Sans contestation possible, cette phrase a été celle la plus souvent prononcée par les pratiquement 200.000 visiteurs qui ont rejoint les allées et les stands de la Foire de Libramont le dernier week-end de juillet. Il régnait comme une impression de moments suspendus où toutes les inquiétudes du moment semblaient céder l’avant-scène au plaisir de se revoir 3 longues années après la dernière édition. Libramont reste un endroit privilégié de rencontres entre les agriculteurs et le grand public. Et tant les uns que les autres étaient désireux de ces retrouvailles et les ont vécues pleinement.

José RENARD

 

Aussi pour nous à la FWA, après une fébrilité bien légitime pour préparer au mieux notre présence et notre participation à la Foire, les 4 jours du marathon sont passés à une vitesse inattendue. Lundi soir est arrivé sans l’avoir vu venir. C’est aussi parce que tout s’est déroulé sans heurt. Le stand de la FWA était une belle réussite: ouvert, accueillant, fonctionnel tout en restant dans l’attente de durabilité voulue par les organisateurs de la Foire. Nous vous y avons accueillis avec tout l’enthousiasme de nos équipes, jeunes et moins jeunes, expérimentés ou arrivés récemment, qui ont témoigné de tout leur dynamisme et dégagé une belle énergie positive. Nous tenons également à remercier tous nos visiteurs d'être passés sur notre stand avec leur bonne humeur, avec leurs questions auxquelles nous espérons avoir apporté des réponses, ainsi que d'avoir assisté aux divers événements organisés sur notre stand. Un tout grand merci va également à nos intervenants extérieurs qui ont contribué à la réussite de ces évènements. 

Les défis pour notre agriculture wallonne ne manquent pas. S’ils ont quelque peu cédé le pas au plaisir des rencontres, ils ont bien été évoqués et soulignés à de nombreux endroits: guerre en Ukraine, situation économique générale avec l’explosion des coûts de production, la sécheresse qui s’est sévèrement aggravée depuis, les inconnues concernant la mise en œuvre de la réforme de la PAC 2023-2027, l’accès au foncier, voire le Covid qui guette sournoisement et ne manque jamais de se rappeler à notre bonne attention.

Selon l’enquête «Le monde agricole et ses enjeux» menée pour la banque CBC en juillet 2022 auprès d’un échantillon représentatif de 300 agriculteurs wallons, pour 8 agriculteurs sur 10, la hausse des prix, accentuée par la crise ukrainienne, a un impact sur leur activité, largement en termes de diminution de rentabilité (57%). Ainsi, 4 agriculteurs sur 10 estiment que cette nouvelle crise remet en question la viabilité de leur activité. Bernard Keppenne, économiste en chef de la banque CBC commente ces résultats de la manière suivante: «Le monde agricole est clairement partagé entre optimisme et désillusion. D’une part, les agriculteurs se sentent prêts face au défi climatique, mais d’autre part, ils ont subi de plein fouet deux crises successives qui provoquent une certaine désillusion, notamment face aux changements de comportement des consommateurs qui ne s’est pas inscrit dans la durée. Les agriculteurs vont devoir se réinventer pour s’en sortir, afin de ne pas subir la situation critique dans laquelle se trouve le secteur». Des commentaires que nous pouvons rejoindre et une étude qui mérite une lecture approfondie au-delà des seuls communiqués de presse.

Dans les très nombreux articles de presse consacrés au coup d’envoi de la Foire de Libramont, on a pu retrouver des mots comme «rendez-vous des agriculteurs et des consommateurs», «moment de communication du monde agricole», «vitrine de l’agriculture et du monde rural», «moments d’échange et de partage, d’évocation des défis». Libramont, c’est en effet tout cela. C’est aussi l’accent mis par les organisateurs de la Foire sur la recherche de durabilité.

