Alors que les autorités régionales wallonnes devaient transmettre leur projet de plan stratégique pour la PAC 2023-2027 à la Commission européenne avant le 1er janvier 2022, à l’heure de préparer votre premier Plein Champ de l’année nouvelle, aucune fumée blanche ne semble sortir des délibérations, que nous savons pourtant intenses et difficiles, du Gouvernement wallon. Les différents partenaires peinent à converger vers un dénominateur commun. Cependant pour la FWA, une absence d’accord sur le contenu du plan et la poursuite des négociations vaut mieux qu’un mauvais accord, pris sous la seule pression du calendrier. C’est ce que nous avons encore répété aux décideurs rencontrés lors de la manifestation du 23 décembre, la dernière en date mais très probablement pas l’ultime dans la série de nos actions de sensibilisation.

José Renard

 

A l’aube d’une année nouvelle, il est de tradition d’échanger les meilleurs vœux et souhaits. Je m’associe complètement au message de notre Présidente pour souhaiter à tous les agriculteurs wallons et leurs familles, quels que soient la taille de la ferme, les productions pratiquées ou les modes de production, une année 2022 sereine, fertile et prospère, à l’abri des virus de toute nature et du déchainement d’éléments climatiques extrêmes. Que cette année vous garde tous en bonne santé, ce bien si précieux.

Au premier plan des vœux des agriculteurs wallons pour la nouvelle année, figure certainement l’adoption d’un Plan stratégique pour la PAC basé sur des réalités scientifiques et économiques et qui ne soit pas dicté par des approches idéologiques bien éloignées des considérations de terrain. Dans ce Plan stratégique qui doit être guidé par une volonté d’évolution environnementale, économiquement et socialement soutenable, la réalité agronomique doit figurer au centre du jeu et être dûment prise en considération au moment d’opérer les choix des interventions financées par les moyens de la PAC.

Le début de l’année, c’est aussi le moment des bonnes résolutions. Si le meilleur moyen de les tenir, c’est de ne pas en prendre, laissons-nous cependant rêver un peu aux bonnes résolutions que pourrait prendre le Gouvernement wallon dans l’élaboration de son Plan stratégique. En premier lieu de définir une politique agricole qui donne une concrétisation réelle à l’objectif d’assurer un revenu décent aux agriculteurs permettant à chacun d’assurer sa viabilité économique par une rémunération correcte de la production de biens alimentaires et de la fourniture de biens communs au bénéfice de l’ensemble de la société. Ensuite d’élaborer une politique qui rende le secteur agricole attractif pour les jeunes générations et permette de répondre à ce véritable défi du renouvellement générationnel.

Je fais aussi le rêve d’une PAC lisible, compréhensible, simplifiée, mieux expliquée aussi bien aux agriculteurs qu’aux citoyens, où les choix proposés et décidés sont justifiés, réalistes et réalisables. Je fais le rêve de décisions qui reconnaissent et soutiennent les efforts du secteur agricole depuis de nombreuses années et les résultats engrangés en matière de réduction de l’utilisation d’intrants de synthèse, engrais et produits de protection des cultures, de l’emploi d’antibiotiques en élevage et de bien-être animal.

Concernant la lutte contre les dérèglements climatiques, la Fédération Wallonne de l’Agriculture défend depuis longtemps que l’agriculture contribue de façon tout à fait significative à la solution: matières premières et énergies renouvelables, fixation de carbone dans les sols agricoles et en premier lieu dans les prairies,… Depuis son invention au néolithique, l’agriculture pratique l’économie circulaire. Elle recycle dans l’alimentation animale de nombreux co-produits que les pauvres humains monogastriques que nous sommes sont bien incapables de digérer et les effluents d’élevage constituent toujours la meilleure source de fertilisation des sols et d’apport de matière organique. L’agriculture permet la valorisation de biomasses ligno-cellulosiques diverses et variées mais surtout renouvelables et non-délocalisables. Par le biais de la photosynthèse réalisée par les plantes cultivées, l’agriculture représente la plus ancienne forme d’utilisation de l’énergie solaire. La complémentarité entre l’élevage et les cultures permet ce cercle vertueux et la réduction du cheptel ruminant pour réduire les émissions de méthane ne peut en aucun cas représenter une solution de bon sens en Wallonie.

