Damien Counasse, conseiller technique chez Biowallonie

La finition est la dernière étape d’élevage des bovins viandeux avant l’abattage, son objectif est de produire des carcasses lourdes avec une bonne conformation (U/R). Elle représente la faiblesse de la filière viande bovine bio car peu d’agriculteur passent par cette étape. Pourtant, celle-ci est essentielle pour une bonne valorisation des carcasses.

 Pour réussir au mieux la finition, il faut d’abord maitriser les étapes précédentes que sont l’élevage et l’engraissement de manière générale.

L’élevage commence évidemment par la distribution d’un bon colostrum dans les 12h qui suivent la naissance, si la plupart du temps le veau tête sa mère il faut toutefois veiller à la qualité de ce colostrum en le mesurant avec un réfractomètre pour assurer l’immunité du nouveau-né.

Vient ensuite la croissance, durant cette période il ne faut pas négliger l’apport de protéine essentiel pour la division cellulaire. Pour limiter les coûts il est possible de viser un maximum de croissance durant la période estivale au pâturage en utilisant le phénomène de croissance compensatrice. Néanmoins, il ne faut pas appliquer cela sur les plus jeunes animaux (en-dessous de 6 mois) et sur des troupeaux avec un objectif de vêlage précoce. Si la quantité de concentré distribuée peut être modérée, la qualité des fourrages reste une priorité tout comme la qualité des pâturages pour obtenir une croissance optimale.

La finition peut être appliquée sur le veau, le mâle entier ou castré (bœuf) ou des femelles de réformes. Une comparaison de l’engraissement de taurillons ou de boeufs est abordée dans cet article.

Recommandations sur la finition

En agriculture biologique, la finition doit être réalisée de manière économique. Pour cela, 2 leviers existent l’autonomie alimentaire visant à produire un maximum d’aliments concentrés sur l’exploitation ou la finition au pâturage qui réduit les coûts de manière significative.

Apport de nutriments

L’apport d’énergie peut se faire grâce à des céréales à paille mais il ne faut pas dépasser 2 kg par distribution et préférer de l’aplati plutôt que de de la farine pour limiter les risques d’acidose. Les céréales aplaties avec leur enveloppes (épeautre, avoine) sont particulièrement bien valorisées par les bovins dans le rumen. Le remplacement d’une certaine proportion des céréales par du maïs finement moulu permet de limiter les risques et de diversifier les types d’amidon (amidon by-pass).

L’énergie peut être apporté en très faible partie par de la matière grasse dans des tourteaux gras mais il ne faut absolument pas dépasser 5% de la MS de la ration.

Pour la protéine, les protéagineux permettent un bon apport de protéines qui vont contribuer au bon fonctionnement du rumen et à une production par celui-ci de protéines microbiennes digérées par la suite dans l’intestin. Mais pour une croissance musculaire importante une part de protéines by-pass peut être nécessaire comme du tourteau de lin voir de luzerne déshydratée en bouchon par exemple.

(Y. Beckers, 2011)

L’herbe pâturée reste à privilégier en bio car elle représente de loin l’aliment le moins coûteux et le plus respectueux de l’environnement. L’engraissement au pâturage nécessite une herbe de très bonne qualité. En pratiquant un pâturage tournant avec changement de parcelle tous les 3 jours maximum on optimise la quantité et la qualité d’herbe produite et ingérée en limitant les refus. Entrée dans les parcelles : herbe à 18 cm et sortie des parcelles : herbe à 6 cm. Une complémentation avec un aliment fermier céréales-protéagineux, à raison de 1-2 kg par exemple, est nécessaire en fonction du niveau de performance recherché.

Une finition de 2-3 mois peut toutefois avoir lieu à l’étable avec une alimentation plus concentrée en ayant un accès à un pâturage quand les conditions le permettent. Attention, c’est une obligation depuis la mise en application du nouveau règlement bio depuis 01/01/2022.

