Introduction

Aujourd’hui, notre métier d’agriculteur ne peut s’envisager sans une réflexion sur la commercialisation de nos productions. La difficulté à obtenir un prix qui couvre nos coûts de production et génère un revenu, est au cœur des difficultés de la plupart de nos exploitations.

Nous  vous proposons, au fil des prochaines semaines, d’explorer les diverses alternatives mises en place par des producteurs pour optimiser leur rentabilité, et tenter d’assurer le revenu et la pérennité de leur exploitation.

 

Anne Pétré

 

Cette semaine, l’enseigne de distribution Delhaize annonce via un communiqué et une rencontre avec la presse, vouloir renforcer son lien avec la production agricole locale, en mettant en place une vaste campagne de promotion positive de ses partenariats avec des coopératives agricoles. Un projet que l’enseigne positionne comme un moyen pour le consommateur de connaître la provenance de ce qu’il achète, et pour le producteur, de mieux valoriser sa production. Si le circuit court a le vent en poupe, la majorité de nos concitoyens restent avant tout, clients des grandes enseignes pour remplir leurs frigos. Dans les divers sondages réalisés au fil du temps à ce sujet, nos concitoyens se déclarent soucieux de la provenance de ce qu’ils achètent, de la qualité, des conditions de production. Les enseignes de la grande distribution en sont bien conscientes et tentent de répondre à ce souci du consommateur final en proposant des produits dont l’origine locale est bien visible.

En quoi ces partenariats sont-ils porteurs pour l’enseigne et le consommateur ? Plus important encore de notre point de vue, est-il intéressant pour les agriculteurs qui s’y impliquent?

Nous avons interviewé Luc Hollands, agriculteur et président la coopérative laitière Biomilk, et Marjan Decoster, manager de la filière «crèmerie» de chez Delhaize qui nous donnent leur point de vue respectif sur l’aspect laitier de ce partenariat.

 

 

 

Vu de chez Delhaize…

 

marjan decosterPlein Champ– Madame Decoster, d’où vient ce projet de partenariat avec la coopérative Biomilk?

Marjan Decoster- Pour remettre la chose dans son contexte, il faut savoir que dans la filière dont je m’occupe (crèmerie et œufs) comme dans beaucoup d’autres chez nous, il y a une volonté claire de notre enseigne de favoriser l’achat sur le marché belge. Cette philosophie d’achat concerne le lait, mais aussi les produits laitiers transformés, à chaque fois que c’est possible. En 2018, nous avons eu un premier contact avec la coopérative Biomilk qui cherchait une filière durable pour sa commercialisation. Comme cela s’inscrivait totalement dans notre politique d’achat sur notre territoire, et de surcroît en label bio, nous avons entamé des discussions avec les coopérateurs pour trouver un terrain d’entente. C’est, je crois, le tout premier partenariat qui s’organise ainsi directement entre les producteurs et une enseigne de la grande distribution.

 

PC- Concrètement, comment ce partenariat fonctionne-t-il?

MD- L’idée derrière ce partenariat, c’est vraiment de garder un contact permanent avec la coopérative et les producteurs qui la composent. Nous avons un contrat avec la structure qui prévoit à la fois un prix «fair» (équitable), et nous nous engageons aussi sur un volume d’achat annuel. C’est évidemment intéressant pour la coopérative, qui a ainsi la garantie de voir une part fixe de sa production commercialisée à un prix qui est, lui aussi, garanti. Cela permet aux producteurs de se projeter sur du long terme. Nous maintenons une relation constante avec la coopérative, et nous travaillons dans la transparence et le dialogue: si quelque chose ne convient pas à l’une ou l’autre partie, nous en discutons en direct, et nous cherchons des solutions ensemble.

 

PC- De son côté, la coopérative a aussi des engagements à votre égard?

MD- Outre les volumes à fournir, les producteurs ont aussi un rôle d’ambassadeurs dans ce partenariat. Il est important que le client puisse voir le visage de l’agriculteur derrière le produit fini. Ponctuellement, les agriculteurs de la coopérative viennent donc faire déguster les produits dans nos magasins, et dialoguent avec les clients. C’est un aspect du partenariat qui est important, et que nous avons dû interrompre en raison de la covid, mais qui reprendra dès que possible. Les produits de la gamme sont aussi identifiés par le logo de Biomilk et des informations sur le partenariat et les conditions de productions apparaissent aussi sur les emballages, dans cette même logique de lien entre le producteur et le consommateur. Aussi, nous informons notre personnel de ce partenariat, et les agriculteurs de la coopérative sont aussi venus à plusieurs foires internes pour présenter et expliquer leurs produits, afin que notre personnel en magasin connaisse la gamme et contribue à sa valorisation.

 

PC- Depuis le début de ce partenariat, comment a t’il évolué?

