Réunis ce mercredi 2 mars en conseil informel, les ministres européens de l’agriculture se sont positionnés par rapport à la situation en Ukraine. La priorité absolue : garantir la souveraineté alimentaire de l’Europe en libérant son potentiel de production. Comme par exemple utiliser les terres en jachères pour cultiver des protéagineux nécessaires à l’alimentation du bétail. Quitte à ajuster certaines mesures dans les stratégies déjà établies, comme celle « De la ferme à la table ».

Ronald Pirlot

 

C’est une réunion informelle des ministres européens de l’agriculture avec un haut taux de participation qui s’est tenue ce mercredi 02 mars. A l’ordre du jour : «l’invasion de l’Ukraine». Un terme choisi à dessein, qui laisse très peu d’ambiguïtés quant à la condamnation unanime envers l’agression armée perpétrée par les troupes russes.

Il a été question de la solidarité de l’ensemble des états membres vis-à-vis du partenaire ukrainien, et notamment des dispositions pouvant être prises pour accentuer l’aide alimentaire à destination de ce pays. Mais aussi des impacts de cette guerre sur les marchés de production agricole ici en Europe et dans d’autres parties du globe. « L’objectif est de pouvoir assurer cette mission nourricière de l’Europe pour que les cultures soient à un niveau suffisant afin de pouvoir faire face à la demande alimentaire européenne, mais également mondiale » a indiqué Julien Denormandie, le ministre de l’agriculture français en sa qualité de président du conseil dans le cadre de la présidence tournante.

 

Trois décisions à court terme

Au terme de trois heures de réunion par écrans interposés, les ministres ont dégagé trois décisions à court terme :

  • mobiliser dès la semaine prochaine les différents groupes d’experts pour travailler sur les différents soutiens pouvant être apportés. « Je pense notamment au groupe d’experts de mécanismes européens de réaction et de préparation aux crises de sécurité alimentaire ou aux groupes de haut niveau dans les secteurs, comme par exemple celui de l’élevage. Et spécifiquement sur les élevages de porcs ou de volaille » a précisé Julien Denormandie ;
  • travailler à des mesures exceptionnelles de marché qui puissent être prêtes le plus rapidement possible. «Il faut encore que les états membres donnent leur feu vert, mais nous sommes en train d’évaluer les mesures que sont le stockage privé et la réserve de crise, notamment en matière d’élevage. Il y aura une réunion de groupe la semaine prochaine à ce sujet» a précisé le Commissaire Janusz Wojciechowski ;
  • tout faire pour libérer le potentiel de production agricole dès maintenant, notamment en utilisant comme plusieurs états membres l’ont proposé, les jachères pour cultiver les protéagineux qui risquent de faire défaut.

«Des décisions rapides au regard de l’urgence de la situation» a ajouté le ministre français.

 

Anticiper les conséquences pour l’élevage

Le Commissaire européen, Janusz Wojciechowski, a enchaîné en condamnant cette « agression » et en indiquant qu’un certain nombre d’états membres seront touchés, plus particulièrement ceux voisins de l’Ukraine, tels que la Pologne, les Etats baltes… « L’Ukraine est une grande puissance agricole. La suspension des importations en Europe signifie également des conséquences graves pour l’élevage en Europe, notamment pour la filière porcine ». Et d’indiquer que, lors d’une communication prévue le 8 mars, la Commission agricole ferait le point sur la situation et essaierait de revenir aussi sur le coût des intrants, le prix de l’énergie et des engrais, ainsi que les autres facteurs de production qui sont importants et pour lesquels l’Ukraine est un acteur incontournable.

 

Priorité politique à la souveraineté alimentaire

Mais le grand volet qui s’est clairement dégagé à l’issue de cette réunion, c’est la nécessité d’asseoir la souveraineté alimentaire européenne. «La globalité des états membres ont évoqué que cette souveraineté alimentaire devait dorénavant être consolidée en termes de priorité politique. C’est une vision clairement demandée par le Conseil» a précisé le ministre Denormandie.

Pour ce faire, l’UE entend libérer son potentiel de production. Au détriment des stratégies déjà établies ?

« Le Conseil a rappelé que les différentes stratégies (relatives à la biodiversité, sur le pacte vert pour l’Europe…) ne peuvent pas être laissées de côté et nous n’avons pas l’intention de nous en éloigner. Pas plus qu’il n’est question de dire que la stratégie « De la ferme à la table » n’a plus gain de cause. Mais je crois qu’il existe, comme par exemple en bio qui n’a pas le volume de production le plus élevé, des méthodes qui permettent d’augmenter les gains de productivité. Nous allons devoir revoir nos objectifs à l’aune de la sécurité alimentaire pour l’Europe, voir leur impact et tenir compte des différentes marges de manœuvre dont nous disposons » a expliqué le commissaire Wojciechowski.

«Comme le commissaire vient de le répéter, un travail d’évaluation va débuter pour adapter les stratégies, notamment celles déjà établies « De la ferme à la table », au regard de cette vision politique de la souveraineté alimentaire européenne. La gravité du moment nous rappelle que la mission première agricole est nourricière» a conclu Julien Denormandie.

La suite ? Un CSA est prévu la semaine prochaine et un prochain Conseil des ministres le 21 mars. Quant à l’évaluation de la stratégie « De la ferme à l’assiette », aucune échéance n’a été arrêtée.

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