Journée BIO de la FWA

Le 10 juin dernier, la FWA proposait une journée dédiée aux nouvelles politiques qui influenceront le développement du secteur bio wallon dans les prochaines années. Afin de présenter le contenu de ces nouvelles politiques et d’analyser leurs impacts sur le développement de la production bio wallonne, des intervenants d’horizons variés se sont succédés devant une salle bien remplie. Retour sur une journée riche en informations et en échanges, au cœur de la Semaine Bio.

Céleste Quaghebeur et Laura Lahon

 

Plan bio wallon 2030, nouveau Règlement bio européen, prochaine Politique Agricole Commune, nouveau Green deal européen avec sa stratégie « de la fourche à la fourchette » : autant de politiques sous le feu des projecteurs en 2022. Ces différentes politiques sont-elles cohérentes entre elles ? Comment leur mise en œuvre impacte-t-elle ou impactera-t-elle le développement de notre agriculture bio wallonne ? Ces politiques sont-elles en adéquation avec le contexte géopolitique actuel ? Autant de questions qui étaient au centre de la journée organisée par la FWA le 10 juin dernier.

Une introduction qui donne le ton !

C’est au Président de notre commission bio, Bernard Mernier, qu’est revenu le plaisir d’entamer les travaux de cette journée devant une assemblée bien fournie. L’occasion pour lui d’exprimer la position de la FWA par rapport à ces nouvelles politiques. Et si tout n’est pas noir, la tendance est à l’inquiétude face à la volonté de la Région wallonne d’atteindre 30% de SAU en bio en 2030. « Si l’année prochaine, on arrive à maintenir le pourcentage actuel, ce serait déjà une belle victoire ». En effet, l’agriculture bio wallonne est à un tournant : certaines filières ne trouvent pas suffisamment de débouchés. Dans ce contexte, pousser la production ne semble pas être réaliste. Sans parler du conflit en Ukraine qui est venu accroitre encore davantage la pression sur le secteur bio. La diminution du pouvoir d’achat des ménages a un impact direct sur la consommation des produits bio, qui est en chute depuis plusieurs mois. Face à ce contexte difficile, Bernard Mernier a insisté sur la nécessité de « changer d’angle ». Les producteurs ne doivent pas être les seuls à porter le poids de la transition vers une alimentation durable. Cette charge doit être partagée avec l’ensemble des acteurs de la filière. Des objectifs clairs en termes de transformation et de consommation de produits bio locaux doivent être également fixés. C’est le cas dans le Plan bio 2030 mais notre Président de commission déplore que ces objectifs ne soient pas repris dans la Déclaration de Politique Régionale. Car si la transformation et la consommation de produits bio wallons se développent, la production suivra automatiquement. Le ton de la journée était donné.

Bernard Mernier - Président Commission Bio FWA
Bernard Mernier, Président de le Commission Bio de la FWA, a introduit la journée.

 

Le bio, un chantier important pour Willy Bosrsus

Le représentant du Ministre wallon de l’Agriculture Willy Borsus, Pierre Pirard, a débuté son élocution en soulignant que la production biologique était un des chantiers les plus importants du Ministre. La pression sur les filières et l’augmentation du coût des matières premières suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie doivent être interprétées comme un signal d’alarme qui nous montre la nécessité d’améliorer notre souveraineté alimentaire et énergétique. L’ambition de la région pour le bio est grande avec 30% de la SAU en bio en 2030 pour un budget total de 30 millions d’euros. En plus de la partie visant à développer la production, le Plan Bio 2030 met l’accent sur la nécessité d’intensifier la transformation et la consommation. En effet, la structuration des filières est essentielle pour mieux faire coïncider l’offre et la demande et ainsi, assurer des débouchés aux producteurs. En ce qui concerne le soutien aux producteurs, le chef de cabinet du Ministre a également rappelé que la nouvelle PAC était plus généreuse pour le secteur bio avec notamment une aide accrue pour des productions en difficulté comme le maraîchage diversifié et l’arboriculture fruitière. Enfin, il a terminé son discours en insistant sur la notion de confiance qui est essentielle entre tous les acteurs de la filière, dont les consommateurs, afin d’atteindre les objectifs ambitieux fixés par le gouvernement. 

