Mercredi dernier, 1er mars, le Ministre français J. Denormandie, Président en exercice du Conseil de l’Union européenne, concluait la conférence de presse à l’issue de la réunion extraordinaire des Ministres de l’Agriculture consacrée à la situation en Ukraine par la vibrante nécessité d’asseoir la souveraineté alimentaire européenne. Selon les termes du Ministre, c’est une vision clairement demandée par le Conseil de dorénavant consolider la souveraineté alimentaire en termes de priorité politique.

José Renard

 

Parler de sécurité alimentaire en temps de guerre c’est d’abord penser à l’approvisionnement des populations civiles victimes innocentes de l’invasion brutale et injustifiable de leur pays. C’est aussi pouvoir répondre à la situation humanitaire des centaines de milliers de personnes déplacées hors des frontières de l’Ukraine dans les pays limitrophes. Malgré leurs nombreuses différences, les Etats membres et les institutions de l’UE ont réagi de façon efficace, rapide et coordonnée. En outre sur le terrain, une mobilisation générale des énergies disponibles se met en place pour assurer ce soutien matériel massif dont les Ukrainiens et les Ukrainiennes ont un besoin vital aujourd’hui.

Comme lors de chaque crise humanitaire, la solidarité de la communauté agricole s’exprime déjà et l’élan de solidarité avec le peuple ukrainien est réel et visible dans les campagnes. Les propositions d’aide affluent en Wallonie également et peuvent revêtir des formes multiples : accueillir des réfugiés, effectuer des dons financiers ou de matériels, voire proposer du travail saisonnier. Pour produire le plus d’effet possible, il est fondamental que votre élan de solidarité soit coordonné et efficace. C’est pourquoi, à la FWA, nous avons rassemblé pour vous les informations nécessaires pour que vos nombreuses propositions d’aide arrivent auprès de l’interlocuteur adéquat. Notre organisation européenne, le Copa-Cogeca publiera également sur son site Internet plus d'informations pour les agriculteurs, les coopératives et tout citoyen qui souhaite soutenir les actions entreprises par la communauté agricole de l'UE.

Cette guerre qui touche l'Europe aura des répercussions mondiales pendant plusieurs années. La plupart des productions seront directement ou indirectement impactées. Il est donc indispensable d'avoir une réponse européenne à la hauteur du désastre humanitaire et économique. À cet égard, la FWA attend des mesures complètes, solides et prêtes à l'emploi de la part de la Commission européenne le 8 mars, conformément à ses déclarations de la semaine dernière. Le monde agricole espère trouver des mesures qui soient, enfin, à la hauteur de la réponse à cette situation exceptionnelle, tant par leur ampleur que par leur rapidité d’application.

Certains secteurs, déjà fortement touchés par les hausses de prix résultant de la crise du Covid et de l'énergie, doivent être soutenus sans tarder au risque de disparaitre, et tous les agriculteurs ont besoin d'orientations politiques claires lorsqu'ils commencent à semer. La guerre bloque les exportations depuis la mer Noire. Dès aujourd’hui et pour cette campagne, ce sont plus de 10 millions de tonnes de céréales qui ne peuvent plus alimenter les marchés mondiaux. Qu'adviendra-t-il de la prochaine campagne ? Les semis du printemps 2022 pourront-ils être réalisés. Qu’en sera-t-il de la moisson à l’été 2022 ? Les effets se font déjà sentir, les prix des céréales atteignent des niveaux stratosphériques, jamais atteints. Les transactions commerciales sont chaotiques et les producteurs de viande de l'UE sont confrontés à des coûts exorbitants pour nourrir leur bétail. En plus des récentes pressions inflationnistes et de l’explosion des prix énergétiques que chacun d’entre nous éprouve très directement et très nettement au quotidien, les consommateurs de l'UE devront payer plus pour leur panier alimentaire, ce qui aggravera la fragilisation des plus vulnérables parmi notre population. Dans certaines régions du Moyen-Orient et d'Afrique fortement dépendantes des importations de céréales en provenance de la zone de la Mer Noire, l'inflation des prix des céréales va plonger de très nombreux habitants pauvres dans la misère et la famine. Le retour des émeutes de la faim est craint par certains et n’est malheureusement pas à exclure.

