La PAC post 2020 ne sera pas mise en œuvre cette année, c’est une chose certaine. Néanmoins, les mois qui viennent seront décisifs, et ce dossier va sans le moindre doute largement mobiliser nos services comme nos structures tout au long de l’année.

La première réunion du comité directeur syndical de la FWA a d’ailleurs été très largement consacrée à l’analyse SWOT réalisée en vue de définir un plan stratégique qui dessinera les contours de la prochaine PAC pour notre région.

Anne Pétré

Qu’est-ce qu’une analyse SWOT ? C’est une analyse de situation qui classe les éléments selon quatre axes : les forces, les faiblesses, les menaces et les opportunités… L’exercice a été réalisé pour le territoire wallon, comme il l’a été ou doit l’être dans tous les états membres. Il doit permettre de définir les besoins spécifiques pour chaque région ou état, en vue d’atteindre les 9 objectifs généraux fixés par l’Europe pour la nouvelle programmation. De la définition de ces besoins propres à chaque état découleront en toute logique les soutiens qu’il sera nécessaire de mettre en œuvre dans le cadre de la PAC post-2020 que ce soient les aides directes du premier piler mais aussi les différentes aides du développement rural dans le deuxième pilier.

 

Avant toute chose, il faut rappeler quels sont ces 9 objectifs auquel la future PAC devra répondre :

- favoriser des revenus agricoles viables et la résilience sur le territoire de l'Union pour renforcer la sécurité alimentaire;

- améliorer l'adaptation aux besoins du marché et accroître la compétitivité, notamment en mettant davantage l'accent sur la recherche, la technologie et la numérisation;

- améliorer la position des agriculteurs dans la chaîne de valeur;

- contribuer à l'atténuation du changement climatique et à l'adaptation à ce dernier, ainsi qu'au développement des énergies durables;

- favoriser le développement durable et la gestion efficace des ressources naturelles, telles que l'eau, les sols et l'air;

- contribuer à la protection de la biodiversité, renforcer les services écosystémiques et préserver les habitats et les paysages;

- attirer les jeunes agriculteurs et faciliter le développement des entreprises dans les zones rurales;

- promouvoir l'emploi, la croissance, l'inclusion sociale et le développement local dans les zones rurales, y compris la bioéconomie et la sylviculture durable;

- améliorer la réponse du secteur agricole européen aux attentes sociétales en matière d'alimentation et de santé, notamment en matière d'alimentation saine, nutritive et durable et de bien-être animal.

 

Soulignons au passage que ces objectifs se recoupent assez largement avec les 12 priorités de la FWA telles que présentées à l’été 2019.

Cette analyse SWOT est donc importante, car elle constitue l’étape de base qui conduira, in fine, à la définition d’un plan définissant une stratégie d’intervention assortie d’un plan financier qui devront être présentés par la région à la Commission européenne pour approbation.

Il s’agissait donc d’apporter à la lecture de cette analyse SWOT une attention extrême, pour construire le cadre PAC wallon sur des bases solides et adaptées à notre situation régionale.

Le service d’études s’est tout d’abord attelé à cette tâche, avant de présenter ses observations au groupe de travail PAC de la FWA qui y a apporté ses propres remarques. Enfin, jeudi dernier, c’est le comité directeur de la FWA qui a complété et validé ce travail.

Nous n’allons pas ici exposer l’entièreté des remarques rédigées par la FWA pour commenter le tableau d’analyse de la région, mais il convient cependant de souligner quelques éléments importants.

Tout d’abord, le comité directeur de la FWA a insisté sur le besoin de considérer l’élevage wallon comme une force sur les plans économique, climatique, environnemental… En effet, maintenir notre élevage, c’est conserver nos prairies, qui constituent un indéniable atout pour la poursuite des objectifs généraux fixés par l’Europe. Sources de biodiversité, puits de carbone, elles sont un élément capital de notre territoire et une richesse inestimable sur le plan environnemental. En conséquence, affaiblir notre élevage herbivore particulièrement lié au sol équivaut à déforcer notre capacité à participer de façon positive au défi climatique et au redéveloppement de la biodiversité. C’est une évidence pour nous, et il est important de mettre ce point de vue au premier plan au travers de tous les aspects de la future PAC.

La future PAC devra aussi tenir compte des marchés et de notre difficulté à y trouver notre place, face à la concurrence des produits importés qui ne répondent pas au cadre normatif strict que nos productions wallonnes respectent. La conséquence directe de cette concurrence déloyale, est que nous peinons à obtenir des prix qui correspondent au très haut niveau d’exigence et de qualité auquel nous répondons. Pour y parvenir, travailler l’image de nos produits, l’identité de notre région et de son terroir seront sans doute des outils importants. Il en découle très naturellement l’idée qu’il nous faudra pouvoir renforcer l’étiquetage garantissant la provenance et le mode de production de nos produits wallons, afin que le consommateur s’y retrouve et fasse ses choix en pleine connaissance de cause.

Pour 7 des 9 objectifs fixés par l’Europe, l’agriculture biologique est considérée comme une force, si pas LA force idéale, pour atteindre le but défini. S’il est indiscutable que le développement de l’agriculture bio est positif, il faut toutefois se rappeler qu’il ne pourra se poursuivre de façon harmonieuse et rémunératrice pour les agriculteurs que si le consommateur suit la tendance, voire la précède, et en privilégiant les produits locaux . Aujourd’hui, nous connaissons des spéculations bio dont la santé économique ou les valorisations potentielles sont insatisfaisantes, comme la viande bovine ou porcine par exemple…

Sur les aspects strictement environnementaux et la poursuite des objectifs de préservation des ressources naturelles, nous voulons souligner qu’un manque de données chiffrées récentes rendent caduques les conclusions qu’on pourrait tirer aujourd’hui. Ainsi, les dernières mesures complètes de la qualité de nos eaux datent déjà d’il y a plus de 5 ans. Comment celle-ci a-t-elle évolué depuis, nous ne pourrons le dire que lorsque les chiffres compilés depuis lors seront rendus publics, probablement dans le courant de cette année. Aussi, définir de nouveaux objectifs, ou du moins modifier le cadre en vigueur sans savoir s’il a produit ses effets semble très clairement prématuré. Des efforts ont indéniablement été réalisés, et même si sur base des chiffres, ils ne semblent pas avoir encore porté leurs fruits, il faut pouvoir souligner les tendances à l’amélioration.

A l’issue du travail conjoint de nos services et de nos structures, les nombreuses remarques que nous avons formulées ont été envoyées aux autorités régionales, qui devraient en tenir compte et nous inviter à poursuivre la réflexion dans le processus obligatoire de consultation des parties prenantes.

Avant cela, une décision clé devra être prise en ce début d’année par nos institutions européennes : la définition d’un budget qui devra être tout aussi ambitieux que les objectifs que ces mêmes institutions nous ont fixées pour la future PAC. Sans se donner les moyens de ses ambitions, la PAC ne pourra en effet pas être cet outil crucial du développement économique local, de notre souveraineté alimentaire, et de la lutte contre les changements climatiques. En tout état de cause, ce que nous ne pourrons admettre, c’est qu’un budget trop faible vienne empêcher d’atteindre ce qui reste pour la FWA le plus important de tous les objectifs : assurer un revenu correct aux agriculteurs ! Nous entendons bien le rappeler par toutes les voies possibles.

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