Au moment de la rédaction de cet édito, il est bien difficile d’échapper dans les médias aux sujets consacrés à la rentrée scolaire anticipée de quelques jours et à la réforme des rythmes scolaires. Et cela est bien normal, le rôle de l’école reste fondamental dans notre société. Mais pour les agriculteurs deux autres préoccupations majeures figurent à l’avant-plan: la persistance et l’aggravation de la sécheresse d’une part et l’explosion qui devient incontrôlable des prix de l’énergie en particulier du gaz et de l’électricité. Pendant la pause estivale de votre Pleinchamp, la FWA n’est pas restée inactive dans ces domaines, loin de là.

 

José RENARD

 

En cette fin d’été, les vents contraires semblent conjuguer leurs actions: hausse vertigineuse des coûts de production et des prix des matières premières, inflation généralisée, explosion des prix de l’énergie, le tout exacerbé par la guerre en Ukraine et dans toute l’Europe de l’Ouest, une sécheresse d’une ampleur rarement connue, d’une gravité sans précédent tant dans son intensité et sa durée que dans ses conséquences pour l’agriculture. De nombreux secteurs sont touchés: prairies, maïs, pommes de terre, légumes et arbres fruitiers. Les éleveurs doivent utiliser les stocks de fourrage constitués pour l’hiver pour nourrir le bétail qui ne trouve plus rien dans les prairies. Les inquiétudes sont maximales concernant les volumes des futures récoltes. Les producteurs doivent aussi anticiper ces récoltes en se demandant comment ils vont faire pour assumer les factures d’énergie indispensables pour garantir la conservation des produits. La répétition de ces sécheresses interpelle. A cet égard, les analyses des experts du CRA-W développées en pages intérieures peuvent quelque peu nous éclairer.

L’Institut royal météorologique (IRM) assure un suivi au jour le jour de l'état de sécheresse dans le pays sur base de 2 indices: l'indice de précipitations normalisé qui caractérise le total des précipitations des 90 derniers jours (dans la situation d’aujourd’hui, il serait plus logique de parler du déficit de précipitations) ainsi qu’un indice qui exprime le bilan d’eau c’est-à-dire la différence entre les précipitations et la quantité d’eau évaporée ou transpirée par le sol et la végétation. L’évolution de ces indices fin août montre clairement une situation extrêmement sèche très proche, voire pire en l’absence de pluie, de la situation de 1976, la plus sèche des 50 dernières années. Beaucoup plus inquiétantes encore sont les prévisions à 10 jours avec une absence quasiment totale de précipitations qui ferait passer pratiquement toute la Belgique en situation extrêmement sèche, soit une situation dont la probabilité de retour est supérieure à 50 ans.

Quand les agriculteurs veulent malgré tout déchaumer leurs éteules c’est dans des nuages de poussière. Implanter quoiqu’il en coûte les couverts hivernaux pour respecter des obligations de date prévues par les législations européenne et wallonne reviendrait à jeter les semences aux oiseaux, les probabilités de germination étant nulles, sans compter le gaspillage d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre dus aux travaux de préparation des sols, alors que les bénéfices en matière environnementale, en particulier la protection de l’eau, seront inexistants. Cherchez le bon sens, on a vraiment l’impression d’un monde qui marche sur la tête.

 

Depuis plusieurs semaines la FWA a interpellé les Ministres wallons Borsus et Tellier sur des mesures de bon sens à prendre pour faire face à cette situation. Dans les compétences du Ministre de l’Agriculture, les mesures suivantes pourraient être activées: pouvoir détruire la culture dérobée après une durée d’implantation de deux mois au lieu de trois mois afin d’éviter de semer dans des conditions trop sèches; permettre de conserver la culture dérobée comme culture principale en 2023 pour permettre aux éleveurs de reconstituer leur stock de fourrage sans gaspiller des semences et de l’énergie; permettre que la couverture végétale SIE soit semée comme culture pure si elle est destinée au pâturage ou à la production de fourrage grossier. Nos demandes à la Ministre Tellier portent plus particulièrement sur des dérogations aux obligations imposées par le PGDA vu que la sécheresse est telle que la réalisation de semis des cultures dérobées pour le verdissement est impossible: postposer au 15 septembre l’obligation d’implanter pour le 01 septembre un couvert après culture de légumineuses; postposer au 30 septembre l’obligation d’implanter des couverts au plus tard le 15 septembre; déroger à l’obligation que le couvert recouvre le sol à concurrence de 75%; postposer également de 15 jours les obligations d’épandage d’effluents d’élevage.

