Ce 3 décembre, face à l'Elysette, et malgré un agenda politique bouleversé pour cause de Codeco, les agriculteurs de la FWA étaient là, en nombre (plus de 120 tracteurs et de nombreux manifestants) pour plaider pour une PAC verte, ambitieuse dans ses objectifs, et applicable agronomiquement et économiquement dans sa mise en oeuvre.

MERCI 1000 FOIS A TOUS CEUX QUI ONT PARTICIPE A CETTE BELLE MOBILISATION !

 

Voici les revendications que nous y avons soutenues:

 

OUI à une PAC plus verte

La future PAC sera immanquablement plus verte que la précédente pour plusieurs raisons :

  • Suppression du paiement vert qui représentait 30% du budget des aides directes et était octroyé aux agriculteurs pour autant qu’ils respectent 3 conditions (maintien des prairies permanentes, diversification des cultures et SIE) ET l’inclusion de ces exigences dans la conditionnalité, sans soutien dédié.
  • Renforcement des exigences du verdissement dans la conditionnalité : la diversification devient rotation des cultures et une obligation de minimum 4% de terres arables dédiées à des surfaces non productives est introduite.
  • Nouvelle mesure des éco-régimes, soit des aides pour des actions en faveur de l’environnement qui vont au-delà de la conditionnalité tout en étant différentes des mesures agro-environnementales du 2ème pilier de la PAC, et pour lesquelles nous devons consacrer au minimum 25 % du budget à ces éco-régimes.

En conséquence, les agriculteurs devront s’engager dans des éco-régimes s’ils veulent conserver un soutien un tant soit peu équivalent à maintenant MAIS en appliquant des mesures environnementales supplémentaires qui vont leur demander des efforts et leur coûter de l’argent.

 

OUI à une PAC qui respecte l’équilibre entre les secteurs

Notre agriculture est basée sur un modèle d’économie circulaire où les fonctions des cultures et de l’élevage sont interconnectées : une part des cultures et surtout de très nombreux co-produits des végétaux destinés à l’alimentation humaine, sont utilisés pour nourrir les animaux, dont les effluents constituent un engrais naturel d’excellente qualité. Depuis le Néolithique, le développement de notre agriculture repose sur cette économie circulaire, sur le recyclage des différentes matières produites.

Il est capital que cet équilibre soit protégé car les ruminants sont les seuls à pouvoir transformer l’herbe en protéines consommables pour l’homme et les prairies jouent un rôle climatique essentiel : elles constituent des puits de carbone redoutablement efficaces. C’est pour cette raison qu’il est essentiel de maintenir un soutien couplé aux ruminants (bovins et ovins) suffisant, seul soutien qui garantit aux éleveurs un revenu décent.

 

Les éco-régimes que la Wallonie doit mettre en place doivent être accessibles à tous les agriculteurs et praticables pour que l’ensemble des agriculteurs wallons puissent pleinement s’impliquer dans les défis environnementaux.

Dans tous les cas, les choix qui seront faits doivent être analysés au regard de leur impact global sur le revenu des agriculteurs et en tenant compte également de la convergence interne qui va rééquilibrer les montants du paiement de base entre les agriculteurs mais aussi des aides à la surface du second pilier.

Enfin et surtout, il est capital de rappeler que la souveraineté alimentaire est un enjeu stratégique majeur. Assurer de façon indépendante notre capacité à nourrir nos populations est un acquis dont il faut reconnaître que la PAC est l’une des responsables, grâce à la capacité d’adaptation remarquable dont ont fait preuve les agriculteurs européens depuis sa mise en œuvre. Les études d’impacts sur le Green deal s’accordent sur une hausse des importations de produits agricoles en Europe. Notre continent perdrait son statut d’exportatrice de produits agricoles pour devenir importatrice nette dans plusieurs de nos productions agricoles traditionnelles, dont les céréales ou la viande bovine. Il est donc primordial d’assurer de la cohérence dans les politiques pour permettre de soutenir notre agriculture dans un processus de durabilité tout assurant la cohérence avec d’autres politiques comme les accords de libre-échange qui placent nos producteurs dans une position de concurrence inéquitable .