Pierre Pirard, représentant du Ministre wallon de l’Agriculture Willy Borsus
Pierre Pirard, représentant du Ministre wallon de l’Agriculture Willy Borsus, a souligné que la production biologique était un des chantiers les plus importants pour le Ministre.

 

Plan Bio 2030: comment booster la transformation et la consommation ?

Pour débuter son intervention, Gilles Bertrand (SPW) a rappelé le processus qui a permis d’aboutir au Plan de développement de la production biologique en Wallonie à l’horizon 2030. L’élaboration de ce Plan Bio 2030 a été réalisée en co-concertation avec les différentes parties prenantes dont la FWA a fait partie, sur base de l’évaluation du précédent “Plan Stratégique pour le Développement de l’Agriculture Biologique à l’horizon 2020” (PSDAB). Une des principales critiques du PSDAB est qu’il a été trop centré sur la production primaire. Dès lors, une volonté forte des parties prenantes pour le nouveau plan était qu’il concerne l’ensemble des maillons de la chaine alimentaire. Pour montrer ce changement d’orientation, le plan a changé de nom et parle, non plus d’agriculture biologique, mais bien de production biologique. Ce terme inclut à la fois la production, la préparation et la distribution ainsi que la consommation.

Le Plan Bio 2030 s’articule autour de trois axes majeurs afin d’atteindre les objectifs ambitieux fixés par le gouvernement wallon : 1) augmenter l’offre en produits bio, 2) faire correspondre l’offre et la demande en produits bio et 3) augmenter la demande en produits bio. Si on poursuit le même rythme de progression que ces dix dernières années, on atteindrait 19% de SAU en bio en 2030 contre les 30% attendus. Il en va de même pour la consommation où là aussi l’objectif d’atteindre 15% des achats alimentaires en bio en 2030 induit une augmentation exponentielle plutôt que linéaire. C’est pourquoi le plan est décliné en 32 actions différentes et regroupées au sein de 9 leviers d’intervention (règlementation, innovation, recherche, monitoring, information, aides financières, promotion, accompagnement et enseignement). Le développement de plans de filières, le renforcement de l’identité du bio wallon et la mise en place d’une aide à la certification pour les transformateurs sont autant d’exemples d’action visant à atteindre les objectifs ambitieux fixés par le gouvernement.

Présentation du Plan Bio 2030 wallon par Gilles Bertrand (SPW).
Présentation du Plan Bio 2030 wallon par Gilles Bertrand (SPW).

 

Nouveau règlement bio : quels impacts des changements ?

Serge Massart (SPW) est ensuite venu présenter les principaux changements du nouveau règlement bio, qui est entré en application depuis le 1er janvier 2022. Son intervention a été ponctuée de vidéos d’acteurs de terrain qui nous ont livré leurs craintes par rapport à ces évolutions règlementaires.

Serge Massart (SPW) a présenté les principaux changements du nouveau règlement bio.
Serge Massart (SPW) a présenté les principaux changements du nouveau règlement bio.

Restauration

La restauration n’est toujours pas couverte par le nouveau règlement bio, les Etats Membres sont libres d’appliquer des règles nationales. Dans l’arrêté du Gouvernement Wallon, trois systèmes de certification biologique sont possibles pour la restauration : la certification par ingrédient, la certification par menu/plat et la certification par restaurant. Nous sommes allés interroger Stéphanie Goffin de chez Biowallonie pour connaitre son avis sur les différents systèmes de certification autorisés en Wallonie. Elle a pointé du doigt le fait qu’il existait auparavant la certification par pourcentage. Ce système de certification était très intéressant pour les restaurateurs travaillant  avec des produits bio de saison; produits ne pouvant être disponibles toute l’année vu leur caractère saisonnier.. Ce système par pourcentage n’a cependant pas été retenu par l’administration car elle considère que cette certification manque de clarté envers les consommateurs. L'administration a relevé qu’une certaine flexibilité serait envisagée dans la certification par ingrédient permettant ainsi de résoudre les difficultés liées à la rupture d’approvisionnements pour les produits saisonniers.

