L’explosion des coûts des matières premières et de l’énergie dans une combinaison jamais observée, encore exacerbée par l’impact de la guerre en Ukraine fragilise tout particulièrement l’ensemble du secteur agro-alimentaire européen, malgré toute la résilience dont il a fait preuve au cours de la crise de la Covid-19. Et ce, d’autant plus qu’il est souvent très difficile voire quasiment impossible de répercuter ces hausses de coûts vers les clients. La situation en matière d’énergie, prix et approvisionnement, devient l’objet de toutes les préoccupations et les réunions se multiplient.

 

José RENARD

 

L’évolution exponentielle et pratiquement incontrôlable des prix du gaz et de l’électricité ces dernières semaines est devenue la première source d’inquiétude laissant craindre le pire pour l’hiver prochain aussi bien pour les ménages que pour les entreprises. Tous demandent aux différents gouvernements, Union européenne, Fédéral, Régions des mesures urgentes et des solutions concrètes. Et chacun vient avec ses propres idées.

 

Le COPA-COGECA, en commun avec plusieurs fédérations européennes de l’industrie alimentaire, a tiré la sonnette d’alarme le 8 septembre dernier concernant la situation critique que connaissent bon nombre d’entreprises du secteur. Rappelons également, que le secteur agricole est en plus confronté à des conditions de sécheresse extrêmes de la même ampleur que celles connues en 1976, soit l’année la plus sèche du dernier demi-siècle.

 

L’augmentation des coûts a commencé mi-2021 et est initialement due à la reprise post-Covid, plus rapide et plus forte que prévu. La croissance de la demande due à cette reprise s’est aussi produite dans un contexte de contraintes sur l’offre provoquant les premières hausses de prix. Ces dernières ont été fortement et dramatiquement exacerbées par l’invasion russe de l’Ukraine, entraînant une inflation qui pourrait atteindre 10 % en Belgique en 2022.

 

Comme le souligne le COPA, «les dernières hausses des prix de l’énergie, spécialement du gaz et de l’électricité menacent la continuité des cycles de production du secteur agro-alimentaire» fragilisant ainsi la capacité du secteur à assurer la sécurité de l’approvisionnement alimentaire en quantité et en qualité. De plus en plus d’entreprises sont confrontées à des difficultés pour maintenir leur niveau d’activités. Et même certaines d’entre elles envisagent le choix de stopper certaines productions, mettre du personnel en chômage, voire de carrément arrêter leurs activités. C’est très dur d’entendre des travailleurs indépendants affirmer qu’à court terme ils perdraient moins d’argent en cessant la production plutôt que de poursuivre leurs activités. La pérennité de très nombreuses entreprises, agriculteurs et entreprises de transformation est en jeu.

Pour assurer la continuité de l’approvisionnement alimentaire, nos agriculteurs et nos entreprises de transformation ont besoin de garanties sur l’accès à l’énergie à des prix stables. Il est assez évident qu’une réponse coordonnée au niveau européen est plus qu’indispensable. La course individuelle et même égoïste des Etats membres pour assurer leur propre approvisionnement énergétique est totalement inacceptable. A cet égard, le silence de la Commission européenne est tout simplement assourdissant. Et les réponses très faibles annoncées lors du Conseil des Ministres de l’Energie ne peuvent en aucun cas être satisfaisantes. Des initiatives fortes sont indispensables que ce soit sur les prix de l’énergie que pour les négociations avec certains fournisseurs de gaz. A fortiori, quand il y a quelques semaines, la même Commission dans sa communication «Des économies de gaz pour un hiver sûr»,  qui a été adoptée par les États membres de l’UE le 26 juillet 2022, soulignait que la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire étant un secteur «essentiel pour la société», il est capital de garantir l’approvisionnement en gaz pour assurer l’approvisionnement alimentaire de l’UE. Cette reconnaissance comme secteur essentiel est fondamentale. Elle doit conduire à ce que les États membres reconnaissent la chaîne agroalimentaire comme secteur  essentiel  dans  le  cadre  de  leurs  plans d’urgence  nationaux  et  de  garantir  que  les  entités  essentielles  à  la  production alimentaire (y compris le secteur du conditionnement) ne soient pas coupées du réseau en cas de pénuries. 

