Les engrais minéraux sont aujourd’hui très chers : si cette hausse risque d’être renforcée par le conflit que connaît l’Ukraine, elle était déjà largement installée en raison de facteurs multiples. Peter Jaeken, secrétaire général de BELFertil , nous livre son analyse, dont il précise qu’elle doit être lue avec prudence, dans le contexte très changeant que nous traversons aujourd’hui.

Anne Pétré

Le gaz naturel est, à double titre, important pour la production d’engrais minéraux. D’une part, parce qu’il est la source première d’un ingrédient majeur de nos engrais : l’ammoniac.  

En effet, l’ammoniac est produit grâce à une combinaison d’azote et d’hydrogène, cet hydrogène étant lui-même essentiellement issu du gaz naturel. C’est donc avant tout en tant que matière première plus que de carburant que le gaz intervient dans la fabrication des engrais minéraux, et en impacte donc le coût final, malgré les efforts réalisés par les producteurs européens pour en amoindrir l’influence, notamment en s’approvisionnant sur d’autres marchés, extra-européens.

Un contexte compliqué

Ce n’est toutefois pas cet aspect qui crée la hausse démesurée du prix du gaz que l’on connaît aujourd’hui : c’est surtout parce qu’il est, pour de très nombreux secteurs, un vecteur énergétique majeur, aux côtés des autres carburants fossiles.

A cet égard, la situation instable connue dans plusieurs régions du monde, Russie-Ukraine y compris, provoque la hausse que nous rencontrons depuis des mois.

A ces causes géopolitiques, il faut ajouter les phénomènes météorologiques locaux, comme la sécheresse au Brésil qui impacte la production hydroélectrique, l’ouragan Isa aux USA, ou les inondations d’une zone charbonnière chinoise.

Enfin, l’influence des politiques régionales vis-à-vis des réserves stratégiques (gaz et pétrole) et une économie mondiale en plein essor viennent encore compliquer la donne, et expliquer la tension majeure connue par ce marché.

Les engrais dans le monde

Pour les engrais, un certain nombre d’autres facteurs interviennent en sus.

Les trois quarts de l’ammoniac produit sont utilisés pour la fabrication d’engrais, le quart restant a d’autres usages, dont la demande est en forte croissance, suite au redressement de l’économie mondiale en cette « fin » de crise covid.  

Ce n’était pas le cas autrefois, mais à présent, le prix des engrais est largement influencé par la demande mondiale, et il s’avère que la Chine et l’Inde sont de gros consommateurs, avec l’influence qu’on peut aisément imaginer.

Le protectionnisme de certains pays, comme la Chine ou la Russie, qui privilégie l’approvisionnement en engrais de leurs marchés intérieurs à l’exportation, est aussi un facteur d’influence conséquent.

Les prix élevés des céréales sur le marché mondial augmentent enfin la demande d'engrais de millions d'agriculteurs en Europe et hors d'Europe.

L’invasion russe

Bien entendu, si l’invasion russe en Ukraine n’est pas le seul facteur explicatif de la hausse des prix, déjà présente avant cela, elle va clairement renforcer le phénomène. L’approvisionnement en céréales pourrait  en être fortement impacté tant à court qu’à moyen termes. La situation instable que nous connaissons en bordure de l’Europe influence d’ailleurs déjà le prix depuis un certain temps, tant pour ce qui est du prix de l’azote que de celui d’autres nutriments.

Même si ce n’est pas le facteur déterminant pour le moment, le coût de la tonne de CO2 est lui aussi, en hausse, et fait porter ses effets sur de nombreux secteurs, dont celui de la production d’engrais.

En ce qui concerne spécifiquement l'Europe, la situation instable aux frontières extérieures de l'UE pèse sur le prix depuis un certain temps. Non seulement pour l'azote, mais aussi pour les autres nutriments.

Rester attentif…

La volatilité des prix inhabituelle des ingrédients des engrais a poussé les acteurs dans la chaîne d'approvisionnement à réfléchir chacun pour soi leurs stratégies.  À l'approche de la saison, l'accent sera mis sur les opérations logistiques. La Wallonie n'est pas déconnectée du reste du monde. Certainement pas lorsqu'il s'agit d'engrais, pour lesquels la Belgique et ses environs immédiats constituent une plaque tournante majeure, tant en termes de production que de commerce. Un atout important pour la Wallonie en matière d'approvisionnement. Les conditions météorologiques des semaines et des mois à venir, la situation politique instable sur la chaîne logistique et le comportement de consommation et d'achat de l'agriculteur wallon et de ses voisins seront déterminants dans la période à venir, de même que le prix du gaz et les incertitudes qui l’entourent.

Personne n'a de boule de cristal, par conséquent, il est difficile de tirer des plans sur le long terme.

Nous traversons une crise, qui implique de rester attentifs et réactifs. Rappelons que les engrais minéraux occupent une place essentielle dans la capacité de l’agriculture mondiale à nourrir les populations : la moitié de notre alimentation est produite grâce à leur utilisation d'engrais minéraux. S’en passer est donc inimaginable dans une perspective de sécurité alimentaire…

 

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