MD- Nous avons élargi la gamme des produits proposés. Via plusieurs transformateurs, toujours belges, nous avons pu proposer au départ des yaourts, de la crème et du lait de consommation, puis nous avons développé cette gamme avec 3 fromages, des crèmes glacées, un yaourt grec, d’autres yaourts, du l ait frais…; Aujourd’hui, c’est une vingtaine de produits différents qui sont issus des fermes Biomilk et qui, au travers de transformateurs belges, sont proposés dans nos rayons. A chaque fois qu’une opportunité se présente, nous continuons à créer de nouveaux débouchés et de nouveaux produits en accord avec la coopérative, pour pérenniser ce partenariat et valoriser le lait des agriculteurs de Biomilk. En parallèle, nous avons aussi tra            vaillé sur un packaging plus écologique pour le lait, qui est cohérent avec le positionnement bio qui sous-tend la coopérative.

 

PC- En conclusion, c’est un partenariat porteur?

MD- Comme je l’ai dit, le prix négocié avec la coopérative doit rémunérer le producteur laitier de façon équitable. C’est important pour Delhaize, et aussi pour ses clients, qui se montrent vraiment intéressés par cette garantie d’un prix juste, d’une provenance locale et d’un label bio qui assure aussi que le produit s’inscrit dans un cahier des charges connu et sûr.

C’est un partenariat commercial dans lequel chacun doit trouver son compte, qui doit être équilibré, et je pense que c’est vraiment le cas. Notre volonté est vraiment de le faire perdurer et se développer sur le long terme, dans le dialogue et dans la transparence avec Biomilk et ses producteurs.

 

 

 

Biomilk.be – Delhaize: un partenariat win win

 

BiomilkBiomilk.be, c’est la signature qui se cache derrière le lait, les yaourts, les fromages, les crèmes ou autres glaces siglées «bio» sous la marque distributeur des enseignes Delhaize. Cette coopérative, qui propose une sélection de produits bio fabriqués à base de lait 100% belge, compte dans ses rangs une quarantaine de producteurs certifiés, répartis dans toute la Belgique. Luc Hollands, lui-même éleveur à Teuven dans les Fourons, en est le Président. Il nous explique la nature de la collaboration durable qui s’est nouée entre la coopérative et la chaîne de grande distribution qui garantit aux éleveurs une juste rémunération.

 

Marie-France Vienne   

 

Luc Hollands- Geen Valley Farm

PC- Luc Hollands, quelle est la genèse de Biomilk?

LH- Créée en 2002 par des éleveurs laitiers flamands bio, la coopérative s’appelait à la base «Biomelk» avant d’être rejointe par un groupe de producteurs wallons en 2006 pour former l’entité «Biomelk Vlaanderen – Biolait Wallonie» désormais dénommée «Biomilk.be» depuis 2017 afin de souligner le caractère belge du groupement. Elle comptera bientôt dix nouveaux producteurs wallons, principalement issus de la région germanophone, et deux flamands. De 15 millions de litres de lait cette année, nous passerons à 20 millions en 2022, ce qui représente environ 25% de la production totale de lait bio en Belgique.

PC -Quelles sont les relations entre Biomilk.be et ses producteurs?

LH- C’est une grande famille, tout le monde est sur le même pied d’égalité et s’inscrit dans l’esprit d’une coopérative dans toute la noblesse du terme. Le Conseil d’Administration est composé de neuf agriculteurs et nous organisons au moins trois réunions par an avec les producteurs avec, par exemple, la présence d’un technicien pour évoquer la qualité du lait, un spécialiste en alimentation pour développer le résultat des dernières recherches scientifiques.     

 

PC- Quand avez-vous initié ce partenariat avec Delhaize et sur quelle base fonctionne-t-il?

LH - Cela fait trois ans que nous avons établi ce partenariat. Nous avons un accord sur un prix équitable basé sur la moyenne des comptabilités de nos exploitations. Il prend en compte la dimension de la main-d’œuvre et des investissements pour se situer dans une fourchette qui oscille entre 0,45€ et 0,50€/litre contre 0,30€ à 0,33€ pour le réseau conventionnel. La formation du prix se définit de concert avec Delhaize, le transformateur de son choix et notre coopérative dans le respect des producteurs. La brique de lait ½ écrémé sera ensuite vendue à 0,99€ et 1,25€ pour le lait entier. Nous avons 18 références en yaourt, lait frais, glaces, mais aussi du Herve Société bio pour lequel nous fournissons du lait AOP. 

 

PC- Quel est l’intérêt de ce partenariat pour votre coopérative et ses producteurs?

LH - Il y a une exclusivité sur la distribution, mais aussi la garantie que le lait bio utilisé proviendra de notre pays avec un tarif équitable pour l’agriculteur. Il faut savoir que le prix n’est pas un critère de choix chez le consommateur bio qui plébiscite les produits en fonction de leur origine, en l’occurrence la Belgique, et la parfaite traçabilité que nous pouvons lui garantir. Notre logo est repris sur chaque produit permettant aux consommateurs de retrouver sur le site biomilk.be la fiche d’identité de chaque producteur et de son exploitation. C’est ce qui fait l’une des forces de ce partenariat pour notre coopérative, l’autre étant bien sûr d’obtenir un prix juste sujet à révisions régulières. 

