A part d’être tout à fait coupé du monde, personne n’a pu ignorer que le G20 se réunissait le week-end dernier à Rome avant de rejoindre Glasgow pour la Cop26. Des décisions pour limiter le dérèglement climatique et préserver notre biodiversité doivent être prises en urgence. Alors que la Cop26 n’abordera pas le thème de l’agriculture, ce que la FWA ne peut que regretter, les médias ont remis une fois encore le focus sur notre agriculture et ce, sous l’impulsion de certains de nos politiques, usant même de publications Facebook sponsorisées !

Marianne Streel

 

Une fois encore, je rappellerai que l’agriculture est cause et victime, mais aussi une des solutions pour répondre aux enjeux environnementaux qui se posent mondialement à nos sociétés. Un sujet qui doit être abordé de façon pragmatique. Une fois encore, je suis assez ahurie de la communication autour de notre agriculture dans certains débats dont il ne ressort aucune valorisation du modèle wallon et de ce qu’il a comme avantages pour notre environnement par rapport à certaines agricultures non européennes. Des débats la décriant en utilisant des chiffres mondiaux, ça commence à bien faire ! Même stratégie, pour le post Facebook Sponsorisé du Co-Président d’Ecolo. Lequel, après avoir insisté sur le fait que seule l’agriculture vertueuse, selon ses critères, doit être soutenue, nous renvoie vers une capsule vidéo très tendancieuse tout en faisant le lien avec le Plan Stratégique Wallon qui est sur la table du Gouvernement! Ces raccourcis deviennent récurrents… et écornent sérieusement l’image de notre métier, la confiance dans notre profession et, de façon plus large, la confiance en l’avenir ! Le marketing de la peur, savamment entretenu, est une bien triste méthode pour faire avancer des idées. Si l’on passe sur le fait qu’il est souvent basé sur des infos incomplètes, voire manipulées, il a aussi pour conséquence de briser l’espoir. Cette phrase peut sembler un peu forte, mais lorsque j’entends de nombreux jeunes expliquer qu’ils ne veulent pas faire d’enfants au vu du monde qu’on leur laisse, j’avoue être très attristée.

Pourtant, des atouts, notre agriculture en a beaucoup. J’ai du mal à comprendre pourquoi on ne s’attache pas à les soutenir et à les renforcer, au lieu de décrier le modèle agricole dans son ensemble, sans faire de différence entre le modèle wallon et celui qui est pratiqué ailleurs.

La semaine dernière, la FWA a été reçue, suite à sa demande, par la Ministre Tellier, en compagnie des autres organisations, pour aborder le suivi à donner à l’étude de l’ISSeP sur le biomonitoring wallon (dont vous trouverez un résumé dans cette édition). L’objectif de notre demande de rencontre était aussi de questionner  la communication que la Ministre en a fait dans les médias. Si la FWA ne remet nullement en cause le fait de faire un biomonitoring afin de mesurer la présence de certaines substances (tels que le plomb, le mercure, le cuivre, les PCB, les pesticides…) dans le corps des Wallons, elle ne peut que regretter de ne pas y avoir été associée, ni prévenue de la sortie des résultats. Si ce n’est par l’intervention de la Ministre dans les médias quelques heures avant la communication complète de ceux-ci.

Cette étude, dont Anne Pétré vous parle en page 2 de ce Pleinchamp, est destinée à mesurer une situation a un temps « T », en détectant des substances présentes dans le corps des Wallons. Ces mesures établies aujourd’hui vont servir de valeur de référence pour un suivi dans le temps de notre santé. Ces substances n’ont rien à faire dans notre organisme. Et si je tiens à dire qu’il est évidemment important de tout faire pour en réduire la teneur, il convient de relever que les résultats wallons sont comparables au biomonitoring du reste de l’Europe. La FWA a également rappelé qu’à cette première étape de l’étude, durant laquelle aucun lien de causalité n’a encore été analysé, celle-ci ne pouvait nullement être un outil de décision politique, et encore moins en lien avec la PAC !

La FWA a obtenu de la Ministre de recevoir le questionnaire qu’ont rempli les personnes testées. Nous avons aussi demandé à pouvoir accompagner l’ISSeP dans le reste de l’étude, en proposant des pistes dans l’analyse des liens possibles entre les substances retrouvées dans le sang et les urines des wallons, et la causalité probable de cette présence. En tant qu’utilisateurs professionnels de certaines des substances recherchées, les agriculteurs sont en effet concernés au plus haut point, tant par ce que cette étude peut leur apporter en termes de gestion des risques pour eux-mêmes et les autres, qu’en termes d’image pour leur profession.

Comme expliqué précédemment, la FWA a également rappelé son mécontentement quant au grand décalage entre les résultats de la première étape de l’étude et la communication que la Ministre en a fait. Nous avons exprimé notre mécontentement, mais également notre crainte quant à l’impact que ceci pourrait avoir sur l’image de notre agriculture auprès des consommateurs et des citoyens. Ceux-là même auprès de qui nous menons des actions afin de recréer du lien et de rendre du sens à nos pratiques agricoles. Il suffit, pour mesurer l’impact de cette communication ciblée sur les produits phytosanitaires, de compter le nombre d’interventions médiatiques sollicitées auprès de nous dans les heures qui ont suivi les déclarations de la Ministre!

Nous devons communiquer avec transparence et nous remettre en question, c’est une évidence ! Par contre, il est crucial que tous les acteurs qui entourent notre secteur et ont à cœur de le soutenir, partagent cette volonté de communiquer objectivement à son sujet.

J’avoue qu’il est vraiment épuisant de s’entendre dire à longueur de semaines que l’agriculture doit être révolutionnée, de la voir dualisée, de ressentir ce marketing de la peur utilisé quand on parle de nos produits ou de nos pratiques… Et en même temps, de s’entendre dire à longueur de semaines que nous devons recréer du lien, communiquer positivement sur notre métier, nous diversifier, et chercher des solutions afin de rendre notre métier attractif pour les jeunes ! Amener des solutions pragmatiques afin de trouver des alternatives réalistes et réalisables au sein de nos fermes afin de rendre notre agriculture familiale toujours plus durable, est le travail de tous et doit être fait avec bon sens. Sinon, on passera à côté de l’objectif essentiel : maintenir un tissu agricole solide et durable, vecteur de changement et d’évolution, sur notre territoire wallon. A vouloir le plus que parfait, on risque l’imparfait !

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