Delphine - Agricultrice heureuse… parce qu’elle le veau bien!

Delphine LadouceSa voix respire l’enthousiasme et le dynamisme d’une femme bien dans sa peau, heureuse de sa reconversion comme agricultrice opérée voici cinq ans. «Je m’étais pourtant toujours jurée que jamais je n’embrasserais le métier d’agricultrice ou de femme d’agriculteur» confie Delphine Ladouce, agricultrice à Furfooz (Dinant)…

Ronald Pirlot

Cette promesse de s’écarter de l’exploitation, Delphine ne l’avait pas faite à l’égard de la profession, mais bien envers les aléas non-maîtrisables qui peuvent, en une fraction de seconde, mettre à mal les efforts de toute une vie et chambouler l’équilibre professionnel. «Que ce soit un épisode sanitaire ou la décision d’un propriétaire de reprendre ses terrains». Autant de traumatismes dont la jeune femme entendait se prémunir en orientant son avenir hors de la ferme. «Je me serais bien vue rester dans le secteur de l’agriculture, et travailler par exemple à la FWA ou dans un laboratoire agricole».

Graduée en agro-industrie et biotechnologie à Saint-Quentin, Delphine transite par un laboratoire avant de s’orienter vers la dentisterie. Parallèlement, les flèches de Cupidon la font croiser le chemin de Stéphane, lui aussi fils d’agriculteur, avec qui elle a trois enfants.

«Nous travaillions tous deux à l’extérieur lorsque s’est présenté l’opportunité de reprendre l’exploitation de mes parents. Stéphane s’est d’abord engagé seul et je lui donnais un coup de main. Et puis voici cinq ans, j’ai décidé, à sa demande, de le rejoindre à temps plein sur l’exploitation. Pour mon plus grand plaisir!» confie-t-elle. «Il n’y a rien à faire, quand on a ça dans le sang».

Engraissement des veaux de boucherie

Encore fallait-il pouvoir se dégager un second revenu sur la ferme pour rendre ce retour financièrement viable. «D’où l’idée d’engraisser des veaux de boucherie, une diversification que je gère presque toute seule». Pourquoi celle-là? «L’envie de faire revenir des bovins sur la ferme. Mes parents ont toujours eu un cheptel viandeux et laitier. Pour moi, une ferme sans bovin, ce n’est pas pareil!» sourit-elle. Son rôle ne se limite toutefois pas à ce seul aspect. «Comme beaucoup d’agricultrices, je m’occupe en plus de tout ce qui est administratif».

Mais telle n’est pas la seule spécificité apportée par Delphine qui avoue être dotée d’une sorte de sixième sens à l’égard des veaux. «D’un simple coup d’œil, je vois si quelque chose ne va pas, là où mon mari devra s’en référer à une observation plus poussée». Une approche différente qui se concrétise également dans la prise de décision. «Dans les achats, mon mari est plutôt du genre direct, là où j’étudierais toutes les approches dans le détail avant de m’engager. En général, le résultat de nos deux approches est plutôt bénéfique». Une belle complémentarité… qui transparaît dans la voix.

Ariane - Parce qu'exploitation ne rime plus qu'avec garçon

Telle que définie par l’Union européenne, l’exploitation agricole ne reprend pas la notion de famille. Or, notre agriculture est avant tout une histoire de famille. Nous avons donné la parole à une jeune femme qui se destine à assurer la pérennité de la ferme familiale.

Anne-Laure Michiels 

Portrait 

Ariane MichielsAriane Michiels est originaire du Brabant wallon où ses parents sont agriculteurs. Aujourd’hui employée en comptabilité de gestion agricole, elle prévoit de reprendre l’exploitation familiale dans quelques années. Notre interlocutrice est tombée dans l’agriculture quand elle était petite. Son premier lien avec le métier? Mettre les mains sur le volant d’un tracteur: «Ça a commencé par rouler avec des remorques au champ, mettre les ballots de paille en tas à la moisson… J’ai dû démarrer vers 10-12 ans. On donne un coup de main aux parents par plaisir et cela devient ensuite du travail. Étant employée à temps plein hors de la ferme, je prends mes congés pour la préparation des terres au printemps, moissonner durant l’été et pour la récolte des pommes de terre en automne» sourit Ariane. 

