Ce début de semaine, les premiers résultats du biomonitoring coordonné par l’ISSEP (l’Institut Scientifique de Service Public) ont été publiés. Cette étude menée sur 800 Wallons a pour objectif de mesurer la présence d’agents polluants dans l’organisme des personnes testées. Cette première phase de communication des résultats est doublement intéressante. De par ce qu’elle révèle, d’une part, et de par ce qu’elle amène de commentaires et de réactions d’autre part.

Anne Pétré

 

Ce 4 octobre, l’ISSEP a convoqué la presse pour une séance d’information sur les résultats de la première phase du biomonitoring qu’il a mené en consortium avec des universités et centres hospitaliers auprès de quelque 800 Wallons s’étant portés volontaires pour se prêter à diverses analyses de leur sang et urines. Quelque 261 adultes entre 20 et 39 ans, 283 adolescents et 284 nouveau-nés ont fait l’objet de ces analyses afin de mesurer leur exposition à divers polluants présents dans l’environnement, l’eau, l’alimentation et les produits de la vie quotidienne.

 

Que de plomb !

Les recherches ont été axées sur une liste de substances déterminée : métaux, pesticides, polluants organiques persistants (POPs), hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAPs) et bisphénols.

Une première constatation s’impose : le plomb, le mercure et le cadmium sont présents massivement chez les personnes testées, en doses parfois supérieures à la valeur de référence fixée comme étant dommageable pour la santé. Particulièrement frappant, le fait que 100% des personnes testées présentent des traces de plomb dans leur sang, en ce compris les nouveau-nés.

Les PCB (que l’on trouve dans certains composants électriques, et notamment les transformateurs), interdits depuis 1979, sont encore présents chez 69% des Wallons testés (dont il faut rappeler qu’ils ont tous moins de 40 ans), presque autant que le bisphénol A qu’on trouve dans 68% des analyses pratiquées, et qui vient surtout de l’usage de certains plastiques.

Les hydrocarbures aromatiques polycycliques, libérés lors de phénomènes de combustion (chauffages, barbecues…) sont présents chez 97% des personnes testées (hors nouveau-nés).

L’étude a également détecté la présence d’un certain nombre de pesticides interdits depuis longtemps, tel que le célèbre DDT dont l’usage est strictement proscrit chez nous depuis les années 70. Le nombre d’individus exposés est toutefois nettement plus faible (1% des nouveau-nés et 19% des adolescents et adultes).

Les insecticides actuels, ayant remplacé les produits organochlorés des 70’s, sont présents chez 94% des jeunes et adultes, et en particulier chez les adolescents. Il faut noter toutefois que l’étude ne pointe pas le secteur agricole comme seule cause possible de ces résultats : les insecticides domestiques, shampoings anti-poux, etc… pourraient en être aussi des pourvoyeurs.

Enfin, nous y voilà, le glyphosate a été retrouvé dans 18% des organismes adultes et 27% de ceux des ados. Etrangement, c’est pourtant surtout de lui qu’on aura entendu parler dans la presse ces jours-ci, suite à la présentation de l’étude.

Il faut bien dire qu’avant même la conférence de presse de l’ISSEP, la Ministre de tutelle de l’institut, Céline Tellier, relevait cet aspect en particulier sur l’antenne de la RTBF, à une heure de grande écoute.

 

Haro sur les phytos…

On est bien obligés d’être surpris que la Ministre ait ainsi choisi de pointer en particulier la présence du glyphosate, qui est pourtant l’une des substances les moins présentes dans les analyses des Wallons testés.

Bien sûr, nous l’avons dit et répété, notamment encore dans l’édito de notre édition d’il y a deux semaines, l’usage de produits phytosanitaires doit être réfléchi et précautionneux. Et ça tombe bien, puisque c’est évidemment le cas chez nous ! On va le rappeler, encore une fois, l’usage de ces produits est de plus de plus réglementé, limité et professionnalisé … Contrôle des pulvérisateurs, buses anti-dérives, approche réactive plutôt que systématique, phytolicence…. Bref, faut-il vraiment encore citer tout l’arsenal législatif et de bonnes pratiques développé autour de l’utilisation des produits phytosanitaires ?

C’est pourtant sur cela que, malgré des résultats bien moins inquiétants que pour d’autres substances dont l’effet néfaste sur la santé est avéré, que tous les regards ou presque se tournent à la publication des résultats.

Sans faire de paranoïa mal placée, ce biais de communication de la part de la Ministre donne à s’interroger : y aurait-il là derrière une stratégie particulière ?

A l’heure où les discussions sur la PAC et sa mise en œuvre wallonne devraient s’accélérer, il est difficile de ne pas y penser…

De son côté, la FWA a, au travers de diverses interventions médiatiques sur le sujet, remis quelques pendules à l’heure, et posé des questions cruciales sur l’origine des substances retrouvées dans les échantillons sanguins wallons. Source environnementale ? Alimentation ? Il faut rappeler, et nous l’avons fait, que si ces produits sont interdits ou fortement limités chez nous, ils sont encore largement usités dans d’autres régions du monde, comme le DDT toujours en usage pour lutter contre les moustiques porteurs de malaria, où le glyphosate, qui n’est utilisé chez nous qu’en interculture, mais nettement plus présent, et dans des conditions d’utilisation moins strictes, sur d’autres continents. Pour rappel, dans certaines régions de monde, l’utilisation du glyphosate est autorisée pour désherbage sur les cultures OGM résistantes au produit…

Un dossier en rejoignant un autre, nous ne pouvons qu’inviter le lecteur à faire le lien avec l’éditorial de cette semaine, qui relate la visite de notre délégation FWA au Gouvernement wallon : nous y sommes allés pour rappeler que notre agriculture, plus favorable à l’environnement que la plupart des agricultures pratiquées dans le monde, doit urgemment être valorisée pour ses atouts. Nous y avons rappelé que s’appuyer en toute objectivité sur les chiffres des études existantes pour construire un positionnement, et en l’occurrence une PAC qui assure la survie de notre agriculture familiale, reste la meilleure des pistes. Nous espérons avoir été entendus par l’ensemble du Gouvernement….

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