Concernant la durabilité, le cadre a été posé dès la séance inaugurale de la Foire avec un débat entre le Professeur De Schutter, ancien rapporteur des Nations Unies sur l’alimentation et Jean Devillers, vétérinaire et éleveur (voir p.3). De ce débat modéré par le Dr Léonard Théron, je retiendrai 2 versions de la durabilité, l’une plus théorique basée sur de grands principes et l’autre issue d’une longue expérience de terrain. Clairement, du côté de la FWA, nous nous retrouvons dans les propos de Jean Devillers: il ne peut y avoir de durabilité sans durabilité économique, sans rentabilité de l’activité agricole et sans revenu issu de la fonction première de l’agriculture à savoir la mise sur le marché d’une nourriture de qualité, en quantité suffisante et régulière et à un prix qui reste abordable pour le consommateur. En outre, tous les efforts déjà consentis par les agriculteurs en matière environnementale et dans la lutte contre les dérèglements climatiques doivent être reconnus à leur juste valeur et être dûment pris en compte. Il est indispensable de renforcer la place des agriculteurs dans la chaîne alimentaire en leur donnant des capacités de négociation renforcées, mais cela passe également par l’amélioration de la formation et des connaissances notamment en termes de calcul des prix de revient.

C’est le même fil conducteur que l’on a retrouvé lors d’une conférence organisée le dimanche par Carrefour pour célébrer ses 20 ans de présence sur la Foire. Différents intervenants y ont abordé 2 thématiques: d'une part comment peut évoluer l'agroécologie et d'autre part comment la relation contractuelle doit évoluer en parallèle. Ici aussi, il ressort clairement que sans répartition équitable de la valeur ajoutée entre les différents acteurs de la chaîne alimentaire, il ne peut y avoir de véritable durabilité. Ce n’est pas en appauvrissant ses fournisseurs qu’un transformateur ou un distributeur s’inscrit dans la durabilité à long terme. Au final, le véritable bénéficiaire d’un partenariat vraiment équilibré entre les différents maillons de la chaîne, c’est le consommateur qui veut acheter local et avoir des assurances sur la provenance de ce qu’il achète.

Et la mise en œuvre de la PAC réformée dans tout cela? Rappelons que celle-ci doit entrer en vigueur en Wallonie comme dans les 27 Etats membres au 1er janvier 2023, soit un peu plus de 4 mois et que les agriculteurs sont toujours en attente d’indications pratiques et de précisions pour établir leurs plans de cultures alors que les premiers semis interviendront dans quelques semaines. Nous avons bien pris note du travail en cours mené par le Ministre Borsus et ses équipes concernant les réponses à donner aux 210 questions de la Commission européenne sur le projet de plan stratégique wallon, de la volonté de ne pas toucher aux grands équilibres et surtout de maintenir l’enveloppe globale pour les paiements couplés à 21,3 % du budget total. La FWA sera toujours disponible pour faire aboutir ce dossier le plus tôt possible et contribuer à la préparation de la législation wallonne. Retenons aussi du discours du Ministre Borsus l’annonce de la tenue des assises de la Terre à l’automne pour aborder toutes les questions de l’accès au foncier.

Nous avons aussi noté avec satisfaction l’ouverture manifestée lors de l’inauguration de notre stand par la Ministre Tellier concernant plusieurs dossiers et en particulier celui de l’épineuse question des dégâts de corvidés. Des rendez-vous sont annoncés pour la rentrée. La FWA ne manquera de rappeler ceux-ci et y participera pour que des solutions praticables soient enfin décidées au bénéfice de nos agriculteurs qui n’en peuvent plus de subir ces dégâts.

Quelques jours pour permettre de recharger les batteries et la FWA, ses élus et ses services repartiront au combat pour que les belles déclarations de Libramont soient bien suivies d’actes concrets.

Que toutes ces bonnes vibrations qui ont régné sur Libramont continuent à nous animer et à nous motiver face aux défis que nous ne manquerons pas de rencontrer d’ici à la prochaine Foire de Libramont. D’ores et déjà, rendez-vous fin juillet 2023 sur le plateau de Recogne.

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