Une éclaircie dans cet épais brouillard du pays de Herve ?

Posté le 19 mai 2015 | comment Aucun commentaires.

Ces derniers jours, on assiste avec le souffle coupé à la mise en ligne de pétitions, à la formation des groupes de soutien au fromage de Herve et aux produits au lait cru, à d’autres pour critiquer l’AFSCA et ses réglementations, son intolérance…  Même le grand public s’émeut de la disparition de nos traditions fromagères. Waouh ! Mais reprenons tous un peu nos esprits et réfléchissons…

Ana Granados – Anne Pétré

Des producteurs de fromage, parmi lesquels celui dont tout le monde parle ces derniers jours  produisent du fromage de Herve…à Herve. Et oui… Et à base de lait cru ! Une des dernières fromageries artisanales. Le producteur dont il s’agit n’a jamais eu, qu’on sache, aucun problème avec sa production, qui respecte à la lettre, entre autres, les normes microbiologiques fixées dans le Règlement européen 2073/2005, que l’AFSCA applique aux producteurs. Il respecte, comme tous nos producteurs et transformateurs, cette réglementation et aussi beaucoup d’autres. Pour rappel, un règlement européen est d’application directe dans un état membre. Une directive européenne doit, par contre, être transposée dans le droit de chaque membre, et notamment la Belgique. Et on le sait, cela peut donner lieu à des textes qui vont plus loin que la directive au départ.

Bref, revenons à notre fromage et aux autres. La norme de ce règlement dit, en ce qui concerne la Listeria monocytogenes, que le critère absence de Listeria « est applicable aux produits avant qu’ils ne quittent le contrôle immédiat de l’exploitant du secteur alimentaire, lorsque celui-ci n’est pas en mesure de démontrer, à la satisfaction de l’autorité compétente, que le produit respectera la limite de 100 ufc/g (unités formant colonie par gramme) pendant toute la durée de conservation ».  Traduisons, en gros : le germe de Listeria peut être présent, mais il ne devra pas dépasser 100 ufc/g avant la date de péremption du produit concerné. Mais comment le petit producteur va-t-il pouvoir démontrer cela ? Avec quel appui technique, et quel budget ? Diversiferm et le laboratoire Qualité et Sécurité des produits alimentaires de la faculté de Gembloux le savent très bien. Il faut réaliser des tests sur chaque type de produit afin de connaître le développement, dans ce cas de la Listeria, qui permettent de prouver qu’au moment de la date limite de conservation, on ne dépassera pas de 100 UFC/g. En bref, il faut artificiellement « vieillir » le produit pour mesurer le développement des bactéries et s’assurer qu’on restera bien sous les 100 unités/gr. C’est d’autant plus important que les progrès réalisés dans les méthodes de tests permettent de repérer des doses de bactéries infinitésimales, qui n’auraient pas été détectées avec les tests pratiqués il y a quelques années. Des doses si faibles qu’elles ne sont pas pathogènes…

Ne nous mettons pas pour autant la tête dans le sable, la Listeria est potentiellement dangereuse pour la santé, il faut donc la maîtriser !

Il n’est pas l’heure de rentrer dans les détails du dossier. On pourrait écrire des pages entières. Ce que la FWA souhaite, et peut-être qu’au moment où vous lirez ceci ça sera le cas, c’est qu’on puisse réfléchir calmement à ce cas particulier et trouver une solution qui puisse satisfaire le producteur mais aussi la santé des consommateurs.

Mieux : une solution qui satisferait l’ensemble des agriculteurs qui peuvent eux aussi rencontrer un incident de ce genre dans leur procédé de transformation ou de production. Les agriculteurs travaillent avec du vivant, et même en étant très scrupuleux sur les méthodes de travail, sur le respect des normes, un petit incident sanitaire peut se produire. Ce qui est important, c’est de permettre à l’agriculteur d’y remédier sans craindre que son exploitation soit bloquée pour une période qui mettrait en péril sa santé économique.

La FWA continuera à travailler, avec ACW et Diversiferm, pour proposer aux autorités des assouplissements pour faciliter le travail des producteurs qui se lancent dans la difficile tâche de transformer leurs produits. Mais cela toujours sans compromettre la santé de nos concitoyens.

La FWA, à coté de Accueil Champêtre en Wallonie et de Diversiferm défend les producteurs, petits, moyens et grands, qu’ils transforment ou vendent leur production à a ferme ou pas, qu’ils fassent du fromage de Herve ou du saucisson. C’est parce que nous tenons à soutenir nos membres dans leurs projets, parce que nous croyons à cette diversité agricole, que nous suivrons ce dossier de près. Des rencontres avec les autorités compétentes sont prévues dans les prochains jours… Nous vous tiendrons bien évidemment informés de l’évolution de notre travail via notre site internet et les prochaines éditions de Pleinchamp.

 

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