«Zéro phyto»: un projet qui tient la route? – Aspects environnement

Posté le 3 février 2017 | comment Aucun commentaires.

Une série de séances d’information et surtout de réflexion sur le projet «zéro phyto» de nos ministres wallons est organisée en ce moment par la FWA en collaboration avec l’UAW, la FJA et la FWH.

Ces séances, clôturées à l’heure où vous lisez ces lignes, ont fait le tour de toutes les principales productions agricoles wallonnes concernées pour mesurer les impacts du projet sur celles-ci ainsi que sur les filières avals. Deux séances ont également été prévues pour analyser les conséquences de l’usage des phytos ou du passage au zéro phyto sur la santé et l’environnement.

La journée consacrée à l’aspect santé a eu lieu le vendredi 13 janvier à Gembloux, vous avez pu en lire le résumé dans notre édition du 19 janvier. La journée «environnement» s’est tenue vendredi dernier: en voici le compte-rendu.

Anne Pétré

Un usage des phytos de plus en plus raisonné !

Laurence Janssens, du Comité Régional Phyto, explique que l’évolution de l’utilisation des produits phytosanitaires a été observée selon deux axes: les substances actives d’une part et les types d’utilisateurs d’autre part et a présenté les chiffres les plus récents disponibles.

Six groupes de substances actives ont été déterminés:
- Les herbicides, défanants et anti-mousse
- Les fongicides et bactéricides
- Les insecticides et acaricides
- Les régulateurs de croissance
- Les molluscicides
- Les autres produits

On constate avant tout que le nombre de substances actives autorisées sur notre territoire est en baisse constante: en 1995, on comptait 358 molécules autorisées, contre 278 en 2014 (dont 223 uniquement professionnelles, 5 exclusivement non-professionnelles et 50 «mixtes).

Très logiquement, les quantités vendues ont aussi largement diminué: de 11.000 tonnes en 1995 à 7500 tonnes en 2014.  En 1995, près de 30% des ventes étaient réalisées auprès de non-professionnels. En 2010, la suppression d’un grand nombre de molécules en vente libre fait varier cette proportion considérablement, pour arriver à un peu plus de 4% des phytos seulement vendus à des particuliers en 2014.
Les familles de phytos les plus vendues aux professionnels ont aussi varié au fil du temps. En 1995, c’étaient les herbicides qui tenaient le haut du classement, avec 56% des ventes. Ils ont perdu leur place aujourd’hui (33% des ventes), au profit des fongicides et bactéricides qui représentaient 42% des ventes en 2014.
Sans surprise, ce n’est pas le cas chez les utilisateurs «amateurs» qui continuent à utiliser surtout des herbicides, même s’ils ont aussi réduit leur consommation dont surtout le glyphosate, qui lui est en augmentation.
Lorsqu’on observe le type de produits achetés par les utilisateurs professionnels, on constate une plus grande variabilité des molécules qu’auparavant: au début des années 2000, 40 molécules concentraient 80% des achats. Aujourd’hui, ces mêmes 40 molécules ne représentent plus que 2/3 des ventes.
Quelles sont les cultures les plus consommatrices en phytos chez nous? Il s’agit de la pomme de terre, avec cependant de fortes variations d’une année à l’autre, en fonction des conditions climatiques. Suivent les betteraves sucrières, puis fourragères, et enfin les céréales.
Que faut-il retenir essentiellement? Si la vente et l’usage des produits phytosanitaires se sont concentrés depuis 1995 sur les utilisateurs professionnels, on constate une chute notable et généralisée de leur usage sur notre territoire. Cette évolution s’explique par de multiples facteurs, dont le retrait d’un grand nombre de molécules, mais aussi le remplacement de certaines par d’autres, efficaces à des doses nettement moindres. Le développement de la lutte intégrée, d’alternatives «biologiques»,  du système des avertissements jouent un rôle important également, de même que l’augmentation des surfaces consacrées au bio. La mise en place du Programme de Réduction des Pesticides n’y est évidemment pas étrangère non plus. En résumé, il se dégage de l’ensemble des données chiffrées dont on dispose une constatation évidente: les agriculteurs pratiquent une utilisation des phytos de plus en plus raisonnée. On ne peut que s’en réjouir!