Comme le souligne Farm Europe « La guerre fait souffrir, mais c'est aussi un signal d'alarme pour l'UE. Il est désormais parfaitement clair pour les Européens qu'ils doivent améliorer leur souveraineté énergétique et être moins dépendants des importations en provenance de Russie. Il devrait également être parfaitement clair que l'UE doit garantir sa souveraineté alimentaire. L'indépendance énergétique et alimentaire sont des piliers stratégiques cruciaux. » La FWA partage ce credo et nous n’avons de cesse de le répéter et de le marteler y compris vers nos dirigeants wallons lors de nos actions de sensibilisation concernant le plan stratégique wallon de la PAC. Les faits le prouvent aujourd’hui, la sécurité alimentaire est de la plus haute importance stratégique et est plus que jamais d’actualité.

Depuis des mois, sur la base des résultats convergents de toutes les études et analyses réalisées sur les effets des objectifs des stratégies « de la ferme à la table » et biodiversité, la FWA tire le signal d’alarme concernant leurs revers potentiels en termes de recul de notre souveraineté alimentaire et de la sécurité alimentaire mondiale. Tous les résultats montrent une forte contraction de la production de plus de 10-15 % dans les secteurs clés, céréales, oléagineux, viande bovine, vaches laitières ; de plus de 15 % en porc et volaille, et de plus de 5 % en légumes et cultures permanentes. A cet égard, les propos du Commissaire Wojciechowski à l’issue du Conseil de la semaine dernière ou ceux du vice-président Timmermans ce lundi soir sont loin d’être rassurants. Alors que le conflit en Ukraine nous donne, hélas, une bien triste et prompte démonstration de la pertinence de ces inquiétudes. Quelle est la cohérence de certains dirigeants européens à persister dans une voie qui conduira à la réduction de notre production agricole au moment même où la sécurité des approvisionnements alimentaires est mise en danger par le contexte géopolitique ? D’autant plus que le défi démographique lié à la croissance de la population mondiale renforce les besoins alimentaires.

Un changement de cap est nécessaire pour renforcer notre autonomie stratégique tout en continuant à progresser en matière de durabilité, pour protéger l’environnement et lutter contre les dérèglements climatiques tout en soutenant notre potentiel de production. Tous les agriculteurs sont prêts à s’engager vers plus de durabilité mais de façon cohérente et concertée. Confronter protection de l’environnement et soutien du potentiel de production ne mène à rien. Notre agriculture doit aujourd’hui pouvoir disposer d’outils performants pour faire face à ces deux crises majeures en même temps : la guerre en Ukraine et le changement climatique. N’oublions pas que d’autres n’hésiteront pas à dégainer l’arme alimentaire pour soutenir leurs visées géopolitiques. En outre, il est avéré que les gains environnementaux des propositions de la Commission seraient limités, voire négatifs puisque les augmentations de la production dans les pays tiers pour compenser les réductions dues à l’auto-flagellation européenne se traduiront par la croissance des émissions de gaz à effet de serre.

Au-delà du changement rapide de la vision de l’agriculture attendu de certains de leurs dirigeants, les agriculteurs européens attendent à court terme des mesures rapides et efficaces pour atténuer les effets ravageurs de cette guerre. C’est ce que la FWA a répété avec nos collègues de l’Agrofront lors de la réunion du mardi 8 mars chez le Ministre Clarinval. Tous les niveaux de pouvoir, dans leur domaine de compétences, doivent intervenir.  Comme l’a déclaré le ministre français Denormandie, « il est urgent de libérer le potentiel de l'agriculture européenne ». Il serait en effet totalement incompréhensible de poursuivre avec des mesures de limitation de la production ou d’obligation de maintenir des surfaces non productives quand il sera indispensable de pouvoir cultiver toutes les terres disponibles en 2022 pour compenser le blocage de la production russe et ukrainienne.

Au niveau fédéral, des chantiers sont possibles concernant l’extension de la réduction de la TVA sur l’électricité dans certaines conditions. Concernant les engrais azotés, non seulement les prix hors contrôle minent la rentabilité des cultures, mais il existe des craintes de plus en plus fortes concernant les futures possibilités d’approvisionnement. L’autorité doit veiller à rendre le marché plus fluide et plus transparent.

Le secteur du porc est confronté comme tous les secteurs de la production animale à l’explosion des coûts de l’alimentation. Mais en plus, il subit de plein fouet, depuis de trop longs mois, des prix de marché particulièrement bas, bien inférieurs à la couverture des coûts de production. Au niveau européen, des actions très urgentes comme l’ouverture du stockage privé sont impératives. Il est aussi indispensable de mettre en œuvre rapidement des mesures visant à soutenir la trésorerie des exploitations si l’on veut éviter la multiplication des faillites dans le secteur et le cortège de drames humains qui les accompagne

 

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