Finition des mâles entiers ou taurillons

C’est la plus courante, les besoins sont assez élevés pour arriver un gmq suffisamment élevée pour obtenir des animaux, selon le débouché, de 450 kg carcasse à 24 mois par exemple. Il peut y avoir une période d’engraissement au pâturage mais elle est limitée et implique une complémentation en concentrés suffisante (min. 2 kg d’un mélange équilibrés en céréales -protéagineux). Pour obtenir des GMQ supérieur à 1kg/jour, l’alimentation à l’étable peut monter à 4-5 kg de concentrés pour la finition en complément aux fourrages.

Finition des femelles

Avant la finition proprement dite qui dure entre 3 à 6 mois, il est parfois nécessaire de réaliser une remise en état des animaux en distribuant à volonté des fourrages de qualité.

La durée et l’efficacité de la finition dépend de la concentration de l’alimentation mais également de la génétique et de la race par exemple. Pour des femelles après vêlage en Charolaise et Limousine, la finition peut varier de 90 à 150 jours et plutôt de 150 à 180 jours en blonde d’Aquitaine.

Les vaches de réforme ont une meilleure capacité d’ingestion que les jeunes mâles, il est donc intéressant d’utiliser un maximum de fourrage grossier (de qualité) pour leur finition avec 2 à 3 kg d’un mélange de céréales et de protéagineux bien aplati par exemple.

 (Agrobio Bretagne)

Les bœufs : une alternative plus extensive

Suite à des essais menés au CRA-W, il a été démontré que le Blanc-Bleu mixte pouvait être conduit en agriculture biologique en respectant un maximum de 20% de césarienne. Cependant, les vêlages doivent être assistés. Dans les essais, l’engraissement des taurillons BBmixtes on arrive à un gmq 1,348 et dans les mêmes conditions des limousins arrivent à 1,324 kg/j. L’âge d’abatage varie de 21 mois pour une finition à l’étable et entre 22 et 29 mois pour une finition au pâturage avec une complémentation en concentrés de maximum 40%.

L’engraissement de bœufs permet d’incorporer plus de fourrages grossiers ou de pâturage dans l’alimentation. Dans le cas de la finition au pâturage, il faut de l’herbe de bonne qualité à disposition pour cela il est plus intéressant de travailler en pâturage tournant. Une surface de 30 ares minimum par animal est nécessaire. Lorsque la ressource en herbe diminue, il convient de compléter l’alimentation en prairie avec du bon foin est un concentré type triticale-pois (20% de pois) jusqu’à 1-1,5 kg par jour par exemple. Dans ces conditions, le GMQ était de 522g/jour. A la rentrée à l’étable, l’alimentation était alors de l’ensilage d’herbe avec le même complément avec un GMQ de 869 g/jour. Ensuite, une deuxième phase de croissance avec 1,5 kg de triticale pois a eu lieu et a permis un gain de 790 g/jour. Pour terminer, une courte finition de 1,5 mois a été réalisée avec 3 kg de triticale-pois et 1 kg de tourteau de lin. Le résultat final était un poids vif moyen de 722 kg à 31 mois et 444 kg de carcasse soit 61% de rendement. Cette technique permet un engraissement plus extensif et axé sur la valorisation de l’herbe. En effet l’engraissement d’un bœuf nécessite selon cet essai 1 T d’aliments concentrés (contre 1,6 à 1,8T pour un taurillon avec pâturage) mais demande plus de superficie fourragère. Il faut aussi prendre en compte l’aspect filière qui est peu développée pour le bœuf en Wallonie.

(V. Decruyenaere & al., 2021)

Le veau rosé

Un article a été publié par le CRA-W dans l’itinéraire BIO n°62 (disponible en ligne sur le site de biowallonie) sur des essais réalisés sur la production de veau rosé en agriculture bio. La marge économique est intéressante pour ce type de produit, il faut néanmoins avoir le débouché et tenir compte de sa saisonnalité.

Rappel règlementation

Tous les bovins doivent avoir accès à un parcours extérieur et un pâturage dès que les conditions le permettent même lors de la phase de finition. Lorsque les herbivores n’ont pas accès au pâturage pendant la période de pacage, ils doivent obligatoirement avoir accès à une aire d’exercice/parcours.

L’alimentation doit être composée au minimum de 60 % de fourrages grossiers et au moins 60% de l’alimentation doit provenir de l’exploitation ou de la même région. Ce dernier pourcentage régional va passer à 70 % en 2025).

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