Les dernières hausses du prix des carburants à la pompe ont encore ravivé les inquiétudes des ménages concernant leurs capacités à boucler les fins de mois dans un contexte de hausse généralisée du coût de la vie. Les médias sont remplis de témoignages du renchérissement des courses hebdomadaires. Il ne se passe pas un jour sans une petite idée pour venir en aide aux ménages. Et la consommation alimentaire dans tout cela?

José RENARD

 

Un des objectifs de la Politique agricole commune, pensée quelques années seulement après la fin de la Seconde Guerre Mondiale et son cortège de privations, et menée depuis plus de 60 ans, consiste à soutenir les agriculteurs et améliorer la productivité agricole, en garantissant un approvisionnement stable en denrées alimentaires à un prix abordable. Les objectifs initiaux de la PAC définis par le Traité de Rome sont toujours au cœur de la PAC de 2022. La PAC et ses instruments ont permis de sécuriser l’approvisionnement alimentaire des consommateurs européens en quantité et en qualité. La constante disponibilité d’une nourriture variée a amené de nombreuses personnes à considérer la garantie de l’approvisionnement alimentaire comme un acquis permanent. Or les dernières années, avec la crise de la Covid 19 et les suites de l’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie, ont provoqué de nouveaux défis pour notre système agro-alimentaire faisant à nouveau de la sécurité de la fourniture alimentaire une réelle préoccupation.

Si au plus fort de la crise Covid, les rayons de certains magasins ont été vidés de plusieurs produits, c’est d’abord dû au comportement de stockage de denrées non-périssables d’une partie des consommateurs guidés par la crainte qu’un blocage de l’économie n’entraîne des difficultés sévères d’approvisionnement alimentaire, voire des ruptures complètes. A l’exception de difficultés ponctuelles (absentéisme de la main-d’œuvre ou problèmes techniques comme la disponibilité de matériaux d’emballage), la chaîne alimentaire européenne s’est montrée particulièrement résiliente. Les consommateurs européens n’ont pas eu à souffrir de manque de nourriture et la continuité de l’approvisionnement alimentaire a été assurée à tout moment, sans interruption, aussi bien par les producteurs agricoles que par les entreprises de transformation et les distributeurs.

Depuis l’éclatement du conflit en Ukraine, certains rayons, notamment d’huiles et de farines, sont moins bien fournis.  Ces produits sont liés à des fournitures originaires d’Ukraine. Et une nouvelle frénésie d’achat s’est emparée de certains consommateurs craignant des perturbations d’approvisionnement. Tant la transformation que la distribution se veulent cependant rassurantes : une pénurie n’est pas à craindre dans l’immédiat pour nos régions.

Ceci ne signifie pas, loin s’en faut, et la FWA tient à le répéter avec force, que la guerre en Ukraine sera sans répercussions sur l’équilibre alimentaire mondial. En premier lieu, 25 millions de tonnes de céréales sont toujours bloqués dans les ports ukrainiens suite aux destructions infligées par l’envahisseur, et au blocus maritime. Même si aujourd’hui les perspectives sont un peu moins pessimistes, quelle sera la surface réellement emblavée sous les balles en Ukraine au printemps 2022 ? Qui peut dire ce que sera le niveau de la récolte 2022, sans parler des sécheresses qui affectent de multiples régions du monde ? Cette situation d’incertitudes a exacerbé la hausse des cours de l’énergie et des matières premières déjà enregistrée tout au long de 2021, en raison d’une reprise post-Covid plus rapide et plus intense que prévue, transformant cette hausse en explosion. Ce qui suscite les pires craintes concernant l’approvisionnement alimentaire de nombreux pays d’Afrique et du Moyen-Orient, fortement dépendants des fournitures de céréales en provenance d’Ukraine. Au-delà de la sécurité des volumes, c’est le niveau des prix qui vient fortement hypothéquer leur approvisionnement.

Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), après un record historique en mars, les prix mondiaux des denrées alimentaires sont légèrement redescendus en avril, mais restent à un niveau élevé du fait de la guerre en Ukraine et des incertitudes sur les quantités disponibles à l’exportation, que ce soit pour les huiles végétales et les céréales.