Lire la présentation de L.Janssens

La bonne et belle eau

Francis Delloye appartient au Département de l’Environnement et de l’Eau du Service Public de Wallonie (SPW). Il précise avant tout que la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (= eau potable) est, on s’en doute, surveillée de très près en Europe. Soumise à une directive qui se base sur le principe de précaution, la qualité de notre eau répond à des normes qui sont de 10 à 100 fois plus sévères à celles recommandées par l’OMS. Qu’y recherche-t-on? Des résidus de phytos, bien entendu, mais aussi toute une série d’autres molécules pouvant impacter la santé humaine. Pour illustrer la sévérité de ces normes, Francis Delloye explique que la quantité autorisée d’une molécule dans l’eau est équivalente à un sucre dans une piscine olympique. Le cadre européen prévoit toutefois qu’on puisse déroger à ces règles draconiennes, mais seulement 3 fois par période de 3 ans et toujours en informant le consommateur final. Remarquons que cette dérogation n’a jamais été activée en Wallonie.

Les eaux souterraines sont soumises aux mêmes taux que l’eau potable, sauf si elles ne sont pas destinées à alimenter la population. Puisque non destinées à être consommées par l’homme, les eaux de surfaces sont soumises à des normes 10 fois moins sévères (mais toujours sous les seuils OMS), mais on y surveille tout de même de façon très stricte la présence de certaines molécules qui pourraient impacter l’écosystème.
En Wallonie, la Directive Cadre Eau surveille l’état chimique des eaux souterraines et son évolution. Quelques 400 sites sont intensivement surveillés, dont 200 points de captage d’eau potable, et 200 points patrimoniaux (sources, puits…). Les résultats sont envoyés à l’Europe régulièrement, mais également publiés annuellement en Wallonie.
Les contrôles sont réguliers et couvrent une très large gamme de molécules. Tous les 3 ans, un contrôle complet des captages à fort débit est réalisé: on y cherche notamment tous les résidus de produits phytosanitaires qu’on pourrait y trouver. Si on y détecte un résidu problématique, la fréquence des contrôles est alors renforcée pour devenir mensuelle ou bimensuelle. L’ensemble des analyses est réalisé par un laboratoire certifié.
Les chiffres pour nos eaux souterraines wallonnes vont vers une stabilisation de leur qualité. Toutefois, on remarque la présence de certains résidus, comme le Bentazone (dont l’usage est limité à certaines cultures). Il faut noter que ces analyses relèvent aussi des traces de molécules interdites depuis plusieurs années, mais dont la persistance fait qu’on les retrouve encore dans nos eaux.
La Région wallonne a développé plusieurs programmes de recherche sur la qualité des eaux. Le programme de recherche Biodien-Semtep vise à rechercher de nouvelles substances émergentes dans les eaux. Environ 250 échantillons seront analysés pour la recherche des composés les plus couramment retrouvés dans l’environnement, tels que les nonylphénols, le PBDE, le bisphénol A, les phtalates avec un focus sur les pertubateurs endocriniens. Parmi celles-ci, on retrouve certains produits phytosanitaires dont les chercheurs ont relevé la présence dans nos eaux wallonnes, mais en dessous des normes. Un complément d’enquête est ouvert sur celles-ci, ainsi que sur le glyphosate (dont on ne trouve pas de traces susceptibles de nuire à la santé dans nos eaux souterraines). Il faut souligner que cette étude réalise aussi le premier suivi sur les néonicotinoïdes, et que sur les diverses variantes analysées, on n’en retrouve aucune dans nos eaux souterraines.