 

OUI à une PAC qui redonne aux jeunes l’envie de s’engager dans le métier.

Le renouvellement des générations est un enjeu majeur pour le secteur agricole. Le nombre d’exploitations wallonnes a chuté de plus de moitié ces 30 dernières années avec une perte annuelle de 3% d’entre elles.

Pour encourager les jeunes à s’engager dans ce métier et ainsi freiner la tendance à l’augmentation croissante de la taille des exploitations, il faut leur garantir un revenu décent et durable. Pour ce faire, il est essentiel d’assurer une certaine stabilité des politiques et une mise en œuvre aisée. La complexité des démarches administratives et des exigences à respecter décourage les agriculteurs et constitue indéniablement un frein à l’installation.

La FWA plaide donc pour que les interventions proposées garantissent un revenu aux jeunes agriculteurs quelles que soient les productions qu’ils développent et que les exigences liées à celles-ci soient aisément applicables sur leur exploitation.

 

 

OUI à une PAC qui reconnaît le chemin parcouru par le secteur et qui l’encourage à le poursuivre.

Notre agriculture ne part pas de zéro ! Les efforts réalisés par l’agriculture wallonne et le chemin déjà parcouru sont considérables. Nos pratiques sont en constante évolution, et le cadre normatif que nous respectons est strict et dûment contrôlé.

 Les agriculteurs wallons respectent une conditionnalité déjà très exigeante, qui en cas de non-respect conduit notamment à une perte d’une part des soutiens de la PAC. Par ailleurs, les agriculteurs se sont engagés aussi volontairement et massivement (un agriculteur sur 2) dans la mise en œuvre des MAE, d’abord, et des MAEC depuis la dernière réforme PAC.

Pour illustrer l’impact de ces évolutions dans nos pratiques, il faut rappeler que la contribution à la production de gaz à effet de serre du secteur agricole belge est de 12% seulement (consommation d’énergie comprise) alors qu’elle est de 25% environ pour l’agriculture mondiale.  Plus frappant encore pour démontrer que notre secteur agricole belge est clairement sur un chemin vertueux en termes de GES, nos émissions ont diminué de 20% en 30 ans. Cela est aussi dû à notre modèle basé sur la liaison au sol, l’équilibre entre élevage et cultures, et le schéma d’économie circulaire que nous pratiquons. D’où l’importance cruciale de maintenir l’équilibre de notre modèle familial wallon !

Par ailleurs, au fil du temps, de nombreux agriculteurs se sont convertis au bio. C’est désormais plus de 12% de notre surface agricole qui y est consacrée et 15% des agriculteurs wallons qui sont sous label. C’est une évolution positive, mais il faut néanmoins rester attentif à la liaison offre-demande, qui doit aussi rester équilibrée. Le risque encouru, c’est de voir se généraliser ce que vivent déjà nos éleveurs bovins bio : une incapacité à valoriser les surcoûts de production, en devant vendre leur production aux prix du conventionnel, faute de marché !

 

OUI à une PAC qui permet à TOUS nos concitoyens d'accéder à une alimentation saine, de qualité, en quantité suffisante 

Il est capital de garantir notre souveraineté alimentaire. L’expérience vécue en matière d’énergie nous montre que la dépendance est synonyme de catastrophe pour l’économie des ménages.

Dans stratégie Green deal, les études démontrent que l’effet des politiques envisagées conduirait à une augmentation du coût de l’alimentation. Est-ce un objectif à poursuivre ? Nous pensons que non !

Une série d’observateurs disent que le consommateur va s’adapter mais c’est oublier un peu vite la réalité économique de beaucoup de nos ménages.

Nous ne voulons pas d’une alimentation à 2 vitesses.

Nous redoutons de voir apparaître, en Europe, une dualisation des capacités d’accès à l’alimentation, avec des consommateurs plus aisés pouvant s’offrir une alimentation européenne de qualité et plus onéreuse, et d’autres, plus précarisés, devant se nourrir d’importations aux standards nettement moins favorables mais meilleurs marchés.

 L’étude de  l’Université de  Kiel évalue que le bien-être général du citoyen européen serait diminué partout, et en particulier dans certains Etats membres où le taux de pauvreté moyen est déjà très élevé, comme en Roumanie par exemple.

