Si en 2021 des records de pluviosité ont été battus avec les conséquences dramatiques que l’on connait, le printemps 2022 se caractérise par le retour de la sécheresse. En effet, les mois de mars et d’avril ont été particulièrement secs, avec des niveaux de précipitations fortement inférieurs aux normales de saison. Et le vent de nord/nord-est est venu renforcer la dessication de la terre.  De quoi provoquer l’inquiétude dans les campagnes. D’autant plus que les prévisions pour la présente semaine font la part belle au temps sec et aux températures élevées.

José Renard

 

Le « beau temps » actuel, chaud et sec, réjouit certainement de très nombreux citoyens, qui par ailleurs n’ont pas encore à se préoccuper de l’approvisionnement en eau vu la bonne recharge hivernale des nappes phréatiques. Mais pour les agriculteurs, il en va tout autrement et la situation devient préoccupante vu l’absence de pluie. Selon les experts de l’Institut royal météorologique, en mars et avril, il n'est tombé que 40 mm de pluie, contre 105 en moyenne. Le mois de mars fut le plus sec enregistré depuis le début des relevés à Uccle, en 1833, avec seulement 2,2 millimètres de pluie. Le mois d'avril s'est également inscrit sous la normale, avec 37 mm au lieu de 46 en moyenne.  De plus, les prévisions de l'IRM n'indiquent pas de changement significatif dans le ciel prochainement, hormis quelques averses locales très limitées. Au 9 mai, le déficit de précipitations cumulées des 90 derniers jours en moyenne belge, se rapproche tout près du niveau très sec qui est déjà atteint, voire dépassé localement. Et la situation risque de s’aggraver rapidement vu le peu de pluie en perspective dans les prochains jours. La sécheresse devrait donc gagner en intensité avec une extension des zones très sèches et même extrêmement sèches. Du côté des services agrométéorologiques du CRA-W, les mêmes constats sont posés. Les mois de mars et avril peuvent être qualifiés de très secs, avec bien entendu des variations régionales. La Zone limoneuse, le Condroz et la Famenne ont été moins arrosés. Il faut qu’il pleuve d’ici la fin du mois, sinon on va rentrer dans des stades de développement des végétaux où le manque hydrique sera impactant et des effets significatifs sur les rendements seront hautement prévisibles.

 

La situation sur le terrain devient compliquée, les difficultés se multiplient concernant les semis de printemps. On voit désormais des nuages de poussière flotter au-dessus des champs récemment emblavés. Pour l’instant, ce sont surtout les semis de betteraves et chicorées qui souffrent. Le manque d’eau entrave la germination, les levées s’opèrent difficilement et les nouvelles cultures ont beaucoup de mal à démarrer. Les maïs sont semés et les pommes de terre plantées en espérant qu’il ne tarde pas à pleuvoir. Pour les plantes à petites graines comme les légumes, rien ne germe. Les prairies sont à la peine dans des régions sensibles à la sécheresse comme en Famenne. Pour les cultures d’hiver, la sécheresse freine l’absorption de l’azote, diminuant ainsi l’efficacité des engrais alors que leur niveau de prix demanderait précisément de la renforcer pour pouvoir en utiliser moins. Même si le signal d’alarme n’est pas encore tiré, la situation demande de la vigilance à tous les étages.

Eternel recommencement du métier d’agriculteur mais aussi à chaque fois un acte de confiance et d’espoir en confiant les semences à la terre travaillée avec soin pour préparer la nouvelle récolte et donc, au final, jeter les bases d’une partie du revenu de l’année.

 

La survenance d’évènements climatiques plus intenses, de plus longue durée et plus fréquents constitue dans nos régions de climat tempéré la manifestation la plus visible des dérèglements climatiques. En témoignent la multiplication des années de sécheresse généralisée depuis le début des années 2000 ainsi que les périodes de très fortes précipitations comme celles qui ont conduit aux inondations dramatiques de juillet 2021. Nous le rappelons sans cesse, la production agricole est la première à être exposée aux effets des dérèglements climatiques et à en être victime avec toutes les conséquences sur les variations de la production tant en volume qu’en qualité. Au final, c’est le revenu des agriculteurs qui est affecté par les aléas climatiques.

 

Par son essence même, par le travail avec des êtres vivants en milieu naturel, l’activité agricole est soumise aux variations de la météo et aux attaques des parasites et ravageurs. Les agriculteurs le savent et ont intégré ce fait dans la conduite de leur exploitation. L’adaptation en permanence aux conditions météorologiques constitue par définition une partie de l’activité agricole. Modifier les plans de culture, utiliser des variétés moins sensibles à la sécheresse, qui s'enracinent plus profondément dans le sol, voire abandonner certaines cultures. Quand il fait sec au moment des semis, tout est mis en œuvre pour éviter le dessèchement du sol. Mais face aux évènements extrêmes et répétitifs, les agriculteurs se sentent démunis.

