A l’occasion de notre assemblée de ce mercredi, notre présidente Marianne Streel, a livré une intervention à l’issue de la table-ronde, au cours de laquelle, notamment, elle relève les grands défis auxquels notre société, notre agriculture et l’Europe en particulier sont confrontés. Nous vous proposons de lire cette intervention ici.

 

Poutine fait trembler le monde et nous rappelle, qu’on le veuille ou non, que nous vivons dans une économie mondialisée qui comme le système alimentaire, subit des bouleversements au moindre grain de sable qui se met dans le système.

Les confinements dû à la pandémie de Covid 19, l’augmentation de la demande l’année dernière lors de la relance économique, la guerre entre la Russie et l’Ukraine, grenier à grains du monde ont bouleversé notre monde et impactent nos vies.

Notre économie mondiale subit des perturbations de flux commerciaux, ce qui donne une grande volatilité des prix de l’énergie et des matières premières dont l’engrais minéral et l’aliment pour nos élevages. Les coûts du transport tout le long du système alimentaire sont évidemment également impactés.

Nos ménages et PME européens subissent également ces augmentations du prix de l’énergie et de l’alimentation. Alimentation et énergie qui sont nos besoins primaires. En Belgique, notre inflation est de 9%! On n’avait plus vu cela depuis plus de 35 ans! On assiste à une augmentation de la précarisation de notre population avec tout l’impact négatif que cela aura sur l’économie, l’environnement, l’emploi ainsi que sur nos exploitations agricoles!

Dans d’autres parties du monde, à côté des mêmes soucis économiques, le pourcentage de personnes souffrant de la faim ou de malnutrition augmente! Aujourd’hui, selon les Nations Unies, cette augmentation des prix empêche une personne sur trois d’accéder à une alimentation saine!

L’Europe n’a pas eu d’autres choix face aux horreurs commises par Poutine que de décider de sanctions économiques et financières face à la Russie. Quelles seront les rétorsions de la Russie en réaction à ces sanctions?

Quelle sera la production céréalière mondiale cette année? Quelle production viendra de cette région en guerre? Comment se rétabliront les marchés commerciaux qui aujourd’hui sont totalement bouleversés? Comment éviter dans notre filière alimentaire de nombreuses faillites alors qu’on subit une détérioration des perspectives économiques à assez long terme? Comment la population mondiale va-t-elle avoir accès à une alimentation en quantité et en qualité à un prix abordable dans les mois et années à venir?

Voici les questions que nous avons tous, responsables politiques, responsables d’organisations professionnelles, acteurs de la filière, société civile et citoyens à régler ensemble en urgence. La crise humanitaire doit trouver des solutions à très court terme. Nous devons également travailler à une vision à moyen et long terme pour un système alimentaire plus résilient, moins dépendant du reste du monde et toujours plus durable.

Le monde est en plein chamboulement, nous devons en tenir compte dans les visions que nous voulons donner à nos sociétés et systèmes alimentaires de demain. Il est primordial de le faire en tenant compte de tous les enjeux et défis qui se posent à nous et ce, ici et ailleurs dans le monde:

  • un revenu décent pour l’agriculteur;
  • rendre le métier attractif afin de permettre la transmission des exploitations à des jeunes agriculteurs;
  • investir dans la recherche agricole afin de trouver des alternatives plus durables avant d’interdire des pratiques de productions ou des matières actives;
  • soutenir aussi les achats en circuit court et en bio, dont la diminution est très visible depuis quelques mois;
  • innover, investir dans l’agriculture de précision;
  • ne pas mettre à mal l’économie circulaire;
  • lutter contre l’artificialisation des sols.

 

Il est primordial de veiller à la plus grande autonomie alimentaire possible de chaque territoire et d’y protéger l’activité agricole ainsi que son développement durable.

Se baser sur le développement durable signifie qu’une série de notions doivent être prises en compte de façon transversale par nos politiques européens ou nationaux lorsque des décisions sont prises dans les dossiers concernant l’agriculture. Bien sûr, la durabilité doit prendre en compte les aspects économique, environnemental et social, ainsi que le réchauffement climatique mais également l’agronomie, or celle-ci est trop souvent oubliée! On doit également tenir compte des lois de l’offre et de la demande et de leur impact sur les prix, de l’autonomie alimentaire, de la protection des agricultures locales, du contexte géopolitique.  

Nous avons trop souvent l’impression que le développement durable ne se base plus aujourd’hui que sur un seul pilier. Pourquoi faire croire aux citoyens que préservation de l’environnement rime uniquement avec réduction de la production? Il est primordial pour nous les agriculteurs comme pour tous d’agir en urgence sur les deux crises profondes que sont la chute de la biodiversité et le changement climatique. Mais attention, car à ne marcher que sur une jambe, on risque de chuter, …. Face à l’ampleur des crises et des défis, il est irresponsable de dualiser ou d’opposer les priorités. Nous avons le devoir absolu de mener tous ces chantiers en parallèle et avec la même énergie. L’idéologie doit faire place au pragmatisme.

 

Pour se relever, les solutions vont être difficiles à trouver. L’équation est complexe!

Je ne ferai pas le tour des difficultés des secteurs, ni des modes de productions. Elevage et cultures, conventionnel ou bio, tous connaissent les mêmes soucis. Il n’y a pas de possibilité pour les producteurs de répercuter la hausse des coûts de production. C’est la clef de voûte de notre problème. En préparant mon intervention, je me suis dit que j’avais l’impression d’agiter les mêmes sonnettes d’alarme depuis des années. Pourtant, je ne crois pas que je radote! Je crois simplement que ces sonnettes, personne n’a pris la peine de les écouter avec l’attention qu’elles méritent, ni d’y trouver des réponses structurelles!

Aujourd’hui, ce ne sont plus des sonnettes, ce sont des sirènes d’alarme, et il est grand temps que nos responsables politiques de tous les niveaux de décisions, soient responsables et avancent vers des solutions réellement durables.

Il y a un peu moins d’un mois, j’ai participé à un colloque rassemblant des responsables d’organisations paysannes de tous les continents, et j’en suis sortie avec un sentiment très amer. Il est difficile d’entendre ces responsables analyser le comportement de l’Europe et le voir comme profondément égoïste et détaché des réalités mondiales. C’est difficile à entendre, mais c’est compréhensible.

En tant que présidente d’une organisation européenne, particulièrement proche de Bruxelles géographiquement, je suis mal à l’aise. Je crois profondément au projet européen, mais j’ai besoin que l’Europe me montre que j’ai raison d’y croire et qu’elle est en capacité d’être une actrice déterminée à empoigner tous les défis qui se posent à notre population mondiale aujourd’hui

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