Chaque citoyen européen paierait en effet quelques 157 euros de plus chaque année pour se nourrir. Il est intéressant de comparer ce coût supplémentaire par habitant à ce que représente en réalité le budget de la PAC par citoyen européen : dans le cadre du nouveau cadre financier pluriannuel, avec un budget total de 55,713 milliards d’euros en 2021, la PAC coûte approximativement 125 euros par an et par habitant.

Tous les modes de production wallons conduisent à produire une alimentation de qualité sur le plan sanitaire, les analyses menées par l’AFSCA le montrent largement. Près de 99% des échantillons analysés par l’AFSCA sont dépourvus de résidus de pesticides et dans le pourcentage qui reste, il s’agit principalement de thé, café, épices… bref, de produits qui sont importés.

Nous plaidons donc pour une politique qui préserve notre souveraineté alimentaire, et la capacité des agriculteurs wallons à nourrir sainement l’ensemble de leurs concitoyens : c’est leur mission première, ils y sont fermement attachés !

 

OUI à une PAC qui emmène TOUS les agriculteurs dans une transition économiquement, socialement et agronomiquement réaliste garantissant un revenu à TOUS les agriculteurs

Il est essentiel que les mesures volontaires que sont les éco-régimes ou les mesures agro-environnementales soient accessibles et praticables pour que l’ensemble des agriculteurs wallons puissent pleinement s’impliquer dans la lutte contre le réchauffement climatique, dans la préservation des ressources naturelles et dans la protection de la biodiversité.

Pour que ces mesures soient adoptées par le plus grand nombre de nos exploitations wallonnes, permettant ainsi l’application des mesures sur l’ensemble du territoire wallon, il est indispensable que les efforts consentis par les agriculteurs soient récompensés dès le départ. Soutenir tous les agriculteurs dans cette dynamique, dès lors qu’ils appliquent les mesures disponibles, c’est s’assurer de l’adhésion du plus grand nombre et d’une large couverture de notre territoire.

Cependant, les mesures proposées doivent être applicables et réalistes sur le plan agronomique et pouvoir s’intégrer dans une rotation culturale sans effort démesuré. Pour la FWA, la durabilité de la production agricole est multi-facette et la durabilité agronomique en fait complètement partie. Les agriculteurs doivent pouvoir s’emparer des mesures proposées et les concrétiser tout en étant en capacité de poursuivre leur rôle de production alimentaire en quantité et en qualité pour nos concitoyens. Ces mesures doivent être cohérentes avec le cadre réglementaire fixé pour l’agriculture par ailleurs. Les mesures doivent avoir un impact lisible : les agriculteurs veulent être des acteurs des enjeux environnementaux de demain mais pour cela ils doivent être accompagnés et pouvoir choisir les mesures les plus adaptées au profil de leur exploitation et aux objectifs à atteindre. Enfin, ces mesures devront être évaluées en cours de programmation. Il est important de s’assurer tout au long de la période, de l’adhésion des agriculteurs aux mesures volontaires proposées, et autant que possible, de l’efficacité de celles-ci pour atteindre les objectifs poursuivis.

Ces mesures étant volontaires, un niveau élevé d’adhésion des agriculteurs à celles-ci sera un indicateur de leur bonne conception. A cet égard, de véritables choix politiques peuvent être posés : veut-on des mesures spectaculaires au plan environnemental mais mises en œuvre par un nombre restreint de producteurs sur de faibles portions du territoire, affaiblissant au passage l’objectif de maillage écologique ou plutôt des mesures accessibles appliquées par un grand nombre de producteurs couvrant une bonne partie du territoire et provoquant un véritable effet de levier renforçant les actions déjà menées par les agriculteurs ?

Le monde agricole est prêt à prendre sa part dans la lutte contre les dérèglements climatiques, le renforcement de la biodiversité, la qualité des ressources naturelles il se veut acteur de solutions mais dans un cadre bien concerté, réaliste et cohérent et pas avec des objectifs plus politiques que scientifiques et des mesures guidées par l’idéologie plutôt que par la réalité des exploitations.

 

 

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