Si du côté des producteurs d’aliments, l’on résiste en faisant le gros dos face à l’augmentation des matières premières, la situation s’avère nettement plus critique sur le front des élevages porcins. Avec des prix de vente qui ne couvrent pas le coût des aliments, Benoît Renkens avoue vendre à perte pour l’instant. Et aucune lueur d’espoir ne semble poindre à l’horizon.

Ronald Pirlot

 

«Mon état d’esprit en ma qualité d’éleveur porcin? Je suis à la fois frustré et désabusé de ne pouvoir dégager un revenu de ma passion. Pour l’instant, c’est bien simple, vu le coût d’achat des farines et le prix de vente des porcs au poids vif, je vends à perte! Il me faudrait au moins 50 centimes/kg de plus afin d’arriver au 2€ le kg pour dire de dégager un bénéfice. Je ne le cache pas, au vu de la situation, la passion s’étiole». Le constat est particulièrement amer dans la bouche de Benoît Renkens, éleveur de porcs à Blégny, dont le naturel optimiste le pousse habituellement à entrevoir l’éclaircie. «J’avoue ici que je suis quelque peu perdu et que j’ai des difficultés à me projeter dans l’avenir».

 

Prix des aliments presque doublés

C’est que cette forte hausse des coûts de production s’ajoute à une situation de crise dans laquelle la filière porcine est plongée depuis plusieurs mois. Plus précisément, elle a débuté en septembre 2020 avec une baisse notable du prix de vente (-0,95€/kg de poids vif) des porcs. «A l’époque, l’on a parlé de la peste porcine en Allemagne, de la chute des importations en Chine. Je vous avoue que la réalité du marché reste très opaque car je constate tout de même qu’à l’époque, tous les cochons étaient achetés, transformés et mangés», commente Benoît.

Et puis en février, le prix du porc est remonté jusqu’à 1,50€ du kilo. Durant un mois, ce fut une réelle embellie… avant que ne survienne le conflit en Ukraine. «Le prix des aliments a alors flambé, passant de 320€ la tonne a près du double. Quand on sait que le prix des aliments correspond à 80% du prix de revient des porcs, vous comprenez que ça fasse mal». Une fois encore, Benoît s’interroge sur les causes réelles de cette augmentation. «J’ose espérer qu’elle n’est pas le fait de spéculateurs!»

 

Truies à la baisse

Toujours est-il que la situation est compliquée pour le secteur, avec des décisions à prendre aujourd’hui… pour une vente de la production prévue dans 10 mois. Qu’en sera-t-il alors du marché? C’est un véritable pari sur l’avenir avec lequel doivent composer les éleveurs. «Sauf que nous n’avons plus de jetons à parier car nous avons déjà tout mis sur le tapis. Pour ma part, j’ai pris contact avec mes clients pour savoir s’ils étaient prêts à me suivre si je répercutais les coûts de production sur le prix de vente. En fonction des réponses, j’ai adapté le nombre de truies à la baisse. C’est ainsi qu’au lieu de 250 truies, je mise désormais sur 200», précise Benoît.

 

Quelles mesures?

Coiffé cette fois de sa casquette de président du GT Porcs de la FWA, il ne cache pas que ce sentiment de désabusement gagne le secteur. «Nous ne sommes déjà pas nombreux sur la Wallonie. Et regarder le nombre de jeunes qui envisagent de reprendre!»

Dans ce marasme, quelles mesures adoptées pour sortir la filière de l’ornière? «Il convient de souligner la prime Covid accordée en 2021 par la Région wallonne, d’un montant de 533€/truie. Elle a fait beaucoup de bien à l’époque car elle nous a permis de rattraper les encours auprès des fournisseurs. Nous en sommes reconnaissants au Ministre Borsus. Reste que nous ne voulons pas être dépendants de primes, mais vivre d’une juste rémunération pour notre travail», conclut Benoît, qui ne cache pas le côté indigeste de la situation.

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