Cet été 2021 sera décidément inoubliable…mais hélas pas dans le bon sens du terme. Ce début de semaine, l’IRM constatait que la pluviométrie de cette saison était d’ores et déjà plus élevée que celle du plus humide des automnes de la dernière décennie. Si ce temps maussade est pour beaucoup synonyme de congés décevants, pour les agriculteurs, c’est une autre affaire. Des retards inédits dans les récoltes, des rendements décevants et une piètre qualité de nos céréales, voilà ce que constatent nos cultivateurs aujourd’hui.

 

José Renard – Anne Pétré

 

Cette année, le rythme traditionnel de l’été du secteur agricole a été sacrément bousculé. La tradition qui veut qu’une fois les moissons d’escourgeon et de colza clôturées, Libramont offre une belle pause avant d’entamer les récoltes suivantes, n’a pas été respectée. Rappelons au passage, que les fondateurs de la Foire il y a 95 ans avait choisi de la tenir fin juillet pour la situer entre « foins et moissons ». La Foire n’a pas pu s’organiser, covid oblige, et les rythme des récoltes n’a pas eu grand-chose à voir avec ce que nous avons coutume de vivre.

Bien sûr, il faut mentionner, une fois encore, les terribles inondations qui ont touché une large part de notre territoire en juillet. Outre le dramatique bilan humain et économique, on n’a pas encore fini d’en mesurer les conséquences notamment sur les aspects agricoles et la qualité des sols ainsi que sur l’accessibilité aux parcelles toujours encombrée de déchets de toute nature, amenés par les flots en furie. Tous ces effets doivent encore être évalués à moyen terme..

Même dans les régions moins affectées par ces événements catastrophiques, les récoltes estivales ont largement souffert de notre climat capricieux de ces dernières semaines. D’importantes superficies de céréales sont versées et couchées à terre, rendant la récolte bien plus compliquée et compromettant la qualité du grain. On a vu s’embourber de nombreuses moissonneuses dans des terres détrempées qu’aucun soleil n’est venu sécher ! Certaines soles de pois après le battage des batteuses ont l’allure d’une terre de betteraves après arrachage en novembre.

« L’Aouss comme le disaient nos parents » n’est pas terminé et ces moissons bien difficiles ne seront donc pas finies de sitôt…Un petit tour des campagnes permet de le constater sans difficultés, de nombreuses parcelles sont toujours debout sans compter la paille en andains.

 

Cependant, on peut déjà évoquer les premiers résultats.  Des rendements décevants, une qualité très inégale, c’est le premier constat que l’on peut déjà tirer à ce stade.

Pour permettre néanmoins que nos récoltes soient valorisées au mieux, la FWA, par le biais de sa commission « productions végétales », a sensibilisé le négoce. Comme nous l’avion fait pour l’escourgeon plus tôt dans la saison, nous avons demandé à FEGRA, la fédération du négoce céréalier, que ces circonstances climatiques exceptionnelles soient reconnues et prises en compte. C’est le cas : vous trouverez en page 4 un article court mais complet qui précise les assouplissements en matière de normes de qualité pour les récoltes 2021.

Au sein de notre commission productions végétales, une réflexion est également en cours sur la double pénalité qui frappe les producteurs céréaliers lors de saisons humides comme celle que nous connaissons cette année. Ainsi, lors de la livraison, lorsque le grain est humide, le poids spécifique est moindre que lorsqu'il est sec. Si le blé est humide, il y a des frais de séchage, ce que nous ne contestons pas. Mais quand le prix payé est fonction du poids spécifique à la livraison, l’agriculteur est en quelque sorte pénalisé doublement : il est moins bien rémunéré pour la qualité et se voit imputer des frais de séchage. Or, en séchant, le blé retrouve un poids spécifique supérieur à celui auquel il a été livré et le négociant pourra revendre la même marchandise avec une meilleure qualité. Pour notre commission, un dialogue constructif avec le négoce pour permettre un accord équilibré sera l’une des priorités de ses prochains mois.

On doit aussi légitimement s’inquiéter, au vu des qualités diverses que nous aurons été en mesure de produire en fonction des régions voire des parcelles, de la façon dont le négoce pourra in fine valoriser notre production céréalière 2021.

Le marché des céréales, on le sait, est extrêmement sensible au contexte mondial. Le bilan plus que mitigé que nous rencontrons est partagé par l’ensemble de l’hémisphère nord, ou presque : seule l’Ukraine semble sortir quelque peu son épingle du jeu.

A défaut de rendements solides, on peut donc potentiellement s’attendre à ce que les prix soient relativement soutenus par une offre plus faible que de coutume.

Par ailleurs, certaines différences de prix du blé relevées ces derniers jours entre le marché belge et le « rendu Rouen » port de référence du marché céréalier au détriment de notre production indigène sont plus qu’interpellantes et devront aussi être discutées avec FEGRA.

En outre, la politique américaine pourrait également influer sur le marché. Aujourd’hui, on évoque la possibilité que l’administration Biden réduise sa production de bioéthanol, qui atteint le million de barils quotidien, ce qui pourrait par contre produire des effets baissiers sur les prix du marché.

Bref, tout cela reste bien incertain, dépendant surtout des décisions géopolitiques prises, le plus souvent pour des raisons bien éloignées de nos réalités agronomiques, à des milliers de kilomètres de nos terres de céréales, dans un contexte politique mondial qui n’est pas plus stable que notre météo belge, loin s’en faut !

 

 

 

 

 

 

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