallonne de l’Agriculture s’est présentée au siège du Parlement wallon pour interpeller les députés wallons en leur offrant un colis de produits laitiers issus de notre terroir. Des fromages, du beurre et du yoghourt venus en direct de chez nos producteurs, via Accueil Champêtre en Wallonie, mais aussi évidemment une brique de lait « Bande de Félaits ».

Cette action avait également pour but d’appuyer l’invitation qui leur a été adressée ce premier avril 2015, date effective de l’arrêt du régime des quotas laitiers en vigueur depuis 31 ans.

Petit rappel historique. Les quotas ont été décidés par l’Union européenne en 1983 et sont entrés en application lors de la campagne de 1984. Il s’agissait à l’époque de maîtriser les excédents générés en production laitière dans l’espace européen. A l’époque, les coûts de stockage de beurre et de poudre de lait étaient devenus insupportables pour le budget agricole européen. Rappelons également que la mise en place des quotas, qui fut largement contestée par les producteurs laitiers à l’époque, était une mesure de gestion de l’offre, qui venait en complément à d’autres règles de gestion de marché que l’Europe avait développées dans ses principaux secteurs de production. Outre le mécanisme d’intervention qui permettait de garantir un prix minimum et rémunérateur dans l’espace européen, venait s’ajouter un second mécanisme, plus contestable, qui soutenait la compétitivité à l’exportation de nos excédents sur le marché mondial. Assez rapidement, ces mesures, qualifiées de protectionnistes par nos interlocuteurs sur la scène mondiale, furent progressivement réduites, voire démantelées, pour devenir totalement obsolètes.

Ces mécanismes de régulation de marché ayant été quasi éteints à la moitié des années 2000, les quotas n’ont pu, à eux seuls, garantir ni le niveau ni la stabilité des prix du lait; les crises majeures que nous avons connues dès 2008 en étaient la triste illustration.

Les spĂ©cificitĂ©s de notre industrie laitière rĂ©gionale – basĂ©es principalement sur le beurre et la poudre de lait particulièrement exposĂ©s aux fluctuations du marchĂ© mondial – n’ont fait qu’accroĂ®tre notre vulnĂ©rabilitĂ©.

Dès 2008, et nous fûmes les premiers (1500 tracteurs et autant de manifestants à pied le 18 juin sur l’Esplanade du Cinquantenaire à Bruxelles), la FWA a non seulement défendu le maintien des quotas, mais aussi, et elle le fait toujours, la réhabilitation de certaines mesures de protection des prix, comme notamment un système d’intervention beaucoup plus réactif et efficace tenant compte de l’évolution des coûts de production.

Force est de constater que dans une Europe qui s’est élargie, la communauté paysanne européenne elle-même était divisée entre un libéralisme accru et le maintien d’une régulation plus soutenue.

En dépit des crises que nous avons connues depuis 2008, la suppression des quotas décidée il y a 10 ans a pris pleinement ses effets ce 1er avril 2015.

C’est dans un contexte à nouveau difficile pour nos producteurs que les quotas disparaissent. Côté volume, l’atterrissage dit «en douceur» mis en place par l’Europe et qui prévoyait une augmentation des quotas nationaux de 8% avant la sortie des quotas, semble montrer ses limites. On doit s’attendre à de nouvelles hausses de production lors des prochaines campagnes, ce qui se confirme par la croissance des livraisons entre les deux dernières campagnes et par les investissements laitiers dans de nombreuses exploitations.

Côté prix, une croissance prévisible de l’offre qui ne s’accompagnerait pas d’une évolution similaire de la demande ne pourrait entraîner qu’un effet néfaste sur la rémunération proposée aux producteurs.

Les nouvelles possibilités offertes par le «paquet lait», ensemble de réglementations européennes permettant d’une part la création d’organisations de producteurs reconnues par les acheteurs et d’autre part, la passation de contrats de livraison pouvant recouvrir les notions de volumes et de prix n’ont rien réglé ni sécurisé à ce jour. La sortie des quotas révèle encore beaucoup d’inconnues et d’incertitudes.

Lors de son action au Parlement, la FWA a distribué des produits laitiers d’origine exclusivement wallonne. Elle a rappelé qu’elle avait milité pour le maintien des quotas tant qu’il était politiquement réaliste de le faire. Lorsqu’il s’est avéré que le maintien des quotas n’était plus soutenu majoritairement par nos collègues européens, la FWA a consacré toute son énergie dans une réflexion sur l’après-quota et la traduction des mesures prévues par le paquet lait européen dans notre législation régionale. Nous avons également rappelé que nos élevages sont étroitement liés au sol et ne cessent de progresser dans une démarche d’accroissement de la durabilité de la production laitière qui renforce encore et toujours la certification.

C’est pourquoi, la FWA revendique:

-          Une gestion du marché laitier et un paquet lait plus efficaces
-          Une promotion grand public renforcée de nos produits laitiers par l’Apaq-W, notamment par la relance du concept «La Bande des FéLAITs» et la mention BE
-          Un encadrement par les pouvoirs publics des relations contractuelles qui s’établiront au cours des prochains mois au sein de la filière.

Enfin, face au risque accru de volatilité des prix, il est impératif de renforcer la consommation de notre promotion locale, ce qui implique une promotion soutenue.

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