 

Belhaize

Delhaize devient Belhaize…

 

Ce mardi 27 avril, Delhaize a lancé une vaste campagne de communication visant à mettre en valeur les produits belges présents dans ses rayons. Constatant une hausse de 15% pour ces produits sur la seule années 2020, Delhaize surfe sur cette tendance et met l’accent sur son attache au territoire et ses 1600 fournisseurs belges, soit -précise l’enseigne- 70% de son assortiment.

Temporairement, pour mettre en avant cette volonté de favoriser la production belge, Delhaize devient Belhaize. Ce changement de nom se traduit dans un nouveau logo, des packagings modifiés, des visuels dans les magasins et le magazine de la marque, une mise en valeur intensive des produits issus de Belgique… Un concours sera aussi organisé pour les clients achetant 5 produits porteurs du label FormidaBEL pour permettre à ceux-ci de remporter une visite chez l’un des 1600 producteurs belges qui fournissent Delhaize, avec une découverte de l’exploitation et un repas offert à la clef. 

Bref, l’enseigne du lion ne ménage pas ses efforts pour mettre sa politique d’achat en valeur. Pour l’enseigne, la motivation de ce choix s’appuie sur la qualité, le goût, la variation, la transparence, la durabilité et le soutien de l'économie locale.

L’intention de Delhaize est annoncée sans ambigüité: opter résolument pour des produits d'origine belge, à condition qu'un volume suffisant soit disponible pour les 763 magasins belges, avec une attention particulière à la saisonnalité des produits.

Tout le monde y gagne, estime l’enseigne, qui souligne que consommer local présente de nombreux avantages pour tous. La fraîcheur des produits, le soutien à notre économie (Delhaize estime à 3 milliards d’euros annuels le montant de ses achats belges), l’assurance d’un retour financier plus solide pour nos filières belges et la création d’opportunités pour nos acteurs locaux de l’agro-alimentaire doivent en être les conséquences positives principales, précise le communiqué de Delhaize.

Au-delà des produits que l’on trouve habituellement sous l’étiquette belge dans nos supermarchés, Delhaize veut développer des partenariats moins convenus, comme ce partenariat avec un producteur de thé du nord du pays. Un partenariat qui se veut aussi être porteur d’un projet écologique, pour Delhaize, qui signale dans la foulée qu’en 2021, les 763 magasins de l’enseigne seront neutres en émission de CO2.

 

 

ZOOM FWAlogo fwa

  • La FWA se réjouit de l’existence de partenariats harmonieux entre certains producteurs et certaines chaînes de grande distribution, ce qui semble être le cas ici entre Biomelk et Delhaize.
  • La FWA rappelle qu’elle rencontre régulièrement en réunions bilatérales de nombreux acteurs de la grande distribution afin d’encourager des partenariats de ce type, qui prennent en compte les coûts de productions des agriculteurs, ainsi que de nombreux autres aspects liés à un étiquetage clair et transparent de l’origine des produits vendus, permettant au consommateur d’effectuer ses actes d’achat en toute connaissance de cause.
  • La FWA travaille en parallèle à une mise en œuvre favorable de la directive européenne sur les pratiques commerciales déloyales dans notre législation nationale, afin que des relations commerciales déséquilibrées, encore trop nombreuses aujourd’hui, ne puissent plus avoir cours sur notre territoire.
  • La FWA rappelle que les accords commerciaux entre des producteurs ou coopératives et des acteurs de la distribution, pour équilibrés qu’ils soient, ne peuvent prouver leur efficacité que dans une certaine pérennité : en effet, un changement de cap de la part de l’acteur de la distribution alors que le producteur partenaire n’a pas pu rentabiliser les investissements consentis s’avère souvent dramatique pour la survie de l’exploitation concernée.
  • Si la FWA est consciente que certaines promotions commerciales sont nécessaires pour attirer le client vers les rayons des supermarchés et éventuellement les produits belges ou wallons qui s’y trouvent, elle rappelle néanmoins à tous les acteurs de la distribution que ces publicités et réductions ne peuvent en aucun cas avoir pour effet de réduire le prix d’achat au producteur agricole, qui dans de nombreux cas n’y trouve pas de quoi couvrir ses coûts de production, sans parler d’en tirer un revenu.
  • La FWA, sans pour autant mettre en cause les intentions de Delhaize, restera attentive à la campagne Belhaize mise en place par la chaîne, et espère que celle-ci se traduira réellement dans les faits par des retombées positives pour nos filières, et en particulier pour les agriculteurs qui sont à leur source.

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