Lire la présentation de F.Delloye

Question d’équilibre

Michel De Proft, du Département des Sciences du vivant du CRA (Unité de protection des plantes et écotoxicologie) démarre fort son exposé, en montrant de nombreuse photos de cultures non protégées par un insecticide et fortement endommagées par des insectes, un peu partout en Wallonie. Pour autant, pas de conclusion hâtive. Cultiver, c’est une question d’équilibre, c’est essayer de tirer le meilleur parti des forces de la nature. Prenons un couple de lapins, dont on connait le joyeux tempérament en matière de reproduction. Sans interventions extérieures, celui-ci aura vite fait de créer toute une colonie de lapereaux qui eux-mêmes…etc, etc. Mais le lapin est confronté à des attaques extérieures: prédateurs, maladies…qui, dans la nature, limiteront sa prolifération. Les phénomènes naturels peuvent nous servir…ou nous nuire. Il en va de même pour les insectes, les plantes….
Cette question d’équilibre est centrale aussi lorsqu’on parle de l’évaluation des produits phytosanitaires, et notamment les insecticides, dont on va évaluer la toxicité sur des espèces non-ciblées. Bien sûr, les insecticides tuent…c’est ce qu’on attend d’eux, mais ils doivent le faire de façon ciblée, sans nuire aux espèces qui ne nuisent pas aux cultures (comme les oiseaux, ou les abeilles par exemple). Il faut garder à l’esprit que lorsqu’on évalue un produit phyto, son écotoxicité sera prise en compte bien avant son efficacité.
Le règlement prévoit que deux espèces indicatives soient soumises à ces tests d’écotoxicité: une petite mouche qui élimine les pucerons, et un acarien qui décime d’autres acariens. On ajoute à cela deux espèces qui sont pertinentes par rapport à la culture concernée.
Si l’on schématise le test, voici comment on va fonctionner.
Si l’on doit traiter une céréale, on va d’abord déterminer la dose létale sur un insecte non cible (par exemple le syrphe), et en déduire la dose à laquelle la moitié de la population de ces insectes non cibles disparaît. On la compare avec la dose appliquée sur le champ, et si le quotient des deux est supérieur à 2%, on élimine impitoyablement cet insecticide, qui ne sera jamais commercialisé. Autant dire que les tests que passent les insecticides laissent peu de place au risque: la très grande majorité des produits testés ne satisfont pas à ces normes sévères, et ne se retrouvent jamais sur le marché.
On peut néanmoins s’interroger légitimement sur la crédibilité de ces tests, car il est impossible de tout tester, et il reste de nombreuses inconnues. Mais il faut bien se baser sur quelque chose, et même si ces tests sont sans doute incomplets, ils sont sévères et rassurants sur base de nos connaissances. Il faut rester prudent, et maintenir un processus très sélectif dans l’agréation des produits.
On constate aussi que certaines pratiques de pulvérisation d’insecticides créent de sérieux problèmes. Le colza, par exemple, est devenu très consommateur d’insecticides: il s’agit d’une culture touchée par des types d’insectes qui creusent les bourgeons pour en extraire le pollen, avec les dégâts qu’on imagine. L’usage de certains insecticides a rendu ces insectes résistants, ce qui explique qu’on doive utiliser des doses de plus en plus importantes pour en venir à bout.
Pour voir si l’on peut en revenir à des pratiques moins consommatrices de phytos sur le colza, Michel De Proft se demande s’il ne faudrait pas cesser de traiter pendant 3 ans, histoire de laisser se redévelopper un biotope naturel, et voir s’il agit positivement sur la maîtrise des populations des nuisibles à la culture. C’est évidemment peu réaliste, sauf avec un soutien des pouvoirs publics.
Enfin, les autres produits phytosanitaires, hors insecticides, ne sont pas sans influence sur le développement de la faune, et c’est donc bien une réflexion globale qu’il faut avoir lorsqu’on évalue et réfléchit les traitements.

Lire la présentation de M.De Proft

Phytos: alliés des défis de l’agriculture

Sophie Persoon, qui travaille pour Bayer, est venue exposer le point de vue Phytofar, association belge de l’industrie phytopharmaceutique.

