Dans les tous derniers jours de l’année 2019, la presse faisait écho de l’évolution du taux d’inflation dans notre pays. Celui-ci a en effet connu en décembre une brusque hausse après plusieurs mois de stagnation, voire de baisse. Cette information, pour intéressante qu’elle soit, n’aurait a priori pas dû toucher plus particulièrement les agriculteurs que les autres citoyens. Toutefois, l’analyse produite dans un article en particulier a de quoi nous laisser bouche bée. D’après celui-ci en effet, le grand responsable de cette inflation renaissante serait…le prix de la viande. Voilà qui a de quoi surprendre et choquer nos éleveurs, qui du côté de leur trésorerie, observent très clairement une tendance inverse !

José Renard

Nous l’avons évoqué à de nombreuses reprises dans nos pages, la situation de l’agriculture familiale wallonne, et de son élevage en particulier, est plus préoccupante que jamais. Prix de vente très faibles et coûts de production en hausse forment un cocktail dont il n’est pas difficile de comprendre les effets néfastes sur le revenu agricole wallon. Aussi, à la lecture de l’article consacré ce 30 décembre aux chiffres de Statbel sur l’évolution du coût du panier de la ménagère, notre sang n’a fait qu’un tour. L’article incrimine en effet plusieurs de nos productions agricoles pour justifier le poids grandissant des dépenses pour le portefeuille de nos concitoyens wallons.

L’explication de cette contradiction n’est pas longue à trouver, et l’on aurait aimé que le rédacteur de l’article en fasse l’exercice… Le journal, en effet, base ses constatations sur l’unique observation des prix de l’alimentation, pour laquelle il a constitué un échantillonnage, oubliant de prendre en compte les vrais principaux responsables, que l’on trouve aisément en observant l’ensemble des chiffres de l’Institut belge de statistiques. En tête de liste, pour le mois de décembre, on trouve avant tout les séjours dans des villages de vacances (+ 3.9%), les légumes (+ 1.7%), les articles pour animaux de compagnie (+ 4%), et ensuite seulement la viande (+ 0.6%), en quatrième position. Les voitures, les produits d’hygiène corporelle, l’électricité…comptent aussi parmi les produits ayant connu la plus forte hausse.

De plus, ces chiffres concernent exclusivement le mois de décembre 2019. En effet, si l’on observe les hausses les plus significatives par rapport à la même période l’année dernière, on ne trouve guère de fortes hausses pour les produits alimentaires dans le top 12 –et encore, de loin- seulement pour certains produits très transformés à base de céréales comme les mix desserts ou le quinoa, très peu produit chez nous. Les envois postaux, le tabac, les journaux, les logiciels…. sont les grands gagnants de ce classement de la hausse des coûts. Il va de soi que la viande n’y figure pas, loin s’en faut, pas plus que le pain ou les légumes pointés du doigt dans l’analyse très partielle de l’article du 30 décembre.

Bref, il s’agit une fois de plus, si on a la force de garder son humour, de se souvenir de la phrase qui affirme que le bikini et les statistiques ont en commun le pouvoir de donner des idées….mais aussi de cacher l’essentiel. Pour que les statistiques soient utiles, il faut pouvoir les observer avec recul et objectivité, sans quoi on risque fort de mettre un coup de projecteur sur un phénomène...qui n’existe pas.

En effet sur une base annuelle si les fruits frais coûtent 0,5% de plus qu'en décembre 2018, les légumes frais sont 4,1% moins chers qu'un an plus tôt. Les prix du poisson et des fruits de mer ont augmenté de 1,0% par rapport à décembre 2018. La viande est 1,8% plus chère par rapport à décembre dernier. Les boissons non alcoolisées coûtent en moyenne 0,8% de moins qu’en décembre de l’année passée. Les boissons alcoolisées coûtent 0,5% de plus qu'un an auparavant. Le prix du tabac a augmenté de 4,8% par rapport à décembre2018.

Il faut vraiment être de mauvaise foi pour trouver un lien entre la hausse de l’inflation le dernier mois de 2019 et une augmentation généralisée qui reste à trouver et à prouver des produits alimentaires. Si l’on veut relativer un peu plus concernant la viande bovine, cela ferait sur une base annuelle: 32 centimes en plus pour un kg d’entrecôte (à 18 €/kg) et rêvons d’une répercussion intégrale à la production de la hausse : moins de 0,09 euros/kg carcasse à 4,8 €/kg, soit si on arrondit généreusement 36 euros en plus pour une carcasse de 400 kg.

Il n’est hélas vraiment pas facile d’y trouver de quoi rire, ou même sourire. Pour les éleveurs, lire que la viande est responsable de la hausse du prix du panier de la ménagère, ce n’est évidemment pas acceptable, lorsqu’on sait qu’au contraire, son prix est stable depuis bien longtemps pour le consommateur et s’érode de façon constante pour le producteur.

La FWA, depuis des mois, multiplie les rencontres et les initiatives avec les divers maillons de la chaîne pour tenter de trouver des solutions qui amènent un réel plus dans les trésoreries de nos exploitations, de façon équitable et surtout durable.

Pour nos fermes wallonnes qui investissent lourdement et sur du long terme pour produire une alimentation de qualité, la durabilité, c’est un concept central. C’est évidemment la durabilité environnementale que nos agriculteurs améliorent au quotidien par leurs pratiques toujours plus réfléchies et axées sur la protection des ressources. Mais c’est aussi, et c’est loin d’être moins important, la durabilité économique, car sans elle rien n’est possible, et notamment pas le maintien d’une agriculture familiale dans notre région, garante d’un tissu rural dense, d’un terroir et de notre souveraineté alimentaire.

 

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