Toute personne qui jette un simple regard sur les campagnes peut se rendre compte de l’évidence et de la nécessité de ces demandes de suspendre l’obligation d’implanter des couverts tant pour les SIE que pour le PGDA et ce, sans sanction sur les aides des agriculteurs et sur le verdissement. Toutefois les réponses se font attendre et/ou les premières indications font état de réponses partielles. Des informations reçues du Cabinet Tellier, des dérogations au PGDA vont être prévues sous forme de report de date, mais pas de levée totale de l’obligation CIPAN, du moins pour l’instant. Les dispositions devraient donc être similaires à celles qui avaient été activées en 2020. Pour la FWA, la situation météo est pire qu’en 2020 et les propositions de report ne permettront pas de répondre à la situation exceptionnelle de cette année. Les prévisions sont en effet très mauvaises et l’implantation et la levée des couverts sont plus que compromises dans ces conditions.

Nous sommes toujours en attente des éventuelles dérogations aux obligations SIE dans le cadre du verdissement qui doivent suivre leur chemin administratif notamment au Conseil d’Etat. Vu les prévisions qui continuent malheureusement à être excessivement sèches et l’absence totale de pluie annoncée cette semaine, pour la FWA, la levée totale de l’obligation d’implantation est devenue en ce moment la seule mesure justifiée. La FWA réinsiste à chaque occasion devant les Ministres concernés et l’a encore fait ce mercredi lors de la rencontre du Conseil général avec le Ministre Borsus pour obtenir la levée totale de l’obligation d’implantation des cultures dérobées- SIE sans pénalité pour le paiement vert ainsi que la levée totale de l’obligation d’implantation des CIPAN dans le cadre du PGDA.

Au-delà de ces demandes de dérogations qui deviennent malheureusement une habitude, plusieurs réflexions plus globales doivent être rappelées. Dans de nombreuses communes, les agriculteurs ont activé les commissions communales de constat des dégâts aux cultures. Ce travail reste toujours nécessaire d’un point de vue fiscal mais il est indispensable que les autorités wallonnes introduisent une demande à l’IRM concernant la reconnaissance éventuelle du caractère exceptionnel de la situation, ce qui permettrait la poursuite du processus de reconnaissance de la calamité agricole. Depuis plusieurs années, la FWA mène un important travail de fonds concernant la mise en place d’un système d‘assurances multirisques climatiques, à l’instar de ce qui se fait en Flandre ou en France et dans pas mal d’autres pays européens. En effet, non seulement la répétition des événements climatiques exceptionnels fragilise grandement le système actuel mais celui-ci semble être arrivé au bout de ses capacités. Les calamités agricoles coutent cher aux pouvoirs publics et demandent à chaque reconnaissance de dégager d’importants moyens budgétaires additionnels aux crédits inscrits au budget de la Région toutefois sans nécessairement indemniser correctement les producteurs. En outre, la procédure administrative est lente et complexe. La FWA demande depuis plusieurs années le soutien de la Wallonie pour la mise en place d’assurances multirisques climatiques afin que le montant des primes soit abordable pour les agriculteurs. Le mécanisme révisé qui entrera en application en France permettra une cohabitation du système assurantiel tout en gardant un filet de sécurité via les calamités agricoles pour les dommages très importants. Ce sont des pistes à explorer très sérieusement. Il est plus que temps que l’administration wallonne avance sur ce sujet et la FWA entend bien être associée aux réflexions et démarches, jouant ainsi pleinement son rôle de force de proposition.

Enfin, les problèmes de liquidités et de fonds de roulement risquent de se poser de façon de plus en plus aigüe dans les exploitations: coûts en hausse, factures d’intrants explosées, production en baisse, nécessité d’achats complémentaires de fourrages. Le paiement d’une éventuelle calamité agricole ne se ferait pas avant fin 2023 donc il convient de réfléchir à la mise en place de mesures rapides et efficaces, afin de venir en aide en urgence aux éleveurs et en particulier pour atténuer les problèmes de trésorerie.

 

Si personne à la FWA n’a la capacité de faire revenir la pluie à court terme, tous, élus et services, nous sommes mobilisés pour que les mesures les plus efficaces pour atténuer les effets de cette sécheresse exceptionnelle soient mises en place. C’est notre chantier principal du moment.

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