Attache des bovins

Le nouveau règlement bio interdit toujours l’attache des bovins (sauf pour des animaux individuels, pendant une durée limitée et si justifié par des raisons vétérinaires). Jusqu’à présent, il existait une dérogation pour les exploitations ne disposant pas plus de 50 emplacements pour des bovins à l’attache. À partir de 2022, seules les petites exploitations avec un maximum de 50 bovins adultes (en décomptant les bovins de moins de 6 mois) peuvent encore avoir des animaux à l’attache. Nous sommes allés à la rencontre d'un éleveur de bovins bio, Georges Pittie, pour connaitre sa réaction. Selon lui, la fin de la dérogation comme elle existait auparavant risque d’entrainer des dé-conversions pour les éleveurs qui ne sauraient pas modifier leur étable ou de l’endettement chez ceux qui le feront. De son côté, il réfléchit à réduire la taille de son troupeau avec des conséquences importantes sur la rentabilité de son exploitation. L’administration souligne qu’un plan de mise en conformité devra être établi par les éleveurs qui ne respectent pas cette règle, avec une souplesse qui sera demandée aux organismes certificateurs.

Engraissement des bovins

La dérogation prévue dans l’ancien règlement bio n’est pas maintenue. La phase finale d’engraissement des bovins adultes ne peut plus se dérouler à l’intérieur, même si la période passée à l’intérieur ne dépasse pas un cinquième de leur vie. Nous avons interviewé un éleveur de bovins bio, Carl Lothaire. Selon lui, les animaux finis à l’herbe ne seront disponibles que 4 mois sur l’année alors qu’il manque déjà actuellement des animaux gras sur le marché. Il y aura donc moins de commercialisation d’animaux gras bio et les produits risquent d’être encore plus hétérogènes.

Densité des volailles 

Pour les volailles, il n’a été conservé dans le nouveau règlement bio que la norme qui limite la densité dans les bâtiments en termes de kilos de poids vif (maximum 21 kg de poids vif/mètre carré). Cette norme n’est plus calculée en fonction du nombre d’individus. Jean-François Noël de chez Coq des Près et Olivier Dutilleux, éleveur de poulets bio, nous ont partagé les conséquences pour les éleveurs. Le seul moment où les éleveurs connaissent exactement le poids des volailles, c’est quand ils les chargent pour l’abattoir. Vu que les éleveurs ont rarement la possibilité de pouvoir augmenter la taille de leur poulailler, pour veiller à ne pas dépasser la densité, ils vont devoir diminuer le nombre de volailles par poulailler avec un impact qui se fera sentir sur le prix final du poulet.

Le message clé 

 Après ces nombreux témoignages, la parole a été laissée au public qui a tenu à mettre en évidence que certains de ces changements auront un impact sur le prix fini vendu au consommateur et que cette augmentation des prix n’est pas dans l’intérêt de la filière bio dont le consommateur doit assurer le débouché. Il faut faire attention au prix du bio et ce, dans un contexte où les prix des aliments, des engrais etc ont augmenté.

Quand la parole est au public pour attirer l’attention sur ces politiques qui ont un impact sur le prix final aux consommateurs !
Quand la parole est au public pour attirer l’attention sur ces politiques qui ont un impact sur le prix final aux consommateurs !

 

Plan bio européen : quelles actions ?

Pour terminer la matinée, Henri Delanghe - Chef d’unité adjoint à la DG AGRI Unité bio - nous a fait le plaisir d’intervenir lors de notre journée pour aborder le “Plan d’action en faveur du développement de la production biologique” de la Commission européenne.