Comme souligné dans le titre, les discussions menées depuis plusieurs semaines au sein du Gouvernement wallon concernant le Plan stratégique pour la PAC n’ont pas encore abouti malgré l’échéance du 1er janvier. De nombreuses indications récentes laissaient entendre qu’il serait très difficile de respecter cette échéance. D’abord parce qu’au niveau européen un certain nombre d'actes délégués et des actes d'exécution, y compris des actes nécessaires à la rédaction des plans stratégiques étaient toujours en discussion au 20 décembre, même si la Commission souhaitait faire adopter les actes les plus urgents avant la fin de l'année. A la même date, aucun plan stratégique n’avait encore été déposé à la Commission. Dans sa réponse à trois questions orales en Commission parlementaire du 21 décembre, le Ministre wallon de l’Agriculture confirmait cette situation «instable» selon ses dires avec une date limite d'introduction des plans stratégiques confirmée au 1er janvier 2022 mais en même temps l’annonce par la Commission de l’absence de sanctions pour les États membres qui enverraient leurs documents au-delà de cette date et du maintien du système de transmission des documents ouvert au-delà de la date limite. Le ministre Borsus a répété la difficulté de la discussion au sein du Gouvernement wallon lors de sa rencontre avec les agriculteurs venus manifester devant son Cabinet le 23 décembre tout en réaffirmant sa volonté de ne pas laisser déraper la situation par rapport aux échéances prévues. Dans un mail du 30 décembre à certains élus locaux qui l’avait interpellé après une rencontre avec des agriculteurs lors d’une des actions de sensibilisation menée par la FWA, le Ministre-Président Elio Di Rupo souligne également que «A ce stade, les négociations entre les partenaires de la majorité ne sont pas finalisées et l’échéance du 31 décembre pour déposer le plan stratégique wallon risque de ne pas être respectée».

Il faudrait avoir séjourné sur Sirius pour ignorer toutes les actions de mobilisation menées par la FWA ces dernières semaines. Ces dernières ont démontré toute la capacité du monde agricole à se mobiliser, quelques fois dans des délais très courts, et toujours dans le respect des personnes et des biens. Comme le souligne notre Présidente «Vous avez montré votre détermination et votre volonté de vous battre pour pouvoir encore être là demain afin de fournir à notre population son alimentation et les services divers que notre secteur rend à notre société». La présence massive de jeunes lors de ces actions doit être soulignée car elle traduit aussi leur inquiétude croissante à l’égard de la pérennité de leur métier, de leur passion.

Le Plan stratégique wallon pour la PAC ne peut pas être lu uniquement comme la façon de se mettre d’accord sur la répartition des moyens financiers décroissants de l’Union européenne. En premier lieu, il détermine le cadre de travail de nos exploitations familiales wallonnes pour les années à venir en vue de les orienter vers toujours plus de durabilité économique, sociale, environnementale et agronomique.

Mais le débat sur la PAC concerne aussi l’ensemble de notre société. La sécurité de notre approvisionnement alimentaire, en qualité et en quantité, ne constitue pas un acquis aussi perpétuel que l’on pourrait le croire. Les études sur les impacts des objectifs de la Stratégie «de la ferme à la table» le montrent clairement. Notre indépendance alimentaire est un enjeu stratégique primordial. Au moment où nos entreprises et nos ménages subissent de plein fouet l’explosion des prix de l’énergie et des matières premières dont notre vieille Europe est si dépendante, savoir de quoi seront remplies nos assiettes demain et de quelle partie du monde proviendra notre nourriture représente une question cruciale. La première façon d’y répondre c’est de permettre à notre agriculture familiale wallonne de remplir sa fonction nourricière comme elle l’a si bien assurée au cours du confinement imposé par la crise Covid. A cet égard, nous sommes nombreux à avoir constaté lors des différentes actions menées par la FWA, un soutien croissant de l’opinion publique. Il nous est même revenu des applaudissements non pas policés mais policiers. Ce soutien sociétal nous conforte dans l’idée que nos revendications sont justes et que nous sommes «dans le bon». Il reflète également la reconnaissance par de nombreux citoyens des efforts réalisés chaque jour par les agriculteurs pour assumer cette mission de nourrir leurs concitoyens et leur compréhension de l’importance de l’enjeu.

Au niveau wallon, le dossier du Plan stratégique PAC n’est pas encore abouti. Nous poursuivrons donc nos actions aussi longtemps que nécessaire et durcirons le ton s’il le faut pour qu’enfin réalité agronomique et bon sens paysan prévalent. Les agriculteurs wallons ne sont pas opposés à une évolution vers plus de durabilité qui soit supportable et réaliste au plan économique, social et agronomique. Par contre ils ne peuvent accepter la révolution qui viendrait mettre à mal la trésorerie de nombreuses fermes et hypothéquer leur futur alors qu’elles sont déjà engagées dans des chemins vertueux.

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