Pour entamer son exposé, elle rappelle tout d’abord la différence qui existe entre danger et risque. Un danger, lorsqu’on évoque les produits phyto, c’est la toxicité liée aux propriétés de la substance.
Le risque, c’est la probabilité que des effets nocifs se fassent sentir en raison d’une exposition au produit.
L’environnement est l’un des aspects soigneusement pris en compte dans les procédés qui mènent à la mise en vente d’un produit. Ce n’est évidemment pas le seul: l’aspect santé est aussi examiné sous toutes les coutures. Après un rappel du processus d’agréation des molécules et ensuite des formules destinées à être commercialisées (nous ne reviendrons pas sur cet aspect, développé longuement dans l’article consacré aux aspects santé, voir Pleinchamp du19 janvier), S. Persoon signale que sur 100.000 molécules découvertes, une seule passe la rampe des tests d’homologation.
Dès qu’une substance présente un danger, elle est éliminée d’office. Pour les autres, il s’agit d’évaluer les risques.
On analyse les caractéristiques de la molécule, on observe comment elle se comporte, se décompose, dans l’eau, le sol, la plante… On mesure les effets de l’eau et de la lumière sur la substance. On étudie la probabilité qu’elle migre vers les eaux de surface et souterraines. On calcule des modèles d’utilisations qui prennent en compte les conditions les plus défavorables qui existent en matière de climat, de taux d’humidité…afin de prendre toutes les assurances possibles.
On étudie la toxicité aigüe, à court terme, et la mortalité. On teste aussi les risques chroniques, liés à une exposition à long terme, et ce sur 40 espèces non-ciblées. Ces tests doivent démontrer l’innocuité du produit aux dosages les plus élevés pour que la molécule puisse poursuivre son parcours d’homologation. Les différents tests suivent des procédés décrits par la réglementation européenne: ceux-ci sont parfois si complexes et sévères qu’il est difficile de les suivre. Ainsi, pour les tests sur les abeilles, les nouveaux tests en discussion à la commission nécessiteraient une superficie équivalente à trois fois Bruxelles! Parallèlement à cela, les mesures de réduction des risques sont de plus en plus renforcées. Les notices des étiquettes prévoient des conditions d’utilisation strictes, et il est important de les suivre scrupuleusement.
Pour rappel, une homologation n’est jamais gravée dans la pierre: une nouvelle évaluation est réalisée tous les dix ans, et entretemps, si la firme découvre un effet nuisible de l’un de ses produits, elle est tenue d’en informer les autorités compétentes.
Au-delà des tests réalisés, Phytofar réalise aussi un travail important en matière de prévention et d’information: analyse des pratiques à risque pour les eaux de surface, séances d’information sur la compréhension des notices, promotions de techniques favorables (buses anti-dérives, par exemple), plateforme de concertation sur les abeilles, récupération et recyclage des emballages et produits non utilisés (Agrirecover)…
Il faut savoir qu’au vu de toutes les contraintes qu’ils impliquent, le coût de développement des phytos est en augmentation, d’autant que de nombreuses molécules étudiées n’arrivent jamais sur le marché. L’agriculture de précision est un modèle qui tend à se développer, et c’est bien: il est important de maximiser le rendement de la surface agricole dont on dispose pour faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés, en termes de climat, d’énergie et d’alimentation mondiale notamment.
Selon l’oratrice, les phytos peuvent nous aider à remplir ces objectifs: ils sont testés strictement et donc sûrs pour la santé et l’environnement, si l’on respecte les conditions d’utilisation.

