L’économie agricole et le défi de l’obtention d’un revenu décent pour nos agriculteurs figurent tout en haut de la liste des priorités de la FWA. C’est notre raison d’être, notre ADN. Cependant, force est de constater qu’il n’existe aucun remède universel, aucune action miraculeuse qui amélioreraient, en un coup de cuiller à pot, significativement la situation dans les exploitations wallonnes. C’est en actionnant une multitude de leviers, en mettant en œuvre de nombreux chantiers, et en multipliant les contacts que nous y parviendrons.

José Renard

L’action politique est évidemment l’un de nos leviers principaux que nous ne manquons pas d’actionner au quotidien, auprès de tous les niveaux de pouvoir, tant européen que fédéral ou encore régional. Mais l’action politique doit être complétée par une série d’autres propositions concrètes visant tous les acteurs qui peuvent influer sur l’économie agricole. C’est ainsi que la FWA a renforcé son travail de concertation avec les acteurs des filières. L’objectif de ces discussions est de parvenir à des solutions concrètes qui renforcent durablement la position des producteurs dans la chaîne et leurs capacités de négociation.

Sans revenu, les agriculteurs ne pourront rien! Sans la durabilité économique, aucun développement durable n’est possible. Le rétablissement des revenus agricoles nécessite des prix rémunérateurs mais surtout un partage équitable des marges entre les différents maillons de la chaîne alimentaire. A cet égard la mise en place d’un Observatoire des marges et des prix qui puisse fonctionner en continu et qui puisse intervenir en cas de dérapage, doit devenir une priorité pour l’autorité fédérale pour apporter la transparence nécessaire. La réforme du Code économique et la Loi transposant la directive sur les pratiques commerciales déloyales contiennent des outils dont les agriculteurs doivent se saisir. Mais la loi française Egalim telle que modifiée (Egalim 2) peut devenir une source d’inspiration, notamment pour la loi sur les prix agricoles dont il est question dans l’accord de gouvernement fédéral.

Nous devons tous ensemble travailler à la recherche de moyens d’augmenter la valeur ajoutée de nos productions et activer tous les leviers disponibles pour y parvenir. La mise en commun de certains moyens de production et la mise en marché collective sont des voies possibles pour y arriver. Le renforcement de la coopération en agriculture est un des grands chantiers du moment à la FWA.

Les relations entre les différents acteurs de la chaîne alimentaire sont souvent représentées sous la forme d’un sablier: d’un côté un très grand nombre de producteurs individuels, un nombre limité d’entreprises de transformation, la partie la plus étroite étant formée d’un nombre très restreint d’enseignes de distribution dont la concentration est encore renforcée par la mise en commun de centrales d’achat et enfin, de l’autre côté du sablier, tous les consommateurs. Dans cette situation, le partage des valeurs et leur transmission tout au long de la chaîne ne sont pas équitables et toujours au détriment des producteurs qui peinent à obtenir un revenu décent de leur production. Ceux-ci sont coincés par l’impossibilité de répercuter les hausses de coûts tant vers l’aval que vers l’amont et se sentent victimes des exigences des secteurs en aval: normes de qualité, volumes, délais de paiement et surtout pression jamais relâchée sur les prix.

La question est souvent posée dans nos instances. Pourquoi encore parler avec la grande distribution alors que quelques tracteurs seraient suffisants pour bloquer une centrale d’achat et empêcher l’activité commerciale? Premièrement parce que la FWA est une organisation responsable qui veut aussi donner sa chance à la concertation. Ce qui n’exclut pas le recours à des actions plus fortes quand le besoin s’en fait ressentir.  Deuxièmement, force est de constater que le supermarché reste pour la majorité des consommateurs l’endroit de l’approvisionnement alimentaire. Tous les jours nous viennent des témoignages de producteurs qui avaient consenti d’importants efforts pour répondre à la croissance soudaine de la demande en produits locaux et vente directe lors du premier confinement et qui, aujourd’hui, en plus de la hausse des coûts généralisée, subissent de plein fouet l’extinction de cette flambée des achats directs. Troisièmement, dans notre économie basée sur la demande, le temps où des officiels pouvaient dire: «Votre métier c’est de produire, on s’occupe du reste» est malheureusement révolu. Il nous faut rechercher des modes de commercialisation qui permettent de couvrir les coûts de production et de dégager un revenu.

Les relations entre producteurs et acheteurs transformateurs au sein des filières devraient a priori toujours être correctes et permettre aux uns comme aux autres de trouver le consensus, tant au niveau économique que technique. Dans la majorité des situations, la bonne volonté de chacun permet en général d’éviter préventivement les conflits. Toutefois, face à certaines situations de divergences de vue parfois très marquées, il est nécessaire de disposer de structures établies pour mieux organiser ces relations. C’est dans ce contexte que sont nées les organisations de branches et les organisations interprofessionnelles. Nous avons une tradition assez longue de discussion interprofessionnelle mais le plus souvent sur des aspects ponctuels ou en exécution d’une réglementation européenne. Pensons ainsi à l’organisation de la détermination de la qualité du lait ou jusqu’il y a peu, l’organisation de la gestion de la filière betterave-sucre.