La reprise, comme une évidence 

Si Ariane souhaite reprendre la ferme familiale, c’est en grande partie pour la dénomination de celle-ci: «familiale». Comme elle le souligne, «l’agriculture est souvent une affaire de famille qui continue de génération en génération.» La passion du métier est tout aussi importante «Reprendre la ferme, ce sera par amour du métier pour commencer. Parce qu’avec toutes les contraintes du métier, il faut aimer l’agriculture pour faire son métier à fond et bien. Être indépendante et gérer mon exploitation sont des idées qui me plaisent beaucoup également.» Au-delà de ça, la formation continue, la quête constante d’amélioration de ses pratiques, les nouveautés (techniques de travail du sol, de pulvérisation, d’élevage, PAC…) dont il faut se tenir informé.e font aussi partie des choses qui motivent profondément Ariane.  

Agriculture, un nom féminin après tout ! 

Un nom commun féminin certes, mais un milieu qui reste malgré cela très masculin. «Je pense qu’avec le temps, cela va s’équilibrer. Au fur et à mesure que le monde se rendra compte que les femmes sont également capables d’enfiler le manteau de cheffe d’exploitation. Avec le nombre de fermes qui diminue chaque année, cela laissera une place aux femmes pour se lancer. Le côté très masculin vient aussi de l’éducation: jusqu’à présent la tendance a toujours été de mettre les jeunes garçons sur le tracteur plus rapidement que les filles. Qu’il faille aller au champ ou soigner les bêtes, on prend plus facilement le fiston en laissant sa sœur avec sa maman ou sa mamy. Forcément, ça fait la différence en grandissant.»

Le plus grand défi pour les femmes en agriculture pour Ariane reste de toujours devoir «prouver qu’on est capable de faire ce travail. Certains clichés restent et prennent du temps à s’évaporer. Personnellement, ça ne me pose pas de problème, je sais ce dont je suis capable et assume lorsque j’ai besoin d’aide pour réaliser l’une ou l’autre tâche». Il y a pourtant de l’évolution: «l’image de la femme a bien changé en agriculture ces dernières années et on se rend de plus en plus compte de son importance dans une exploitation

La preuve par A + B 

Ariane voit également la place qui est à prendre pour les femmes en agriculture. La principale force de la femme est son côté couteau suisse, multifonctions: «peut-être que ce n’est pas le mot le plus valorisant, mais force est de constater que la femme gère à la fois la famille, le travail à la ferme, le côté administratif et souvent comptable. Retirez la femme de ce château de cartes et il s’effondre! » Et pour l’agriculture en général: «je pense qu’il faut continuer à prouver qu’on est capables de faire ce métier, qu’on l’aime tout autant que les hommes. Notre rôle est tout aussi important que celui d’un homme dans l’exploitation. Chacun a ses forces et ses faiblesses, ce n’est pas (plus) une question de genre.»

Caroline - l'agriculture dans le coeur, de la Commune au Parlement

Caroline Cassart, c’est l’élue que l’on rencontre partout lorsqu’il est question d’agriculture. Active en politique depuis le début des années 2000, elle a travaillé d’arrache-pied sur ses matières fétiches, l’agriculture et l’économie, gravissant peu à peu les échelons politiques, passant d’un mandat de conseillère communale, à échevine, à Député Wallonne, à Bourgmestre, à Député Fédérale, pour en revenir au Parlement Wallon, là où se joue l’essentiel des combats agricoles de notre région.

Olivia Leruth

Caroline Cassart La première question que l’on se pose, c’est « mais où trouve-t-elle le temps de faire tout cela ? » Parce que rappelons-le, lorsqu’elle rentre à la maison, Caroline Cassart retrouve tous les soirs sa famille, mais aussi la ferme familiale à Ouffet, gérée par son fils et son mari, tous deux actifs dans la culture et l’élevage. « De mon côté, je m’occupe essentiellement de la tache administrative de l’exploitation, en collaboration avec eux. »

Le reste de son temps, elle le partage aujourd’hui entre sa Commune et son rôle de Député wallonne, où elle peut se faire le porte-voix de ce monde agricole qu’elle connaît particulièrement bien. « C’est un métier que j’ai exercé moi-même avant 2000, donc je suis bien placée pour en connaître la pénibilité. La connaissance des dossiers liés à l’agriculture, en plus d’être l’épouse d’un agriculteur, ont fait que j’ai toujours été bien placée pour relayer les difficultés et les ressentis du secteur au Parlement, en m’impliquant notamment dans les certains dossiers comme celui de la PAC ou du PGDA, par exemple. »