L’objectif de la Commission, présenté dans la stratégie “De la Ferme à la table” (Farm to Fork), est qu'au moins 25% des terres agricoles de l’UE soient consacrées à l’agriculture biologique d’ici 2030. Actuellement, ce sont 9,1% de la surface agricole utile qui sont en bio dans l’UE. En poursuivant le même rythme de progression qu’à l’heure actuelle, ce serait de 15 à 18% des superficies qui seraient en agriculture biologique à l’échéance fixée. Un plan d’action robuste est donc nécessaire pour développer la production biologique afin que la Commission atteigne l’objectif qu’elle s’est fixée.

Et même avec le contexte géopolitique actuel, la Commission européenne maintient son cap. En effet, elle considère que cet objectif est d'autant plus cohérent : l’agriculture biologique permettant à l’UE d’être moins dépendant des intrants, dont les engrais notamment. Elle rappelle également que : "L’agriculture biologique a des effets positifs sur l’environnement, le climat, la biodiversité, le bien-être animal, etc.”

Pour se faire, le Plan bio européen est articulé en trois axes, dont deux principaux : le premier ayant pour objectif de stimuler la demande et garantir la confiance des consommateurs, le second ayant pour but d’encourager la conversion et de renforcer l’ensemble de la chaîne de valeur. Ainsi des actions allant de la promotion du logo européen biologique, l’Eurofeuille, à la prévention de la fraude en passant par le renforcement de la consommation de produits bio dans les écoles sont reprises dans le premier axe relatif à la demande. Le deuxième axe dédié au volet ‘offre’ comprend des actions telles qu’encourager la conversion et l’investissement, soutenir la recherche dans le domaine de l’alimentation animale bio ou encore renforcer la transformation à échelle locale.

La FWA a accueilli pour sa Journée Bio la Commission européenne représentée par Henri Delanghe qui a présenté le Plan bio européen.
La FWA a accueilli pour sa Journée Bio la Commission européenne représentée par Henri Delanghe qui a présenté le Plan bio européen.

 

PAC : un réel incitant au développement du bio ?

Pour débuter l’après-midi, Isabelle Jaumotte - Directrice du Service d’étude de la FWA - est intervenue pour présenter les tenants et aboutissants spécifiques au secteur bio dans la prochaine PAC.

Une chose est sûre, la future PAC a été réfléchie en prenant en compte l’objectif d’atteindre 30% de surface agricole en bio prévu dans la Déclaration de politique régionale. C’est ainsi que le budget global dédié aux aides à l’agriculture biologique a été considérablement augmenté, atteignant 140 millions d’euros pour 5 ans soit 26% du budget du deuxième pilier. Isabelle Jaumotte explique que cette augmentation budgétaire permet de majorer les aides, aussi bien pour la conversion des exploitations que pour le maintien, et ce, pour presque tous les groupes de cultures. Afin de renforcer le développement du bio dans les régions de grandes cultures et répondre ainsi aux besoins du marché, un bonus spécifique de 40 ou 24 € sera octroyé en zone vulnérable. De plus, une aide spécifique est également prévue pour les exploitations pratiquant du maraîchage diversifié sur petites surfaces.

Outre ces aides spécifiquement dédiées, il faut noter que sur les cinq éco-régimes proposés, seul celui relatif à la réduction d’intrant ne sera pas accessible aux agriculteurs Bio. Tous les autres sont cumulables avec les aides à l’agriculture biologique et ciblent des pratiques assez courantes justement en Bio. Il en va de même pour les mesures agro-environnementales pour lesquelles très peu de changement sont proposés dans la nouvelle PAC qui maintiendra les mêmes règles de cumul des aides.

Enfin, il faut noter que des majorations sont prévues pour les aides à l’investissement et ce, pour les exploitations totalement ou partiellement biologiques ou en conversion. Ces mêmes exploitations bénéficieront également d’un avantage non négligeable lors de la sélection des dossiers, leur permettant d’être mieux classées, et donc d’avoir plus de chances de bénéficier des aides à l’investissement comme à l’installation.

 

Isabelle Jaumotte, Directrice du Service d’étude de la FWA, a présenté les aspects spécifiques au bio dans la prochaine PAC.
Isabelle Jaumotte, Directrice du Service d’étude de la FWA, a présenté les aspects spécifiques au bio dans la prochaine PAC.