Il s’avère nécessaire d’aller plus loin dans les relations économiques et commerciales entre producteurs et acheteurs. Une répartition équitable de la valeur ajoutée entre les différents maillons de la chaine constitue un élément essentiel de la formation des revenus des producteurs. Cela n’est pas facile tous les jours de trouver des consensus, tant au niveau financier que technique. Il n’est pas toujours possible de dégager des accords équilibrés entre les partenaires. Trop souvent le secteur de la production joue le maillon faible, au détriment immédiat du revenu des producteurs et, même, de leur viabilité. Il est donc indispensable d’établir des formules de concertation plus permanentes et mieux structurées qui doivent fournir les conditions pour mener à bien ces discussions et parvenir à établir des règles de bonnes pratiques commerciales et relationnelles décidées collégialement. Le travail en interprofession permet de pouvoir traiter ensemble les signaux d’un marché donné et de réfléchir aux réels besoins d’un secteur au niveau des volumes produits en vue de la meilleure adéquation possible entre l’offre et la demande. N’oublions pas non plus, que les instruments publics de régulation des marchés ont été progressivement abolis au fil des réformes successives de la PAC accroissant ainsi la volatilité des marchés et leur dépendance à l’égard du marché mondial. Enfin, un acteur essentiel est souvent absent des accords interprofessionnels: la distribution. 

C’est dans le contexte de la grande crise du lait de 2009, dont il est inutile de rappeler l’ampleur et la gravité qu’est née la «concertation de chaine» structure qui regroupe les fédérations de producteurs, de transformateurs et du commerce, initialement pour rechercher des solutions à court terme à la crise et aux tensions extrêmes entre les différents maillons. L’outil a montré son utilité et il s’est avéré intéressant de l’employer régulièrement.

La FWA participe depuis le début à la concertation de chaîne et soutient l’extension des discussions à une série de thématiques: secteur laitier, viande bovine, viande porcine, bien-être animal, durabilité de la production végétale. Ces discussions ont conduit notamment à l’élaboration de codes de conduites ou à des réflexions concernant «des boîtes à outils» de stabilisation des marchés. La concertation de chaîne a été l’interlocuteur privilégié pour les travaux sur la continuité de l’approvisionnement alimentaire lors du confinement suite à la crise de la Covid. Ces travaux forment aujourd’hui la base pour l’élaboration d’un plan de crise sous l’égide du Centre national de crise et la concertation de chaîne est au cœur des questions d’approvisionnement alimentaire suite au conflit en Ukraine.

Pour la FWA, qui par ailleurs en préside le groupe directeur, la concertation de chaîne doit agir comme forum de véritable discussion sur un pied d’égalité entre les 3 groupes d’acteurs: producteurs, transformateurs et distributeurs. Le secteur de la production primaire y est représenté par les trois organisations membres de l’AgroFront (FWA, BB et ABS) qui défendent l’idée de partenariats équilibrés entre partenaires qui se respectent et prennent en considération les contraintes des uns et des autres. Les organisations agricoles veulent être des partenaires fiables mais aussi respectés par les transformateurs et les distributeurs. La concertation de chaîne ne peut en aucun cas devenir l’enceinte pour des discussions bilatérales entre 2 des maillons.

Pour assurer sa pérennité, la concertation de chaîne bénéficie du soutien et du support du SPF Economie qui place la garantie de relations commerciales et de négociations contractuelles équilibrées entre les opérateurs de la filière agroalimentaire au cœur de sa mission et de ses préoccupations. La bonne application du droit économique fédéral constitue la base de cette action

La semaine dernière, la concertation de chaîne a bénéficié d’un éclairage particulier. Premièrement, un appel co-signé par l’ensemble des partenaires concernant la hausse des coûts et la nécessité de répartir équitablement son impact tout au long de la chaîne a été diffusé et largement médiatisé (le Plein Champ de la semaine dernière en a fait écho). Deuxièmement, les différents maillons de la chaîne alimentaire ont participé à la première réunion de la Task Force «Ukraine» organisée le 29 mars par les Ministres Clarinval et Dermagne. Votre Plein Champ y revient. A l’instar d’autres organisations représentatives, la FWA a confirmé les difficultés résultant des augmentations des coûts de l’énergie et des intrants agricoles, encore exacerbées par les conséquences du conflit.

Dans le cadre de cette réunion de la task force, beaucoup d’acteurs de la filière ont mis en évidence les relations commerciales parfois difficiles entre les acteurs du secteur, et en particulier dans leurs négociations de prix et leur capacité à répercuter les coûts de production sur leurs prix de vente. Je voudrais cependant mettre en exergue une phrase du Ministre P-Y Dermagne dans son interview à votre journal préféré: «Il appartient d’abord aux acteurs de la chaine alimentaire de tenter de dégager des solutions entre eux. A cet égard, je me réjouis de l’appel entendu lors de cette task force pour une concertation et une répartition équitable tout au long de la chaine de la hausse des prix de production». Cette citation résume bien à elle seule la motivation pour la FWA de participer à la concertation de chaîne, car nos messages doivent être entendus de tous, aussi bien décideurs politiques qu’acteurs de la chaîne alimentaire.

 

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