On peut donc parler de secteur de cœur ? « J’ai toujours défendu le secteur agricole, qui touche à la fois à l’économie ou à l’environnement. L’agriculture a un rôle sociétal et nourricier, c’est le secteur dans lequel je suis née et que j’aurai toujours à cœur de défendre. »

Et pour ce qui est du rôle de la femme dans l’agriculture, Caroline Cassart estime qu’elle a tout à fait sa place dans l’agriculture d’aujourd’hui et de demain : « Les femmes ont acquis un statut social propre grâce notamment à Sabine Laruelle, comme indépendante et agricultrice, et pas seulement comme aidante. Dans n’importe quel PME d’ailleurs, la touche féminine est toujours un atout. »

Mathilde - la vétérinaire qui fait vibrer le coeur de l'élevage

S’il y a bien un métier dans lequel on croise de plus en plus de femmes, bien qu’elles soient encore très (trop) peu nombreuses, c’est bien celui de vétérinaire rural. En cause ? Des horaires compliqués, un travail plutôt physique, surtout lorsqu’il s’agit de procéder à une césarienne, et un secteur qui, reconnaissons-le, peut parfois avoir encore quelques réticences lorsqu’il s’agit de confier ce type de tâches à une femme.

Olivia Leruth

Mathilde DrayeC’est pourtant le domaine qu’a choisi Mathilde, vétérinaire rurale dans la région de Bastogne, véritable fief de l’élevage bovin en Wallonie. Bien loin des clichés qui voudraient qu’une femme se consacre aux tâches plus « douces », Mathilde ne jure que par les bovin, et plus récemment les ovins et caprins. « Sans doute parce que je suis la plus petite » s’amuse-t-elle « …mais j’adore ça ! On est plus entre la médecine rurale et la médecine d’animaux de compagnie, et ça me change, c’est toujours avec plaisir que je vais faire un agnelage ».

Car s’il y a bien quelque chose qui lui fait aimer son métier, c’est la variété des tâches à accomplir : « Sur une journée où je ne suis pas de garde, comme aujourd’hui par exemple, je suis venue plâtrer un veau, j’ai 70 vaccinations qui m’attendent, et je ne sais jamais comment le reste de la journée va se passer ! ».

Être une femme, pas forcément un frein

A la question de savoir si son statut de femme est plutôt un atout ou un frein dans le métier, Mathilde n’a pas besoin de réfléchir longtemps pour expliquer : « Au départ ca a été plutôt un frein, avec mon ancienne collègue, nous étions les premières femmes dans la région, qui est très rurale,  c’était difficile pour certains de nous faire confiance. » raconte-t-elle. « Mais avec le temps, c’est plutôt devenu un gros atout, je ne sais pas si c’est l’instinct maternel, mais je les agriculteurs apprécient la manière dont je m’occupe des veaux, surtout en neonat. Je m’en inquiète plus. »

Son autre point fort dans son travail, c’est à coup sûr l’organisation, une qualité qui est particulièrement appréciée des…. femmes des éleveurs. « Elles savent qu’avec moi, on suit un plan, elles savent comment ça va se dérouler. »

Des éleveurs bienveillants

Pour faire face à la pénibilité du métier, elle peut également compter sur la bienveillance de ses clients, qui s’est manifestée assez rapidement et naturellement dès ses débuts dans le métier « Certains ont commencé à installer des pallants ou des cages de vêlages, à lier systématiquement les vaches » explique-t-elle. « J’ai l’impression qu’ils ont peut être un peu plus peur pour moi que pour un homme, ils me protègent sans doute. En tout cas , ils font tout pour améliorer les conditions physique pour mon gabarit. »

Des petites attentions qui ont leur importance quand la jeune femme peut enchaîner, les jours de garde en plein pic de vêlage, jusqu’à 18 césariennes sur 24h. « Là, ça reste vraiment compliqué, surtout quand on n’a pas l’occasion de dormir ». Mais Mathilde ne risque pourtant pas de se décourager, et tient à son métier et aux éleveurs avec qui elle travaillent qui sont parfois devenu pour elle presque une seconde famille. « Le rapport avec le client n’est pas du tout le même qu’en petits animaux. On se voit presque tous les jours, on finit par devenir vraiment proches de certains éleveurs. »