Lire la présentation de S.Persoon partie 1     /    partie 2

Agr’Optimize: optimiser ses traitements

Agr’Optimize est un spin off de l’Université de Liège, représentée lors de la journée «zéro phyto-environnement» par Marie Dufrasne. Il s’agit d’une plateforme collaborative à laquelle participent le LIST (Institut de sciences et technologies du Luxembourg), la société WANAKA (qui commercialise des drones agricoles), des fermes pilotes et divers partenaires académiques et industriels.
Agr’Optimize développe un outil d’aide à la prise de décision qui s’appelle PhytoProTech. Il vise à rationaliser les traitements phytosanitaires. L’outil permet d’objectiver la nécessité du traitement en étudiant chaque parcelle de façon extrêmement fine, pour appliquer le traitement ad hoc quand c’est vraiment nécessaire, à l’endroit où c’est vraiment nécessaire.
Les alertes sont très personnalisées, grâce à un suivi météo pointu, et envoyées à l’agriculteur par mail ou sms. Les avantages sont multiples: le suivi est effectué à l’échelle de la parcelle, sur un grand nombre de pathologies ou nuisibles, les alertes envoyées avant l’apparition des symptômes… La société est indépendante des fournisseurs de produits phytos, ce qui assure l’objectivité de sa démarche, qui est aussi scientifiquement démontrable. La valeur ajoutée d’un tel outil est claire: elle peut apporter une économie de traitement en visant une préservation des rendements. Les fonctionnalités du système permettent un suivi de la plante au fil de son développement, ce qui permet de suivre aussi l’éventuel développement de la maladie, et d’alerter l’agriculteur à temps pour lui permettre de réagir quand un traitement est nécessaire. En appliquant le traitement au bon moment, on évite aussi des passages ultérieurs, car la culture est correctement protégée.
Le projet est pour le moment en phase pilote sur une dizaine de parcelles de blé en 2015 et 2016. Les premières évaluations économiques sont positives. Sur base des hypothèses prises (coût moyen par traitements à 40 euro/ha et prix de vente des céréales à 130 euro la tonne)  l’économie réalisée par hectare se monte à 21 euros en 2015, et 10 euros pour 2016, en conservant le niveau des rendements.
Pour information, la société développe aussi un outil de gestion de la fumure azotée grâce à un suivi satellite, qui s’appelle Ypanema.

Lire la présentation de M.Dufrasnes

Ouvrir de nouvelles trajectoires pour notre agriculture

Philippe Baret (professeur UCL) a été désigné par le Ministre wallon de l’Environnement, afin de réaliser une étude mesurant la faisabilité d’une réduction, voire d’une suppression, des intrants dans notre modèle agricole. Philippe Baret estime qu’il est nécessaire de s’interroger sur l’opportunité de pérenniser le modèle agricole actuel, en raison du contexte qui entoure l’agriculture, qui a changé radicalement. La question, estime-t-il, doit être ouverte.
Les objectifs de nos systèmes alimentaires et agricoles sont d’ordre économique, environnemental et social. Ils visent à assurer l’alimentation de l’ensemble de la population, tout en assurant un revenu aux petits agriculteurs et en préservant la possibilité de répondre à nos besoins futurs.
Pourquoi devrions-nous utiliser moins d’intrants ? C’est un enjeu de santé publique, pour nos concitoyens et pour les agriculteurs, et c’est aussi un enjeu pour la biodiversité. Moins d’engrais permettrait aussi de lutter contre le changement climatique, et d’économiser les ressources. Cela permettrait également de diminuer les importations d’alimentation animale, ce qui contribuerait au respect des agriculteurs du sud, et réduirait notre dépendance à l’égard des firmes phytopharmaceutiques notamment. Pour l’agriculteur, c’est synonyme d’un gain économique, d’une diminution de risques pour la santé, et d’un effet positif sur l’image du secteur.
Pour la société, c’est une réduction des coûts de santé publique et de dépollution. C’est aussi une meilleure base pour promouvoir et valoriser notre production wallonne.
Mais moins d’intrants, c’est aussi un risque de réduire les rendements, et de s’exposer aux aléas climatiques, etc….
Notre modèle agricole est basée sur le productivisme et les produits phytos ont largement contribué à le faire évoluer dans ce sens, en diminuant les risques liés aux maladies et en améliorant les rendements. Ils ont permis le développement de l’agriculture moderne, mais on a omis de comptabiliser le coût que ce modèle implique en termes de santé et d’environnement.

La logique technique d’aujourd’hui s’appuie sur une forme de standardisation des procédés qui expose notre agriculture à une dépendance accrue aux firmes. De cela découle une logique d’intensification de l’usage de la terre pour améliorer les rendements et pour simplifier le travail. A terme, cette logique mène à un inévitable agrandissement des structures, qui deviennent difficiles à transmettre. Cette logique est largement répandue au niveau mondial, ce qui provoque une certaine forme de compétition. Ce modèle est aussi très dépendant des modes de consommation.

Bien sûr, d’autres modèles coexistent avec celui-là, comme l’agriculture biologique, par exemple, qui connaît un fort développement.

Pour autant, la Wallonie 100 % bio, est-ce un réel choix politique, ou n’est-ce qu’une utopie? Parler de modèle agricole est une grossière simplification, car il existe plusieurs types d’agricultures, et que ces trajectoires diverses peuvent coexister à l’avenir. Il ne serait pas correct d’exiger de l’agriculteur de changer seul le modèle agricole, car il n’est pas maître de la situation: le modèle agricole que nous connaissons est né d’une coresponsabilité de divers acteurs.

