Lors de la réunion colza du 13 août 2019 à Nalinnes, Christine Verhaeghe-Cartrysse nous a expliqué les difficultés rencontrées lors de la saison 2018-2019 ainsi que les résultats des essais variétaux en colza d’hiver récolte 2019.

Xavier Bordet

Forte pression des insectes du début à la fin de la saison

La saison 2018-2019 est marquée par une très forte pression des insectes tout au long de la culture ; ils ont été très favorisés par les chaleurs et les périodes sèches. Ainsi dès l’automne 2018 on a pu remarquer des trous dans les cotylédons, dus aux grosses altises. Nous allons passer en revue les différents insectes qui ont posé problème à l’automne :

La grosse altise: c’est un petit coléoptère qui saute, d’où son nom de puce de terre. Elle s’attaque d’abord aux cotylédons et aux jeunes feuilles en perçant de petits trous comme des perforations au centre des feuilles. Puis elle pond à la base des plantes ; les larves issues des pontes pénètrent dans les pétioles des feuilles. Le seuil de nuisibilité est de 8 plantes sur 10 touchées par des morsures. Il n’y a plus que la pulvérisation de pyréthrinoïdes durant la végétation qui soit autorisée puisque la désinfection insecticide des semences de colza est interdite depuis 2013.

grosse altise
Morsures d'altises sur les cotylédons et les feuilles de colza

Le charançon du bourgeon terminal : On le capture surtout dans les bassins. Il pond dans la tige du colza et les larves peuvent migrer jusqu’au cœur du colza et causer un port buissonnant de la plante. Le traitement insecticide se fait 8 à 10 jours après les premières captures dans les pièges.

Il n’y a pas eu beaucoup de pucerons à l’automne 2018, c’est surtout le puceron vert du pêcher (Myzus persicae) qui est dangereux, car il transmet nombre de virus et notamment celui de la jaunisse du navet (TuYV pour Turnip Yellow Virus). Le seuil de traitement pour le puceron vert du pêcher est atteint quand plus de 20 % des plantes sont colonisées avant le stade 6 feuilles. Mais certaines variétés sont tolérantes au virus TuYV et permettent de se passer d’un traitement insecticide contre les pucerons. On remarquera l’agréation en 2018 de TEPEKKI (flonicamid) contre les pucerons.

Les principaux insectes rencontrés après l’hiver

Puis, avant la fin de l’hiver, les premiers insectes sont apparus au mois de février dans les pièges, du jamais vu.

Les charançons de la tige du colza et les charançons de la tige du chou : Les charançons de la tige du colza piquent la tige, ce qui provoque l’éclatement de celle-ci par réaction de la plante. Le seuil de traitement est de 8 jours après les premières captures, car le danger est que la ponte survient une à trois semaines après les vols. Les charançons de la tige du chou ont été responsables cette année d’une mauvaise floraison du colza sur certaines parcelles très touchées, et dans certains cas extrêmes, cela a mené au retournement de la parcelle de colza.

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Dégâts de larves de charançons de la tige dans les tiges de colza d'hiver

 

Les méligèthes : Ils ne sont nuisibles que s’ils perforent le bouton floral et touchent le pistil, ce qui entraîne l’avortement du bouton. La pression était assez importante, ce qui a entrainé l’avortement de beaucoup de fleurs en 2019. Le seuil de traitement se situe au stade boutons et, en fonction de la vigueur du colza, il est entre 1 à 9 méligèthes par plante. Plusieurs méthodes de lutte sont possibles. Dès le semis, mélanger la variété de colza principale avec 3 plantes par m² d’une variété plus précoce est une bonne méthode si la pression n’est pas trop importante. Sinon, il faudra un insecticide avant la floraison pour maitriser le problème.

méligèthes
Méligèthes présents dans les boutons floraux, avant la floraison du colza d'hiver

Le charançon des siliques : Il pond dans les siliques et le trou qu’il a percé sert de porte d’entrée pour la cécidomyie. Le seuil de traitement est de 1 charançon pour 2 plantes quand les siliques sont encore petites. Il faut veiller à n’appliquer l’insecticide qu’en dehors des heures de butinage des abeilles.