Chez nous, le taux d’inflation bat tous les records, atteignant pratiquement 9 % au 1er trimestre 2022, même s’il s’est stabilisé à 8,3% en avril. Cette situation est principalement due aux prix élevés de l’énergie (électricité, combustibles et carburants). Mais l’inflation hors prix de l’énergie a également augmenté de 4 %. La question des impacts sur les dépenses des ménages est évidemment omniprésente. Il est dès lors intéressant de s’attarder sur certains comportements d’achat qui tendent à montrer que la recherche du produit le moins cher guide désormais le consommateur plus qu’auparavant.

Selon une enquête ING réalisée en mars, près de la moitié des Belges essaient d’économiser de l’argent : 44 % sur la nourriture, 42 % sur les vêtements, 38 % sur les repas au restaurant, 34 % sur les loisirs et 31 % sur les voyages. Il est évidemment interpellant pour la FWA, en tant qu’organisation professionnelle agricole, de constater que les consommateurs préfèrent économiser sur la nourriture plutôt que sur les voyages et les déplacements. Il ne nous appartient pas de juger les choix individuels, mais c’est difficile d’expliquer comment un besoin prioritaire qui doit être rencontré au moins 2 fois par jour soit le poste de dépenses que le consommateur serait le plus enclin à réduire pour faire face aux augmentations de prix. 

Une autre évolution remarquée est l’attrait renforcé du consommateur pour les promotions. La grande distribution l’a bien compris et multiplie les actions de réduction avec d’importants rabais pour attirer de nouveaux clients.  Il semble toutefois que le consommateur, attiré par la promotion, ne devienne pas pour autant client fidèle de l’enseigne. Au contraire, le tour des supermarchés avec un focus sur les promotions proposées deviendrait une pratique courante. La FWA ne s’oppose pas aux promotions pour écouler des stocks ou permettre à des consommateurs fragilisés de réaliser certains achats. Mais nous voulons vraiment que ces promotions restent raisonnables. Nous ne sommes pas du tout favorables à l’utilisation de produits alimentaires comme produits d’appel ni à la multiplication de promotion du type 2 achetés-2gratuits. En effet nous estimons que ce genre de promotions ne reflète pas la valeur réelle du produit, voire même le dévalorise. N’oublions pas, par ailleurs, qu’au final quelqu’un devra prendre en charge le financement de ces actions.

De nombreux fabricants s’adaptent également à cette évolution des attentes du consommateur, par exemple en proposant de nouveaux produits moins chers ou en réduisant la taille des emballages tout en maintenant le prix.  Autre tendance constatée: la substitution croissante des marques renommées par des marques de distributeur. Malheureusement pour les producteurs, les marques de distributeur entraînent souvent une forme d’anonymat de la production.

S’il est difficile de contester que le consommateur puisse chercher à remplir son caddy au moindre coût, la FWA maintient que la politique généralisée du moins disant sur les prix et la concurrence sévère entre les différents distributeurs actifs en Belgique ne peuvent conduire à terme qu’à des situations dommageables pour l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire, y inclus les consommateurs.

Le 28 mars dernier, un appel cosigné par l’ensemble des partenaires de la chaîne alimentaire concernant la hausse des coûts et la nécessité de répartir équitablement son impact tout au long de la chaîne a été diffusé et largement médiatisé. Tous les maillons sont concernés par l’explosion des coûts des intrants.  Les différents acteurs de la chaîne alimentaire participent aux réunions de la Task Force « Ukraine » organisées par les Ministres Clarinval et Dermagne. A l’instar d’autres organisations représentatives, la FWA a confirmé les difficultés résultant des augmentations des coûts de l’énergie et des intrants agricoles, encore exacerbées par les conséquences du conflit.

Dans le cadre de cette taskforce, beaucoup d’acteurs de la filière ont mis en évidence les relations commerciales parfois difficiles entre les acteurs du secteur, et en particulier dans leurs négociations de prix et leur capacité à répercuter les coûts de production sur leurs prix de vente. Les acteurs de la chaîne alimentaire doivent tenter de dégager des solutions entre eux et répondre à l’appel pour une concertation et une répartition équitable tout au long de la chaîne de la hausse des prix de production. Tout ceci vient encore renforcer la motivation pour la FWA de participer à la concertation de chaîne, car nos messages doivent être entendus de tous, aussi bien décideurs politiques qu’acteurs de la chaîne alimentaire.

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