Une étude menée dans le cadre d’un doctorat sur les systèmes laitiers identifie 4 modèles différents. Ils divergent par leurs caractéristiques environnementales et économiques (type d’alimentation du bétail, par exemple).  Dans cette thèse, on observe le revenu de l’agriculteur et le coût de l’énergie : on voit des différences claires entre ces 4 modèles avec des avantages variables dans les deux axes pris en compte: revenu et énergie. Dans chacun de ces modèles, on mesure encore une diversité importante entre les agriculteurs qui partagent le même mode de production.

 

Il existe 3 trajectoires principales que nos exploitations wallonnes peuvent emprunter.

Celle d’un modèle conventionnel efficace qui implique une grande efficacité technique, une productivité élevée et qui mène à l’agrandissement des structures.

Celle d’une agriculture plus autonome, qui privilégie le revenu sur le rendement, qui réfléchit davantage ses coûts et se rend moins dépendante des firmes.

Enfin, celle d’une agriculture bio, en recherche de réduction des coûts et du développement de nouveaux produits.

Ces modèles peuvent diverger dans leurs façons de produire, mais aussi dans leurs modes de commercialisation, avec des filières qui seront plus indépendantes du marché mondial si elles sont courtes, ce qui peut impliquer de sérieux gains de valeur ajoutée, d’autant plus importants si l’on va vers une qualité différenciée ou du bio.

Changer de trajectoire n’est évidemment pas une démarche facile, et les freins sont nombreux sur la route de l’agriculteur qui voudrait s’y essayer.

Nos voisins français ont lancé leur propre projet de réduction des intrants: Ecophyto 2018. L’objectif est une réduction de 50% des phytos de 2008 à 2018 avec un budget annuel de 40 millions d’euros. Contre toute attente, les résultats nationaux ont montré une augmentation de 13% de l’usage des phytos depuis le début du programme, malgré que les fermes pilotes aient, elles, bien rempli leur objectif de réduction. C’est la démonstration qu’il existe des freins au changement qui n’existent pas seulement à l’échelle de l’agriculteur. Celui-ci est inclus dans une filière qui peut ralentir l’évolution d’un modèle vers un autre. En réalisant une étude de cas sur le blé, Philippe Baret a identifié plusieurs freins aux divers échelons de la filière, parmi lesquels on peut citer le choix de variétés peu résistantes, le fait que le principe d’économie d’échelle favorise le système intensif auprès des fournisseurs, la tendance des structures d’encadrement à concentrer ses efforts d’information et de recherche sur le système dominant et enfin, la PAC, qui reste foncièrement productiviste.

On peut néanmoins échapper à ces verrouillages qui tendent à nous maintenir dans un système.

Pour cela, il faut:
- revoir les systèmes d’information et de formation ;
- s’organiser entre acteurs ;
- intégrer une diversité de critères et de visions ;
- respecter la réalité : identifier les contraintes actuelles et la diversité des situations agricoles.

L’équipe de recherche de Philippe Baret s’attache à objectiver les trajectoires possibles. L’idée est de mieux comprendre les attentes des acteurs et de partir de la diversité existante pour construire des scénarios possibles pour les différentes spéculations.

Lire la présentation de P.Baret

Pour conclure

A l’issue de ces exposés, la salle, qui était comble, n’a pas manqué d’exprimer divers points de vue et de demander des précisions aux orateurs du jour. Après ce riche débat, le Président Joseph Ponthier, a rappelé les objectifs de ces réunions: il s’agit pour les agriculteurs d’être acteur d’un débat qui les concerne au premier chef, et de pouvoir évaluer en toute objectivité les divers impacts que pourrait avoir ce projet «zéro phyto» pour nos exploitations. Lorsque l’ensemble des séances seront terminées, nos équipes s’attacheront à rédiger un rapport complet des enseignements de cette session de réunions. Nous ne manquerons pas d’en faire largement écho dans nos pages.

Articles pouvant vous intéresser