La cécidomyie : Elle n’est pas un problème si les charançons des siliques sont bien maitrisés.

En plus de la forte pression en insectes vient s’ajouter le fait que de moins en moins de solutions sont disponibles sur le marché. En effet, les traitements à base de néonicotinoïdes en végétation sont interdits désormais en Région wallonne. Sur certains insectes comme les altises, il ne reste que les pyréthrinoïdes, et en France on voit apparaitre des souches d’altises super Kdr qui sont résistantes aux pyréthrinoïdes. Pour éviter l’apparition des résistances, il est important de ne traiter que lorsque c’est nécessaire et au bon moment pour maximiser l’efficacité du produit et, si possible, d’alterner les modes d’action. La surveillance des parcelles avec des bassins de piégeage est importante toute l’année, et permet d’être prêt dès que le risque devient trop élevé pour la culture.

Bilan de la récolte

La moyenne de rendement cette année est estimée à 3-3,5 tonnes à l’hectare avec des extrêmes entre 0 et 5 tonnes. Les deux canicules de fin juin et juillet ont influencé la qualité du grain qui est très sec (entre 5 et 9 % d’humidité) et avec une teneur en huile assez faible à cause des nuits chaudes, (autour de 41,6% en moyenne dans les essais variétaux menés en colza à Gembloux et Dinant). Quant aux glucosinolates, la génétique en progrès constant a permis cette année encore une teneur très faible, ce qui permet l’alimentation des porcs avec le tourteau de colza.

Les semis 2019

Cette année, l’APPO a testé 53 variétés, dont 22 nouvelles.   Les résultats sont bons et aucune des variétés testées n’est inférieure aux témoins cette année. Cela montre encore que la génétique européenne en colza est très bonne, et a encore de beaux jours devant elle.

Quant au choix de la variété pour les semis 2019, certains paramètres sont très importants :

- Faire bien attention au risque phoma : soit utiliser des variétés du groupe I (qui ont une résistance portée sur plusieurs gènes), soit alterner une variété du groupe II (résistance monogénique) avec une du groupe I. En alternant les groupes, on évite que le phoma ne contourne la résistance.

- Les nouvelles variétés tolérantes au virus de la jaunisse du navet ont obtenu de très bons rendements cette année, et sont un choix intéressant pour les parcelles qui présentent un risque d’infestation au puceron vert du pêcher.

- Il faut faire attention aux variétés sensibles à l’élongation avant l’hiver si les semis sont précoces et si la fumure organique est importante.

Quant aux traitements des semences, c’est la dernière année pour utiliser les semences traitées au Thirame. Un nouveau produit est disponible sur le marché, INTEGRAL PRO, qui est un biofongicide à base de Bacillus amyloliquefaciens mais qui n’est pas efficace contre la fonte des semis.

Des couverts associés, à semer en même temps que le colza, sont disponibles dans le commerce ; ils sont tous à base de légumineuses. Ils ne sont pas efficaces pour repousser les insectes à l’automne et ne remplacent donc pas un traitement insecticide si les seuils de nuisibilité sont atteints.

Le marché de l’huile de colza

La moyenne des rendements en huile mesurés dans les essais variétaux menés par l’APPO à Gembloux et à Dinant cette année est de 1863 kg par hectare, mais avec des variations entre 1400 et presque 2500 kilogrammes, selon les variétés.

L’huile de colza est destinée pour un tiers à l’alimentation humaine et pour les deux tiers au biodiesel. Le biodiesel est donc un marché important pour le colza et l’Europe fait de grosses importations d’huile et de biodiesel pour soutenir sa consommation en biocarburant. La majorité du biodiesel importé en 2018 est issue de l’huile de palme venant de Malaisie et d’Indonésie et de l’huile de soja argentin. La Belgique à elle seule importe près de 16 % des importations européennes en biodiesel. Une limitation de l’importation d’huile de palme à destination du biodiesel votée par l’Europe pour 2020 permettra sûrement une augmentation de la demande en huile de colza. À cela, s’ajoute le plan protéine d’octobre 2018 qui place le tourteau de colza comme une bonne source de protéine européenne.

 

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