 

Ce que pensent les acteurs de différentes filières

L’après-midi s’est poursuivie avec un temps d’échanges avec des représentants de différentes filières. Pour cette table ronde, étaient représentées les filières suivantes : poules pondeuses, productions végétales, lait et maraichage.

Laurent Decaluwe (éleveur de poules pondeuses bio), André Ledur (conseiller au Service d’étude de la FWA), Philippe Grogna (Directeur de Biowallonie) et Pierre-Yves Piret de Prodabio ont chacun présenté l’impact des politiques sur leur filière.
Laurent Decaluwe (éleveur de poules pondeuses bio), André Ledur (conseiller au Service d’étude de la FWA), Philippe Grogna (Directeur de Biowallonie) et Pierre-Yves Piret de Prodabio ont chacun présenté l’impact des politiques sur leur filière.

Oeufs 

Laurent Decaluwe, éleveur de poules pondeuses bio, a débuté son intervention en parlant du cadre réglementaire bio qui s’applique à l’élevage des volailles. Il salue l’évolution de ce cadre réglementaire qui permet d’encadrer correctement les règles pour la production animale, mais regrette toutefois certains de ces changements. Ainsi, il était auparavant autorisé d’incorporer une certaine proportion d’aliments protéiques non biologique à la ration de ses animaux et ceci n’est plus autorisé que pour les jeunes volailles. En élevage de poules pondeuses, cette modification se fait donc ressentir. En effet, la performance de l’élevage se voit impactée au niveau de la santé des animaux et de la qualité des œufs produits.

Un second aspect a été abordé pendant les échanges, à savoir la difficulté à l’installation. De manière générale en agriculture, mais également en agriculture bio, des demandes permis d’environnement se voient refusées et même pour de petites structures. De telles situations découragent les producteurs au lieu de se sentir soutenus par l’ensemble des politiques mises en œuvre. Le secteur fait donc face à une incohérence : devoir répondre à une demande d’accroître la production bio en se confrontant à un frein administratif sérieux lors de l’installation.

Productions végétales 

C’est un représentant du secteur de la transformation des productions végétales qui est intervenu pour cette table ronde. En effet, Pierre-Yves Piret est responsable de Prodabio qui fabrique des aliments pour animaux. Concernant la production de protéines végétales bio, Pierre-Yves Piret insiste pour dire que c’est une filière prioritaire à développer chez nous, la demande notamment pour l’alimentation animale étant bien présente. La Belgique a en effet beaucoup à apprendre de l’exemple français qui a considérablement booster cette filière, au point où nous nous fournissons chez nos voisins.

Pour ce qui est des céréales, il y un grand potentiel de valorisation des céréales autant en alimentation humaine (food) qu’en alimentation animale (feed). Philippe Grogna de Biowallonie est intervenu pour parler de la valorisation des céréales en alimentation humaine. Le potentiel est considérable dans cette filière car les importations de céréales panifiables sont importantes et encore plus pour les céréales ayant comme finalité les brasseries. Philippe grogna relève cependant deux freins à l’heure actuelle : au niveau des entreprises de transformations exigeant des critères technologiques qui ne sont pas adaptés à ce qu’on peut produire chez nous ; et aussi parfois une méconnaissance chez certains producteurs des critères technologiques attendus qui demandent de fournir un travail conséquent sur l’itinéraire technique. 

Pierre-Yves Piret rappelle qu’il y a un lien étroit entre la filière des céréales pour l’alimentation humaine et celle pour l’alimentation animale. Les deux filières sont complémentaires car la filière feed permet de valoriser les lots déclassés de la filière food.

Lait 

Le prix du lait conventionnel a atteint le prix du lait bio. Mais comment expliquer que le prix du lait bio n’ait pas augmenté ? André Ledur, conseiller au service d’étude de la FWA, nous explique que, malgré la frustration que les producteurs laitiers bio peuvent ressentir, deux éléments positifs sont à mettre en évidence.