 

Les pertes de revenu agricole provoquées par des évènements climatiques exceptionnels peuvent faire l’objet d’une intervention du Fonds des calamités agricoles. Celle-ci ne constitue en rien une manne céleste qui viendrait arroser le monde agricole. En effet, selon le législateur wallon, il s’agit d’aides visant à « réparer le dommage direct, matériel et certain, causé à une production agricole par une calamité agricole ». La procédure de reconnaissance passe par une série de conditions cumulatives à commencer par le caractère exceptionnel du phénomène climatique, et ensuite d’intensité et de montants des dégâts constatés. Enfin, la plus importante inconnue porte sur le périmètre budgétaire d’une intervention du Fonds des calamités.

Rappelons que celui-ci est au départ chichement doté de 4,8 millions d’euros. Et, force reste de constater que lors d’interventions précédentes, malgré les importants moyens financiers globaux dégagés par la Wallonie, l’indemnisation était loin de couvrir les dégâts réels encourus et qu’une série de secteurs réellement touchés n’avaient bénéficié d’aucune indemnisation. La FWA a souvent été bien seule à défendre un traitement équitable de l’ensemble des secteurs affectés.

 

Sept ans après le transfert aux Régions de la compétence en matière de calamités agricoles, une chose est sûre. Nous ne pouvons plus faire l’économie d’une réflexion stratégique approfondie sur le futur même du Fonds des calamités agricoles. Ce mécanisme, hérité de la gestion fédérale de la grande sécheresse de 1976 et malgré les modifications apportées par un décret wallon voté à l’unanimité du Parlement en 2016, semble être arrivé au bout de ses capacités. Les événements climatiques calamiteux surviennent de plus en plus fréquemment. Des accidents climatiques de plus grande ampleur, plus fréquents, qui couvrent tout le territoire de la Région et qui coûtent de plus en plus cher : le constat est implacable. S’y ajoute la nécessité de dégager d’importants moyens pour compléter le budget annuel du Fonds des calamités sans pour autant pouvoir indemniser à la vraie hauteur des dommages subis tout en provoquant la frustration dans les secteurs non retenus pour l’indemnisation. Enfin, l’importante charge administrative nécessaire pour la gestion des dossiers ne peut être méconnue : double constat dans les parcelles touchées avant récolte, encodage des constats dressés par les commissions communales, calcul des indemnisations, négociation budgétaire.

 

Pour ces raisons, la Fédération wallonne de l’Agriculture plaide depuis plusieurs années pour une alternative intégrant un système d’assurance contre les risques climatiques. Elle y travaille depuis longtemps. Soulignons que la Flandre est déjà passée à un tel système depuis plusieurs années. Saluons également l’engagement pris dans la déclaration de politique régionale wallonne de 2019 concernant «la mise en place progressive d’un nouveau système plus solidaire d’assurance production».

 

Depuis de nombreux mois, la FWA travaille à étendre les couvertures aux dégâts causés par les événements climatiques avec la mise au point d’une assurance multirisques climatiques. Notre souci premier doit bien sûr être que tous les agriculteurs et toutes les productions puissent accéder à de telles assurances. L’idéal serait évidemment d’avoir une intervention publique dans le paiement des primes. C’est pour cette raison, que nous avons encore tout récemment présenté l’avancement de nos réflexions au Ministre Borsus et à son équipe. Il faut maintenant que cela débouche sur du concret. En Flandre, l’intervention de la Région équivaut à 65% de la prime d’assurance. C’est à ce niveau que les discussions avec la Wallonie doivent se poursuivre et que les arbitrages politiques devront intervenir et être guidés par la recherche de l’efficacité de l’utilisations des moyens publics et de la prévisibilité des dépenses.

Pour la FWA, le passage par un système d’assurances est donc incontournable, car il n’est plus permis de poursuivre avec un système qui ne couvre qu’une partie des agriculteurs et qui les couvre mal. Disposer en Wallonie d’un outil performant et efficace de gestion des effets des évènements climatiques dont les risques sont en croissance sur la production agricole constitue plus qu’une nécessité. C’est une condition de pérennité des exploitations. Il est indispensable de faire face rapidement aux pertes de revenus et de trésorerie provoquées par les évènements climatiques exceptionnels. C’est pour cela que nous organiserons aussi, début juin, une réunion avec les parlementaires wallons pour les sensibiliser à la nécessité de mise en place d’un système assuranciel. L’obtention d’un revenu décent pour nos familles agricoles constitue la priorité n° 1 de la FWA.

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