Dans le cadre des concertations politiques mises en place pour trouver des solutions face à la crise énergétique, la FWA a été reçue ce 7 septembre avec les autres organisations agricoles de l’Agrofront – ABS et Boerenbond – par le Ministre fédéral de l’agriculture David Clarinval. Cette rencontre a eu lieu dans la foulée de la rencontre du 1er Ministre du lundi 5 septembre avec les fédérations patronales. Chaque organisation agricole présente a pu exposer ses inquiétudes et revendications en réaction à l’envolée des coûts de production résultant de la hausse des prix de l’énergie ainsi que ses propositions pour alléger la facture énergétique des exploitations agricoles. Du côté de la FWA, nous avons d’abord souligné la nécessité d’une approche globale européenne et en Belgique, d’une action transversale qui rassemble tous les niveaux de pouvoir. Les synergies entre Fédéral et Régions sont indispensables pour renforcer la cohérence et l’efficacité des actions. L’attention a également été attirée sur le fait que l’accès à l’énergie, en particulier l’accès au gaz, devait être garanti pour l’ensemble du secteur agro-alimentaire. Contrairement au positionnement de la Ministre fédérale de l’Energie, le secteur agro-alimentaire doit être considéré comme secteur prioritaire pour l’accès au gaz en cas de mesures de restriction.

En sus de ces demandes urgentes, la FWA souhaite que des mesures soient prises pour faire face aux défis qui se posent pour l’avenir en matière d’accès à l’énergie. Ces mesures devraient porter sur les moyens de contrer et limiter les hausses de prix, sur la sécurisation de l’approvisionnement énergétique dans nos exploitations, ainsi que sur la facilitation des procédures pour permettre aux agriculteurs et aux entreprises de la transformation agroalimentaire d’obtenir rapidement un permis afin de pouvoir changer de source d’approvisionnement d’énergie ou d'installer des productions d’énergie renouvelable (par exemple lever certaines limitations pour les installations photovoltaïques en toiture). A moyen terme, les soutiens pour les mesures d’économie d’énergie et de production d’énergie renouvelable doivent être poursuivis et renforcés. Malheureusement, force est de constater au moment de la rédaction de cet édito que les réunions se multiplient mais que les décisions concrètes se font toujours attendre. Nos agriculteurs, confrontés à des difficultés croissantes de trésorerie, n’en peuvent plus d’attendre la fumée blanche. Permettre la survie des exploitations et des entreprises, c’est aussi sauver des emplois! Et ce n’est pas en allant se promener en forêt que les caisses se reconstitueront!

Très clairement, cette situation explosive provoque d’énormes tensions au sein de la chaîne alimentaire surtout dans le cadre de la négociation de contrats commerciaux avec les distributeurs qui bloquent sur la répercussion des hausses des coûts et des prix subies par leurs fournisseurs. A cet égard, l’annonce de la demande adressée à l’Observatoire des prix du SPF Economie par le Ministre David Clarinval d’analyser la transmission des marges au niveau de l’ensemble des acteurs de la chaîne agro-alimentaire mérite toute notre attention. Une meilleure connaissance des marges réelles réalisées par les divers acteurs de la chaîne devrait rendre le processus de renégociation des contrats plus transparent et surtout donner, au secteur de la production primaire, le plus souvent le maillon faible de cette chaîne, des outils pour améliorer sa capacité de négociation avec ses acheteurs.

 

Enfin, en matière énergétique, les Ministres Henry et Tellier (compétente pour l’Air) ont déposé le vendredi 09 septembre sur la table du Gouvernement wallon un Plan Air Climat Energie adapté à l’objectif de réduction de 55 % des émissions des gaz à effet de serre à l’horizon 2030 (par rapport à 1990).

Si ce plan se base très largement sur des plans existants et intègre certaines contributions du secteur agricole, il n’en reste pas moins vrai que le diable se cache dans les détails et que nous devons scruter ce plan à la loupe, en particulier le chapitre consacré à la durabilité des sols, de l’agriculture et des forêts. Nous serons très vigilants concernant les mesures qui abordent la charge de bétail et la densité du cheptel bovin. Celles-ci ne peuvent en aucun cas aller au-delà de ce qui est prévu dans le projet de plan stratégique wallon sur la PAC 2023-2027. C’est une position très claire de la FWA.

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