Premièrement, le marché du lait bio est moins volatile car non lié aux cotations beurre et poudre. La filière bio étant plus stable, l’adaptation des prix se fait avec un certain décalage temporel. En effet, les marchés du lait conventionnel et du lait bio sont deux marchés totalement différents. Les contrats entre les producteurs et les laiteries sont d’une durée plus longue qu’en conventionnel, généralement de 6 mois et parfois jusqu’à un an. Il est donc peu courant d’avoir une majoration du prix en cours de contrat. Bien que les coûts en énergie et pour les aliments protéiques aient augmentés, les producteurs laitiers bio font face à une moindre augmentation de leurs coûts de production, car produire davantage de fourrage au sein de l’exploitation leur permet d’être plus résilients.

Et deuxièmement, il est important de rappeler que - contrairement à la Flandre ou à d’autres pays voisins comme la France - le lait bio wallon est bien commercialisé dans la filière bio, car celle-ci est à l’équilibre et ne connait pas de surproduction qui entrainerait une commercialisation dans la filière conventionnelle.

André Ledur finit son intervention en rappelant qu’il est important de fixer des objectifs de production filière par filière. En effet, il est peu cohérent de parler d’un objectif pour le bio en termes de surface alors que la filière laitière parle davantage en termes de volume de lait produit.

Maraichage 

Un aide spécifique a été prévue dans la prochaine PAC pour soutenir le maraichage. Philippe Grogna nous présente quelques éléments de contexte par rapport à cette filière.

Il y a plusieurs d’années, la demande en légumes bio a considérablement augmenté. Il y avait donc l’opportunité pour beaucoup de maraichers de s’installer et de développer leur activité afin de répondre à cette demande des consommateurs. Cependant, ce secteur est extrêmement difficile, pénible et peu rémunérateur.

En parallèle, il y a aussi eu un développement de la production de légumes de plein champ dans les fermes de grandes cultures. Le maraichage sur petite surface a vite été concurrencé faute de pouvoir faire des économies d’échelle. À l’heure actuelle, les maraichers ont donc plus de difficultés pour rester concurrentiels et se différencier par rapport à la gamme de légumes produits en grandes cultures qui, elle, s’est fortement diversifiée. Ils doivent donc toujours innover en cherchant des variétés qui permettent d’intéresser le client.

Beaucoup de maraichers travaillant selon le règlement bio considèrent comme un frein le coût de la certification bio et ne sont donc pas officiellement reconnus comme maraichers bio. Dans ces situations, il est difficile pour ces derniers d’être rentables l’aide prévu dans la prochaine PAC semblerait être un levier bien venu. 

Le mot de la fin par José Renard

Pour conclure cette journée, notre Secrétaire général souligne que l’objectif wallon d’atteindre 30% de la superficie agricole en bio est ambitieux et qu’il est primordial de stimuler la consommation des produits bio. En effet, on ne le rappellera jamais assez : le consommateur joue un rôle clé car c’est bien la demande qui va tirer le secteur.

Pour cela, il y a un besoin crucial de structurer les filières du champ à l’assiette, depuis la production jusqu’à la commercialisation, en passant par la transformation. Et c’est en ça que la réglementation doit jouer son rôle, pour permettre au secteur de se développer de manière cohérente. En effet, le plus mauvais signal qu’on pourrait envoyer serait que des produits bio soient commercialisés dans les filières conventionnelles faute de débouchés en bio.

Pour finir, José Renard rappelle le thème de cette semaine bio 2022 : #biomonchoix. En effet, le choix de produire ou de consommer bio doit rester un acte volontaire. Il est donc plus qu’important de ne pas opposer les modes de production, en rappelant que des principes tels que l’autonomie fourragère, le désherbage mécanique ou encore les cultures en association, sont des exemples de pratiques inspirantes à mettre en œuvre peu importe le mode de production.

José Renard a conclu cette journée en soulignant que l’objectif wallon d’atteindre 30% de la superficie agricole en bio est ambitieux.
José Renard a conclu cette journée en soulignant que l’objectif wallon d’atteindre 30% de la superficie agricole en bio est ambitieux.

 

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